Le Chaudron baveur

par The walrus

"45... 46... 47... 48... 49... 50 !"

Il s'effondra sur le sol, les bras en feu, le contact froid du carrelage ayant pour bénéfice de le raffraichir après un exercice particulièrement difficile. Il se retourna, se mettant sur le dos pour contempler le plafond sale de sa petite chambre. Il y avait à peine la place pour un lit simple minuscule, un bureau misérable d'une cinquantaine de centimètre de large et d'un mètre de long, une chaise en plastique et une petite armoire en bois, placé juste sous une petite fenêtre. Et lui, allongé entre son lit et son bureau.

Lui avec ses cheveux mi-long d'un noir profond qui cachait sa cicatrice en forme d'éclair, cette étrange cicatrice qui pouvait être si douleureuse parfois, ses yeux verts dans lesquels ses (nombreuses) conquêtes féminines aimaient tant à se perdre, son visage dur qui s'était si bien adapté à la vie qu'il menait... comme il avait lui-même adapté son corps, auparavant maigrichon et particulièrement faible, aujourd'hui solide comme le roc.

Lui, c'était Harry Potter. L'anodin Harry Potter, le souffre douleur de son cher cousin qui en six ans d'études au collège pour délinquant de St Brutus était devenu le dur, celui qu'on ne cherche pas, celui qui règle les problèmes, celui que les filles veulent...

Oui, il en avait fait du chemin depuis son arrivée dans cet établissement. Dès le premier jour, il avait su que l'endroit n'était pas fait pour lui, dès le second, un groupe de petits cancres lui avaient mis la tête dans les toilettes pour lui apprendre le respect. Aujourd'hui, ils longeaient les murs en espérant que personne ne leur rappelerait la terrible humiliation qu'il leur avait fait subir en les forçant à passer la journée en caleçon sous peine de recevoir une telle correction qu'ils en auraient fait un passage à l'hôpital. Car dès le troisième jour, il avait compris que son oncle Vernon ne le laisserait pas changer de collège et qui lui faudrait donc s'adapter ou subir les attaques durant toute sa scolarité. C'était ce qu'il avait fait. En un mois à peine, il avait su se dissiper dans le décor, passer inaperçu, deux mois plus tard il était capable de résister à un combat contre les plus durs de l'école. Et à la fin de l'année, il était devenu le patron. Aucun élève de son année n'osait chercher la bagarre avec lui, ceux au-deçà de la cinquième préférait ne pas essayer.

Mais contrairement à ceux qui lui en avait tant fait baver les premiers jours, il n'utilisa jamais sa supériorité pour tourmenter qui que ce soit. Certes, il s'était vengé, mais jamais il n'avait persécuté qui que ce soit. Les professeurs eux-mêmes le savaient et tous lui vouaient d'ailleurs une certaine affection, tant il était sympathique et attentif. Le professeur de Mathématique, un homme d'une quarantaine d'année qui en paraissait dix de plus, lui avait même offert du chocolat à plus d'une reprise.

Sauf que rien de tout cela ne réussissait à dissiper une impression étrange, comme s'il n'avait rien à faire dans cet endroit, comme s'il devait être ailleurs. En rêve, il voyait souvent un endroit étrange, en Ecosse d'après le paysage, un château entouré de montagnes, un immense lac à son pied. Il ne savait pas d'où lui venait ses images mais il avait appris à ne pas se poser de questions. Pas plus que quand il voyait cette maison détruite, entourée de hautes herbes...

Il se mit en position assise et se frotta les yeux avant de lancer un coup d'oeil à travers la seule petite fenêtre qui illuminait la chambre grâce à la lumière du soleil couchant. Il resta les yeux fixés sur la lumière rougeâtre durant une demi dizaine de minutes, perdu dans ses pensées jusqu'à ce que quelqu'un frappe à la porte. Il sursauta et alla ouvrir sans réfléchir à sa tenue.

Le visage de la jeune fille qui se trouvait sur le pas de la porte prit une teinte rouge vif quand elle le vit habillé d'un simple boxer et elle resta un instant sans rien dire, la bouche entrouverte.

"Qu'est-ce qu'il y a Evy ?" lui demanda t-il indifférement.

Elle sembla soudainement ramené à la réalité et, les yeux fixés sur le sol, elle parla comme si elle devait se débarrasser le plus vite possible de ses paroles :

"LeprofesseurSirisdemandeàtevoirilditquecesturgent."

"Et en anglais ça donne quoi ?" demanda t-il avec un léger sourire aux lèvres.

Elle prit une grande inspiration et répéta plus toujours très rapidement en faisant néanmoins attention à détacher chaque syllabe :

"Le-pro-fes-seur-Si-ris-de-mande-à-te-voir-il-dit-que-c'est-ur-gent."

Il acquiesca et lui fit signe d'entrer, à sa plus grande surprise, dans la chambre. Il lui fit signe de s'asseoir sur le lit et prit un jean et une chemise rapiécé dans sa petite armoire avant de les enfiler. Il fit de même avec ses chaussures sans prendre la peine de mettre des chaussettes puis, il se tourna vers la jeune fille.

"Toi, tu bouges pas, tu m'attends ici et tu ne touches à rien."

Elle hocha la tête en signe d'affirmation, il sortit de la pièce qu'il ferma à clé, enfermant ainsi la fille à l'intérieur, et se dirigea vers le gymnase où l'attendait le professeur Siris. Celui-ci lui demanda de l'aide pour déplacer un lourd carton rempli de matériel qu'ils mirent à l'intérieur de la réserve.

"Merci, je suis désolé hein, c'est la faute aux deuxième année, il y en a pas un qui aurait été capable de m'aider, tous des feignants, ils étaient partis avant que j'ai eu le temps de réagir."

"Ce n'est pas grave monsieur," répondit Harry qui avait l'habitude d'aider les enseignants dans les tâches les plus physiques.

En effet, tout le monde savait qu'il était un des élèves les plus forts de l'école et comme il était aussi le plus serviable, tous lui demandaient fréquemment de l'aide. Cela avait quasiment toujours été comme ça. Il était l'un des meilleurs élèves, le plus sympathique qui plus est mais il n'avait jamais réussi à quitter l'établissement. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais l'oncle Vernon refusait avec obstination l'idée de devoir le voir plus que simplement durant les vacances et les week end. Et lorsque les enseignants proposaient de le transférer dans un autre internat, plus adapté à ses qualité et mieux réputé, il ne se présentait tout simplement pas aux entretiens, refusant tout sec toutes discussions. Harry ne l'avait jamais beaucoup aimé, mais depuis quelques années, il en était venu à le détester avec une telle force que sa mort ne l'aurait pas plus ému que celle d'un inconnu complet.

Lorsqu'il entra dans sa chambre, il constata avec joie (mais pas du tout avec surprise) que la jolie jeune fille était toujours docilement assise sur son lit. Il referma la porte à clé et, sans un mot, s'assis à ses côtés avant de l'embrasser, la poussant doucement à s'allonger sur le lit tandis qu'il sortait un petit emballage en plastique de sa poche pour le poser sur l'empilement de livres qui faisait office de table de nuit...

Une heure plus tard, les deux amants d'un soir sortaient ensemble de la chambre, elle l'embrassa rapidement sur la joue avant de partir vers la droite, en direction des dortoirs des filles pendant qu'il sortait un baladeur ainsi que la boîte du CD "(What's The Story) Morning Glory", du groupe Oasis de son sac en bandouillère.

Les écouteurs dans les oreilles, il sortit de l'établissement en adressant au passage un signe de tête au surveillant qui contrôlait les entrées et les sorties, sans vraiment faire attention lorsqu'il lui rappela qu'il devait être rentré pour minuit. Dehors, la ville l'appelait et la musique qui sonnait avec énergie dans ses oreilles ne faisaient rien pour le décourager de la folle idée qui venait de lui traverser l'esprit. Mais son côté raisonnable reprit vite le dessus et il préféra tout de même ne pas céder à celle-ci. Après tout, il avait déjà rater trois soirées de travail ce mois-ci, une de plus ne serait assurément pas bien vu...

Les quatre heures qu'il occupa à préparer des frites passèrent comme au ralentit et lorsqu'il put enfin repartir et retrouver son baladeur adoré, il faillit pousser un cri de joie. Il sortit rapidement une cigarette de son sac et l'alluma avant de porter l'objet à ses lèvres, respirant avec ivresse le parfum ennivrant de ce bâton du diable.

"Que c'est bon..." soupira t-il. "Bon, où je vais moi maintenant ?" ajouta t-il pour lui même en voyant qu'il avait encore une bonne demi-heure de marge.

Il réfléchit rapidement et se dit que rentrer à pied ne serait peut-être pas stupide. Après tout, il avait bien besoin d'air frais après ce travail qui, à défaut d'être vraiment fatiguant, était plus ennuyeux qu'une course d'escargot. Il longea la Tamise durant quelques minutes avant de remonter pour passer près de l'Université de Science Politique, emprunta Kemble Street puis Bowe Street, passant devant l'Opéra...

L'été se terminait mais sa simple chemise à manche courte était plus que suffisante et il profitait avec allégresse de cette douce soirée. La musique commençant un peu à lui exploser les tympans et il changea le CD pour mettre la seconde partie de l'Album Blanc des Beatles, laissant la voix de John Lennon (chantant "Cry Baby Cry") le transporter doucement mais sûrement. Sa troisième cigarette en bouche, il n'aurait pu rêver d'un moment plus agréable...

Aussi longtemps qu'ils pouvaient s'en souvenir, il n'avait jamais été vraiment heureux et ces quelques moments de tranquillité, d'apaisement total était ce qu'il avait de mieux. La musique, la cigarette et la fraicheur de la nuit... il n'y avait rien de plus ennivrant pour lui...

Il était arrivée à deux stations de métro du collège quand il vit qu'il avait encore un bon quart d'heure devant lui et se décida à faire un petit tour dans un bar. Il connaissait les rues du coin par coeur et ce fut donc avec la plus grande des surprises qu'il vit, pour la première fois de sa vie, un petit établissement minable, coincé entre deux librairies, sur la rue dans laquelle il se trouvait.

D'un geste, il retira les écouteurs de ses oreilles avant de ranger le lecteur dans son sac et d'entrer dans le bar. Celui-ci était désesperément vide. Grand, mais vide. Il s'apprêtait à s'asseoir à une table en attendant l'arrivée de quelqu'un quand il vit une fille de son âge environ descendre des escaliers situés de l'autre côté de la pièce lui en criant derrière elle :

"Je vais te le chercher, je reviens."

Il se leva et la suivit avec la ferme intention de lui demander si elle ne savait pas où était le barman mais aussi (et surtout) pour engager la conversation avec elle car il n'avait pu s'empêcher de la trouver plus que jolie. Elle était sortie de la pièce par une porte placé au fond et il se dépêcha de passer à son tour. La porte donnait sur une petite cour extérieure mais il ne fit pas attention aux détails et se contenta de lui courir après, la rattrappant finalement après une course d'une vingtaine de mètres... Une vingtaine de mètres ? Dans la cour arrière d'un bar miteux ? Il venait de poser la main sur l'épaule de la jeune fille quand il se rendit compte de l'illogique totale de ce qui venait de se passer.

"Quoi ? T'es qui toi ?" lui demanda t-elle.

Mais la voix était terriblement lointaine à ses oreilles. Les yeux écarquillés, il regardait tout autour de lui, terrifié.

"Comment est-ce que... ?" articula t-il sans vraiment le vouloir.

Car l'arrière cour n'en était plus vraiment une. D'ailleurs, il lui était désormais impossible de retourner dans le bar car le passage qu'il avait emprunté était maintenant coupé par un mur. Et il se trouvait maintenant dans une grande rue pavée sur laquelle se trouvait de nombreux établissements fermés ainsi que, tout au bout, un gigantesque bâtiment qui ressemblait un peu à un palais de justice. Il recula de quelques pas sous le choc et son talon heurta un pavé ce qui le fit tomber sur les fesses.

La fille le regardait d'un air étonnée, un sourcil levé.

"Et bien, qu'est-ce que tu veux ? Et qu'est-ce qui t'arrives ?"

"Qu'est-ce que c'est que... qu'est ce que c'est que ça ? On était dans le bar à l'instant ? Comment...?"

Il tremblait de tout ses membres. La fille s'approcha de lui doucement et s'agenouilla devant lui, ses yeux couleurs noisettes se plantant dans les siens.

"Où est ta baguette ?"

"Ma... quoi ?"

Ce fut son tour d'écarquiller les yeux tandis qu'une idée lui venait apparement à l'esprit. Et apparemment, celle-ci n'avait rien de bien rassurant car elle se releva soudain et recula sans le lâcher tes yeux.

"Tu veux dire que tu n'as pas de baguette ? Que tu n'en as jamais eu ?"

Il répondit par un "non" de la tête, sans la regarder, ses yeux balayant la rue qui s'offrait à ses yeux, à la recherche d'un quelconque indice qui pourrait lui expliquer comment il était arrivé ici. Ainsi, il l'entendit à peine lui dire de ne pas bouger, qu'elle allait chercher "des gens compétents pour résoudre ce problème". Il aurait été bien difficile pour lui de faire différement car de toute façon il était bien trop abasourdis pour oser bouger le moindre petit doigt. Il resta ainsi seul durant une bonne minute, les yeux passant d'une maison à une autre, d'un coin de la rue à l'autre, cherchant une explication à tout ça. Mais tout devint encore plus obscure quand il remarqua l'affiche d'un des magasins qui indiquait : "Au Royaume du Hibou, Ménagerie Magique".

"Magique ?" demanda t-il à haute voix tandis que des gens arrivaient derrière lui.

Les yeux toujours fixés sur l'enseigne, il ne fit pas attention à eux ni à ce que la fille leur disait. Mais il dut cependant les regarder quand des bras surpuissants le soulevèrent et le forcèrent à se retourner. Sauf que personne ne l'avait touché, la fille et les deux nouveaux arrivants étaient à trois mètres au moins. Ces derniers étaient tous deux âgé d'une quarantaine d'année, le premier était un grand noir habillé d'un costard cravate et le second...

"Professeur Lupin !" s'exclama t-il en reconnaissant son professeur de Mathématique de ses deux dernières années. "Qu'est-ce qu'il se passe ici, vous le savez ? C'est super bizarre co..."

"Harry, il va falloir que tu nous suives," l'interrompit-il, un air grave sur le visage.

"Quoi qu'est-ce que... ? Qu'est-ce qui se passe ?"

"Nous ne sommes pas en mesure de te l'expliquer Potter, suis-nous et..."

"Attendez... Potter ? Harry Potter ?" demanda la fille, ses yeux se posant sur lui.

"Je... oui, c'est moi mais qu'est-ce que... ?"

"Vous ne pouvez pas l'emmener !" s'exclama la fille. "Je sais bien qu'il n'est pas capable de... Mais enfin, il ne va quand même pas vivre dans l'ignorance toute..."

"Silence Miss Granger," coupa le grand noir. "Nous ne pouvons pas prendre de risque, nous allons l'emmener voir le Ministre et nous verrons ce que..."

Mais il ne put finir sa phrase. La fille avait en effet sortit une baguette de bois de sa poche et l'avait pointé sur lui en criant quelque chose d'incompréhensible et il avait soudainement était projeté en arrière. Il poursuivit son vol plané sur une dizaine de mètres avant de s'effondrer au sol, inconscient. Lupin fut trop surpris pour réagir et avant même qu'il ait pu faire un mouvement, une baguette semblable à celle que la fille tenait quitta sa poche pour venir se loger dans la main ouverte de ladite fille qui le visait toujours.

"Je ne vous laisserais pas faire. S'il est ici, c'est qu'il n'est pas totalement étranger à..."

"Les Cracmols peuvent voir le Chaudron Baveur, Hermionne. Mais dans son cas, tu ne crois pas qu'il serait plus heureux sans savoir ? Tu ne crois pas qu'il pourrait être un peu... jaloux ?"

"Et donc vous allez le laisser dans l'ignorance ? C'est ça votre plan ? C'est ça ce que veut Dumbledore ?"

"Oui, et le Ministère aussi. Le moins il en sait, le mieux il se portera. Voldemort ne lui fera rien tant qu'il sait qu'il n'a aucun pouvoir. Pourquoi crois-tu qu'il n'a jamais été victime d'attaque ?"

Elle sembla hésiter un instant.

"Je... il devrait quand même... On devrait lui laisser le choix !"

"Quel choix ?" demanda Harry d'une voix forte.

Les deux se tournèrent vers lui. Lupin sembla sur le point de dire quelque chose mais il se ravisa et profita de la distraction de la fille pour se précipiter sur la baguette en bois que le grand noir avait laissé tomber à l'endroit où il se trouvait avant d'être projeté dans les airs. Il n'aurait su dire comment, mais Harry comprit qu'il ne devait pas laisser Lupin s'en emparer. Il plongea vers l'objet en même temps que son professeur mais celui-ci parvint à s'en emparer avant lui. Décidé à ne pas le laisser gagner, il lui asséna un violent coup de point dans la mâchoire qui la lui fit lâcher. Éffaré par ce qu'il venait de faire, il prit la baguette avant de reculer précipitament.

"Bien joué !" s'exclama la fille.

Elle pointa sa baguette vers Lupin et prononça un mot qui ressemblait à "Stupéfix" puis le prit par la main et parti en courant vers le mur de pierre qui se trouvait derrière eux. Sous les yeux ébahis de Harry, le mur s'écarta devant eux pour donner sur la cour arrière du bar. La fille (Hermionne d'après Lupin) ouvrit la porte et couru monter les escaliers, tenant toujours Harry par la main. Ils se retrouvèrent dans un couloir d'une dizaine de mètres le long duquel se trouvaient de nombreuses portes qui donnaient vraisemblablement sur des chambres. Elle ouvrit la première à droite et s'empara d'une grande valise noire posée au pied du lit.

"Reste là, je reviens."

Il acquiesca et elle sortit de la pièce en courant. Un petit "clic" lui indiqua qu'elle en avait profiter pour la fermer. Avec un sourire, il se rappela comment il avait lui-même donné les mêmes ordres à une fille quelques heures plus tôt dans un contexte totalement différent. Il s'assit sur le lit et essaya de mettre ses pensées en ordre mais à peine avait-il essayé de comprendre ce qui se passait que la porte se rouvrit sur la jeune fille qui tenait à sa main un grand sac à dos.

"Quelle enflure, il va me le payer !" s'exclama t-elle plus pour elle-même que pour Harry. "Suis-moi !"

Il ne se fit pas prier et prit la poignée de la valise avant de la suivre dans le couloir. Elle s'apprêtait à descendre les escaliers quand une explosion retentit juste au-dessus de leur tête.

"Demi-tour !" s'écria t-elle en se retournant vers lui.

En voulant lui obéir, il trébucha sur la valise et s'étala au sol. Il se releva immédiatement mais le temps qu'il avait mis pour se relever avait suffit pour qu'un homme ne sorte de sa chambre pour pointer une baguette en bois vers lui.

"Oublie... !"

"Stupéfix !"

Un rayon rouge passa au-dessus de son épaule et frappa l'homme de plein fouet avant qu'il n'ait pu finir sa phrase. Il s'effondra au sol mais Harry s'en fichait un peu. Il retourna dans la chambre d'Hermionne le plus vite possible et elle le rejoignit quelques secondes après.

"Il y en a des deux côtés !" s'exclama t-elle horrifiée. "Je suis désolée Harry, je voulais vraiment essayer... écoute, il faut que tu saches quelque chose..."

Mais il ne l'écoutait pas. Ses yeux s'étaient posés sur la fenêtre. Il n'était qu'au premier étage, s'il sautait...

"Il faut qu'on..." commença t-il.

"Tes parents ont été assassiné !" s'exclama t-elle.

Ses parents ? Assassinés ? Ils étaient morts dans un accident de voiture d'après son oncle... et puis comment cette fille pouvait savoir quoi que ce soit sur lui ? Quelle ramassis d'idiotie...

"Ne raconte pas de bêtise, si on..."

"Ecoute, ça peut te paraître improbable, mais il y a seize ans, un mage noir s'est introduit dans ta maison, il a tué ton père et ta mère, il voulait faire de même avec toi mais ça a raté... tes parents étaient des sorciers Harry !"

Et tout s'arrêta autour de lui. Des sorciers ? Un mage noir ? Ses parents assassinés ? Alors c'était ça toute cette agitation ? Tous étaient des sorciers ? Tout ça, c'était de la magie ?

"Ah, bravo Granger ! T'es contente ? Maintenant ça va être trois fois plus difficile de lui faire tout oublier !"

La voix le ramena à la réalité. Sur le seuil de la porte se trouvaient deux hommes, Lupin ainsi qu'un grand blond habillé d'une cape noire et d'une chemise blanche. C'était ce dernier qui venait de parler.

"Du calme Sturgis," dit Lupin. "On peut comprendre sa réaction, non ?" L'autre émit un grognement. "Mais Dumbledore ne veut pas que Harry sache tout cela. Tu es au courant n'est-ce pas, Hermionne ? Si Voldemort l'apprend, il voudra le tuer. Il aura trop peur qu'il ne s'éveille finalement à la magie."

"Mais ce n'est pas juste..." dit-elle en éclatant en sanglot. "Pourquoi est-ce que... ?"

"La sécurité avant tout, Hermionne. Je suis sûr que si Harry avait toutes les données en sa connaissance, il ferait le même choix que nous. Simplement, le mettre au courant rendrait trop difficile tout sort de manipulation de la mémoire."

Ils parlaient comme s'il n'était pas là ou plutôt comme s'il n'était qu'un enfant.

"Bon, ça suffit," intervint Sturgis, "on va vous emmener tous les deux au Ministère, en espérant qu'ils trouvent une punition adéquate pour..."

"Et si je m'en fiche ?"

Tout le monde se tourna subitement vers Harry qui venait de parler à voix basse, mais avec une terrible froideur. Il leva des yeux pleins de haine vers celui qu'il pensait être son professeur de Math, sa main gauche se refermant machinalement sur la baguette du sorcier noir qu'il avait ramassé auparavant et dont il ne savait pas se servir. Il n'avait qu'un seul mot en tête, un seul petit mot qui pouvait les aider à sortir de cette impasse. Comme pour se donner du courage, et sans vraiment y penser, son autre main attrappa celle de Hermionne qui, instinctivement, la serra aussi fort que possible.

"Et si je m'en fiche ?" répéta t-il. "Je n'ai pas peur de mourir, je n'ai pas peur de souffrir. J'ai juste peur de rester ignorant toute ma vie, j'ai peur de continuer à vivre sans savoir qui je suis vraiment. Et tant qu'à faire, j'ai peur de continuer cette vie ennuyeuse dont j'ai été victime jusqu'à aujourd'hui."

"Tu ne sais pas de quoi tu parles," dit Lupin en ne parvenant pas à retenir un sourire étrangement triste. "Tu n'as aucune chance de..."

"STUPEFIX !" s'exclama t-il soudainement en pointant la baguette volée vers Sturgis.

Il avait mis toute sa conviction, toute sa force mentale dans son bras, comme s'il espérait qu'ainsi le sortilège fonctionnerait, mais il ne fut pas le moins du monde surpris quand il vit que sa baguette se contenta d'envoyer un énorme panache de fumée. Mais c'était tant mieux pour lui. Tout en serrant la main de Hermionne, il se retourna avant de sauter par la fenêtre qui se cassa sous son impact. Durant un instant qui sembla durer une minute, les deux adolescents chutèrent au milieu des bouts de verres, leur deux mains toujours étroitement serrées. Quand ils s'écrasèrent sur le sol de Charing Cross Road, Harry entendit un terrible "crac" et sentit sa cheville se casser sous l'impact. Il eut cependant l'intelligence de faire un roulé boulé pour éviter de se faire plus mal, mais sa main fut transpercée par un bout de verre. À quatre pattes par terre, il sentit Hermionne à ses côtés sans la voir, les deux s'étant lâché la main juste avant l'impact. Il fallait fuir, vite. Mais sa cheville...

Avec le plus grand désespoir du monde, il leva la tête pour voir les deux magiciens pointer leur baguette vers lui (Lupin en avait apparemment récupéré une), il savait ce qu'ils allaient faire. Lui effacer la mémoire, le faire retourner à St Brutus où son seul passe-temps était de coucher avec des filles qui s'ennuyaient autant que lui. Sa triste vie allait reprendre son cours. Les yeux embués de larmes, il pointa son regard dans celui dans celui de son faux professeur.

"JE VOUS DETESTE ! VOUS ET VOTRE POTE ABRUTI, JE VOUS HAIS ! VOUS ÊTES LES PIRES ENFLURES QUE J'AI EU L'OCCASION DE RENCONTRER DANS MA VIE !"

Il criait sa haine, il criait sa rage de devoir retourner vivre dans l'ignorance la plus totale. Et aussi, quelque part, il leur en voulait comme il en voulait au fameux mage noir qui avait éliminé ses parents. Il se vengeait sur eux en quelques sortes. Mais les deux sorciers ne bougèrent même pas un sourcil devant cette démonstration de haine. Ils levèrent un peu plus leur baguette et Harry sentit que c'était la fin. Retrouver sa vie pathétique le dégoutter déjà.

"Oublie... !"

Et puis, soudainement, et alors que la baguette des deux autres brillaient d'une lumière blanche, la main de Hermionne se saisit de la sienne, enfonçant un peu plus profondément le bout de verre qui y était planté, puis il se sentit comme aspirer dans un tuyau et tout disparu autour de lui.