Un serpent au Terrier

par kakashi.gk

Les festivités étaient maintenant terminées. La fatigue reprenant ses droits, le soir même, une fois les couples partis pour leur nuit de noce, l'installation des invités surprises se fit rapidement.
C'est ainsi que lui, Severus Rogue, maître des potions à Poudlard, ex mangemort espion et accessoirement héros de guerre, se retrouvait à partager la chambre avec son ancien élève, un chahuteur de première qu'il avait dû, au bas mot, envoyé en retenue plusieurs centaines de fois.

Au moins il ne ronflait pas : maigre consolation.

Au début, Severus s'était inquiété de savoir le château infesté de créatures non identifiées et jugées assez dangereuses pour justifier une évacuation totale de l'école. Il conservait tout de même un certain nombre de décoctions complexes et d'ingrédients de valeur qu'il redoutait de gâcher. Pourtant, plus il y réfléchissait, plus il trouvait que cette histoire sentait le Troll.

Il est certes indéniable, pour quiconque connait Hagrid, que celui ci est capable du pire comme du meilleur, et surtout du pire. Donc jusque là tout se tenait. En revanche un petit détail le chiffonnait. Si la directrice avait effectivement tenté de prévenir la famille Prince, comment se fait-il qu'il ne l'ait pas reçu ? Granger ne lui avait-elle pas déjà écrit sous cette apparence ? Il ne s'en souvenait même plus. De toutes façons le problème ne se posait pas en ces termes, mais plutôt dans le fait que le vrai Severus Rogue n'ait pas été prévenu. En tournant ça dans tous les sens possibles, il arrivait à plusieurs hypothèses dont aucune ne pouvait se démarquer.

Il est tout à fait possible que seuls les élèves aient été écarté du château, bien que ça ne collait pas tellement avec les faits.

Peut être bien qu'elle n'avait pas encore essayé de le joindre.
Peut être l'avait elle oublié, mais il trouvait ça étonnant de la part de Minerva.

Maintenant, il n'est pas à exclure que Dumbledore ne lui ait raconté un quelconque mensonge sur des vacances improvisées... Une chose est sûre, si elle lui avait envoyé une hibou il allait lui retourner étant donné que le sort qu'il utilise modifie l'empreinte magique. Ne serait ce pas une mascarade de ce vieux fou pour le tenir éloigné de Poudlard ? N'aurait-il pas manipulé Minerva ? Peut être était-elle même au courant ?

A quoi bon essayer de comprendre quelque chose, dès que ce vieux renard d'Albus décide de s'en mêler.

Cette nuit là, le Serpentard eut du mal à répondre à l'appel de Morphée. Il était hanté par les paroles du plus jeune des fils Weasley. Et bien que celui ci se soit fait rabroué par son entourage, Severus le comprenait et lui donnait raison. En ce sens, voir le trou béant qui remplaçait l'oreille de son colocataire du soir, n'était pas le meilleur moyen pour déculpabiliser … Car oui, il se sentait coupable. Il se sentait coupable pour Georges, pour les Potter, pour la résurrection du Lord, pour la guerre et indirectement pour tous les morts victimes de la folie de celui qu'il appelait maître.

Le lendemain, c'est un Niréus au bout du rouleau qui se présenta au petit déjeuner. Il avait un mal de crâne de tous les diables et ne disposait d'aucune potion pouvant l'aider. Sans compter qu'il ne pouvait pas retourner à Poudlard pour en récupérer. Quelle galère !

_ Que se passe-t-il mon garçon ? Tu as mauvaise mine, demanda Molly.
_ C'est vrai qu'on dirait un déterré, commenta Arthur.
_ Merci du compliment ! Simple nuit blanche, répliqua Niréus avec sa verve habituelle.
_ Si tu veux, on a un petit stock de potions de soin dans la salle de bain.
_ Ça ira merci, répondit-il en se refusant toute faiblesse devant les autres. Un coup de main ? Proposa-t-il pour détourner la conversation.
_ C'est très gentil de ta part, mais tout est déjà prêt, annonça fièrement Molly. Installe-toi.

Les autres occupants de la maison arrivèrent au compte goutte et s'attablèrent devant un petit déjeuner copieux.

_ Quand Harry, Ron et Giny doivent-ils nous rejoindre ? s'enquit Charlie.
_ A mon avis ils ne vont pas repointer leur nez de si tôt si tu vois ce que je veux dire, taquina Georges.
_ Georges ! Réprimanda Mme Weasley tandis que Charlie souriait des sous entendus de son frère.
_ Ben quoi ? C'est vrai ! Se plaignit le jumeau rescapé.
Alors que chacun rajoutait une couche, Severus se désespérait d'être tombé dans une assemblée aussi bavarde. Comment était il possible de parler autant de bon matin !
_ Il n'empêche que j'aimerais beaucoup connaître mes petits enfants … pas toi Molly ?
_ Si bien sûr, mais ils ont tout le temps d'y penser !

L'esprit retors du serpentard ne put se retenir d'effectuer une brève estimation. Six enfants survivants. En supposant qu'ils soient aussi prolixes que leurs géniteurs, ça fait environ dans les cinq gosses par couple, soit un total approximatif de trente cinq mouflets. Bonjour les réunions de famille !

_ Bon, maman. Je dois repartir pour la Roumanie. Je ne peux pas rester plus longtemps : une naissance était prévue cette semaine et je ne voudrais pas la rater.
_ D'accord mon chéri. Tu reviendras pour Noël tout de même ?
_ Rien n'est moins sûr, tu sais combien l'hiver peut être fatal aux dragons.
_ Chaque année c'est la même chose, se plaignit Molly tandis que son deuxième fils s'étendait en accolades. Bill a promis qu'il reviendrait passer Noël avec nous, lui.
_ Faut le comprendre maman, il y a un monde entre les gallions et la bouse fraîche, taquina Georges.
_ Tu crois pas si bien dire petit frère. C'est beaucoup plus confortable lorsque tu tombes, répondit Charlie du tac au tac.
Sympa comme conversation pendant le repas pensa Niréus.
_ Nous aussi on va y aller, sinon on va être en retard au Ministère, dirent Percy et son père.
_ Pfff, heureusement que vous êtes obligés de rester vous deux, sans quoi je me retrouvais bien seule, déclara Molly en s'adressant à Hermione et Niréus.
_ Et moi je compte pour du beurre ? Grommela Georges.
_ Je croyais que tu devais aller au magasin ?
_ J'ai pas dit le contraire.
_ …
_ Pourquoi serais-je le seul à qui on ne demande pas l'emploi du temps ?
_ Idiot!

Séverus se désespéra devant cet art de parler pour ne rien dire. Cela dit, tous ces blablas mis à part, il devait reconnaître que Molly était un véritable cordon bleu. Après avoir goûté ses œufs au bacon, il regrettait d'avoir toujours refusé de rester après les réunions de l'ordre. Une grosse perte comparé à sa tambouille personnelle.

Petit à petit l'assemblée se réduisit comme peau de chagrin et il ne resta bientôt plus que Molly, Hermione et Niréus. Ce dernier s'absenta une petite partie de l'après midi, prétendant des courses, pour se rendre à son apothicaire habituel et se reconstituer un petit nécessaire. Et puis il devait préparer un bon stock de pastilles pour la voix, juste au cas où.

Au Terrier, la journée fut très calme. Pendant que Mme Weasley se chargeait de ses tâches ménagères quotidiennes, Hermione planchait sur ses devoirs de vacance. Son esprit était cependant ailleurs car une question cruciale lui trottait dans la tête : que pouvait-elle offrir à son ami et au professeur Rogue. Après tout elle ne connaissait presque rien d'eux … Cela lui faisait étrange d'envisager de faire un cadeau à un professeur, surtout ce professeur en particulier. Pourtant elle ne concevait pas de l'ignorer alors que celui ci avait tant fait pour elle il y a peu de temps … Elle décida d'essayer d'en glisser un mot à Niréus, peut être que lui aurait une idée. Et l'occasion se présenta en début de soirée, au moment où ils allèrent nourrir les poulets pendant que Mme Weasley préparait le repas.

Le problème était : comment aborder le sujet ?

_ Alors ces emplettes ? Bien passé ?
_ Hum, répondit-il plus occupé à séparer deux stupides volatiles qui préféraient se picorer les plumes plutôt que de du grain.
_ C'est pas gagné, soupira Hermione.

Cette dernière préféra ne rien dire jusqu'à ce qu'ils aient terminé leur tache. Elle aurait bien voulu reprocher au jeune homme son manque de dialogue mais il fallait bien reconnaître que c'était lui qui faisait le plus gros du travail. Elle se contentait de balancer du grain pendant tout en l'entendant courir dans tous les sens. Certains sons, plus lourds que d'autres, lui indiquaient même la présence de chutes. De plus vu la sensibilité et le tact de son ami, la Gryffondor s'imaginait les scènes les plus cocasses. Elle maudissait son handicap pour l'insupportable situation de faiblesse qu'il occasionnait, mais pas que : elle donnerait cher pour assister au combat Niréus versus le coq …

Lorsqu'ils retournèrent au bercail, le serpentard donnait l'impression d'avoir fait une coloration tant il avait de foin collé dans les cheveux par les bons soins d'une colle totalement naturelle à base de grain raffiné. Le fumet peu délicat jurait avec l'odeur appétissante du ragout de mouton préparé par Mme Weasley.

_ Je pense que j'ai besoin de prendre une douche, annonça-t-il froidement. Puis je utiliser vos affaires de toilette, je n'ai rien emmené avec moi malheureusement. Je participerai aux frais bien entendu.

Hermione ne pouvait pas voir la réaction de Molly et donc savoir si celle ci le prenait bien ou mal, et par la même occasion, savoir si elle devait ou non intervenir. Ce fut surement son ton solennel, dépourvu de mépris qui le sauva et déclencha une belle crise de rire chez la maîtresse de maison.

_ Ah, ah, ah ! Sacré chenapan. C'est bien gentil de ta part mais tu es notre invité ici ! Le Terrier est ta maison. C'est déjà beaucoup que tu participes si activement aux travaux quotidiens. Va te laver, je vais te donner quelque chose à te mettre. Tu sais ajuster tes vêtements ?
_ Euh, oui madame, répondit puérilement Severus, désarçonné par le fait d'être traité comme un mouflet.

Pendant ce temps, c'est un Hermione en larmes qui se rendit dans sa chambre en imaginant la tête du terrible et fier Niréus après s'être fait gronder comme un gamin. Décidément être aveugle avait de bien mauvais côtés.

_ Si ça vous fait tant rire, dans quel état seriez vous si vous m'aviez vu dans les vieilles frusques de M Weasley avant qu'elles ne soient réajustées : une petit régime ce serait pas du luxe, ironisa le jeune homme qui entrait dans la chambre.
_ Pitié, laisse moi respirer un peu supplia Hermione, qui riait à en avoir mal aux côtes.

Rogue, pour une fois, ne releva pas. Il se sentait horriblement mal à l'aise dans cette maison. Tout était si agréable, si dépourvu de tension. Un foyer normal diffusant énormément de chaleur humaine. C'était si inhabituel, si irréel pour lui. Lorsqu'il se déplaçait dans les couloirs, ses oreilles n'étaient pas heurtées par les hurlements de souffrances lâchés par des captifs, son cœur ne se serrait pas aux cris d'agonie d'une femme, ses narines n'étaient pas incommodés par le mélange de sang, de sueur et d'urine. Et les rapports humains n'étaient pas ceux d'un maître à ses esclaves. Ni haine, ni rage, ni perversion … Où avait-il vécu toutes ces années … Que faisait-il ici …

_ Hé ho !
_ Hein ?
_ Com … Oh et puis laisse tomber ! Est ce que tu m'écoutait au moins ?
_ Euh, non, répondit-il en toute honnêteté.
_ M'en doutais ! Pesta Hermione qui n'en pouvait plus de devoir prendre les gants blancs pour lui parler.
_ Qu'y a-t-il de si important ?
_ Noël ! S'emporta-t-elle.
_ Si c'est pour moi, non merci, pas besoin d'attrape poussière supplémentaire.
_ Pas toi crétin ! Le professeur Rogue !
_ Crétin ? Comment os … le qui ?
_ Tu m'as bien compris. J'ai besoin de ton aide pour trouver un présent au professeur Rogue.
_ Un présent … (quelle situation aberrante tout de même)
_ Quoi ? On dirait que ça t'étonne ! Grommela la jeune femme sur la défensive.
_ Euh, oui, un peu … ce qui me tracasse c'est pourquoi !
_ Humpf, motivations personnelles.
_ La politique de la langue de bois ? Très bien, mais ne comptez pas sur moi pour vous aider …

En règles générales, avec Harry et Ron, de tels différends étaient le prélude d'une longue période de « je ne te parle pas et moi non plus ». Maitrisant ses réflexes nés de l'habitude, la jeune femme prit partie de donner un tournant plus adulte à leur débat houleux. Ce qui l'exaspérait c'est qu'avec Niréus, adopter une attitude mature revenait à s'incliner devant sa maestria. Elle comprenait maintenant ce que ressentaient ses vieux amis lorsqu'ils lui reprochaient d'avoir toujours raison. Non pas que Niréus ait toujours raison, mais il avait l'art et la manière de tourner les choses à son avantage, de manipuler les gens, de donner une tournure logique à ce qui ne l'était pas, bref, de rouler tout le monde dans la farine.

_ D'accord tu as gagné. Je veux offrir un petit quelque chose au professeur pour le remercier de m'avoir sauver la vie, et puis pour un autre motif un peu plus personnel.

Niréus regrettait que la gryffondor ne se soit pas laisser emporter. Ça aurait rendu la conversation, à coup sûr, stérile. D'autant que cette conversation devenait vraiment embarrassante.

_ Plus personnelle ? Ne comprit pas Severus.
_ Oui, ça a un rapport avec son comportement immédiat vis à vis de l'accident.
_ Oh … ( elle doit surement parler de ses parents, pensa-t-il)
_ Donc tu comprendras que ma démarche n'a rien de déplacée. Elle est plutôt légitime.
_ Euh … si vous le dites …
_ Alors à ton avis, qu'est ce qui pourrait être significatif ? … Lui faire plaisir dans un sens …

Disparaitre de ma vie serait une bonne solution, pensa-t-il. « Menteur va » répliqua son for intérieur qui reprenait du service.

_ C'est que c'est difficile de cerner le personnage, commenta Hermione.
« Elle a bien raison la p'tite dame ! Si je n'étais pas là, tu ne saurais pas ce que tu veux toi même ! »

Passant outre cette remarque faite de lui même à lui même, Severus demeurait pensif. Ce plan foireux l'avait embarqué dans des situations bien compliqués, mais là c'était la cerise sur le gâteau. La miss je sais tout qui veut lui faire un cadeau, mais où va le monde !

_ Euh … à mon avis, le mieux serait de le laisser tranquille …
_ J'y tiens, tu ne me feras pas changer d'avis, répliqua Hermione.
_ Pour ce que je sais de lui, c'est un homme assez renfermé. Il n'attend plus rien des autres.
_ Il doit bien avoir quelque chose qui a encore une valeur à ses yeux ?
_ Pas que je sache, poursuivit Niréus en prenant garde de ne pas donner l'illusion de tout connaître sur lui.
_ Il n'y a pas certaines choses auxquelles tu le vois s'intéresser, certaines aspirations dont il te fait part ?
_ Non, il reste de longs moments seul, le regard vide, l'esprit ailleurs. Je pense qu'il ne vit plus que pour de souvenirs … Si j'en crois les ragots et journaux, c'est un homme qui a tout perdu.
_ Tu n'as pas idée … (oh, je pense en avoir une justement, ironisa-t-il pour lui même)
_ D'une certaine façon, vous devez vous ressembler, commenta-t-il pour meubler la conversation.

Cette dernière remarque eut pour effet de plonger Hermione dans une profonde introspection. Ressemblait-elle vraiment au professeur Rogue ?

Ils partageaient à l'évidence certaines dispositions pour l'étude, bien que celui ci soit infiniment plus talentueux (son livre de potion en est la preuve).
Pourtant elle n'arrivait pas à se reconnaître dans cet homme. Elle n'avait jamais connu cette solitude si caractéristique du maître des potions. Elle avait des amis, une famille. Jamais elle n'avait ressentie une haine si puissante qu'elle puisse la conduire à faire des choix si drastiques … mais, à la réflexion, peut être avait elle une trop haute opinion d'elle même … Cette haine justement, la rongeait de l'intérieur de puis quelques mois, depuis qu'elle avait perdu quelque chose d'important, sa famille. Dès lors qu'ils avaient connu l'amour, ils étaient immanquablement amené à rencontrer la haine. L'un et l'autre étaient indissociables … Oui, elle aspirait à sa vengeance … Peut être le comprenait-elle plus que ce qu'elle voulait bien croire. Toute cette joie n'était qu'une façade, une philosophie qui la conduisait à profiter du moment présent pour oublier. Cependant on oublie jamais … Livrée à elle même, elle était triste, elle rêvait de pouvoir retrouver ce qu'elle avait perdu …
De toute évidence, ils se ressemblaient beaucoup.

Dans ce cas, qu'est ce qui lui ferait le plus plaisir, à elle ? Rien de plus évident ! Rien de plus impossible … Quoique … à la rigueur … il existait bien un moyen … Harry, elle devait parler à Harry.

_ Eureka
_ Eure-quoi ? S'étonna-t-il. (Qu'est ce qui lui est passé par la tête ?)

Hermione ne prit pas la peine de lui répondre et partit en trombe dans les escaliers, le laissant coi. Le temps pour lui de réagir et elle se trouvait déjà au portillon d'entrée. Il allait la héler quand elle disparut purement et simplement. Inutile de préciser que Severus était furieux. Cette gamine était vraiment inconsciente ! Transplaner on ne sait où, seule, dans son état, sans rien dire à personne !

_ Mme Weasley ! Hermione vous a-t-elle dit où elle allait ?
_ Non, pourquoi ?
_ Elle vient de transplaner !
_ Oh … fit Molly inquiéte.
_ C'est tout ce que vous trouvez à dire? J'espère que vous lui passerez un bon savon quand elle reviendra ! Peut être que vous elle vous écoutera !
_ Allons, calme-toi mon garçon.
_ Me calmer, mais vous ne vous rendez pas compte de la gravité de la situation !
_ Au contraire, mais on ne peut rien faire pour le moment … Et puis tu sais, c'est de notre Hermione qu'on parle : elle en a vu de bien pire, voulut rassurer Molly.
_ Au moins elle les a vu ! Vociféra-t-il en claquant la porte de la maison.

Molly Weasley retourna à son tricot pour essayer de ne pas trop se faire de souci. Si elle ne se maîtrisait pas, elle serait dans le même état que le jour où ses garnements de fils avaient volé la voiture.

Pourquoi Hermione n'était-elle pas partit avec Niréus ? Peut être avait-elle quelque chose à acheter qu'il ne devait pas voir … Après tout c'est l'époque. Dans ce cas pourquoi ne lui avait elle pas demandé de l'accompagner …

Elle sourit en repensant à la réaction du jeune homme. Il était bien accroché … Ça a l'air d'être un type bien. Ils feront un beau couple … Hermione a tout de même de drôles de gouts. Il est plutôt joli garçon mais quel caractère !

Pendant ce temps, Niréus arpentait rageusement le jardin. Il passait ses nerfs en shootant sauvagement dans les gnomes qui se trouvaient sur sa route. S'il était arrivé quelque chose à cette perruche il allait décevoir Dumbledore ce qui l'ennuyait sérieusement car malgré toutes ses critiques, il demeurait très attaché au vieil homme, même si ce dernier n'était plus qu'une toile peinte. Le pire c'est qu'il devrait faire face à la colère de Minerva, quelle poisse. Et puis, il n'avait aucune envie de se sentir coupable !
En lui même, sous cette façade de colère, il était inquiet, inquiet à en être malade. Et
plus le temps passait, plus son angoisse grandissait …

Ce n'est que deux heures plus tard que la jeune femme daigna réapparaitre, alors qu'ils étaient attablés. Elle était trempée, et maculée de boue avec plusieurs égratignures sanguinolentes. Mme Weasley se rua sur elle, en métamorphosant d'urgence un torchon en serviette. Elle la sermonna et la réprimanda pendant qu'Hermione se répandait en milles excuses. Niréus, l'ignora royalement. Où elle était ? Il n'en avait rien à faire. Pourquoi ? Il n'en avait rien à faire. Que s'était-il passé ? Il n'en avait rien à faire. Que contenait le mouchoir qu'elle gardait précieusement ? Il n'en avait rien à faire. Pour résumer : il se lavait les mains de toute cette histoire !

Il était tout de même soulagé de la voir revenir en bonne forme.

Avant qu'Hermione ne s'installe, il prit congé de ses hôtes, non sans proposer de nouveaux ses services. Le regard noir que lui lança Molly constitua une réponse on ne peut plus claire.

Il profita de l'exclusivité des droits dont il disposait sur cette chambre pour la soirée (Georges était parti pour un voyage d'affaire sur on ne sait quelle négociation douteuse et ne reviendrait que le lendemain, voire plus tard si Severus avait de la chance). Il s'enferma magiquement, se prit un bon verre de Whisky pur acheté lors de son escapade sur le chemin de traverse, et feuilleta le livret de commande de l'apothicaire qu'il fréquentait habituellement. Une petite voix hésitante retenti du couloir :

_ Niréus ?

Il ne répondit pas.
On toqua à la porte.
Il ne leva même pas un cil.
Nouvelle tentative.

_ Niréus …

Hors de question qu'il flanche. Il se donnait un mal de chien pour la protéger. Il délaissait son travail à cause d'elle. Tous ces sacrifices pour finalement obtenir ça comme récompense. C'était tout bonnement inadmissible ! Quitte à jouer les chiens de garde pour demoiselle, casse pied, en détresse, autant que la dite casse pied témoigne un peu de reconnaissance !

« J'mise une noise que tu vas t'en mordre les doigts p'tit vieux »

Eh oh, pas d'écart de comportement ! Même de la part de ma soit disant conscience !
Severus n'en doutait pas, parler avec soi même n'est pas ce qu'il y a de plus recommandé, mais il avait un sérieux besoin d'enguirlander quelqu'un. A défaut de victime en chair et en os, son lui même agaçant ferait très bien l'affaire. A défaut d'être très net, ça défoule.
Et puis je ne suis pas si vieux.

« Whou, y'a du progrès, pour une fois que c'est toi qui le dit »
Humpf.
Il n'en croyait pas ses pensées, se faire clouer le bec par sa propre conscience.

« Il n'empêche que tu ne devrais pas faire ta tête d'hippogriffe pour rien »
Pour rien ! Tous les problèmes qu'elle m'aurait amené cette idiote si jamais il lui était arrivé quelque chose ! Mine de rien elle est cherchée par un ancien mangemort fou qui doit avoir dans l'idée de reprendre le flambeau de son taré d'ancien maître. Joli tableau.

« Problèmes, problèmes, pfff … Avoue plutôt que t'étais mort d'inquiétude. Et ça te rend malade. »
Malade ?

« Ouaip, t'assumes pas. »
Assumer ?

« Exactement. Ça te dépasse de te rendre compte que tu t'es de nouveau attaché à quelqu'un. »
Comment ça attaché ?

« Bah, elle te plait bien la p'tite »
Qu'est ce que c'est que cette histoire encore !

« Joue pas les étonnés »
Je ne me suis attaché à cette satanée gamine que parce que j'ai eu pour mission de la
protéger !

« A d'autres. »
Ce serait absolument inconvenant et immoral !

« Depuis quand tu te préoccupes des convenances ? Un Serpentard entiché d'une sang de bourbe, un mangemort qui ne participe jamais aux orgies, un bras droit qui trahit son maître du début à la fin, c'est vrai que t'as toujours tout fait dans les règles ... »
Je suis son professeur.

« Pas faux, mais techniquement elle a été ta collègue … et elle le serait encore si elle n'avait pas fait de mauvaise rencontre. L'argument est un peu léger, non ? »
Je pourrais très bien être son père !

«Yaoutch, tu l'aurais eu bien jeune alors. N'oublie pas qu'elle est plus âgée que les autres d'un peu plus d'un an, c'était sur les registres. Et puis tu l'as dit toi même : t'es pas si vieux. C'est en âge sorcier qu'on cause là. »
Ridicule.

« Il est temps de te faire une raison : Lily est morte. »


« Elle a choisi Potter et t'a traité comme une bouse de dragon séchée. »
La ferme …

« Elle n'a été qu'une petite ingrate, égoïste, sans c … »
LA FERME !

Severus coupa net ce monologue bilatéral absurde. Comment pouvait-il se faire ainsi sermonner par lui même ? Et toutes ces horreurs, comment pouvait-il même ne serait-ce qu'y penser !

_ Ah cette goule ! Elle commence sérieusement à dépasser les bornes !

C'était Molly qu'il entendait, montant frénétiquement les escaliers d'un pas lourd et agacé. Pourquoi s'énervait-elle ? La goule ne s'était pourtant pas manifestée.

« C'est toi qui vient de hurler, banane ! »

Encore secoué, le serpentard se reconditionna l'esprit pour ne penser qu'à son travail. A cause de la miss je sais tout il se retrouvait avec un retard monstre dans le renouvellement de ses stock, et une montagne de copies à corriger. Ce n'était pas passionnant en soi mais ça avait le mérite de ne pas nuire à sa santé mentale.

Le lendemain le Terrier fut affreusement bruyant. Et pour cause, toutes les marmottes étaient rentrées au bercail. Il ne fallut pas plus de dix minutes au serpentard d'ordinaire si taciturne pour se sentir envahi d'une grande fatigue : tant de communautarisme d'un coup ça vous tue un Severus. Et puis qui avait-il de plus lourd que les retrouvailles avec un couple fraîchement marié ? Celles avec deux couples tout juste mariés assorti d'un sans gène à la Georges Weasley : les remarques grivoises fusaient à la vitesse d'un cognard furieux. Si furieux que Mme Weasley n'arrivait plus à le contenir.

S'il ne faisait pas de doute que Giny, habituée à l'humour de son frère ainé, ne s'en formalisait pas bien au contraire, Severus plaignait la femme de Ron, a priori plutôt réservée. Il se sentait moins seul à la voir se dandiner, gênée, sur son siège.

Hermione fit plusieurs tentatives pour accrocher l'attention de Niréus et engager la conversation mais celui ci semblait fasciné par son pudding aux fruit confits. Arriver à identifier tous les fruits étant une tâche assez difficile, il ne pouvait pas se permettre de discutailler en même temps.

Son attitude attrista le jeune femme. Il le vit et s'en réjouit. Au moins le message passera.

Pour ceux qui n'étaient pas contraints par leurs obligations respectives, la journée fut des plus agréables (oui, oui, même pour Severus).

La matinée fut consacrée à une bataille de boules de neige généralisée. Niréus ne vit tout d'abord pas d'un bon œil cette initiative. Il n'avait aucune envie de jouer comme un gamin de 6ans et de se retrouver trempé jusqu'aux os. Il se positionna sur un talus en statut d'observateur. Son air sévère et fermé dissuada tout ceux qui pouvaient le voir, de le prendre à partie. Une personne n'en tint pourtant pas compte et le canonna sans pitié par derrière.

D'un bond félin, Niréus fit face à l'agresseur, prêt à le pourrir. Il n'en fit rien. Après tout le vil individu n'avait pas pu voir sa flagrante manifestation de ne pas participer au jeu. De plus il affichait un petit minois … « Allez lâche le : attendrissant » qui criait silencieusement : je suis vraiment désolée, pardonnes moi je t'en prie.

Le serpentard, qui s'était toujours crut affublé d'une rancune sans nom, se surprit à sourire dans une sorte de rictus amélioré, sa rancoeur fondant comme la neige qui lui maculait maintenant le cheveux. Comme réponse à sa question muette, il rassembla un tas conséquent de neige blanche, prit son temps pour en faire une boule parfaite tout en se délectant de voir la mine déçue de la jeune femme qui pensait surement qu'il n'était pas décidé à lui pardonner.

Autour d'eux, plus un bruit. Tout le monde avait arrêté ses activités pour observer leur duel. Niréus perçut même une certaine tension chez Potter et le dernier des Weasley, qui semblaient montés sur un ressort, prêts à intervenir, comme s'il allait la massacrer.

Qui aurait percé l'illusion aurait été étonné de voir Severus Rogue lancer une boule de neige à la miss je sais tout qu'il exécrait tant il n'y a pas si longtemps. Une attitude d'autant plus étrange qu'il eut la prévenance de diriger sa contre attaque vers l'épaule et non le visage, eut égard à la faiblesse de son adversaire.

Hermione accusa le coup, surprise. Déséquilibrée, elle tangua un moment avant de s'affaler sans grâce dans le manteau blanc qui recouvrait le jardin. Le serpentard émit un bref ricanement satisfait avant d'annoncer :

_ Oeil pour œil, dent pour dent, miss têtue.
_ Un partout, boule au centre, répondit la gryffondor, un large sourire de soulagement plaqué sur le visage.

Les autres rirent à cet échange de coups et de mots, bien qu'ils n'en comprirent pas la véritable portée. C'est qu'ils n'avaient pas été initié au langage niréoroguien qu'Hermione avait réussi à appréhender, et fait sien. Il n'y avait pas là un jeu de mot provocateur, pas de tension ou de menace, non. C'était bel et bien une réconciliation.

Niréus se prit au jeu de la bataille de boules de neige. Bien obligé, il n'allait tout de même pas se laisser faire sans se défendre. Et puis, pouvoir bombarder Potter en toute impunité avait quelque chose de jouissif qu'il n'aurait voulu manquer pour rien au monde.

Malgré lui il adopta une attitude très protectrice vis à vis d'Hermione. Il avait constamment un œil sur elle pour vérifier qu'elle ne se blesse pas. En effets les souches, rochers et autres arbrisseaux étaient autant de dangers pour une personne aveugle.

Pourtant il n'eut pas à intervenir. La jeune femme, il est vrai, trébuchait parfois, mais elle se débrouillait pas plus mal que certains bien voyants. Elle parvenait même à éviter certaines boules de neiges. En la regardant ainsi, Severus l'admirait. Elle avait parcouru tellement de chemin depuis le jour où il l'avait vu sortir de l'infirmerie presque à quatre pattes pour avancer. Il enviait sa détermination et son courage. Si seulement il avait pu à son âge bénéficier d'une telle force de caractère, comme la vie aurait été douce.

Lorsque vint l'heure du déjeuner c'est une équipe de bonhommes de neige qui rentra au Terrier, s'attirant les foudres de Molly. Chacun mis du sien pour remettre l'entrée en état. A table, les discussions allèrent bon train. Les relations entre Niréus et les autres occupants du Terrier étaient encore froides, mais elles se détendaient progressivement. C'était assez nouveau pour lui de se sentir impliqué dans autre chose que des meurtres et des complots. Bien qu'agréable, cette situation le mettait tout de même dans l'embarras. En effet maintenant qu'on s'intéressait un peu à lui, il devait prêter une attention extrême à ce qu'il disait, allant jusqu'à s'inventer un passé de toutes pièces. A ce moment là, il se rendait compte que la discrétion d'Hermione était un bien précieux. En trois heures, ces curieux maladifs, lui avaient posé plus de questions que la jeune femme en trois mois !

L'après midi fut placé sous l'empire du saint Quidditch. Niréus s'en serait volontiers passé mais son concours fut nécessaire à la composition d'équipes : Ron et Niréus contre Harry et Giny.

Pendant que le serpentard désespérait plus haut de l'incompétence de son partenaire et de l'inconfort des balais, Hermione papotait en contrebas avec Diane, la femme de Ron.
Ce soir là, c'est bizarrement vidé que Severus s'endormit.