De main de maître

par kakashi.gk

Depuis cette victoire tant espérée, une douce routine s'était installée pour Hermione, à Poudlard. Ce qui pourrait sembler à certains une lutte permanente, était en réalité devenue une machine bien huilée.

Chaque cours était suivi avec une attention d'autant plus accrue que, à défaut de notes, seule sa mémoire lui permettait de retravailler les sujets abordés. Parfois elle osait demander à ses amis restant de lui lire quelques passages d'ouvrages de référence pour étoffer certains points qui lui semblaient légèrement obscurs aux premiers abords. Cependant, dans ces moments, la jeune femme ressentait tout le poids de son infirmité et elle souffrait en silence de sa faiblesse. Ces séances étaient toujours écourtées au point de se demander parfois pourquoi elle avait eu besoin d'entendre ces quelques lignes, quand ce n'était pas quelques mots. Pourtant Merlin sait (en réalité tout le monde sauf Hermione le savait) comme Neville et Luna étaient heureux et fier de pouvoir aider leur amie. Même Madame Pince, la bibliothécaire aigrie s'était prise au jeu et avait consentie, quand elle n'avait pas trop de travail, à rendre ce service à sa plus fidèle usagère. Et bien que tous soient motivés par de bons sentiments, Hermione y voyait, à tort, une charité protocolaire qui l'étouffait.

Les potions étaient maintenant devenues son havre de paix. C'était pourtant bien là qu'elle était le plus assistée.

Pourquoi était ce si différent avec Niréus ?

Il était celui qui lui avait fait le plus sentir que s'il l'aidait c'était bien par obligation morale. Une aide à ce point forcée qu'il n'intervenait toujours qu'en dernier recours, un peu comme pour éviter une catastrophe imminente. Et encore il fallait que celle ci soit réelle et d'une gravité acceptable pour que sa seigneurie daigne lever le petit doigt. Cette mauvaise foi et ce cynisme à peine dissimulés, pour ne pas dire pas du tout, auraient pu passer pour une manoeuvre diplomatique habile s'ils n'avaient pas été si naturellement inconscients et inconsciemment naturels. Ils conféraient cependant une apparente autonomie et une liberté de mouvements virtuelle à la gryffondor, qui ressentait ce comportement peu cavalier comme une honnêteté salvatrice.

Tous ces dénigrements étaient tout de même un peu sévères. Voilà presque un mois maintenant qu'ils collaboraient, et tout observateur averti confirmerait qu'il y avait eu bien du changement entre ces deux là. Pour être tout à fait juste, l'évolution majeure venait bien entendu, du côté niréoroguien. Ils arrivaient à tenir une conversation, hors potions, qui tienne plus de cinq minutes sans heurts, s'échangeaient des sarcasmes jamais vraiment pensés de franche camaraderie et quelques légères plaisanteries pointaient même le bout de leur nez.

Pour résumer, ils commençaient à couler la parfaite amitié. Et Hermione reconnaissait volontiers qu'elle trouvait très agréable la compagnie calme et posée de celui qu'elle prenait pour un étudiant en potions. Une amitié certes beaucoup plus intellectuelle et moins expansive que celle qui liait le trio Gryffondor. Mais après tout avec Harry et Ron cela avait aussi commencé doucement, et qui sait même si elle aurait existé sans l'intervention d'un certain troll.

Selon le professeur, cette situation était au contraire préoccupante. Il se sentait emporté dans l'infernal tourbillon de son double rôle. De plus en plus fréquemment, il commettait des confusions inacceptables entre ses deux personnages. Peut être devenait-il fou …

Dumbledore, tout du moins son portrait, lui ne s'y trompait pas dans cette dite folie. Il avait même décidé pour le moment de laisser faire le cours des choses sans intervenir. De toutes façons Severus se faisait trop méfiant depuis l'incident Hagrid, donc pour le moment il valait mieux calmer le jeu.

Il fallait à tout prix que cela cesse, pensa Rogue en faisant valser les deux tranches de bacon qui occupaient son assiette. Il avait rempli sa part du marché. Rien ne l'obligeait plus maintenant à poursuivre. Son contrat était honoré : il l'avait aidé, écouté, renseigné. Il avait accompli tout ce qu'un professeur pouvait déployer pour un élève.

Tandis qu'il se réaffirmait sa position, son regard auparavant perdu dans le vague, glissa de son assiette vers la table des Gryffondors où il repéra presque instinctivement la seule personne qui, à cette table, avait pour lui une valeur supérieure à zéro. Elle était affairée avec cet incapable de Londubat, à dénouer les cordons d'un colis assez volumineux des pattes de deux petites chouettes. Avant de se refocaliser sur son repas, Rogue remarqua qu'après avoir tâté le paquet, un certain malaise pris la jeune femme qui conserva dans sa main une petite enveloppe encore scellée, sans demander à son voisin de table de la lui lire. Quelque chose n'allait décidément pas …

Les cours reprirent sans qu'il n'ait pu tirer au clair l'affaire du colis. Aussi attendit-il la fin de la journée pour entrer en contact avec elle. Une journée longue et remplie de remontrances intérieures qui rendait un peu toujours ce même discours : Mon pauvre vieux, quel crétin tu fais ! Encore heureux qu'il fallait rejoindre ces cornichons sinon tu y retournais bêtement tête baissée. Idiot ! Arrête ton cinéma... Il semblerait qu'il soit inutile d'aller plus loin.

Toujours est-il que dès la fin du dernier cours, Rogue se mit à son bureau avec la ferme intention d'avancer dans son travail et de corriger des copies. Au diable Granger et ses états d'âmes. Il s'avéra cependant, que celles ci fussent toutes déjà corrigées et que le dernier numéro de potion magazine n'était pas encore paru. Pour couronner le tout, même le stock de l'infirmerie venait tout juste d'être renouvelé. Plus d'excuses.

C'est ainsi que Rogue redevint Niréus et se retrouva à flâner dans les couloirs du château. Il passa par la bibliothèque, puis se rendit à la salle d'étude. Personne, étrange … En effet Rogue avait remarqué, depuis qu'il connaissait la jeune femme autrement que derrière une table de travail, que si, étant sans ses acolytes et privée de sa vue, celle ci ne se trouvait pas dans ces endroits stratégiques, c'était qu'il y avait effectivement un problème. D'autant plus qu'il savait de source sûre, les tableaux étaient décidément bien loquaces ces derniers temps, qu'elle ne se trouvait pas dans ses quartiers. Il ne restait donc que le parc, autrement dit, autant chercher un botruc dans une grange à foin. Il s'y résout cependant, une balade au grand air ne lui ferait de toutes façons aucun mal.

Il commença à déambuler au hasard des sentiers. Longeant d'abord le château, il atterrit près des serres où il ne rencontra que quelques premières années égarées. Bien que peu convaincu, il poussa ses investigations jusqu'au terrain de Quidditch qui pour l'heure était occupé par ses poulains (enfin ceux de son vrai lui). Il poursuivi par les rives du lac où il fut surpris par la neige. N'y prenant pas garde, il continua ses errements, mais les perturbations se firent très rapidement beaucoup plus pressantes, et de gros flocons s'accumulait sur sa cape. Cela sonnait le glas de ses recherches.

Prudent, il s'en retourna à son point de départ quand il l'aperçut au loin. Elle était assise en tailleur sur un des dolmens qui ornaient cette partie du parc, de l'autre côté du pont de bois, et ne bougeait pas. La distance et la météo ne l'aidant pas, Severus distinguait très mal la scène. Il crut tout de même reconnaître sur ses genoux le paquet du matin.
Une soudaine bourrasque le fit frémir. Fidèle à la saison le vent était glacial, qui plus est la nuit arrivant n'était pas là pour arranger les choses. La douce pensée d'un bon feu ronronnant dans sa cheminée due malheureusement s'incliner face à son sens du devoir. Que ce soit comme professeur ou comme am... connaissance, il ne pouvait pas se permettre de laisser la jeune femme dehors par ce temps.

Arrivé à sa hauteur, il fut très enclin à jouer les beuglantes mais constata que cela se révélait inutile. Loin de dépérir, la Gryffondor avait au contraire tout prévu et se retrouvait dans un petit cocon protégé, à l'abri de la neige. Au dessus d'elle un arbre, surement ensorcelé à l'impervius, lui fournissait un toit étanche tandis que près d'elle brulait un petit feu enfermé dans un bocal. C'est surement avec un de ces feux qu'elle avait tenté de le rôtir comme une dinde de noël en première année.

Sachant par expérience qu'il est bon de temps en temps de se retrouver seul, Rogue voulut rentrer à Poudlard sans la déranger, puisqu'elle semblait se débrouiller si bien.

_ Qui est là ?

Quelque chose avait trahit sa présence ; quoi, il n'en avait aucune idée.

_ A votre avis ? Qui est le seul abruti susceptible d'être dehors par ce temps, pour vous empêcher de servir de glaçon à l'apéritif.
_ Niréus, je m'en doutais. C'est gentil de ta part d'être là mais...
_ C'est déjà bien de l'avouer ! Comment m'avez vous reconnu ?
_ Ta respiration, ton odeur, ils sont caractéristiques.
_ Vos sens commencent à bien se développer.
_ Oui. Bien que puisse pas vous différencier le professeur Rogue et toi. Vous êtes très semblables, presque comme des jumeaux. Cela doit sans doute être du à votre lien de parenté.
_ Sans doutes, s'empressa d’acquiescer Rogue, conscient de marcher sur des oeufs.
_ Mais bon comme tu le dis si bien il n'y a qu'un abruti qui puisse se trouver là, n'est ce pas ? Fit Hemione taquine avant de marquer un temps d'arrêt puis de poursuivre de manière plus morose.
Je te remercie sincèrement mais comme tu peux le voir je n'ai besoin de rien ...

_ Ah ça je n'en suis pas si sûr.
_ Pardon ?
_ Votre tête d'enterrement, et ce colis que vous trimballez depuis ce matin, sans compter l'enveloppe encore cacheté, tout m'indique le contraire. Que se passe-t-il donc qui puisse vous ébranler à ce point ?
_ Tout va bien je t'assure.
_ Je ne suis pas dupe. Que se passe-t-il ?
_ Rien.
_ Mensonge !
_ Tu ne me crois pas ?
_ Non.
_ Quel toupet !
_ Tout est question de point de vue.
_ Mes affaires ne te regardent pas ! s'énerva la jeune femme.
_ Elles me regardent dès lors qu'elles me font passer pour un bonhomme de neige un soir de décembre, répondit-il haussant lui aussi le ton, agacé.
_ Je ne t'ai rien demandé !
_ Je n'ai nullement besoin d'une autorisation, surtout venant d'une représentante du sexe faible.
_ Vas te faire voir chez Merlin ! S'emporta Hermione qui amorça une violente gifle stoppée avec une déconcertante facilité par Niréus, qui comprenant que la détresse de la Gryffondor était plus profonde qu'elle n'y paraissait, calma le jeu.
_ Impossible il est en vacances, répliqua-t-il simplement, comme si cela tombait sous le sens.

Hermione était totalement dépassée par les événements. Pourquoi fallait-il qu'au moment où tout semblait enfin se rétablir, une goutte imprévue ne vienne troubler la surface apaisée du délicat équilibre qui venait tout juste de se stabiliser.
Ce colis signifiait trop de choses qui lui faisaient peur, elle ne se sentait pas prête à cela.
Et Niréus, pourquoi réagissait-il ainsi. Il devrait hurler, la menacer de ne plus intervenir, la molester comme à leur première rencontre. Au lieu de cela il avait noyé son tempérament de feu dans une douceur tout juste ironique. Hypocrisie ! Il n'était pas si différent des autres.

Rogue de son côté tenait toujours fermement le poignée de ce bras qui, il y a quelques secondes menaçait son intégrité physique. Il la sentait fébrile sous ses doigts, ce qui confirmait ses suppositions. Il fallait la faire parler d'une manière ou d'une autre.

_ De qui est ce paquet ?

Pas de réponse. Foi de Severus elle allait parler.

_ Mis... euh, Hermione. Je crois que vous avez comme moi une vague idée de l'étendue de ma patience. Cela ne vous étonnera pas si je vous annonce que je comme à être véritablement à bout. Je vous assure que j'obtiendrais ce que je veux savoir dans les minutes qui suivent avec ou sans votre consentement. Alors pour la dernière fois, que se passe-t-il ? Sinon je me verrai contraint d'utiliser une petite potion que je vous connaissez très bien.
_ Tu n'oserais pas.
_ En êtes vous si sûr.
_ C'est illégal !
_ Ma parole contre la votre. Qui plus est l'oubliette est un sort qui arrange bien des choses.
_ C'est du chantage.
_ Vous savez ce qu'on dit, qui veut la fin justifie les moyens.

Hermione était lasse. En temps normal, jamais elle n'aurait cédé à cette demande odieuse. Mais après tout, à quoi cela l'avancerait-elle, de se taire. Le résultat serait exactement le même.

_ J'ai reçu ce matin un colis accompagné d'une lettre.

Niréus aurait voulu répliquer que jusque là il n'y avait rien de nouveau, mais n'en fit rien pour ne pas la couper dans son élan.

_ Il ne peut venir que de mes amis. Eux seuls m'écrivent. Je n'ai rien ouvert, mais j'ai bien senti qu'il s'agissait d'un livre.
_ Qu'y-a-t-il de si dramatique ?
_ S'il m'envoient un cadeau c'est qu'ils ont nécessairement du rentrer de leur mission. Ils doivent forcément être au courant pour moi, les informations circulent au ministère. Pourtant ils m'envoient un livre … J'ai peur, je ne suis pas prête à tout leur avouer. Et s'ils le savent comment leur expliquer que je leur ai menti tout ce temps …

Une larme perla de l'oeil éteint de la jeune femme. Niréus et Rogue à travers lui, auraient très bien pu, à raison, lui reprocher la situation, lui rappeler qu'ils l'avaient prévenu. Mais ils n'en firent rien. Et étonnamment ce n'était pas cette fois ci le fruit de la mise en oeuvre d'une manoeuvre manipulatrice, mais simplement de la compassion.

_ C'est tout ?
_ Comment ?
_ Il n'y a que ça qui vous tracasse ?
_ Plus ou moins, oui … répondit Hermione décontenancée.
_ Et que regroupe le moins ?
_ Je … les livres me manquent. Ils ont toujours été mes plus fidèles amis, mes meilleurs alliés. Et bien qu'on me l'a souvent reproché je ne peut pas m'en passer. Les livres m'ont accompagné dès l'instant où j'ai appris à lire. Quand on est un né moldu, on est souvent seul. On ne sait pas pourquoi, mais des choses se produisent autour de nous sans qu'on ne puisse les expliquer. Notre entourage nous croit fou. Les livres eux ne portent pas de jugement de valeur. Qui que vous soyez, ils vous instruisent, ils vous font rire ou pleurer, vous invitent à réfléchir. Tout cela m'est maintenant interdit. Oh je sais que ce n'est pas définitif, car je pourrais toujours aller chez les moldus et apprendre le braille. Mais pour cela il faudrait que je termine mon année ici, sans l'aide précieuse des multiples ouvrages de la bibliothèque.
_ Le braille ? Qu'est ce donc ?
_ Une technique moldu qui permet aux av...malvoyants de lire. Une sorte d'écriture tactile. A chaque lettre va correspondre un symbole constitué de points saillants différents.
_ Ingénieux.
_ Oui très. Dommage que le monde magique ne connaisse pas de méthode similaire, car quand bien même je connaitrais ce nouveau système, je n'aurais accès qu'à quelques livres moldus. Mais peut être que par la suite je pourrais la faire appliquer au monde sorcier...
_ Ce serait là une noble bataille c'est certain.

Pour une fois, Rogue était intégralement honnête dans son discours. Il comprenait les tourments que venait de lui exposer Hermione. Quoi que que cette dernière ait pu comprendre, s'il l'avait souvent bafoué pour n'être qu'un rat de bibliothèque sans cerveau, il ne dénonçait en rien son goût pour la lecture, mais au contraire l'utilisation qu'elle en faisait : il faut toujours conserver son esprit critique face à un écrit. Lui aussi avait, en son temps, trouvé réconfort dans ces amas de papier griffonnés, pour des motifs très proches d'ailleurs de ceux de la jeune femme. Là est l'apanage des rejetés.

_ Maintenant que les problèmes sont posés, si nous commencions par lire cette lettre ?
_ Mais …
_ A quoi cela servirait-il de repousser l'échéance. De plus, il y avait, si ma mémoire est bonne, beaucoup de conditionnel dans votre présentation. Il vaut peut être mieux être sûr.
_ Ai-je le choix ?
_ Non.

Hermione soupira, et lentement tendit la dite lettre à son comparse.

_ Niréus ?
_ Qu'y-a-t-il encore ?
_ Me rendrais-tu un grand service ?
_ Ah parce que je n'en fais pas assez.
_ Non du tout ! Tu en fais déjà beaucoup, je ne pourrais d'ailleurs jamais te remercier comme il se doit. Pourtant …
_ Pourtant ?
_ Accepterais-tu de m'accompagner le jour où je devrais tout avouer à mes amis ? Je te les présenterai, tu verras, je suis sûr que vous vous entendrez à merveille.
_ Permettez moi d'émettre des réserves.
_ Je ne te demande de t'engager à rien envers eux. Simplement ça m'aiderait beaucoup de ne pas être seule à ce moment là.
_ Pourquoi moi ? Vous devez bien avoir d'autres amis qui pourraient convenir, je ne sais pas moi, le botaniste maladroit ou la blonde farfelue.
_ Neville et Luna ?
_ Hum, si vous le dites.
_ Ils seraient ravis j'en suis sûre, mais ce n'est pas pareil.
_ C'est ridicule.
_ Niréus ?
_ Fort bien, fort bien … je viendrais, puisque cela vous tient tant à coeur. Mais je persiste à dire que c'est ridicule.
_ Me le promets-tu ?
_ Vous n'allez pas me demander de faire un serment inviolable tout de même !
_ Et si je te le demandais ?
_ Comment ?
_ Le serment, serais-tu prêt à le faire ?
_ Que... Bon très bien, j'ai compris. Votre main qu'on en finisse grommela-t-il
_ Ça ne sera pas nécessaire.
_ Ah non ! Ne commencez pas à faire la girouette ! Je ne sus pas du tout d'humeur pour ces jeux là ! Vous vouliez un serment inviolable, j'ai consenti, je le fait, un point c'est tout !
_ Inutile, je te crois sur parole.

Rogue se sentit déstabilisé par cette marque de confiance. Il n'avait pas pour habitude que les gens lui accorde tant de crédit, sans plus de preuves, même Dumbledore l'avait mis à l'épreuve.
Il se saisit du pli et le décacheta, puis se mit à lire ce qu'il reconnaissait comme l'écriture de Potter :

Hermione,

Nous avons achevé nos exercices avec succès et nous sommes depuis quelques jours de retour au Terrier. Tu ne peux pas savoir comme ces « travaux pratiques » ont été épuisants, que ce soit ici ou dans d'autres pays. Par moment on se serait cru revenir à l'année dernière lors que nous fuyions, le confort et ton agréable et utile compagnie en moins. Ron a même obtenu sa première blessure de guerre : une belle balafre qu'il ne pourra je pense pas te montrer vu l'emplacement. Il en était très fier au début, et se pavanait comme un coq pour raconter à tout e monde comme il l'avait eu, et avec quelle bravoure il avait évité la mort. Il s'est tout de même refroidi quand notre supérieur l'a félicité en lui garantissant qu'il serait bientôt un auror aussi compétent et couturé que ne l'était Fol Oeil. Tu aurais du voir sa tête, c'était tordant.
Hermione … Molly nous a tout raconté de l'accident. C'est horrible, comment te sens-tu ? Pourquoi ne nous avoir rien dit. On aurait pu t'aider, on serait venu avec toi, nos chefs l'auraient compris. Et puis au pire tu sais on ne retardait notre formation que d'une année. Ce n'est pas très important à nos yeux. Pitié Hermione, réponds nous, rassure nous, ou c'est nous qui viendrons à Poudlard, quoi qu'il nous en coûte. On est un trio de Gryffondor, on délaisse pas ses amis. Même si on imagine que personne à Poudlard n'aurait pu te laisser tomber, on est très inquiets, surtout que Molly dit n'avoir aucune nouvelles …
On a absolument voulu te faire un petit cadeau tous les deux pour te remonter un peu le moral. Tout notre première solde y est passée. On pense que ça devrait te plaire : c'est l'ouvrage de référence des potions et sorts médicomagiques. Un pur authentique puisqu'on l'a acheté au directeur même de St Mangouste, un sacré radin celui là. En plus au passage on a été discuté avec la responsable du département des créatures magiques du Ministère. Si elle n'a pas été très emballée par le front de libération des elfes, en revanche elle a trouvé très intéressante l'idée d'un front de protection de ces créatures pour prévenir des traitements trop dégradants. Selon elle il faudrait creuser le projet, et elle attend de te rencontrer pour en discuter. Pas mal pas vrai. Pour une fois tu ne pourras pas dire qu'on y met pas du nôtre.
Une dernière chose, ça fait bizarre de t'annoncer ça dans le contexte actuel mais on ne peut pas faire ça sans toi :
Hermione Jane Granger, vous êtes cordialement invitée à venir fêtez l'union conjointe de Messieurs Harry Potter et Ronald Weasley, avec Mesdemoiselles Giny Weasley et Diane Larivière, le 19 décembre de cette année.
Bon d'accord c'est un peu pompeux mais on voulait faire ça dans les formes. Alors ça t'étonne ? Bon tout est dit je crois. J'aimerais beaucoup que tu sois mon témoin, puisque tu es un peu ma famille. Bien entendu, tu peux inviter qui te plaira, tes amis sont nos amis. Pitié évite Malefoy et Rogue (quoique j'ai longtemps hésité à l'inviter, mais je me suis dit qu'il ne souhaiterait surement pas assister au mariage d'un Potter). Tous nos amis de l'armée de Dumbledore et de l'Ordre seront là.
Voilà, voilà …
Répond nous vite Hermione !
Grosses bises de la part de tous.

Niréus pâlit à la lecture du dernier paragraphe : mais dans quelle bouse de dragon avait-il encore plongé la tête la première !

Hermione quant à elle avait la gorge nouée. Tout ce qu'elle avait prédit était vrai. Mais la situation était bien pire qu'elle ne l'avait imaginé puisque ses amis avaient appris l'accident et la mort de ses parents, mais a priori ils ne savaient rien pour son infirmité. Comme cela aurait été simple s'ils avaient été informés de l'intégralité de l'affaire. Fort heureusement son ami avait accepté de venir, en plus il pourra lui servir de cavalier. Si le professeur Rogue savait qu'un membre de sa famille allait assister au mariage du fils de son pire ennemi, il l'étranglerait surement : Hermione sourit à cette pensée.

Rogue lui était tétanisé par l'annonce : il s'était engagé et allait participer au mariage de ce crétin de Potter. Quel cauchemard ! Quel horreur ! Quel infamie ! Un désastre !
Non, non, non, non, non, cela ne pouvait pas être vrai …

_ Ne t'en fais pas Niréus, je ne te ferai pas l'affront de porter la tenue que je t'avais annoncé la dernière fois, quand tu m'apprenais la potion de ratatinage, voulut plaisanter Hermione, mais le coeur n'y était pas.

_ Hein ?
_ La robe et les chaussettes, il y avait aussi une histoire de canadienne je crois, je ne m'en souviens plus … Un mariage, c'est merveilleux. Mme Weasley doit être aux anges, et nerveuse aussi … fit Hermione pensive.
_ …
_ Je n'y irai pas, lâcha-t-elle dépitée.
_ Magnifique, au moins je n'aurais pas à l'accompagner, jubila Rogue intérieurement.
_ … Ai-je tort ? …
_ Non ! S'empressa-t-il d'acquiescer hypocritement. Et puis de toutes faons je n'aurais pas pu vous accompagner, l'occasion était bien trop solennelle.

Son regard tomba cependant sur le livre et sans se l'expliquer il se ravisa.

_ Non, vous avez raison, trouvez n'importe quelle excuse et dérobez vous.
_ Me dérober ?
_ Oui. De toutes façons qui ira vous le reprocher puisqu'ils vous croiront. Profitez en. Si la crédulité existe c'est bien pour servir.
_ Mais ?
_ Pourquoi hésiter ? Après ce n'est qu'une cérémonie de pacotille.
_ C'est le mariage de mes amis !
_ Amis, amis, ce n'est qu'intérêts. Comme je vous l'ai déjà dit les amis c'est comme les chemises, on les use et quand elles sont inutilisables on les change. Vos deux crétins d'amis ont été bien utiles quand ils étaient à Poudlard, ça vous faisait de la compagnie, des larbins pour les tâches pénibles, des attardés qui vous faisaient sentir supérieure. Il se sont bien servis de vous d'ailleurs. Vous êtes quitte, vous ne leur devez rien. Est ce qu'ils étaient là quand votre famille a périt ? Non. Est ce qu'il se sont même soucié de vous ? Non. Et n'allez pas me dire que vous croyez à leurs balivernes : les aurors sont les premiers à être tenu au courant des crimes sorciers, surtout lorsqu'ils sont commis à l'encontre de personnes aussi médiatiques.
_ La ferme !!!

Niréus, puisque c'était lui qui agissait au détriment des intérêts de son créateur, avait conscience de dépasser les limites, mais il le fallait. Pour faire réagir des êtres aussi bornés qu'elle (il en savait quelque chose, n'étant pas lui même un enfant de coeur dans ce domaine), il fallait appuyer là où ça fait mal (tout en évitant bien entendu de se faire tuer au passage).

_ La ferme ? Pourquoi ?
_ …
_ Vous les croyez ? Demanda-t-il comme s'il s'adressait à une demeurée.
_ O... Oui, confirma-t-elle fermement.
_ Vous êtes prête à ne pas remettre en question ce qu'ils vous disent. Vous avez là une belle opinion de vos amis, c'est louable. Ils ont donc beaucoup de valeur à vos yeux. Ils pourraient presque en être fiers, conclut-il tranchant.
_ Presque ?
_ Qui pourrait être fier d'un lâche ?
_ Je ne suis pas lâche !
_ Pourtant vous avez peur et vous fuyez depuis longtemps déjà devant vos responsabilités. Seule la couardise peut expliquer vos gestes. Et vous êtes prête à décevoir des amis si vertueux., à ternir le plus beau jour de leur vie par votre absence, voire à compromettre l'union de l'un d'eux puisque vous en êtes le témoin. Comment qualifierez vous cette conduite abjecte ?
_ J... Je …

Bon sang c'est une dure à cuire pensa l'homme en constatant qu'elle n'était toujours pas disposée a lui dire ouvertement qu'elle allait honorer ses obligations. Il allait donc devoir employer les grands moyens, tant pis s'il y a de la casse.

_ En somme vous êtes indigne de leur amitié, indigne de l'écusson que vous arborez sur vos robes de sorcier. A quoi bon se targuer de relever du noble et vaillant (ne pas s'étrangler en disant ça, ne pas s'étrangler) Gryffondor si vous n'avez que la faiblesse du blaireau et l'immorale perfidie du serpent.
_ Niré …
_ D'ailleurs l'accident de votre famille est là pour …
_ Niréus !
_ …
_ Pitié, arrête. J'ai compris ton message.

_ …
_ Tu as gagné. J'irai … Et je ne t'impose pas de venir.
_ A la bonne heure … Et bé, c'est pas trop tôt ! S'exclama-t-il (posément) perdant instantanément son ton acide et cinglant.

Le long échange qui venait d'avoir lieu avec le jeune homme laissait à Hermione un arrière goût amer. Elle avait très bien compris, même si elle avait mis du temps, que ce discours hargneux n'avait qu'un seul but : la faire réagir. Pourtant quelque chose la taraudait, elle ne pouvait s'empêcher de voir la vérité dans ces accusations :

_ Niréus ?
_ Hum ?
_ Pensais-tu vraiment tout ce que tu disais ?
_ Tout dépend du moment.
_ C'est à dire ?
_ Vous savez Hermione, la seule chose qui nous permette de juger un homme, ce ne sont ni ses apparences, ni sa lignée, ni sa condition ou même son intellect, non, seuls les actes comptent et déterminent qui l'ont est vraiment. Alors maintenant que votre décision est arrêtée, non je ne pense pas un traitre mot de ce que j'ai pu dire.
_ Et si je m'étais obstinée.
_ Alors j'aurais continué mes reproches avec une virulence de plus en plus accrue, attendu un délai raisonnable pour me faire une idée sur vous puis, si la flamme de l'espoir de vous voir changer s'éteignait, j'aurais abandonné, car à ce moment là vous auriez atteint de telles extrémités que vous cracher le pire des venins aurait été chose futile. Vous n'auriez pas valu la peine que l'on se démène pour vous et votre attitude aurait amené la preuve que mes allégations étaient exactes.
_ Je comprends... Hun, hun, je me demande ce qu'il y a de pire : quand tu joues les psychologues ou bien l'associal, ricana-t-elle faiblement.
_ A chaque circonstance sa réaction … Bien et si nous rentrions. Il commence à faire réellement froid et il est absolument hors de question que je vous prête ma cape ! Je ne tiens pas à sentir la fille.
_ Ça changerait des crapauds cornus !

Sur cette dernière taquinerie, ils rentrèrent au château. Niréus raccompagna la gryffondor à ses appartements, et rejoint pour finir ses cachots, tout guilleret d'avoir de main de maître accompli sa mission tout en évitant le drame de devoir aller acclamer St Potty.

Les homes sont maîtres de la musique, et maîtres de leurs rêves inachevés, mais il ne restent cependant que l'ombre d'un destin qu'ils suivent sans le savoir …