Réussir ?

par kakashi.gk

La scène qui suivit sembla se dérouler au ralenti, et pourtant les événements se succédèrent à une cadence effrénée. En effet avant que Rogue n'ait pu se rendre compte qu'il avait conservé sa voix de gringalet, la lumière de sa baguette avait déjà révélé son identité à l'élève fautif. Si la situation n'avait pas été si catastrophique, le professeur aurait pris plaisir à voir la face du larron se décomposer à son apparition, mais là …

On a souvent critiqué sa réputation de terreur. « Détends toi un peu Severus » lui disait Dumbledore en son temps (il le lui dit toujours d'ailleurs). Pourtant, elle lui rendait bien des services. Pas plus tard qu'en ce moment il ne regrettait pas que les gens fuient à sa vue, puisque c'était exactement ce que tentait de faire le téméraire freluquet. Ceci permit au maître des potions de lever subrepticement l'enchantement des pastilles. Enfin redevenu pleinement lui même, il lança d'un geste négligeant, un fulgurant impedimenta qui eut pour effet de couper nette la course du malheureux gamin qui allait sérieusement en prendre pour son grade et celui de sa maison. A priori, Poufsouffle voyait ses maigres chances de remporter la coupe réduites à néant.

Long fut le temps durant lequel les murs du bureau du directeur des Serpentards tremblèrent sous son courroux librement et puissamment exprimé. Néanmoins, comme toutes les bonnes choses ont une fin, le petit infortuné fut congédié et le calme revint. Enfin il revint certes mais fut de courte durée, car dès que Rogue sentit ses cordes vocales rassérénées, il hurla de plus belle :

_ ALBUS ! Ne faites pas l'innocent ! Je sais pertinemment que vous êtes là ! Que signifie cette mascarade ! …

Rien... Mais Severus en était certain, le vieux mage, ou plutôt son portrait, n'était pas loin. Au regard de la soirée abominable qu'il avait passée, Rogue estimait avoir légitimement le droit à des explications. Et foi de Serpentard, il les aurait.

_ DUMBLEDORE ! Vieux fou montrez vous !

Toujours rien. Le professeur de potion eut alors une idée. Il se rendit en trombe devant le portrait du vieux laborantin. Ce dernier dormait paisiblement sur son fauteuil rembourré, une bouteille à la main et un chaudron fumant à côté de lui.

_ Albertien ! Savez vous où est ce satané Dumbledore ! Apostropha bruyamment Rogue, ponctuant son interpellation d'un violent coup sur le mur.

Le pauvre vieillard en huile et en toile sursauta de frayeur suite à ce brusque réveil. Hébété par le sommeil et affolé par le vacarme, il tomba de son siège, s'écrasant durement sur le sol peint, lâchant par la même occasion sa bouteille dont le contenu se vida dans le chaudron voisin, faisant exploser son contenu. Le dénommé Albertien, encore hagard de sa mésaventure, injuria son confrère de milles noms d'oiseaux qu'il ne serait guère bienséant de rapporter. Severus Rogue, pas plus impressionné que cela par la longue litanie d'insultes, usa du silencio et coupa littéralement le sifflet au portrait . Il reposa alors impérieusement sa question.

Le tableau en rogne refusa tout bonnement d'y répondre, outré par les manières peu courtoise de son voisin vivant.

Rogue était furieux d'être de nouveau ainsi manipulé et impuissant. De dépit il voulu s'avancer dans son travail. A ces fins, il se munit d'un paquet de copies et s'installa à son bureau pour corriger ces torchons. Impitoyable il raturait sauvagement chaque imprécision, contresens, faute d'orthographe et écriture soit disant illisible. Si bien que ce fut le parchemin en lui même qui devint illisible. Constatant l'heure tardive, mais aussi le résultat calamiteux qu'avait sa frustration sur les devoirs non moins calamiteux de ses élèves, le maître des potions jugea préférable de s'abandonner aux bras de Morphée.

Pour couronner une journée de malheurs, il s'avéra que le dit Morphée avait probablement du se faire amputer car Severus ne put fermer l'oeil. En effet quand ce dernier ne jouait pas à la crêpe, se tournant et retournant dans son lit, il était en proie à des cauchemards absurdes peuplés de Grangers souriantes, d'Albus conspirateurs et de scrouts à pétards amoureux : un cocktail délirant assez insupportable.

Le lendemain matin, ou plutôt, un peu plus tard dans la matinée, le réveil fut dur. L'esprit encore embrumé par la courte nuit, le professeur voulu se lever pour vaquer à ses occupations routinières. Cependant, ce dernier constata que sa série noire n'était pas encore terminée.

Il avait beau être un sorcier puissant, un espion efficace et faire un minimum attention à sa ligne cela ne faisait pas de lui un athlète, surtout que son long séjour à l'hôpital n'avait pas été là pour arranger les choses. En un mot comme en cent, voilà que la terreur des cachots se retrouvait pliée par les courbatures, toute vermoulue de sa course infernale de la veille. Un sacré coup était porté à sa dignité et une potion antidouleur s'avérait plus que jamais nécessaire.

Tout aurait été trop simple si les choses s'étaient déroulée comme elles auraient du. Severus aurait englouti la fiole libératrice et, revigoré par la magie du mélange, il serait redevenu le fringant tyran qu'il avait plus ou moins toujours été. Un dénouement banalement commun qui ne lui était cependant pas offert. Bien entendu il ne restait plus une seule goutte de potion antidouleur, bien entendu cette potion nécessitait de macérer une nuit entière et bien entendu il était absolument impossible d'aller chercher secours auprès de l'infirmière qui à coup sûr lui ferait cracher le morceau. La situation était bloquée, un joueur d'échec en situation de pat.

Un rapide tour de ses connaissances en sorts de guérison indiqua à l'ancien mangemort que si celui ci savait ressouder des plaies béantes ou canaliser du poison, il n'était pas au fait concernant un éventuel substitut à la potion manquante. Était ce sa faute après tout ? Étrangement il avait bien plus eut l'habitude de se faire taillader que de jouer les sportifs en herbe. Courir il ne le faisait jamais puisque le transplanage lui assurait une vitesse bien supérieure quant à enfourcher des balais, quelle idée grotesque pour quelqu'un qui sait voler par la seule force de sa magie.

Résigné, il se traina comme un pantin désarticulé dans la salle de bain où, pressé par le temps, il fit une toilette extrêmement sommaire. Une fois rafraichit, il se vêtit de ses robes professorales, se munit de sa fidèle baguette, et s'apprêta à sortir clopin clopant quand quelque chose attira son regard.

Il s'agissait en réalité du tableau malmené la veille. Celui ci s'évertuait depuis plus d'une heure à signaler sa présence par de grands mouvement désordonnés qui mis bout à bout constituaient une danse saugrenue. Quand le portrait aperçu enfin le professeur s'intéresser à lui, il lui lança un regard irrité et se pointa plusieurs fois du doigt. Severus, n'étant absolument pas d'humeur à faire mumuse avec un tableau déclara d'un ton méprisant :

_ Si vous voulez ma photo, rendez vous dans le bureau directorial. Je suis sûr que mon portrait aura le déplaisir de vous recevoir.

L'être de toile rougit de colère à cette attaque. Il aurait bien aimé rabattre le caquet de ce prétentieux désagréable, mais pour faire cela, il avait quelque chose de bien plus important à revendiquer. Voyant que son bourreau ne comprenait décidément rien à rien, le laborantin griffonna rageusement sur une de ses ardoises : « Rendez moi ma voix sombre crétin ! »

Rogue mis un certain temps avant de comprendre où voulait en venir le vieillard. Cependant les pièces du puzzle de la veille se remirent vite en place et le maître des potions se souvint qu'il avait omis de débloquer les cordes vocales de son braillard de colocataire. Voilà encore autre chose. Connaissant le vieil aigri comme il le connaissait, il coulerait de l'eau sur les toits avant que ce caractériel ne cesse le lui rabattre les oreilles avec cette histoire. Il n'aurait plus la paix pendant un sacré bon moment. Peut être valait-il mieux le laisser comme ça... Non, définitivement non. Il serait bien capable de lui mettre à dos toute la population picturale du château. Il ne manquerait vraiment plus que ça.

S'abandonnant à son cruel destin, Severus leva le sortilège, et attendit... des remontrances...des reproches... un sermon sans fin sur la mauvaise éducation de ces nouvelles générations...le silence...

Comment ça le silence ?

Effectivement, le laborantin, loin des blâmes attendus, rempilait ses affaires, se préparant visiblement à des vacances.

_ C'était bien la peine de vous rendre votre voix si vous ne dites rien, fit le directeur de Serpentard exaspéré en quittant la pièce.

Le chemin le menant à la Grande Salle fut fastidieux. Malgré toute la majesté que le professeur essayait de mettre dans sa démarche, celle ci était saccadée, ponctuée par d'innombrables grimaces. Par chance, personne ne le croisa dans les couloirs. A mi chemin, il abandonna la lutte, et calé contre le mur il réfléchit à une solution adéquate. Il pouvait se faire porter absent. Non, mauvaise idée. Cette annonce serait tellement inhabituelle qu'il aurait à répondre à un flot de questions. Et puis cela ferait trop plaisir à ces décérébrés qui lui servaient d'élèves. Non, il devait assurer ses cours. Mais comment se justifier.

Alors qu'il cogitait à toute allure, il se frictionna le visage histoire de se réveiller. C'est alors que ses doigts tombèrent sur l'aspérité créée par la cicatrice, témoin de sa rixe avec le serpent de Voldemort. La voilà son excuse, servie sur un plateau serti. L'idée n'était pas fabuleuse mais au moins elle avait le mérite de le couvrir.

_ Que vous arrive-t-il donc Severus ? Vous avez l'air bien mal en point.

Décidément personne n'avait rien de mieux à faire que de détailler les moindres petits défauts de chacun.

_ Ne vous en faite pas Pomona. Il s'agit simplement de quelques séquelles de ma rencontre amicale avec ce cher Nagini.
_ Mon pauvre ami, vous devriez peut être aller voir mme Pomphresh. Peut être pourra-t-elle vous soulager.
_ Merci mais je doute que notre infirmière puisse quelque chose pour moi.
_ Mais dans ce cas prenez au moins votre journée de repos !
_ Non ! Vraiment non... La douleur s'atténuera d'elle même...euh..comme chaque fois. (quelle plaie celle là pensa Rogue qui aurait bien aimé finir son déjeuner en paix)
_ Parce que cela vous arrive souvent en plus ! Vous ne pouvez pas continuer comme ça ! Qu'en pensez vous Minerva ?
_ Je vous demande pardon ? S'enquit la directrice qui ne suivait pas du tout la conversation.
_ Je vous parlais du professeur Rogue. Ne trouvez vous pas cela inadmissible qu'il assure ses cours.
_ Je pense que le professeur Rogue est le plus à même de décider rationnellement ce qui est bon pour lui.
_ Avec sa tête de cochon, permettez moi d'en douter. Severus est certes un brave homme mais il est plus borné qu'une vieille mule !
_ Je suis encore là au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, se manifesta le maître des potions l'air de rien.
_ Ecoutez Pomona. C'est à Severus seul qu'appartient la décision de prendre ou non un jour de congé.
_ Mais dans son état, ce ne serait pas raisonnable !
_ Pour autant que je sache, je ne suis pas enceinte tout de même, ne put s'empêcher de répliquer le concerné, d'un air entendu.

A cette curieuse réplique, le petit professeur Flitwick éclata d'un rire spontané, provoquant le retournement quasi simultané de toutes les têtes de la salle. Comment ? Le professeur de sortilège qui riait à une plaisanterie de la chauve souris des cachots. Voldemort serait-il de retour ?

_ Ah, ah, ah ! Elle était bien bonne celle là Severus ! Je remercie Merlin que la fin de la guerre t'ait enfin décoincé. Ça en vaut vraiment la peine ! S'esclaffa le petit monsieur.
_ Non, mais...euh...je..., balbutiait Rogue qui voyait encore une fois la situation dégénérer. S'il devait maintenant passer pour un boutentrain il ne s'en remettrait pas. Cette Granger avait décidément une mauvaise influence sur lui.
_ Je propose que nous passions à autre chose, tenta-t-il. Tous les regards son rivés sur nous comme si nous étions des bêtes de foire.
_ Mais depuis quand cela vous gêne-t-il Severus ?
_ Oh...mais...cela ne me dérange absolument pas... Je n'aimerais simplement pas donner à ces incultes une bonne excuse pour arriver en retard en cours. N'est ce pas madame la directrice ?
_ Ce serait regrettable en effet...
_ Bien l'affaire est donc close, conclut Severus ravi d'avoir obtenu gain de cause.
_ D'un autre côté sans nous il ne peut y avoir de cours ni de retard, poursuivit Mac Gonagal

« Décidément, on ne peut vraiment pas attendre de soutien de quiconque dans cette baraque » désespéra Rogue dans la moustache qu'il n'avait pas.

_ Au fait Minerva, sauriez vous où est Albus ?
_ Albus ? Hum... non je ne l'ai pas vu récemment.

Oh le mensonge. Cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Elle devait être de mèche avec le vieux fou. Peut être même était-elle au courant... non impossible.

Le repas se termina sans plus aucun incident. Enfin c'est ce déclarerait n'importe quel autre enseignant du château. Mais Rogue, lui, percevait bien tous les regards en coin qui le dévisageaient curieusement. Il feint cependant de les ignorer.

Rapidement rassasié, il prit congé de ses collègues, prétextant du travail à terminer. Il lui fallait en réalité convenir d'un nouveau rendez vous avec Granger. Un nouveau rendez vous ? Cette formulation portait ridiculement à confusion... une nouvelle séance de travaux pratiques serait plus juste.

C'est ainsi que le professeur le plus redouté de tout Poudlard entama ce qui était devenu une routine : se cacher, se métamorphoser, gober sa pastille et transformer sa mise en une tenue plus adéquate.

Lorsqu'il sortit de sa cachette improvisée, à savoir de petites toilettes réservées aux professeurs, Niréus alias Rogue, se fit littéralement accoster par une tornade blonde. Après un 2nd coup d'oeil, une fois le champs de vision libéré de la masse chevelue, le professeur identifia l'intrus : une Gryffondor de 5è année qui, selon les ragots estudiantins, passait pour être la représentante numéro un de la gente féminine. Mais par une douloureuse expérience, il savait que sous sa discutable beauté extérieure (après tout, ce n'était qu'une question de goût, s'il lui fallait donner son avis, il affirmerait qu'elle n'avait ni la magnificence de Lily, ni le charme discret de Granger...Granger ? Mais à quoi pensait-il !), la jeune fille cachait en réalité un bagage d'intelligence aussi vide que le compte en banque des Weasley.

_ Salut! Ça va ?
_ Qu'est ce que ça peut vous faire !
_ Oh...euh... pardon... Je me présente, Samantha Hastings, rebondit-elle tout de même assez déstabilisée.
_ Ça ne m'intéresse pas. Vous m'excuserez mais j'ai des choses plus importantes à faire.

Après avoir stricto sensu, envoyé bouler la plus belle nana du collège (pour employer le jargon des jeunes) Niréus se rendit en hâte à la rencontre d'Hermione. Un rendez vous (une séance de travaux pratiques cela va de soit) fut fixé pour le soir même. Ce serait le dernier avant le grand test. Une simple formalité, si elle appliquait ce qu'elle avait découvert. Il y avait encore du chemin à faire, un long très long chemin, mais au moins elle avait pris la bonne route. C'est pourquoi Niréus avait prétendument négocié avec son cousin, qui n'était autre que lui même, l'avancée de la date butoir. Décision qu'il avait bien faillit regretter : c'était de justesse qu'il avait échappé à l'étranglement au moment où il l'avait annoncé à sa protégée...euh, son élève. Pire encore furent les interminables jérémiades qui suivirent ces instinctives pulsions meurtrières : mais pourquoi as tu fait ça, je ne suis pas prête, je vais tout rater, on va me renvoyer et caetera et caetera... Sur le coup il aurait vraiment aimé la faire taire, une gifle magistrale il n'y a que ça de vrai, mais sa raison lui dicta de rester patient et d'attendre. C'est sûr que c'était une manoeuvre diplomatique beaucoup plus cordiale mais aussi bien plus frustrante.

Sur le chemin du retour, en se rendant dans les cachots où il devait reprendre sa casquette de professeur, une discussion lui tomba dans le creux de l'oreille.

_ Je vous le dis les gars. Ce serpent a du lui griller les neurones avec son venin.
_ Qu'est ce que tu racontes Oliver.
_ Vous avez vu comme moi dans la grande salle, il a fait rire Flitwick.
_ Et alors, il est sympa Flitwick, c'est souvent qu'il plaisante.
_ Lui oui, mais Rogue.
_ Tu sais je suis plus tellement chaud pour critiquer le professeur Rogue. Avec tout ce qu'il a fait dans la lutte contre Vous Savez Qui.
_ Je suis d'accord, mais ça reste Rogue. Il a beau avoir été super cool comme warriors, mais niveau zygomatiques il est plutôt du genre coincé.
_ T'as pas tout à fait tort.
_ Et puis oubliez pas ce qu'a dit cette mauviette de Tinckelman. Hier quand il s'est fait coincé, Rogue avait pas la même voix que d'habitude. Si ça se trouve ce serpent l'a tellement détraqué qu'il a maintenant une double personnalité. Ça expliquerait pourquoi des fois il n'est pas le même.
_ Ouais c'est vrai ça. Mais ça nous avance à quoi ?
_ Réfléchi deux secondes crétin, si on trouve le truc qui le fait passer de l'un à l'autre, on pourra toujours avoir à faire au Rogue cool.
_ Tu veux dire, comme un bouton ?
_ Exactement. J'ai vu ça dans un film une fois.
_ Un quoi ?
_ Un film, un truc moldu, c'est comme les photos sorcières mais avec le son.
_ Oh
_ Bref, dans l'histoire, le gars il changeait du tout au tout dès qu'on lui donnait un coup sur la tête.
_ T'es pas en train de nous dire qu'on doit aller frapper Rogue sur la tête tout de même ? Je tiens pas à me faire renvoyer !

Estimant qu'il en avait assez entendu, le professeur rejoignit sa tanière en vitesse. Il était légèrement préoccupé par ce qu'il venait d'apprendre. En revanche il ne saurait dire ce qui le dérangeait le plus... Qu'on commence à le prendre pour un détraqué mental ? Pas tellement gênant en soi puisque c'était grâce à cela qu'il s'était ménagé une paix précieuse. Mais un dédoublement de personnalité tout de même c'était peut être pousser le bouchon un peu trop loin, même pour lui... Que ces abrutis le trouvent cool était déjà plus problématique. Il tenait absolument à garder son intégrité de bâtard graisseux, et refusait catégoriquement de se pavaner en héros national... Et cette histoire de bouton. Ils n'allaient tout de même pas oser mettre leur plan à exécution ? Foi de Severus, le premier qui oserait toucher à un seul de ses cheveux, le sentirait passer. Il veillerait personnellement à ce que ce criminel ne puissent plus jamais s'inscrire dans quelconque institution que ce soit.

La séance du soir se passa sans anicroche. La potion fut réussit, et le maître n'eut quasiment pas à intervenir. S'il avait été un professeur classique, comme le sont ses collègues en l'occurrence, il aurait très certainement été fier des progrès de son élève. Seulement il n'était pas de ceux là, et même dans la peau d'un autre, comme il se trouvait actuellement, il n'arrivait pas à bafouer sa nature.

En était-il vraiment ainsi ? Une analyse interne profonde, extrêmement profonde, aurait prouvé le contraire. Au premier abord et premier regard, il ne laissait voir qu'une coquille bigrement épaisse d'austérité. Impassible, imperturbable, calme dans toutes les situations, rigoureux et sévère.

Or déjà là une contradiction apparaissait. Niréus tout comme Rogue n'était pas quelqu'un de calme en toutes situations, et ils l'avaient tout deux prouvé. C'était des individus sanguins et réactifs. En conclusion un faux semblant, une illusion bancale. Sa coquille était donc affaiblie en un point, mais finalement n'était-elle pas virtuelle : un virtuel certes très palpable mais virtuel tout de même. Sinon comment expliquer ce soupçon de bien être qui l'avait envahi au moment de dire « presque parfaite », une joie sourde, étouffée, camouflée, enfouie mais bien présente.

Vint enfin le moment de vérité. La jeune femme était, comme pour tout examen, anxieuse au possible. Tant et si bien que Rogue, craignant qu'elle ne se désiste ou ne perde totalement ses moyens, se décida à imiter ce qu'il avait cru comprendre qu'un ami ferait dans une situation similaire : l'accompagner. Il avait pris cette décision un coup de tête et cela va de soit l'avait regretté le moment suivant, mais de nouveau il ne pouvait plus reculer. Toujours est-il qu'il se retrouva à la conduire au cachots.

Il prétexta de devoir se rendre en ville pour rencontrer un célèbre apothicaire, afin de pouvoir s'éclipser. En réalité il marcha jusqu'au bout du couloir où il projeta de se retransformer en lui même. Manque de chance, un fantôme passant précisément par là, Peeves derechef, le contraint à passer à un plan B auquel il n'avait bien sûr pas pensé. Sans même tergiverser, il prit partie d'ignorer sciemment l'ectoplasme. Est-ce vraiment nécessaire de dire que l'esprit farceur ne l'entendit évidemment pas de cette oreille ?

Tient ! V'la l'nouvel avorton
On le dit fort polisson
Mais ce bellâtre fripon
Ne serait-il pas poltron ?
Il se cache sous les jupons,
De la vieille armée de savon !
Gare à ta bouche !
Gare à ta bouche !

Il ne manquait plus que ça, une poésie paillarde en guise baptême. Et encore mieux valait ne pas rapporter les grimaces grotesques illustrant les sous entendus grivois. Mais au moins lui avait eu le droit à une composition un peu plus recherchée qu'à l'accoutumée. Nul doute que le fantôme avait du réfléchir longuement au sujet. Peeves ne changerait donc jamais. L'imbécile, s'il savait qui il était en train de blasphémer.

Le temps courant contre lui, Rogue ne releva pas les plaisanteries de Peeves et traça sa route espérant vainement que le diablotin se désintéresse de lui : c'est qu'il avait une réputation de ponctualité à tenir. Par définition, l'adverbe vainement signifiant sans résultat, cet espoir se révéla illusoire. En effet les quolibets l'accompagnèrent aussi surement que Peeves le suivait.

_ Dis ? Toi ! Le fantôme. Ne serais-tu pas Peeves ?
_ P't'ete ben qu'oui, p't'te ben qu'non !
_ Ah... Si jamais tu vois ce Peeves, tu pourras lui dire que le professeur Rogue le cherche depuis un bon moment. Il commence d'ailleurs à en avoir ras le chaudron si tu vois ce que je veux dire...

Bingo ! Que la victoire est douce à savourer. Sans demander son reste, Niréus se faufila dans la première interstice venue, et redevint l'homme ténébreux qu'il avait toujours été. Presque instantanément, il se retrouva à ouvrir la porte de la salle de potion et donner des instructions.

Hermione, qui avait laissé à l'entrée de la classe son angoisse, exécuta posément ce qui lui était demandé. La préparation terminée, elle la versa dans une fiole qu'elle porta au bureau de son professeur. A priori, l'angoisse abandonnée sur le pas de la porte, avait du réussir à se glisser à travers le trou de la serrure : Hermione avait la gorge nouée et les mains moites d'appréhension, et si elle avait échoué...

Enfin le verdict tomba :

_ Je vous attendrai vendredi prochain aux heures prévues.

Pourquoi fallait-il que ce satané Rogue complique toujours tout, se dit inconsciemment Hermione qui elle n'attendait qu'un simple réussi ou raté. Était-ce trop demander ?

_ J-j'ai réussi ?

Cette gamine était décidément désespérante, pensa le professeur.

_ Non... Si je vous demande de venir c'est pour un rendez vous avec le seigneur des ténèbres. (mais pourquoi avait-il sorti une ânerie pareille)
_ …
_ Petite sotte, pourquoi je m'encombrerais-je de vous en fin de semaine si vous n'aviez pas honoré votre part du contrat.

Ça devait vouloir dire oui... Bien évidemment que dans le langage roguien, qui postulait qu'un compliment se trouvait dans une absence de reproche, ça voulait dire oui... Elle avait réussit... Elle avait réussit !

_ Osez laisser échapper une seule larme et je reviens sur ma décisions, menaça le professeur qui voyait bien qu'une perte des eaux lacrymales était imminente.
Regagnez votre dortoir à présent.

Ainsi fit Hermione qui jamais ne pourra se douter qu'un sourire triomphant ornait le visage de son professeur et officieux ami. Oh bien sûr ce n'était là qu'un rictus disgracieux, le pauvre n'ayant pas encore la pratique nécessaire. Cependant on lui accordera volontiers, même si cela sonnait pour lui comme un outrage, que si l'intention était apparence, il s'agirait alors du plus beau des sourires.