La retenue

par kakashi.gk

Le lendemain, alors que le professeur Rogue enseignait à ses cornichons de 1ère année, Hermione essayait de nouveau sa fameuse potion. elle avait longtemps hésité à aller voir Hagrid. Elle avait finalement renoncé à cette idée. Elle souhaitait simplement respecter le choix de son … ami ? Oui, ami. Malgré son sale caractère, elle avait dépassé le simple stade de connaissance. Il l'avait tiré d'affaire contre les Serpentards, aidé à sa manière. Malgré qu'il lui tape sérieusement sur les nerfs par moments, elle lui devait tout de même une fière chandelle. Et lui, que pensait-il d'elle ? En y réfléchissant bien, elle ne parierait pas sur grand chose...un parasite, un incident de parcours,...

Toujours étant, si celui ci avait décidé de jouer à la « gue-guerre » avec la directrice, c'était son choix aussi idiot et puéril soit-il. Surtout que le pauvre risque de se casser les ailes à se mesurer au professeur MacGonagal qui n'était d'autre que le pendant de Rogue, la partialité en moins.

Et puis Hagrid était bonne pâte, il n'irait pas lui chercher chicane pour rien. Sa retenue se passerait donc très bien. La jeune femme en arrivait même à la conclusion qu'une petite retenu ne serait pas de trop pour refaire descendre sur terre le jeune potionniste. Elle se délectait même (non sans une once de honte) à se représenter les détails de cette soirée qui promettait des rebondissements. Il devrait supporter les élucubrations passionnées du demi géant sur ses chers scroutts à pétard. Peut être même feraient ils un tour par la hutte de la forêt pour qu'il lui présente son « petit frère ».

Elle s'imaginait déjà la tête de son ami après toutes ces péripéties. S'imaginer... oui, le mot était bien choisi... dire qu'elle ne savait même pas à quoi il ressemblait... D'après les réactions de ses congénères, il ne devait pas ressembler à un poux. Pourtant il était de la famille de Rogue... Neville lui avait dépeint un portrait plutôt flatteur mais assez vague... Si elle n'accordait que peu de crédit aux divagations féminines, Hermione faisait entièrement confiance au jugement de Neville. Ce dernier avait beaucoup muri, même s'il manquait encore un peu d'assurance. Il n'était plus le petit lourdaud qu'il avait été en 1ère année. C'était un sorcier tout aussi capable que les autres. Son aide dans la grande bataille avait été capitale. Il avait accompli de hauts faits d'arme contre les mangemorts. Il avait été celui qui avait tenu tête à Voldemort de plein front. Du courage, du talent, et depuis qu'il fréquentait Luna, cette étrange clairvoyance qui les caractérisait tous les deux. Il faisait incontestablement parti des héros de la lutte contre le mage noire. Il n'y avait guère que lui pour ne pas le voir, ou tout du moins pour en nier l'importance.

Une de ses constatations trottinait dans l'esprit d'Hermione. Selon Neville, lorsque Niréus était venu la trouver en plein déjeuner, celui ci aurait été troublé. Il fallait avouer que cela semblait plutôt étrange. Lorsqu'ils étaient ensemble, il ne paraissait pas gêné pour un poil, et tout particulièrement lorsqu'il s'agissait de lui casser du petit bois sur la tête. Alors pourquoi cette accès de timidité... Serait ce la faute des commentaires de ses camaradEs. Pourtant s'il avait véritablement l'apparence en adéquation de l'adoration qu'il avait provoqué, il aurait du y être habitué. Ou bien il sortait d'une campagne très très reculée. Ce garçon était décidément une énigme.

Si la Gryffondor n'avait pas eu le témoignage de ses condisciple, elle aurait souvent été tentée de penser qu'elle avait à faire au professeur Rogue lui même. Idée grotesque bien entendu. Néanmoins par moments, certaines de ses réactions ou même de ses expressions portaient très largement à confusion. Selon le ressenti d'Hermione, s'il lui fallait décrire les deux hommes, il lui aurait été difficile de les différencier, à un point tel qu'elle aurait utilisé exactement les mêmes caractéristiques : ce sadisme expert, ces remarques cyniques et ce sens de la répartie, cette approche des potions, cette puissance détachée... Finalement il n'y avait guère que le physique qui les séparait. Enfin c'était une supposition bien sûr. Après tout Niréus aurait pu être un mini Rogue (et dans ce cas il faudrait sérieusement s'inquiéter des tendance émotionnelles de ses camarades) mais les échos en démontraient le contraire. Il étaient parents bien sûr, mais la parenté ne fait pas tout. C'est l'éducation et le vécu qui forgent la personnalité. Par voie de conséquence à personnalité identique correspond une histoire identique. On aurait tout aussi bien pu obtenir ce résultat si c'était le maître des potions qui avait lui même élevé le jeune homme. Or ces deux hypothèses avaient un gros point commun, elles étaient impossibles... de plus Hermione ne se souvenait pas avoir déjà vu (façon de parler) les deux énergumènes dans la même pièce... étrange... tout portait à croire que les deux personnages ne faisaient qu'un. Ridicule n'est ce pas...

A cette conclusion incongrue, Hermione se prit d'un fou rire à imaginer la redoutable chauve souris des cachots une mèche de cheveux fumante, après avoir couru derrière un scroutt à pétard en supportant les invectives d'Hagrid de ne pas lui faire de mal. Elle ne donnait pas cher du sablier des Gryffondor et des pauvres élèves qui devraient en supporter les répercussions.

Si elle savait …

Le soir arriva bien vite, très vite, trop vite. Alors que le crépuscule avait repris ses droits sur le ciel d'azur (un azur plutôt grisonnant en cette saison), une ombre filait sur les sentiers du parc, pressé d'en finir avec cette situation ridicule. Voilà mot pour mot ce qu'étaient ses pensées du moment : « Cette vieille poison de MacGonagal me le paiera. Foi de Severus Rogue, Gryffondor ne gagnera pas la coupe des quatre maisons cette année ». Ainsi officiellement, le maître des potions rodait dans les couloirs du château pour traquer les effrontés qui oseraient braver le coup de feu. Mais en réalité, métamorphosé en Niréus Prince, il passerait la soirée dans la forêt interdite à pourchasser une bestiole dégénérée. La journée durant il avait ressasser tous les sorts qui lui revenaient à l'esprit pour abréger ses souffrances, mais sans résultat. Il avait bien pensé à l'accio mais le sortilège d'attraction n'avait pas d'effet sur les organismes vivant. Même la magie noire ne pouvait pas l'aider. Ce serait donc à l'ancienne méthode.

_ Alors c'est toi le coureur de jupons ? Enchanté moi c'est Hagrid, Rubéus Hagrid, gardien des clefs et des lieux à Poudlard, professeur de soins aux créa...
_ Votre curriculum vitae ne m'intéresse pas, coupa-t-il effrontément. Passons directement au vif du sujet, je n'ai pas que ça à faire.
_ Effectivement tu es bien celui qu'on raconte, commenta le demi géant sans se formaliser de l'insolence de Rogue.
_ Je vous demande pardon ? (se pourrait-il que ce nigaud soit au courant ? Pensa-t-il)
_ Excuses acceptées ! Allez, allons y !
Niréus soufflé par le culot du garde chasse ne releva pas et le suivit docilement. Mais que tout soit bien clair, jamais il n'avait eu l'intention de s'excuser.
Hagrid le conduisit à une sorte de poulailler situé derrière sa cabane, puis fit les présentations.
_Et voici mes bébés ! Annonça-t-il fièrement en administrant au jeune homme une claque amicale dans le dos.

Cette annonce eut pour effet de l'envoyer valser la tête la première dans le champs de citrouilles adjacent. Alors qu'il s'écrasait sans grâce dans le plus gros des cucurbitacées, Hagrid étouffait un rire dans sa barbe.

_ Je m'excuse gamin ! Je ne contrôle pas ma force parfois. Tu veux rentrer te sécher ?
_ Non ! Allons y qu'on en finisse. C'est un de ses machins là que l'on doit chercher ?
_ Tu ne vas tout de même pas m'accompagner dans cette tenue. Tu vas attraper la mort dans la forêt.
_ Alors, primo ça me regarde et secondo, si je vais dans cette forêt figurez vous que ce n'est pas pour attraper la mort (« la mort j'ai eu ma dose » pensa-t-il en aparté) mais un de ces fichus bâtards de scout à péta...
_ Scroutt
_ Quoi ?
_ C'est des scroutts à pétard mon jeune ami. Une de mes créations personnelles, le croisement d'une manticore et d'un crabe de feu. J'avais déjà tenté l'expérience il y a cinq ans mais malheureusement aucun n'avait survécu. J'ai décidé de réessayer parce que je suis sûr que ces magnifiques créatures peuvent avoir leur utilité. C'est …
_ Temps mort ! Ça ne m'intéresse pas. De plus ces créatures n'ont absolument rien de magnifique.
_ Ah je ne te permets pas d'insulter les petiots. Les pauvres sont perdus sans leur grand frère.
_ Quand vous dites grand frère. Qu'est ce que vous entendez par grand exactement ?, s'enquit Rogue.

Ce dernier avait eu de nombreux échos des excentricités d'Hagrid. Cependant il n'y avait pas tellement fait attention. A l'époque il avait bien d'autres chats plus importants à fouetter. Mais maintenant cela le concernait on ne peut plus directement. Surtout qu'il avait souvenance qu'un monstre assez conséquent avait pris part à la coupe des trois sorciers.

_ Oh pour ça ne t'en fait pas, il n'a que quatre mois le petiot..., répondit le garde chasse avec cet habituel ton passionné.
_ Ouf, pensa Rogue.
_ … il n'a pas encore atteint sa taille adulte, de plus il était le plus faible de la portée, du coup il atteint à peine les un mètre, fit-il peiné.
_ Bon tout va bi... un mètre ! à quatre mois !
_ Et bien oui. Mais tu sais, normalement, à trois mois ils doivent déjà dépasser les un mètre. Le pauvre a un petit problème de croissance.
_ Quel dommage lâcha Rogue ironiquement en maudissant tout ceux qui lui passaient par l'esprit : MacGonagal, Albus, Granger, Merlin, Potter (Que venait-il faire là ? Aucune idée mais il devait forcément y être pour quelque chose, Potter n'est jamais innocent) …
_ Eh là ! Où vas-tu jeune blanc bec !
Il allait y avoir un meurtre si cet abruti ne se taisait pas, pensait Rogue les dents serrées.
_ A votre avis ? Dans la forêt par Merlin.
_ Ah ça non. Je te l'ai déjà dis, tu dois aller te changer, rappela Hagrid. Va dans ma cabane pour te changer, tu peux prendre de mes affaires si tu as besoin.

A ces mots la stupeur frappa le maître des potions. Une image de lui revêtu des vêtements octuple XL du garde chasse s'imposa dans son esprit, et le fit déglutir. Partir, se sauver, mettre le plus de distances entre cette baraque de fous s'il tenait à conserver son intégrité physique et mentale, et sa dignité par la même occasion. Malheureusement, il n'y avait aucune issue.

Un rapide algorithme mental signifia à Rogue qu'il valait mieux s'exécuter s'il ne voulait pas perdre de temps. Faisant violence à ses irrésistibles instincts de conservation, il passa tête haute devant son geôlier du moment : il était hors de question de montrer un quelconque signe de défaite. Malheureusement pour lui (encore et toujours ce malheureusement), la série noire n'était pas prête de s'arrêter. C'est ainsi qu'il ne vit pas pas le morceau de courge éclaté qui gisait pitoyablement sur les marches du perron, se prit le pied dedans et manqua de trébucher. Fort heureusement passé maître dans l'art de l'illusion, l'ancien mangemort réussit de justesse, à maquiller son étourderie, en éternuement tonitruant. Une manoeuvre qui aurait pu se révéler payante en sauvant l'honneur de son auteur, si Hagrid ne l'avait pas retourné à son avantage :

_ Ah ! Tu vois que j'avais raison, monsieur je sais tout. Regarde toi, il va bientôt falloir que je t'envoie chez mme Pompresh prendre de la pimentine.
_ C'est absolument hors de question! Râla Rogue en claquant la porte.

Alors que le dit jeune homme pénétrait dans l'entrée béante de la cabane, Hagrid s'autorisait un soupir de soulagement. Décidément, pourquoi avait-il fallu que cela tombe sur lui. Il était ravi de rendre service à Dumbledore, mais il aurait préféré que la directrice ne vienne pas mettre son grain de sel. A rudoyer Rogue de la sorte il risquait fort d'avoir de lourdes retombées.

Bon la phase deux pouvait être lancée.

_ Dépêche toi un peu !
Pas de réponse.
_ Hum, hum... J'ai appris ce que tu fais pour Hermione...
_ ...
_ C'est vraiment chic de ta part...
_ …
_ C'est tellement injuste ce qui lui est arrivé...
_ …
_ Et puis c'est du beau gâchis tu ne trouve pas ?
_ …
_ C'est qu'elle avait de l'avenir. Tu te rends compte qu'elle a réussi à préparer un polynectar en 2ème année. Et encore ce n'est rien avec ses amis, ils ont accumulés les exploits.
_ … (des bêtises oui)
_ En 1ère année ils ont battu un troll...
_ … (coup de chance)
_ L'année suivante c'était un basilic...
_ … (fadaises)
_ Et puis il y a eu les détraqueurs...
_ … (pitié qu'il se taise)
_ Et puis ils ont abattu Voldemort. C'est grâce à eux qu'on est en paix aujourd'hui. Enfin, mise à part cette pauvre Hermione. C'est idiot que ce soit elle qui ait fait les frais de cette bande de fou...
_ …
_ On lui doit tous beaucoup y compris ce bougon de Rogue et on est impuissant, maintenant que c'est elle qui a besoin de nous …
_ … (et voilà qu'on m'insulte maintenant)
_ J'ignore si tu le sais, mais ton cousin lui doit la vie. Après la bataille on le croyait tous mort, tu n'imagines pas la surprise quand on l'a vu réapparaître …
_ … (ah là, désolé de vous avoir déçu mais cette fois ci je n'y étais pour rien)
_ Il n'a pas voulu nous dire ce qui s'était passé. C'est Hermione qui me l'a raconté. Son geste a été très noble, surtout lorsqu'on sait toutes les misères qu'il leur a fait subir. En plus, à ce moment, il paraît que les jeunes n'avaient pas encore eu accès à ses souvenirs, pour tout le monde c'était encore l'assassin de Dumbledore, le mangemort. Pourtant elle l'a aidé. Encore heureux qu'il s'est avéré que ce ne soit pas un menteur, sinon cela aurait été une belle bêtise...
_ …
_ Quel dommage tout de même que ce genre de personnes soient si rares. Beaucoup de choses ne déraperaient pas comme elles le font si souvent...
_ ...
_ Rien que ce bon vieux Rogue...
_ … (vieux ! Non mais il ne s'est pas regardé celui là ! Si on pouvait arrêter de parler de moi ça m'arrangerait)
_ S'il avait pu avoir la chance de rencontrer des gens aussi à même de le comprendre, de le raisonner, de le remettre en place aussi, et de l'aimer pour ce qu'il est …

Cette fois encore il n'y eut pas de réponse. Cependant Niréus excédé sortit en trombe de la cabane, propre comme un sou neuf. Il fit comme si les dernières minutes n'avaient pas existé et dépassa le demi géant d'un pas vif en l'invectivant :
_ On y va ?

Enfin ils se mirent en route, et s'enfoncèrent au plus profond de la forêt. La chasse dura près de trois heures. Trois longues heures durant lesquelles, pour son plus grand malheur (comment aurait-il put en être autrement), Rogue se fit bassiné en long, en large et en travers, au sujet de la miss je sais tout : ses qualités, ses exploits, ses faiblesses. Si bien qu'au sortir de sa retenue, le maître des potions était totalement épuisé. Il n'avait plus une once d'énergie. Tout la soirée il avait couru comme un damné dans les pas, pointure 94, du demi géant. Encore s'il avait pu voler, cela aurait allégé son calvaire. Mais hors de question de recourir à cette extrémité qui aurait grillé sa couverture. Et si encore, il n'y avait que la fatigue physique. Ses nerfs étaient à fleur de peau, éprouvés par ses sermons sans fin. Toute cette mascarade sentait le Dumbledore à plein nez. Rogue avait toujours jugé le garde chasse lourd dans les sens du terme, mais ce rentre dedans était bien trop flagrant pour être innocent. Que cherchait donc ce vieux fou ? Qu'attendait-il donc de lui ? Il l'avait aidé sa fichu Granger ! Que demander de plus.

Avant d'atteindre le château, Rogue jugea préférable de redevenir lui même. Il était hors de question de tomber sur un de ses collègues et se payer une nouvelle retenue. C'est ainsi que, protégé des rayonnements de la lune par l'ombre d'un arbre imposant, il leva le sort et reprit son apparence classique. Pour finir sa métamorphose, il transforma ses vêtements pour retrouver ses robes professorales. Sa tâche accomplie, il s'en retourna vers le château dans le seul et unique objectif de prendre un repos bien mérité.

Tandis qu'il franchissait dans le noir, les portes massives de l'entrée, il percuta une frêle silhouette qui chancela sous le choc. Béni soit Merlin, un élève sur qui défouler légalement ses nerfs. Bien décidé à faire payer à cet imprudent infortuné le calvaire de cette soirée de galère, il lança de son habituel ton doucereux avant d'illuminer la scène d'un lumos informulé (faire sortir sa voix des ténèbres pour ensuite se dévoiler dans la lumière éclatante de sa baguette, avait toujours eu le délectable effet d'une frayeur incontrôlée chez ces crétins de demi-portion) :

_ Votre crise de somnambulisme risque de vous coûter très cher !

C'est alors que le professeur constata avec horreur qu'il avait omis de se défaire de l'effet de ces pilules démoniaques...