L'art des potions

par kakashi.gk

_ A ce que je vois, vous ne m'avez pas attendu pour commencer les réjouissances...

Remarque nulle sur le fond, qui ne demandait pas de réponse, qui n'amenait à rien... Il remerciait Merlin de se retrouver avec quelqu'un de plus bavard que lui ; au moins elle relançait le débat.

_ Oui, j'ai eu cette folie de croire que je pouvais seule réussir à résoudre tous mes problèmes. Ce n'est pas glorieux, mais je n'ai pas tué d'innocents, c'est déjà ça, ironisa-t-elle.
_ A priori, pour ce qui m'a été donné de voir, vous avez tout de même de la ressource. C'était , hum, plutôt intel..hum....bien pensé (il n'en revenait pas de dire ça à un élève) de recourir à l'accio et autres sorts.
_ Ah, oui....merci... mais pour ce qui est du résultat... je ne peux ni le juger, ni même le tester...
_ Permettez ?
_ Oh, faite ce que vous voulez.... 

Rogue se saisit de la louche et fit mine d'ausculter la potion. Il livra ensuite ses conclusions.

_ C'est une potion de ratatinage pour le moins correcte. Certes elle risque d'être très limitée dans le temps mais elle sera effective. C'est un très bon résultat pour une première fois, seule... (pitié, assez de compliments où il allait en faire une syncope).
_ C'est vrai ?
_ Humpf, est ce que j'ai pour habitude de plaisanter ?
_ Vu vos antécédents je serais tentée de dire non, taquina Hermione, soulagée que la situation s'apaise.
_ Bon, nous sommes enfin du même avis. Néanmoins je ne vous cacherais pas que l'ensemble est très moyen. Le teint est trop terne, la potion pas assez liquide, et à vu de nez je dirais qu'il y un petit excédent de sangsues en poudre.
_ En gros, la potion est ratée, fit-elle déçue.
_ Non, je ne dirais pas ça comme ça, tergiversa Rogue ennuyé.
_ Arrête de jouer un rôle qui n'est pas le tien !
_ Qu...Comment ? Répliqua-t-il intérieurement paniqué (s'était-il dénoncé?)
_ Oui, je sais très bien ce que vous pensez de ma potion ...

Aïe aïe pensa Rogue affolé. Pourquoi ce vous tout à coup. Ils venaient pourtant de se réconcilier. Elle ne vouvoie Niréus que dans la colère. Comment a-t-elle pu deviner ? La miss je sais tout lirait-elle dans dans les pensées ? Non, impossible, il l'aurait sentie...lire dans les pensées, voilà qu'il se mettait à débiter des inepties à la Potter, comme si l'esprit était un livre.

_ … toi et le professeur Rogue …

Ouf ! Sauvé !

_ … elle ne vaut pas plus qu'un T.
_ Un T..., répéta l'homme totalement ailleurs, en train d'embrasser les souliers de Merlin pour lui avoir donné un peu de chance.
_ Oui, un T, comme Troll... Mais peut être ne connais-tu pas le barème de notation de cette école.
_ Notation ? Non... euh si... enfin je veux dire...comment pourrais je connaître, je n'ai pas fait mes études ici, se rattrapa Niréus.
_ Et bien ici, nous sommes notés selon un système de lettres qui chacune qualifient la valeur de notre devoir. O pour optimal, E effort exceptionnel, A pour acceptable, P piètre, désolant et enfin T pour Troll...
_ Oh, feint de comprendre le pseudo jeune homme. Dans ce cas je crois je mettrais probablement un A. (Damnation, quelle hypocrisie, bien sûr qu'il mettrait un T...ou peu être un D, puisqu'il réserverait le T à Potter et Londubat)
_ Menteur ! … mais c'est gentil de vouloir me remonter le moral.
_ Humpf, fut sa réponse. Et ça serait bien que tu te le remontes vite petite idiote, ajouta-t-il en pensée.
_ Cela dit, je ne vois vraiment pas comment je pourrais l'améliorer...
_ Ça c'est mon boulot, s'imposa Niréus, bien content de changer de sujet.
_ Mais comment ?
_ Mais en continuant tout naturellement ce que vous avez commencé, en trouvant des substituts.

Le prétendu Niréus sortit sa baguette (en réalité celle du professeur Rogue... oula, surtout de jamais faire de magie avec baguette en présence d'une autre personne que Granger, nota-t-il). D'un accio, il fit venir jusqu’à lui une fiole contenant de la potion déjà préparée, la potion de référence. Il la tendit à la jeune femme.

_ Tenez.
_ A quoi cela va-t-il servir ? Demanda-t-elle tout en se saisissant, après trois tentatives infructueuses, de la petit fiole.
_ Sentez ! Ordonna-t-il reprenant son chapeau de professeur.

Cette fois ci Hermione, ayant retenu la leçon sanglante de tantôt, ne discuta pas les directives de spécialiste. Elle s'exécuta et renifla le contenu de la fiole. Il en ressortait très clairement l'agréable essence fruitée et sucrée des figues mêlée à une petite touche florale, surement les marguerites.

_ Vous avez bien noté la flagrance de la potion ?
_ Oui.
_ Maintenant humez la vôtre.

De nouveau la jeune femme s'exécuta. Elle fut ravie de retrouver la même senteur savoureuse de la figue, et les touches de marguerite. Cependant, un petit quelque chose était différent. Elle ne savait pas quoi, mais le rendu n'était pas tout à fait le même. La potion attaquait les narines. De l'aigreur... oui, c'était ça, de l'aigreur, une aigreur qui donnait un côté acide à la potion.

_ Je pense que vous avez compris, fit Rogue.
_ D'où cela vient-il, demanda alors Hermione.
_ Les sangsues, trop de sangsues. Les bestioles utilisées pour faire la poudre préfabriquée sont des sangsue gavées, gorgées de sang. Et si celles ci sont séchées avant de passer au mortier, elles conservent tout. Elles ont donc le goût métallique du sang, et son odeur désagréable pour tout être humain qui ne possède pas de gènes de vampire. Les sangsues sont l'élément mineur de la potion. 3g c'est très peu, juste assez pour qu'elles produisent l'effet désiré.
_ Et quel est-il, s'enquit Hermione, passionnée de pouvoir enfin appréhender l'art véritable des potions, celui prôné par son professeur, incompris par ses camarades (et par elle même, avant qu'elle n'entende ces explications).
_ Lier les ingrédients incompatibles. Les chenilles et le foie de rat se combinent très bien ensemble. Ils ont en revanche beaucoup de mal à se mêler avec les figues et les marguerites. J'imagine que vous comprenez pourquoi : des éléments animal et végétal ont du mal à collaborer. C'est là qu'interviennent les sangsues.
_ Pourtant il s'agit bien là d'animaux ?
_ Composés presqu'exclusivement de sang ! Si j'employais le terme métallique tout à l'heure, c'est en connaissance de cause. Séchées et réduites en poudre, les sangsues sont un concentré de minéraux, dont notamment le fer, élément de base de l'hémoglobine, le pigment présent dans chaque globule rouge du sang.
_ Je comprends.... mais en quoi le minéral peut-il lier le végétal et l'animal.
_ De quoi sont donc composés animaux et végétaux ?
_ Euh...
_ De minéraux. La poudre de sangsue vient combiner au niveau microscopique, ce qui est incompatible au niveau macroscopique.
_ Waouh ! C'est vraiment intéressant d'entrer dans le vif du sujet ! S'exclama la jeune femme enthousiaste. Je me demande pourquoi le professeur Rogue ne prend pas le temps de nous expliquer tous ces détails.
_ Hum... surement n'en a-t-il pas le temps... avec les programmes à tenir... Ou peut être n'a-t-il pas l'envie ni le courage de définir chaque mot qu'il utilisera.
_ C'est à dire ?
_ Il n'est pas le propre de l'enseignement sorcier, d'entrer dans la composition de la matière comme 
le font les moldus. Je pense que très peu d'enfants, né sorcier, n'entendent parler de minéraux, pigments et encore moins d'hémoglobine. Cela n'entre pas dans le pot commun de la culture sorcière, mais relève plutôt d'enseignements spécialisés. Pourtant, tout magique que soit notre monde, c'est avec ces bases naturelles qu'il s'est construit et qu'il s'explique. Nous sorciers avons la capacité de comprendre ce monde car nous sommes acclimater à la magie dans lequel il baigne. Encore faut-il s'en donner les moyens...

Un nouveau silence suivit cette brillante démonstration. Qu'y avait-il à ajouter ? Rien. Pour Hermione tout était clair, limpide même. Enfin elle comprenait son professeur, ses remarques en apparences acerbes, son discours de bienvenu en première année, et ses découvertes annotées sur son livre de potion. Il n'y avait aucune magie noire, aucune méchanceté, simplement le fruits des réflexions d'un génie qui avait su réconcilier deux mondes séparés en pratique, mais intimement symbiotiques en réalité. Il n'existe pas les moldus et leurs connaissances d'un côté, et les sorciers de l'autre. Il n'y a qu'un monde, la Terre avec ses règles que chacun peut expliquer jusqu'à un certain degré, avec les moyens qui lui sont offert. En cela, les moldus sont bien plus perfectionnés que les sorciers, repoussant toujours un peu plus les limites de cette compréhension...

Mais alors, avec de tels outils, toutes les portes qui se sont fermées en même temps que ses yeux, s'avèrent n'être que des illusions. Rien n'a changé. Une difficulté s'est ajoutée mais cela s'arrête là...
Par exemple... la potion est trop épaisse... pourquoi... réfléchit Hermione, réfléchit... si elle est trop épaisse c'est qu'elle n'est pas assez liquide. Ça coule de source, c'est le cas de le dire... source ? L'eau ! Mais oui, l'eau !... il y a un manque d'eau. Pourquoi ? Il y a de l'eau dans les chenilles, le foi,les figues et les racines. Aucun de ces ingrédients n'a été oublié pourtant... la base aqueuse... oui c'est cela, la base aqueuse n'était pas suffisante. Il fallait faire bouillir 200 mL d'eau. C'est bien ce qu'elle avait fait. Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'il y ait ainsi un manque d'eau... bouillir... vapeur... eau... Mais oui ! Elle avait trop fait bouillir l'eau, et avait perdu une trop grande quantité de liquide dans la condensation. Tout se tient.

Et la potion un peu trop terne...si elle est terne, c'est qu'elle est trop sombre. Qu'avait-il bien pu se passer pour que la potion soit trop sombre... des chenilles... marron, des figues... bordeaux, du foie... rouge sang, de la poudre de sangsue... noir, des racines de marguerite... marron. Qu'est ce qui n'allait pas ? Tous ces ingrédients relèvent a peu près de la même teinte, une teinte sombre. Pourtant la potion n'est est sensée être claire... il doit forcément y avoir un élément qui permette d'éclaircir... Encore on aurait utilisé les pétales des marguerites, elles étaient blanches, ça aurait été un élément déterminant, mais les racines … à moins que les racines … elles ont couleur terre mais le coeur des racines … oui, le coeur... il est beige, à la limite du blanc... ça doit être ça qui permet la dissolution des teintes... donc, il manquait dans la préparation de coeur de racines de marguerites … Pourtant une racine est une racine, mais dans sa disposition conique, plus on se sert du bas plus le coeur est réduit et donc la croute terreuse étendue … Ça doit être ça...

_ Quelque chose ne va pas ? Fit Rogue en interrompant le fil de ses pensées.
_ La potion
_ Comment cela la potion ?
_ Elle est trop épaisse n'est ce pas ?
_ J'ai horreur de me répéter
_ Il manquait de l'eau, j'ai trop fait bouillir la base, c'est cela ?
_ Euh, et bien...oui, répondit-il impressionné pour la première fois.
_ Et pour le terne, c'est que j'ai utilisé la mauvaise partie des racines, la pointe qui contient peu de coeur ?
_ Oh... intéressante hypothèse, à creuser. Mais par terne j'entendais qui manque d'éclat. Or l'éclat est assuré par la gélatine des chenilles. Il faut en déduire que soit vous avez utilisé des chenilles processionnaires marrons et poilus, moins juteuses par nature, soit vos chenilles n'étaient pas mûres.
_ J'ai effectivement utilisé des chenilles sombres... Mais dis moi, comment des chenilles peuvent-elles ne pas être mûres ?
_ Trop jeunes, trop petites. Elles ont tout juste eu le temps de sortir du cocon avant qu'on ne les récolte. Elles n'ont pas pu se gorger de soleil et développer le jus qui est nécessaire à la réalisation du breuvage en question. Cette réalité est malheureusement une des conditions de l'exigence de productivité qui frappe de nos jours les apothicaires. Les ingrédients sont de moins en moins bonne qualité, notamment lorsqu'il s'agit de fournir les élèves des écoles de sorcellerie. Le meilleur reste encore de se procurer soit même, à la manière des druides, les ingrédients dont nous avons besoin.
_ Oui ça tombe sous le sens...
_ En tout cas, vu votre autocritique, je pense que vous avez enfin compris où se trouve l'art véritable des potions.
_ C'est vrai ?
_ Par pitié, arrêtez avec vos questions idiotes, fit Rogue désespéré.
_ Pardon, répondit Hermione dans un sourire qui n'avait rien de coupable et qui n'abusait personne.
_ Passons ! Comme je le disais, avant votre intervention tout aussi inutile qu'agaçante, vous avez enfin entrevu les mécanismes qui gouvernent les potions et qui différencient le maître en potion, du cuisinier de cantine. Il ne reste plus qu'à mettre en pratique tout cela, à l'adapter aux exigences de votre condition. Ensuite tout devrait naturellement bien se passer.

La jeune femme était aux anges, profondément émue par les compliments cachés sous ces froides directives. Les problèmes trouvaient enfin leurs solutions. Et même si ces réponses emportaient avec elles de nouvelles interrogations, vues les difficultés surmontées, plus rien ne lui semblait impossible. La flamme de l'espoir s'était ravivée...Pour combien de temps ? Mieux valait ne pas y penser. 

Peu familiarisé avec les relations sociales et encore moins avec les manifestations de joie spontanées, le professeur maugréa dans sa manche sur la faiblesse sentimentale des Gryffondors, lorsqu'il remarqua les pupilles d'Hermione pétillantes de liesse et brillantes de larmes. Aussi fut-il surpris de sentir un poids lui tomber dessus alors que paupières closes il soupirait devant la futilité de ces réactions. Royalement pris au dépourvu, il se sentit dangereusement basculer, et ne rétablit son équilibre qu'in extremis en s'agrippant à la paillasse la plus proche. Alors que la jeune femme lui crevait les tympans dans des remerciements larmoyant, Rogue fit du regard le tour de tous les tableaux en place, espérant de tout coeur qu'il n'était pas venu à l'idée du vieux fou de venir espionner leur séance. Quelle honte si quiconque le voyait dans une situation aussi compromettante, lui la terreur des cachots, le mangemort repenti se faire sauter au cou par une élève comme n'importe quel étudiant. 

A ce moment Rogue eut la confirmation de la malédiction qui le touchait.