au fond du gouffre

par kakashi.gk

Une semaine maintenant qu'Hermione avait réintégré ses cours. Une semaine maintenant qu'elle luttait au jour le jour, chaque minute, chaque seconde de sa misérable existence. Une semaine avec pour seule compagnie les ténèbres. 

Elle avait rencontré la directrice peu de temps après sa sortie de l'infirmerie. Durant ce court entretien MacGonagal lui avait proposé tous les types d'aides possibles et inimaginables. Désespérée par ses refus systématiques, elle avait prié, supplié même, son élève d'entendre raison.

_ Voyons Hermione, soyez raisonnable. Il n'y a pas de honte à accepter du soutien.
_ Professeur, s'il vous plait... Je ne vous demande pas de me comprendre, simplement d'accepter mon choix.
_ Mais vous ne pourrez pas vous en sortir seule. Rappelez vous, lorsque vous avez voulu affronter le Troll lors de votre 1ère année, ce sont vos amis qui sont venus vous aider. On ne peut pas affronter tous les tourments de la vie seul !
_ Professeur, le Choixpeau m'a fait l'honneur de me placer dans votre maison. Et je m'en montrerais digne. C'est inutile, vous ne me ferez pas changer d'avis.
_ Ridicule !
_ Vous vous mettez à parler comme le professeur Rogue. Sauf que lui accepterait ma démarche.
_ Qu'insinuez vous ? 
_ Rien du tout, professeur, puisque je sais pertinemment que dans son cas ce serait par pur désintéressement...

_ Eh bien, à ce que je vois, on a toujours une belle opinion de moi !
_ Severus ce n'est pas le moment ! Répondit la directrice au tableau de son prédécesseur.
_ Cela dit la miss je sais tout n'a pas tort, comme d'habitude devrais-je dire, poursuivit-il ignorant superbement la remarque.
_ Severus !
_ Quoi ! C'est vrai, en quoi ce sont vos affaires Minerva. Laissez la faire ce qu'elle veut. Elle est majeure, diplômée et héroïne de guerre.
_ Merci Professeur Rog...
_ Libre à elle d'embrasser tous les murs du château. Qui sait, à force, peut être que cela portera ses fruits : après les cornichons qui étudient, les mur qui pensent. Ça peut toujours être utile,non ? (Cela va sans dire, qu'Hermione ravala bien vite ses remerciements).
_ Si le vrai Severus vous entendait dire de telles inepties, il en ferait une syncope, dit Minerva dépitée.
_ Pas faux, mais lui ne doit pas supporter le vieux fou chaque seconde que Merlin fait !

_ Oh misère, soupira MacGonagall. Et vous Albus, vous êtes bien silencieux pour une fois. Qu'en pensez vous ?...Albus !
_ Hum... Oh pardon, je m'étais assoupis. Pour ma part je n'ai qu'une chose à dire : la vie, comme toute chose, appartient à celui qui la détient. C'est donc à Hermione de décider.
_ Mais...
_ 3 contre 1 Minerva, il faut vous faire une raison, rétorqua le portrait de Rogue. C'est de bonne guerre sussura-t-il d'un ton doucereux.

Hermione, qui écoutait ce curieux échange avec attention, ne saurait dire ce qui la choquait le plus : MacGonagal qui la couvait comme une gamine ou Rogue qui oubliait toute convenance. Elle reprit finalement la parole :

_ Professeur MacGonagal, je comprends très bien qu'aux vues de a situation, je ne puisse plus remplir mes engagements. Néanmoins, j'aimerais s'il vous plait que vous me laissiez poursuivre ma 7ème année comme si rien ne s'était passé.
_ Ai-je vraiment le choix ?... Très bien. Vous êtes libérée de vos obligations de préfet en chef et de professeur de métamorphose. Vous suivrez vos cours habituels. Cependant je tiens à ce que vous conservez votre appartement privé de préfète. Ainsi vous pourrez l'aménager à votre guise et surtout selon vos besoins.
_ Merci Professeur.
_ Malgré tout, j'exige d'être prévenue de toutes vos sorties en dehors du château. Et si celles ci dépasse le périmètre de Pré Au Lard, je me réserve le droit de vous attribuer une escorte. Est-bien clair miss Granger ?
_ Limpide, Professeur.

Depuis ce jour, Hermione s'efforçait de s'accommoder au mieux de sa nouvelle condition. Elle évitait consciencieusement les endroits et les horaires trop fréquentés, préparant chacun de ses déplacements avec une très large avance. Elle se félicitait intérieurement d'être restée fidèle à sa réputation et d'avoir étudier l'ensemble de ses manuels de 7ème année durant les vacances. Ceci lui permettait de suivre la plupart de ses cours, non sans quelques difficultés. Les livres étaient maintenant une ressource qui lui était interdite. Jamais encore elle ne s'était intéressée à la cécité des sorciers, jamais elle n'avait entendu parler d'un tel précédent. Cela lui aurait paru si irréel, comment le monde des sorciers aurait-il pu être victime d'une infirmité si banale, si moldu au final, alors que la médicomagie était capable de refaire pousser des os. Et pourtant elle aurait du se douter qu'il existait des limites, après tout certains sorciers portent des lunettes comme Harry ou Dumbledore. La magie ne peut pas tout résoudre, elle n'est ni transcendante ni toute puissante. Elle est l'émanation des forces de la nature, elle lui est donc soumise. Il est alors évident que cette magie ne puisse pas s'élever contre l'ordre pré-établi de la nature. Le sorcier comme le moldu ne dispose pas des corps, il ne peut pas ramener les morts, il ne peut pas réparer les organes indépendants, il ne peut pas s'élever contre son créateur... Quelle idiote elle avait été, mais comment aurait-elle pu savoir... 

Alors que son esprit était occupé à l'étude de ces considérations, elle se rendait mécaniquement à son cours de potion.

Pendant ce temps là, le professeur de potions profitait de son temps libre pour corriger les quelques copies qui avaient encore échapper à la cicatrice de sa plume aiguisée. Entre faute d'orthographe, faute de syntaxe et faute de compréhension (quand compréhension il y a), les parchemins auparavant immaculés, s'ornaient bien vite des stigmates de la nullité affligeante de leur contenu. Cependant, ce jour là, le tranchant de la plume de ce cher Severus aurait bien mérité un petit coup de meule. Il avait la tête ailleurs. Relisant 10 fois la même phrase, il ne dénichait pas l'ânerie monstrueuse dont s'offusquait insidieusement son instinct. 

De dépit, il délaissa son paquet de copie, non pas qu'il ait une quelconque tendance à la procrastination, mais mieux valait s'abstenir plutôt que de laisser une de ces andouilles s'en tirer à bon compte. Severus vérifia alors l'heure : il lui restait encore du temps avant son prochain cours. Bénissant la proximité des cachots et du hall d'entrée, il décida de s'aérer dans le parc. 

Inconsciemment ses pas le conduisirent à la stèle commémorative. Il s'y arrêta et la contempla longuement...Quel gâchis... Tandis que ses yeux embrassaient la liste des noms, il se remémorait le chaos de cette sombre époque. Son coeur se serra arrivé au nom de Lily Potter. Il était étreint par la culpabilité, rongé par le remords. Malgré le flux des ans, il ne parvenait pas à se défaire de ses regrets qui lui pourrissaient quotidiennement la vie. Il sourit intérieurement à la vue de son nom. Il avait fait des pieds et des mains pour le faire retirer. Mais il s'était heurté au vif refus de ses collègues et de quelques portraits. Minerva refusait catégoriquement de toucher à cette oeuvre d'art par pur souci moral. Albus lui, exprimait ouvertement sa joie de voir enfin le courage et l'abnégation de son ancien espion reconnus à leur juste valeur. Phinéas Nigellus était quant à lui ravi d'avoir enfin un argument irréfutable pour soutenir sa thèse de la supériorité naturelle des Serpentard. Enfin, dernière opposition notable, celle de son propre portrait S'il en avait été au départ très étonné, il avait vite compris ce qui motivait sa représentation sur toile : celle ci avait bien compris la menace qui pesait sur elle, et n'appréciait pas l'idée de finir au pilon ou de devoir attendre dans un tiroir poussiéreux que son modèle accepte enfin de passer l'arme à gauche. Arrivé à cette conclusion l'agacement avait fondu au bénéfice de la fierté qu'avait éprouvé le maître des potions : même encadré, il conservait son esprit calculateur.

Tandis qu'il restait planté là à regarder, sans le voir, le monument, il se rappela d'une phrase que lui avait dit Dumbledore : « Severus mon garçon, se réfugier dans le passé c'est fuir lâchement l'avenir ». Sur le coup ces simples mots lui avait redonné force et vigueur alors qu'il avait été détruit par la mort de Lily. Mais maintenant cela lui semblait vide de sens. A l'époque il ne pouvait pas se permettre de ressasser le passé car il avait un but, un avenir, il devait faire payer à Voldemort l'affront qu'il avait subi. Mais maintenant que lui restait-il à accomplir ? Rien, à part tenter d'inculquer l'art des potions à des incompétents. Maintenant que l'extase, qui avait suivit l'entrée dans sa nouvelle vie, était passée, il se demandait s'il avait fait le bon choix en revenant au château. N'aurait-il pas mieux valu couper définitivement les ponts avec sa vie passée ?...

La course du soleil commençant à se faire basse, Rogue sortit de sa torpeur et prit la direction des cachots. Son prochain cours était imminent. Sur le chemin un délicieux fumet flatta ses narines : avec tout ça il avait oublié de se remplir l'estomac. «  De toute façon, plus que 3 heures de galère et c'est le week-end »pensa-t-il lorsqu'un étrange spectacle attira son attention. Il se tapit dans l'ombre et observa la scène silencieux.

Face à lui se tenaient 3 groupes d'élèves. Le premier n'était constitué que d'une personne : Hermione Granger. Celle ci, à 4 pattes, tâtait le sol à la recherche de ses affaires éparpillées. Son sac était éventré sur toute sa largueur. La netteté et le positionnement de la déchirure indiquèrent au professeur que le sac n'avait pas craqué de son plein gré. « Surement un diffindo » pensa-t-il. 

Le second groupe était composé d'une poignée de Serpentards de 3ème année dont l'un d'entre avait encore sa baguette en main. Celui ci, en qui Rogue reconnu Marius Lestrange, affichait un air de supériorité. Fier de son travail, il se délectait de voir la détresse de sa victime. Tandis que ses comparses riaient aux éclats, lui se contentait d'un sourire malsain.
Enfin Severus s'intéressa au troisième groupes : encore des élèves de sa maison mais de 7ème année cette fois. Ces derniers étaient rassemblés et complotaient un mauvais coup. De son poste, Rogue n'entendait pas un traitre mot de ce que mijotaient ces élèves. 

Puis un nouvel arrivant fit son apparition, Drago Malefoy. Interpellé par ses condisciples il se rejoignit le groupe des conspirateur. Après un bref échange, il fixa la Griffondor avec une moue dégouté avant de s'éloigner : surement avait-il refuser de participer au mauvais tour...étonnant de sa part.

Le directeur des Serpentards s'approcha furtivement. Il pouvait à présent entendre ce qui se passait. Il aurait pu et aurait du intervenir mais il était comme absorbé par ce triste spectacle qui lui rappelait de douloureux souvenirs, des souvenirs où il 'assistait pas au manège mais où il en était la victime.
Le plus grand des 7èmes années avala une petite pastille verte, une nouveauté des magasins Farces pour sorcier Facétieux, de petites pastilles qui permettaient de faire muer la voix. Après quelques secondes il commença son numéro :
_ Hé, que s'est-il passé ? Tu veux un peu d'aide ? Tiens regardes , Reparo (et le sac fut comme neuf). C'est quoi ton nom ?
_ Ça ne te regarde pas, siffla Hermione en retour.
_ C'est juste pour pouvoir rappeler tes affaires...
_ Pfff...Hermione Granger.
_ Enchanté moi c'est Niel Stewart, je suis en 5ème année à Poufsouffle. C'est donc toi la Griffondor qui a perdu la vue, je suis vraiment désolé pour toi. Accio affaires d'Hermione Granger (il plaça alors le sac de manière à ce que parchemins et plumes filent dedans). Et voilà le travail. Tiens.
_ Merci beaucoup c'est très gentil, remercia poliment la jeune femme.
_ Oh mais de rien, ce fut un plaisir.

Entre l'air machiavélique du soit disant samaritain et les sourires des vert et argent, Rogue pouvait déceler toute l'ironie de cette phrase. Hermione, elle, prit ça comme argent comptant. Et c'est donc tout naturellement qu'elle se fia au conseil que lui donna le jeune homme alors qu'elle poursuivait son chemin.

_ Fais attention ! Tu te diriges droit vers le mur.
_ Ah merci, peux-tu s'il te plait m'indiquer la direction des cachots ?
_ Bien sur, fais un quart de tour vers ta gauche et c'est tout droit.

Le résultat fut bien entendu tonitruant. Hermione heurta de plein fouet le mur qu'elle était sensée éviter. Et pour couronner le tout, un des acolytes du prétendu Niel fit un croche pied à la malheureuse qui s'étala de tout son long sur la pierre froide du sol millénaire. 

Les Serpentard riaient à s'en tordre les boyaux, la raillant au passage de quelques remarques peu sympathiques. La tâche rougeâtre qui ornait le point d'impact signifiait que la Griffondor s'était casser le nez dans cette fâcheuse mésaventure. Le professeur se décida enfin à agir. Sortant de l'ombre il lança d'un ton menaçant :

_ Que se passe-t-il ici ?
_ Rien du tout Professeur. Voyez vous, nous discutions tranquillement de la meilleure stratégie à adopter pour gagner le prochain match de quidditch quand Granger est passée en flèche, bousculant l'un de nous au passage, pour finalement aller percuter le mur d'en face.
_ Oh les menteurs, pensa Severus avant de déclarer d'une voix glaciale : Très bien, dans ce cas si vous n'êtes pas dans votre salle commune d'ici 5 minutes, il se pourrait bien que la prochaine stratégie à laquelle vous devrez penser soit celle qui vous permettra de sortir vivant de la Forêt Interdite où vous accompagnerez M Rusard pour me chercher des griffes de loup garou. 

Le résultat fut immédiat et sans appel. Les concernés, tout fier de leur courage serpentardien, décampèrent au son d'un « Tout de suite Monsieur ! ». Rogue se tourna alors vers la jeune femme qui, ayant repris ses esprits, se remettait le nez en place.

_ Recurvite, dit-il pointant sa baguette sur la trace de sang. Quand à vous Miss Granger je vous prierais d'attendre la noël avant de décorer les mur du château. 10 point de moins pour Griffondor pour avoir troublé l'ordre de l'école. Tâchez ne pas être en retard à votre cours où l'addition risquerait d'être bien plus salée.

A ces mots il s'enfonça dans les entrailles du château pour rejoindre sa salle de classe, sans un regard ou un geste secourable pour son élève. Celle ci, loin de s'offusquer de la réaction peu cavalière de son professeur, se remit sur pied. Se fiant au bruit des pas du maître des potions, elle se rendit tant bien que mal, à son cours. 

Rogue était attablé à son bureau et avait déjà prit soin d'inscrire ses instructions au tableau. C'est pourquoi il ne prêta pas attention à la jeune femme lorsque celle ci s'installa. Ce n'est qu'une poignée de minutes plus tard, lorsqu'elle brisa le silence qu'il prit conscience de sa bavure.

_ Excusez moi Professeur...que dois-je faire ?
_ Pardon ?
_ Vous ne m'avez pas encore donné vos directives.
_ Influence du touillage dans une potion de...Hum...Non à la réflexion contentez vous de préparer une potion de régénération sanguine.
_ Mais professeur...
_ Quoi encore ! Soyez un peu réaliste, vous ramiez déjà avant ce que vous savez, comment voulez vous réussir maintenant. Je savais les Griffondors têtus et stupides, mais je pensais qu'au moins vous, aviez un minimum de jugeote.
_ Je suis sûre qu'il existe un moyen, je peux très bien réussir avec beaucoup de travail.
_ Ah oui... et comment allez vous noter les différentes teintes qui sont obtenues pour cette potion en fonction du nombre de mélange que vous faites, en fonction du sens que vous utilisez ? Hein ! Comment pourrez vous juger de la bonne intensité de votre feu ? En mettant la main dedans peut être ?
_ Je...
_ Alors miss je sais tout, j'attends.
_ Je ne sais pas monsieur.
_ Mauvaise réponse. Vous ne pourrez pas, du moins pas seule. Si vous tenez tant que ça à vous accrocher, commencez par essayer de réaliser des potions de base, mais avec la plus grande autonomie possible. On embauchera plus facilement une sorcière médiocre mais autonome, qu'une sorcière très qualifiée qui doit constamment être assistée.

Pour la première fois depuis sa sortie de l'infirmerie, Hermione laissa une larme s'échapper. Chose que ne manqua pas de remarquer le professeur. Celui ci ravala la remarque cinglante qui lui brulait les lèvres et se dirigea vers sa réserve d'ingrédient pour en faire l'inventaire, quand la jeune femme répondit faiblement :

_ Bien professeur.

Rogue ne dit rien. Il arrêta son entreprise et recadra son attention sur son élève. Ses années de lutte et d'espionnage l'avait rendu aussi discret qu'un chat. C'est pourquoi la Grifondor n'avait pas entendu que son interlocuteur avait changé de place. Ainsi quand Rogue la détailla, il la vit le regard toujours aussi vide fixant le point où il se trouvait auparavant. Un léger tremblement agitait ses mains. Sa voix faible cachait un sanglot difficilement retenu. Ses yeux étaient luisants de douleur mais ils ne coulaient pas. Bien malgré lui Severus fut touché par la vision qui s'offrait à lui. …tait ce de la pitié, de la compassion, ça il ne saurait le dire : les sentiments n'avaient jamais été son rayon.

Il voulut reprendre son inventaire mais abandonna bien vite. Son esprit était bien trop occupé pour qu'il puisse se concentrer sur quoique ce soit. Il se réinstalla à son bureau et observa la jeune femme. Devant ce spectacle, il fut tirailler par moult pensées contradictoires. Tout d'abord du mépris car il ne cautionnait pas de s'accroche aussi désespérément à l'impossible, c'était tout simplement ridicule. Puis de l'admiration car son élève faisait indéniablement preuve d'une belle détermination et d'un sacré courage. Enfin le doute vint l'assaillir : avait-il eut raison tout à l'heure, existait il pour elle un moyen de s'en sortir, pouvait-il faire quelque chose ? Non bien sur, après tout il était Severus Rogue, ce n'était pas ses affaires. 

Il fut soudainement tiré de sa rêverie lorsqu'il arrêta son regard sur le liquide que versait la Griffondor dans son chaudron. « Du jus de sangsue ? Dans une potion de régénération sanguine ? Mais dans cette potion il y a du sang de salamandre et des yeux de poisson fumeur...Oh non » pensa-t-il.

_ Expulso !, lança-t-il en direction d'Hermione qui fit un vol plané avant de percuter violemment le mur du fond de la salle. A peine fut elle atterri sur son postérieur endolori qu'une belle explosion se produisit dans son chaudron abandonné. Les gouttes de potion qui atteignaient les tables en rongeait rapidement le bois. La jeune femme, grâce au réflexe de son professeur fut heureusement épargnée par les projections corrosives Rogue quand à lui s'était réfugié derrière son bureau : attitude peu digne, certes, mais extrêmement efficace. 

Le maître des potions était au bord de l'explosion. Mais finalement il ne dit rien mis à part ces quelques mots :
_ Je crois qu'il vaut mieux arrêter les frais pour aujourd'hui.

Le ton , ni froid ni compréhensif, ne dissimulait aucune ironie. Il était neutre, comme une simple constatation. Après le départ d'Hermione, il remis la salle en état au moyen de quelques coups de baguette. Puis, il s'engouffra dans ses appartements privés, se servit un verre d'hydromel et s'affala dans son fauteuil le plus confortable. Il réfléchissait. Il repensa à l'incident du couloir auquel il avait assisté. Ceci eut pour effet de le replonger dans certains de ses plus pénibles souvenirs...il comprenait très bien ce qu'elle avait pu ressentir, trop bien même. Quelques temps plus tard il déclara finalement :

_ Inutile de vous cacher Albus.
_ Ah tiens tu m'as vu, toujours aussi observateur mon garçon. Vois-tu, le laborantin qui occupe normalement ce tableau devait aller se procurer quelques ingrédients chez l'apothicaire accroché au 5 ème étage. Aussi m'a-t-il demander de surveiller sa préparation.
_ Qu'est ce que vous me voulez, coupa Rogue
_ Tu as l'air bien soucieux, ça ne te ressemble pas, dit Dumbledore éludant la question
_ Et alors
_ C'est à cause de miss Granger n'est ce pas ? Tu sais c'est normal que tu t'y intéresses, après tout c'est grâce à elle si tu es encore là.

Face au silence de Rogue, Dumbledore poursuivit :

_ C'est fou ce que vous pouvez vous ressembler tous les 2, lâcha-t-il.
_ Ça y est c'est reparti, qu'allez vous encore inventer !
_ Deux personnes très intelligentes mais très seules. Deux infortunés qui ont tout perdu et qui se retrouvent malgré eux marginaux, rejetés et persécutés. Tout les deux vous...
_ C'est bon, je crois qu'on a compris.
_ Tu es le seul à même de vraiment la comprendre, de savoir comment l'aider.
_ Hé ho, elle a ses amis pour ça. Elle n'a qu'à appeler saint Potter et son acolyte Weasley, après tout rentrera dans l'ordre.
_ Parce que tu penses vraiment qu'elle vas tout leur dire.
_ Bien sûr que non... Et puis où vous voulez en venir exactement. Au lieu de me sermonner vous devriez aller la convaincre de tout laisser tomber, et d'arrêter d'espérer l'impossible.
_ Rien n'est impossible, tu devrais le savoir.
_ Alors allez y dite le, crachez le morceau, qu'attendez vous de moi encore ? 
_ Rien... toi seul le sait. …coute ton coeur Severus, la guerre est finie, tu es libre, ne refais pas les mêmes erreurs. Tiens ton ami le laborantin revient, je vais te laisser.

Ceci dit Dumbledore disparut du cadre, sans pour autant que l'occupant légitime du tableau ne refasse surface. Ecoute ton coeur,ne refait pas la même erreur, qu'avait-il voulu dire ? Quelle erreur ? Des erreurs il en avait fait un sacré paquet dans sa misérable vie. Ce qui lui faut c'est un soutien de son âge, un ami qui l'accompagne au quotidien.

Le professeur attrapa le premier livre qui lui tomba sous la main. Magie noire appliquée, voilà de quoi se changer les idées. Il feuilleta longuement le livre, s'arrêtant de temps à autre sur un article quand un sort attira son attention :
_ Species Subvertit...un soutien de son âge...Et si...