se ressaisir

par kakashi.gk

Les jours s'écoulaient lentement. Après avoir passé une semaine comme un légume, voilà qu'Hermione se retrouvait maintenant à attendre dans un état finalement assez proche du précédent. Qu'attendait-elle? Rien, après tout, que pouvait-elle attendre. La réalité, aussi dure soit-elle est intangible. Pourquoi lutter? Autant être fataliste et laisser couler.

La jeune femme avait refusé toute visite; celle de la directrice, qu'elle n'avait pas pu éviter, lui avait amplement suffi. Quoi de plus pénible que de s'entendre plaindre par des gens qui n'ont aucune idée de ce qu'on a enduré ni de ce qu'on endure au moment présent. Cela ne sert qu'à faire ressurgir tout ce qu'on tente d'enfouir dans un recoin de son esprit en espérant ne plus jamais y penser: ses rêves perdus, ses espoirs déçus, ses peurs, ses angoisses...

Quoi de plus pénible que de s'improviser conteur de ses propres malheurs. Revivre ces moment qu'on voudrait ne jamais avoir vécu, ces moments qu'on aimerait effacer à jamais de son esprit, oublier...

Oublier...Est-il plus facile d'oublier que de se souvenir... Les souvenirs sont multiples, heureux souvent, tristes parfois. Un monde qui n'appartient qu'à nous, un jardin secret dont on cultive passionnément les fruits qui sont le reflet de notre identité profonde. Il est dans la nature de l'homme de toujours rechercher le bonheur. C'est pourquoi dans la détresse, il se replie sur lui même et trouve refuge dans ce jardin précieux dévorant avidement ses joies passées, s'abreuvant goulument à la source de ses rires d'antan. Consciencieusement il délaisse ce recoin sombre du jardin, là où les sources sont taries et les arbres inféconds. Mais ce recoin oublié revient par moment réclamer le tribut de sa solitude. Il envahit les songes, infeste l'esprit au moment où il est le moins attendu. Proliférant insidieusement, il gangrène les instants les plus inopportuns, réveillé par les plus insignifiants des signes: un paysage, une odeur, un son,... Ainsi est la réminiscence, elle frappe de plein fouet sans prévenir capricieuse et versatile...
On oublie jamais vraiment, tout ressort un jour sans crier gare.

_ Miss Granger?....

Hermione ne répondit pas, elle fixait un point dont elle ignorait la nature. Peut être était ce le paravent, ou bien la fenêtre...

_ Miss, vous êtes rétablie, il est temps pour vous de prendre une décision pour votre avenir.
_ Avenir, lâcha la Griffondor avec un petit rire sans joie.

On osait lui parler d'avenir. Un avenir, cela se façonne, un avenir, cela se veut. Comment un artisan peut il façonner son chef d'oeuvre privé de ses outils? Comment vouloir quand on a tout perdu? Que pouvait-il y avoir après la fin?

Ça y est le processus était en place, la réminiscence fixait l'esprit errant de la jeune femme sur des souvenirs si lointains, si anodins, stigmates d'un passé révolu. Hermione eut souvenance que dans sa jeunesse, elle ne supportait pas les fins: d'un livre, d'un film, d'une histoire; au point d'en être malade. Son père lui disait alors: « Hermione ma chérie, une fin n'est pas une mauvaise chose. Au contraire c'est ce qui a de plus merveilleux sur terre. C'est ce qui donne son sens à toute chose. Aimerais-tu toujours autant tes livres si ceux ci n'avaient pas de fin? Quel serait l'intérêt de suivre une histoire qui dure éternellement? Et le plus extraordinaire c'est que toute fin est le commencement d'une nouvelle aventure encore plus palpitante que la précédente ».

Qu'est-ce qu'il peut y avoir de palpitant à être condamné à lutter toute sa vie?

« Hermione, du nerf, tu es une Griffondor, les plus hardis et les plus fort sont réunis en ce haut lieu. »

Oui, Fred avait raison. Elle n'avait pas le droit de se laisser abattre. Elle devait faire honneur à sa famille, à ses amis, à sa maison. Il était hors de question de baisser les bras pour si peu. Sinon elle ne mériterait pas la confiance de ses amis, la fierté de ses parents, le sacrifice de tous les êtres chers qu'elle a perdu, et elle devait bien l'admettre, l'effort surhumain de son professeur de potion qui contre toute attente, l'avait tiré des griffes de la mort, au mépris de lui même. Qui l'eut cru...

_ Merci de vous inquiéter pour moi mme Pomfresh. Mais rien n'a changé. Je vais reprendre ma vie normalement.
_ Dans ce cas miss, je vais vous conduire chez la directrice. Vous pourrez organiser avec elle, la poursuite de vos études ici, elle trouvera surement quelqu'un pour vous accompagner au quotidien.
_ C'est hors de question!
_ Pardon?
_ Je ne m'humilierais pas à dépendre d'on ne sait quel idiot, et je n'ennuierais pas mes amis!
_ Mais...
_ Et je vous interdis de me faire suivre à mon insu, même par un elfe de maison. Je suis majeure, maître de mes choix. Est ce bien clair?
_ Bien miss, j'en informerais Minerva...
_ Merci. Désolé de m'être emportée.
_ Non ce n'est rien...Bien, alors je ne vous retiens pas plus longtemps...Bon courage.
_ Merci. Je vais partir dans ce cas, je dois préparer ma reprise.

Ceci dit Hermione descendit de son lit avec précaution. Elle tatonna à la recherche des quelques affaires qu'elle avait.

_ Attendez miss, je vais vous aider...
_ Non, mme Pomfresh...s'il vous plait.

L'infirmière hésita. D'un coté elle comprenait sa patiente et l'admirait. Mais elle avait du mal à accepter le fait de la laisser livrée à elle-même. Finalement elle déclara:

_ Bien miss. N'oubliez pas que je serais toujours là pour vous, si vous avez besoin de quoique ce soit, n'hésitez surtout pas à venir ou à me faire appeler, dit la médicomage s'engouffrant dans son bureau pour ne pas revenir sur sa décision.

Hermione lâcha un petit merci perdu dans un souffle. Peut être faisait elle une bêtise en s'obstinant ainsi. Mais elle ne supporterait pas de devoir vivre au quotidien avec un poids qui lui rappellerait immanquablement sa condition.

Elle s'avança donc prudemment à la recherche d'un point de repère. Sa progression était lente, hésitante. Elle pris appui sur le mur et le suivit jusqu'à arriver à la porte de l'infirmerie. Faisant fonctionner sa mémoire, elle s'engagea alors dans le couloir qui la conduirait à sa chambre de préfet en chef. Le corridor était calme, désert, les élèves devaient être en cours. Elle poursuivit son chemin puis entendit des bruits de pas. Ceux ci se rapprochaient sans qu'elle ne puissent savoir à qui ils appartenaient, ni d'où ils venaient. Elle continua cependant sa route en espérant que le propriétaire aurait a présence d'esprit de l'éviter. Ce qu'elle ignorait c'était que celui ci n'avait pas pour habitude de dévier sa route et encore pour une élève. C'est ainsi que le maitre des potions continua sur sa lancée, certain que son passage serait dégagé.

Cependant celui ci, berné par le jeu de la jeune femme, ignorait tout de la tournure des événements. En réalité, techniquement, il été sensé être au courant puisque la directrice en avait informé son équipe. Mais bien sur, comme chaque fois qu'on venait plaindre un élève devant lui, il n'y avait pas prêté attention. L'inévitable se produit donc, Hermione, percuta de plein fouet son professeur. La puissance et le caractère inattendu de la rencontra projeta la jeune femme en arrière.

_ 10 points en moins pour Griffondor miss Granger! Vous ne pouvez pas faire un peu attention à ce qui vous entoure, lâcha Rogue avec mépris.
_ Excusez moi professeur, ça n'arrivera plus, dit simplement Hermione en se relevant.
_ Mais j'espère bien, sinon le sablier de votre maison pourrait vite se voir vider de sa substance, finit il en poursuivant son chemin.

Quelques mètres plus tard, le directeur des Serpentards s'arrêta, interpellé par un bruit inopportun. Calmement il se tourna et observa la scène qui se déroulait devant lui. Etonné il ne pipa pas mot. La jeune femme venait à l'évidence, de se prendre le mur. Elle se remettait péniblement sur pied, a priori sonnée par le choc. Il la vit fébrile s'agripper au mur de pierre et le longer désespérément. Le professeur ne bougeait toujours pas, éberlué de ce spectacle. Il allait retourner à ses occupations quand il la vit s'étaler de nouveau au sol après avoir rater une marche. S'arrachant à sa contemplation il décida de faire un tour par l'infirmerie: une petite explication s'imposait. Certes il était persuadé que les élèves n'étaient qu'une bande de cornichons sans cervelle, certes il pensait que les Griffondors n'étaient que des idiots, certes il ne supportait pas les manières d'Hermione Granger; mais il fallait bien admettre que cette fois ci quelque chose clochait..

_ Professeur Rogue? Que se passe-t-il?
_ C'est au sujet de miss Granger...
_ Vous venez prendre de ses nouvelles?
_ Bien sur que non. Comment dire...C'est au sujet des séquelles de son accident, vous comprenez, comme je lui donne des cours particuliers, j'aimerais savoir à quoi je dois m'attendre...
_ Oui, je comprends. Mis à part ce que vous savez déjà, elle est totalement remise et son esprit ne semble pas atteint.
_ Ce que je sais déjà....
_ Oui, Minerva a du vous dire qu'elle avait perdu la vue.
_ Effectivement, mentit Rogue. C'était donc ça, pensa-t-il.
_ C'est triste ce qui lui arrive, injuste.
_ La vie est injuste, et ce n'est ni la première, ni la dernière à le découvrir. Il n'y a donc pas à s'apitoyer sur son sort.
_ Vous avez surement raison. J'imagine qu'elle aussi est arrivée à cette conclusion puisqu'elle a refusé tout aide. J'aimerais avoir votre inflexibilité.
_ C'est une simple affaire de réalisme, déclara Rogue avant de repartir. Arrivé à la porte de l'infirmerie, il s'arrêta un moment et sans se retourner lança:
_ Vous devriez faire des réserves d'onguents contre les hématomes. De mon coté je vais vous fournir une ration supplémentaire de poussos...sait-on jamais.

Ceci dit il disparut dans les dédales de couloirs.