retrouvailles

par kakashi.gk

L'espoir est une notion bien étrange. Elle a le pouvoir de détruire tout comme de faire vivre. On s'accroche à un espoir quand on n'admet pas que le contraire puisse être vrai. On se meurt souvent à attendre l'impossible dans l'espoir qu'il devienne réel. Mais il n'y a qu'une vérité sur notre terre, celle dictée par la logique et la raison. Et toute la volonté que l'on peut mettre à espérer ne changeras pas l'ordre préétabli. Pour pallier à ce problème, on trouve deux types d'individus. Ceux qui se refusent de croire pour s'éviter toute déception, les pessimistes, et puis ceux qui, n'espérant pas, ne se laissent pas vivre pour autant. Ces derniers vont fouiller dans les possibilités offertes, voir ce qui est possible, chercher si l'impossible l'est vraiment. Ce sont ces personnes qui permettent aux autres de vivre dans l'ombre d'un espoir parfois insensé, car ces désoeuvrés se disent que si on a réussi à réaliser un impossible, pourquoi est ce que l'on ne pourrait pas tout réaliser. Ce que ces gens ne voient pas c'est que il ne faut pas parler de l'impossible mais des impossibles. En effet l'impossible a des faces multiples. Il y a le vrai et le faux. L'impossible par nature et l'impossible par apparence. Et bien sur ceci s'applique au monde magique. Harry sait très bien qu'il ne pourra jamais revoir ses parents car il est strictement impossible de ramener les morts à la vie. En revanche Hermione, elle, peut encore espérer retrouver ses parents comme si rien ne s'était passé car si le sortilège d'oubliette est puissant, il n'est a priori pas incurable.

C'est ainsi qu'Hermione, forte de son espoir justifié, quitta Poudlard. Elle ne se dirigea cependant pas directement vers l'Australie où avaient déménagé ses parents. Elle décida tout d'abord de faire un tour au square Grimaud et au Terrier pour passer le bonjour à ses amis au cas où ceux ci étaient de retour de leur formation. Cependant ce ne fut pas le cas. Le square Grimaud était vide et elle ne rencontra au Terrier que Mme Weasley avec qui Hermione fut bien forcée de partager une « petite » collation car elle se doutait que la mère de son ami refuserait de la voir partir si loin le ventre vide. A ce moment la jeune Griffondor comprit pourquoi Ron arborait le surnom d'estomac sur patte. Elle discuta avec Mme Weasley des nouveautés de Poudlard, des nouvelles de toute la famille Weasley, du ministère et finalement Hermione fit part de son projet. A cette annonce Mme Weasley passa par plusieurs réactions. Tout d'abord la joie d'une aussi bonne nouvelle, puis l'étonnement d'une telle découverte et enfin la peur d'une complication. Ce n'est qu'une heure plus tard que Hermione quitta son hôte non sans un festival d'embrassades et encouragements. Cette fois ci direction l'Australie. Pour le peu qu'elle savait ses parents s'étaient installés dans un petit ranch reclus dans le bush. Hermione espérait sincèrement qu'ils ne leur avait pas pris l'idée de déménager car alors les chances de les retrouver seraient bien minces.

Elle arriva finalement en milieux de soirée devant une petite maisonnée isolée dont la boite aux lettres se paraît fièrement du nom Granger, son nom. Hermione redoutait ce qui allait se passer, aussi prit-elle le temps d'observer le contexte, histoire de taire ses appréhensions. Malgré l'obscurité, on pouvait ressentir la beauté de l'endroit. Au loin une masse sombre et imposante, surement un haut plateaux rocheux. Par ci par là, de petits bosquets, quelques arbres perdus. Le sol quoique dur, était matelassé d'une couche meuble de sable. Et au centre se dressait fièrement une maisonnette. Tandis que des volutes de fumée s'échappaient majestueusement de la petite cheminée, un doux et délicat fumet parvint jusqu'aux narines de la jeune femme. Que de souvenirs. Hermione s'engagea sur l'allée conduisant à la demeure. Arrivée au seuil de la porte, elle s'arrêta, anxieuse. Puis elle perçut des éclats de voix et des rires provenant des occupants de la maison, nul doute elle ne s'était pas trompée d'adresse. Elle se souvenait clairement du rire léger et cristallin de sa mère qui contrastait tellement avec celui grave et caverneux de son père. La jeune femme ne put retenir une larme qui glissa paresseusement sur sa joue y traçant un chemin acide. Elle ne sait pas combien de temps elle demeura là, plantée devant une porte désespérément fermée soumise au froid mordant d'un petit vent d'été. Alors qu'elle s'apprêtait à frapper à la porte pour signaler aux habitants sa présence elle se ravisa. Comment allait-elle aborder le sujet? Et si jamais ils avaient des invités? Comment les convaincre? Elle fut soudainement tirée de ses pensées lorsque la porte s'ouvrit laissant apparaître son père.

_ Chérie, je sors chercher un peu de bois, déclara-t-il à sa femme avant de percuter de plein fouet ce qu'il ne savait plus être sa fille.
Oh! Pardon mademoiselle, tout va bien, dit-il en l'aidant à se remettre sur pieds. Je ne vous avais pas vu, il faut dire que d'habitude c'est dans la rue que j'essaie d'éviter de renverser les passants, et non sur le pas de ma porte, plaisanta-t-il.
Pendant que cet homme se répandait en excuses, Hermione le détailla. Rien n'avait changé, mise à part peut-être un embonpoint naissant.
_ Et que puis je faire pour vous? Si vous venez pour une consultation je vous demanderais de repasser demain, nous avons fini notre journée et... M.Granger stoppa sa tirade lorsqu'il remarqua des larmes sillonner le visage de son interlocutrice. Il reprit:
Bien sur si votre situation est urgente, nous pouvons peut être voir comment vous soulager.
_ M.Granger, articula péniblement Hermione, je dois vous parler à vous et votre femme d'une affaire importante qui n'a rien à voir avec les dents.
_ Si c'est pour acheter la maison, inutile de gaspiller votre souffle, notre réponse est non.
_ Je n'ai pas l'intention d'acheter votre maison.
L'homme détailla son interlocutrice quelques instants du mieux que lui permettait le faible éclairage sortant de la porte. En suivant les traits de la jeune femme, il sentit naitre en lui un vague sentiment de déjà vu mêlé à une sorte d'euphorie. Pourquoi, ça il ne le savait pas. Mais il avait le sentiment que cette jeune personne lui était familière.

_ Ah, bon suivez moi dans ce cas nous serons mieux pour discuter dans le salon qu'ici. Ceci dit il conduisit Hermione sans un regard vers un petit salon coquet et confortable. Allez vous installer je vous prie je vais chercher mon épouse, conclut-il en s'engouffrant dans ce que la jeune femme put identifier comme la cuisine.
Hermione pénétra le salon et fut étonnée de voir que, bien que la maison fut différente, la décoration n'avait pas changée. Les mêmes bibelots, les mêmes tableaux et les mêmes photos. Hermione sentit son coeur se serrer lorsqu'elle vit ces cadres photos magiquement vidés par le sortilège d'oubliette. A voir ces tirages on aurait pu penser qu'aucun enfant n'avait jamais partagé la vie de ces gens. Tandis qu'elle contemplait un cliché où jadis elle posait avec ses parents devant une pyramide, elle fut tirée de ses pensées par la voix de sa mère.
_ Bonsoir mademoiselle.
_ Bonsoir madame Granger.
_ Mon mari est en train de nous préparer du café. J'espère que vous aimez le café. Mon mari est un homme charmant mais il ne conçoit pas de recevoir quelqu'un sans lui offrir une tasse de café, expliqua Mme Granger.
_ C'est très gentil à lui répondit la jeune femme en souriant. Oh oui , ce tic de son père elle s'en rappelait. Elle se remémora d'un jour où un client était venu chercher ses radios à leur domicile. Bien sûr M.Granger l'avait accueillit à bras ouvert et bien sûr avec une tasse de café. Le pauvre bougre trop poli pour refuser, avait accepté mais il ne pouvait pas boire de café pour la simple et bonne raison qu'il y était allergique. Hermione n'avait alors que 8 ans, mais elle se souvient très bien que ce jour là le café s'était miraculeusement changé en chocolat chaud. Il s'agissait là d'une de ses premières manifestations magiques. Le client était soulagé, son père accusait sa maladresse et sa mère riait aux éclats. Ce n'est que le lendemain matin au petit déjeuner qu'elle avait remarqué qu'il n'y avait pas de chocolat depuis plusieurs jours.

_ Voilà mesdames, annonça M.Granger alors qu'il arrivait avec un plateau bien garni.
_ Merci Monsieur, déclara Hermione.
Celle ci était avec sa mère installée sur un petit canapé. Son père quand à lui se tenait face à elles, dans un fauteuil assorti au divan. Ce dernier ne disait rien, il observait les deux femmes qui se trouvaient en face de lui. La comparaison confirma ses premières impressions de tantôt. Il avait l'impression de se retrouver face à un de ces jeux qui pullulent dans les magazines: cherchez les erreurs. En effet la jeune inconnue qui se trouvait à ce moment même dans son salon ressemblait à s'y méprendre à sa femme. Même chevelure, petits yeux espiègles, lèvres bien dessinées. Seules quelques rides naissantes, un teint légèrement plus basané et des yeux olive, lui permettait de reconnaître sa femme entre ces deux minois.
_ Eh bien chéri, tu ne m'avait pas dit qu'un membre de ta famille viendrait nous voir. Alors qui est cette charmante jeune femme? Une cousine, une nièce?demanda finalement le dentiste à sa femme.
_ Je ne vois pas de quoi tu veux parler, tu connais déjà tous les membres de ma famille. J'allais te demander la même chose vois-tu. Cette jeune personne te ressemble tellement.
M.Granger ne releva pas et se tournant vers Hermione, déclara:
_ Je crois que cette fois-ci de sérieuses explications s'imposent.
Hermione nota que son ton était grave, légèrement agacé. Le connaissant comme elle le connaissait la jeune Griffondor était persuadée que son père se croyait victime d'une quelconque manipulation médiatique pour un show télévisé à succès. Et ça, Hermione le savait, il ne le supportait pas. Bien qu'elle n'avait aucune stratégie elle se jeta à l'eau.
_ M.Granger, je suis votre fille, annonça-t-elle crûment. Elle attendit la réaction de ses parents et celle ci ne fut pas très longue à venir. Mme Granger demeurait impassible fixant la jeune Griffondor comme si elle la disséquait virtuellement. Ceci ne fut pas sans rappeler à Hermione un mélange de Rogue et Dumbledore. Son père quant à lui, beaucoup moins maitre de lui même scrutait la pièce comme s'il s'attendait à voir un caméraman surgir de chaque recoin. Sentant l'arrivée imminente de quelques remarques Hermione enchaina.
_ Ceci n'est pas une blague. Mon nom est Hermione Jean Granger, les prénoms de la mère de mon père, Charles Granger, et du père de ma mère, Jane Granger. Mes parents sont 2 dentistes de renom.
_ Et comment expliquez vous que vos parents soit a priori les derniers à être au courant de cette histoire.
Et Hermione poursuivit son explication. Son père la regardait avec des yeux ronds, persuadé d'être mené en bateau à son insu. Au moment où Hermione aborda la magie il ressemblait plus à un ballon de basket qu'autre chose. Sa mère quant à elle beaucoup plus calme, n'avait pas abandonné son masque d'impassibilité, et lorsqu'Hermione eut fini elle ne dit que deux mots:
_ Prouvez-le.
_ D'accord.

Hermione se dirigea alors vers un vase qu'elle savait très important pour ses parents.
_ Ne touchez pas à ça!!Vous allez le casser! S'écria M.Granger.
_ Ne vous en faite pas. Tenez Mme Granger, ayez confiance, brisez le, demanda Hermione calmement. La concernée ne broncha pas, jaugeant du regard la jeune femme. Mme Granger ne savait pas pourquoi, mais elle ne pouvait s'empêcher de croire cette jeune fille. Celle ci semblait droite et sincère. Elle transpirait l'honnêteté et les bons sentiments. Et puis tout coïncidait, tout s'expliquait: ces photos étranges, ces trous de mémoires, ce sentiment de vide parfois... Quelques instants plus tard, Mme Granger jeta le précieux vase sans crier gare. Et celui ci inévitablement se brisa en mille morceaux. Hermione ne prêta pas attention à son père qu'elle devinait au bord de la crise de nerfs, elle s'adressa directement à sa mère:
_ Madame, je sais que ce vase vous est très cher car c'est dans ce vase que furent mises les fleurs que vous a offert Monsieur ici présent lorsqu'il vous a demandé en mariage. Depuis, chaque année à la date anniversaire de cet événement, le 5 mars (Hermione s'efforçait de donner le plus de détails possible), ce vase est garni des mêmes 15 roses qu'il y a 25 ans. Aussi je vais vous restituer votre vase intact, pour qu'il puisse perpétrer cette tradition.
_ Pff, fadaises, grogna le dentiste.
_ Reparo, dit Hermione et aussitôt le malheureux vase se reconstitua, sans que rien de ce qui venait de lui arriver n'y paraisse.
M.Granger était littéralement tétanisé. Sa femme quant à elle affichait un petit sourire victorieux. Hermione pour sa part, était soulagée de ce premier pas encourageant. Car si ses parents admettaient maintenant, à des degrés divers bien sûr, qu'il puisse y avoir une autre vérité que celle qu'ils croyaient connaître, ils n'avaient pas encore recouvré la mémoire.
Hermione passa le week end chez ses parents. Elle discuta longuement avec eux sur ce qui était leur vrai passé, dévoilant anecdote après anecdote, retraçant le fil de leur histoire. Elle alla même jusqu'à les conduire par voie de transplanage d'escorte, quelques lieux qu'ils avaient souvent fréquenté: la forêt où ils faisaient du camping, leurs anciens cabinets, le théâtre qu'ils affectionnaient, le chemin de traverse,...
Malheureusement rien n'y faisait. Leur esprit demeurait toujours aussi imperméable à tout souvenir.
Hermione commençait à désespérer. Il était dimanche soir et aucun de ses efforts n'avait porté ses fruits. C'est en situation d'échec qu'elle devait envisager de rentrer demain à Poudlard. L'échec, sa pire angoisse. Tandis qu'elle broyait du noir, elle aperçut un piano, son piano. Elle s'assied et joua quelques accords. Elle eut alors une idée, un ultime espoir. Hermione se souvenait comme si c'était hier, de la première fois où on a découvert qu'elle avait des dons particuliers. C'était lors d'un entrainement au piano, sur ce piano.
Décidée à jouer sa dernière carte, elle entama la lettre à Elise de Beethoven. Ses parents s'approchèrent. Elle se laissa alors pleinement aller à la musique, car elle le savait c'était le seul moyen de reproduire ce qui s'était passé jadis. Tandis que ses doigts dansaient sur les touches du clavier, une fleur apparu au dessus d'elle. Celle ci éclot libérant une blanche colombe, exactement comme dans son souvenir. Cette colombe vint se poser sur le piano et accompagna par son doux gazouilli la mélodie jouée par Hermione. Bien entendu, cette mise en scène, lui paraît maintenant puérile, car une dizaine d'années est passée. Cependant elle se rappelle avoir été émerveillée par ce phénomène qu'elle ne comprenait pas à l'époque. Une fois le morceau terminé, la jeune femme fit face à ses parents et là elle vit que le miracle s'était produit. Elle avait enfin trouvé le déclic qui faisait d'elle non plus une invitée mais un membre de la famille. Elle n'était plus une étrangère que l'on croyait à moitié folle, mais bien Hermione Granger, la fille unique d'un couple heureux de retrouver sa progéniture.