Chapitre 6: Les passeurs

par Ansha

Chapitre 6 : Les passeurs

- Avada Kedavra.

Hermione entendit un bruit semblable à une rafale de vent et un éclair vert jaillit de sa baguette pour foncer sur Nott. L'homme tenta vainement de se dresser un bouclier, mais aucun bouclier magique ne pouvait protéger de cet Impardonnable. Le sortilège le frappa au ventre et le projeta plusieurs mètres en arrière. Le corps de l'Auror s'effondra sans un bruit dans l'herbe, une expression de choc peinte sur le visage.

Dans un état second, Hermione ne s'attarda pas sur ce qu'elle venait de faire, à peine consciente d'avoir jeté un sortilège Impardonnable, et pas le moindre, et se jeta sur le sol près de Ron. Ses yeux se posèrent sur la blessure et elle retint un haut-le-cœur. Le couteau de Nott s'était enfoncé profondément juste en dessous de son estomac et la blessure ne cessait de saigner. Une flaque sombre qui s'agrandissait au fil des secondes imbibait le sol.

- Tout va bien se passer. Tout va bien se passer, répéta-t-elle en serrant la main de son ami qui sembla reprendre difficilement conscience.

- M... Mal... Mione... Mal...

- Je sais, sanglota-t-elle. Episkey ! Episkey !

Mais ses sortilèges de soin basiques ne servaient pas à grand-chose face à la gravité de la blessure occasionnée par le couteau. Elle abaissa sa baguette et tenta vainement de se calmer pour retrouver ses capacités de réflexions. Mais celles-ci étaient bien trop planquées derrière la vague de panique qui l'envahissait et l'empêchait de se servir correctement de son cerveau.

Une idée réussit toutefois à émerger et elle s'admonesta de ne pas y avoir songé plus tôt. La jeune fille déchira une longue partie de sa cape qu'elle pressa sur la plaie en s'excusant d'avance auprès de son ami. Ron laissa échapper un nouveau gémissement au moment où le tissu entra en contact avec la plaie.

- Désolée, désolée. Je dois arrêter le sang de couler. Désolée...

Hermione était incapable de dire combien de temps ils étaient tous les deux restés ainsi, affalés dans l'herbe souillée de sang, jusqu'à ce que Wilkes les rejoigne. Son cerveau se reconnecta un instant le temps d'enregistrer ce que lui disait l'ex-Auror. Le message était de toute manière bref et parfaitement compréhensible. Ils avaient neutralisé tous les Aurors présents, et il était temps de foutre le camp avant que des renforts n'arrivent. Elle sentit sa chef de groupe s'agenouiller à ses côtés.

- Tu peux transplaner seule jusqu'à la planque?

Hermione, les yeux fixés sur Ron, n'entendit ses paroles qu'à travers un épais brouillard et ne répondit pas. Elle perçut cependant la pression qu'exerça Wilkes sur son épaule et la secousse qu'elle lui donna pour obtenir une réaction.

- Peux-tu transplaner seule jusqu'à chez nous ? Répéta-t-elle plus fort.

- Je pense, oui, répondit-elle mécaniquement.

Wilkes la fixa plusieurs secondes comme si elle tentait de savoir s'il s'agissait ou non de la vérité. Elle sembla la croire car elle hocha alors la tête.

- Alors, vas-y. Je prends Ron avec moi.

L'ex-Auror lança sur Ron quelques sortilèges, qu'Hermione ne reconnut pas pour la plupart, puis le fit flotter à côté d'elle. Deux secondes plus tard, elle disparaissait dans un pop discret avec Ron. Hermione transplana sans attendre et sans un dernier regard autour d'elle.

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Dès qu'ils arrivèrent à la planque, elles allongèrent Ron sur son lit. Pendant que Wilkes s'occupait de prévenir Kingsley et de recevoir ses instructions, Hermione fit tout ce qu'elle pouvait pour stabiliser l'état de son ami. Elle lui fit boire plusieurs potions pour la douleur et pour régénérer le sang qu'il avait perdu et s'attela à désinfecter la plaie à la manière moldue. Elle s'était rendu compte un peu plus tôt que l'essence de dictame qu'elle avait apporté à Godric's Hallow avait été détruite pendant l'attaque. Malheureusement, il s'agissait de l'unique fiole de cette substance que le groupe possédait.

Elle devait donc s'en tenir à la méthode moldue, à coup de désinfectants car c'était la seule méthode qu'elle connaissait. Et encore, connaître était un grand mot. Cela ne guérirait sûrement pas Ron, mais cela leur permettra de gagner du temps, le temps de trouver quelqu'un de compétent pour prendre le relais.

Cinq minutes plus tard, elle entendit Wilkes revenir. Quand Hermione leva la tête pour la regarder, elle s’aperçut que sa chef de groupe avait pris le temps de se changer et d'enfiler un treillis noir et un pull de la même couleur.

- J'ai contacté Shacklebolt. Il souhaite que l'on confie Ron à une équipe de passeurs qui se chargeront de l'emmener dans notre centre de soin.

- En France ? Mais il ne tiendra peut-être pas jusque là !

- Nous n'avons aucun médicomage à notre disposition en Angleterre, Hermione. Et il est bien trop dangereux de l'emmener à Ste Mangouste. N'importe qui pourrait nous dénoncer au Ministère. Nous ne pouvons pas prendre le risque.

Hermione reporta son attention sur Ron qui essayait de se redresser en s'aidant de ses coudes. Mais le peu d'énergie qui lui restait ne lui permettait pas et il retomba avec un sifflement de douleur sur le matelas. La gorge serrée, Hermione passa un bras autour de ses épaules pour l'aider à se mettre en position assise, puis à sortir du lit.

- OK, doucement, dit-elle en resserrant sa poigne sur le bras de son ami, le temps qu'il trouve son équilibre.

- Je m'en charge, dit Wilkes en soutenant Ron à son tour. Habille-toi en moldu, et prend quelques potions anti-douleurs pour la route.

La jeune femme s'exécuta et enfila aussitôt des vêtements moldus sombres, alors que Kara guidait Ron vers le salon. Puis, elle courue vers l'armoire contenant leur stock de potions et l'ouvrit brusquement. Elle glissa quelques fioles de potions anti-douleur dans la poche de sa cape avant de claquer la porte de l'armoire. Quand elle revint dans le salon, la chef de groupe leur expliqua le plan.

- Tu as tout ? OK. On va commencer par transplaner à Bristol, à l'entrée du Queen Square. On y est allé il y a quelques jours, on connait l'endroit, donc on peut transplaner là-bas sans risquer de se désartibuler.

Hermione acquiesça après avoir recherché dans sa mémoire les images de l'endroit, qui étaient assez claires dans son esprit. Les trois résistants s'étaient rendus là-bas quelques jours plus tôt pour régler les détails du ravitaillement de leur planque en terme de nourriture avec le groupe préposé à l'approvisionnement.

- Nous devons nous rendre à Weymouth, à l'extrême sud du pays. C'est là que nous attendent les passeurs.

Hermione hocha simplement la tête. C'était un endroit assez loin de Londres, sur la côte sud, et c'est sûrement pour cela que Wilkes ne les faisait pas transplaner plus près du point de rendez-vous. Transplaner directement à Weymouth, sans avoir une idée précise de l'endroit où atterrir, leur ferait utiliser trop d'énergie et ce n'était pas dit que Ron supporterait le voyage, même en tant que passager. Bristol était une bonne alternative et surtout, l'endroit le plus au sud où les deux femmes avaient déjà mis les pieds.

La chef de groupe, dont le bras entourait toujours solidement les épaules de Ron, lequel affichait une pâleur inquiétante, se tourna vers lui. Elle le dévisagea un instant avec une pointe d'inquiétude avant de continuer à exposer son plan.

- Tu transplanes avec moi. Une voiture nous attend à Bristol, Shacklebolt s'en est assuré. Nous conduirons jusqu'au point de rencontre pour passer inaperçu. Tout le monde est prêt? Alors, on décolle.

Resserrant sa prise autour des épaules de Ron, elle fit signe à Hermione de vérifier que la voie était libre. La Gryffondor s'approcha de la fenêtre, scruta un instant les environs. La fenêtre étant enchantée magiquement, de sorte qu'une personne extérieure qui essaierait de regarder au travers ne verrait qu'une bâtisse abandonnée, sans aucune trace d'un quelconque habitant. Par contre, de l'intérieur de la maison, il était possible de surveiller l'extérieur et ainsi, apercevoir quiconque s'approcherait un peu trop de leur planque.

- Personne en vue.

Sans attendre, Hermione ouvrit la porte et passa la première. Elle disparut dans un pop dès qu'elle eut franchit la zone anti-transplanage posée sur leur planque, en visualisant l'endroit où elle était sensée atterrir. Aussitôt, elle eut l'impression de tourbillonner à une vitesse folle, mais cette désagréable sensation s'estompa au bout d'une seconde alors que ses pieds touchaient de nouveau le sol. Un pop résonna quelques mètres à sa droite, lui indiquant que Ron et Kara étaient arrivés à destination également. La chef de groupe leur indiqua du doigt une voiture de type berline, à la peinture sombre, garée sur le trottoir d'en face.

Silencieusement, les trois résistants traversèrent la route en observant autour d'eux, à la recherche du moindre petit détail anormal. Mais les environs étaient calmes et totalement vide de présence humaine. Hermione se glissa au volant - elle était la seule à avoir déjà conduit - alors que Wilkes aidait Ron à monter à l'arrière. Quand Kara s'assit aux côtés du jeune Gryffondor, Hermione tourna la clé de contact qu'elle avait trouvé dans le pare-soleil et le moteur se mit aussitôt à vrombir.

- Prends tout droit, on doit sortir de la ville.

La conductrice s'exécuta un peu maladroitement en pestant contre les boites manuelles alors que le chef de groupe déroulait sur ses genoux une carte des environ. Elle l'étudia un moment en silence, concentrée, les sourcils froncés, et Hermione supposa qu'elle n'avait pas l'habitude des cartes moldues. Cependant, elle sembla avoir compris le principe au moment où ils quittèrent la ville car elle releva soudainement la tête.

- On a 95 kilomètres à parcourir. Suis toujours la direction de Salisbury pour le moment.

Le début du trajet se déroula en silence. Hermione était absorbée par sa conduite et essayait tant bien que mal de ne pas provoquer un accident. Kara semblait à mille lieux de là alors qu'elle fixait la route par la vitre et Ron s'était assoupi, la tête contre la portière. Lorsqu'ils prirent l'autoroute et que le trafic se fit plus dense, Hermione se rappela les jeux qu'elle faisait avec ses parents quand ils partaient en vacances.

- ADC, dit-elle en lisant la plaque de la décapotable bleue qui les dépassa à une vitesse élevée, bien au-dessus de la limitation autorisée.

Kara tourna brusquement la tête vers elle et afficha une expression d'incompréhension totale. Forcément, si elle avait été élevée dans une famille de sang-pur, il n'y avait aucune chance qu'elle puisse connaître un jeu moldu. Hermione lui adressa un sourire contrit et commença à lui expliquer le principe. Wilkes ne mit pas longtemps à comprendre et, au grand étonnement d'Hermione, décida de se prêter au jeu.

- Abruti de chauffard. LRV, lança l'ex-Auror alors qu'Hermione dépassait une familiale qui se traînait sur la voix de droite.

- La Résistance vaincra! PES?

- Plumes en sucre, répondit Kara avec un sourire en coin.

- Ça sent le vécu, fit remarquer Hermione, pince-sans-rire.

La jeune femme prit un air faussement outragé.

- Pas du tout mon genre, dit-elle avec ironie. SBG.

- Sale bâtard graisseux.

Cette fois, ce fut la voix fatiguée de Ron qui répondit à l'arrière du véhicule. Il fallut environ une demie-seconde à Hermione pour établir un lien et partir dans un véritable fou rire. La voiture elle-même fit une embardée, son conducteur ayant lâché involontairement le volant en s'esclaffant.

Sur le siège passager, une chef de groupe hautement perplexe se demandait si les deux gamins n'avaient pas perdu la raison. Plusieurs minutes plus tard, alors que l'ex-Auror avait abandonné l'idée de comprendre depuis deux bonnes minutes, les deux Gryffondor se calmèrent et le silence reprit peu à peu ses droits dans l'habitacle. La voix amusée, bien que faible, de Ron relança le jeu.

- UMD.

- Union des Mangemorts Décérébrés, lança Kara

Un nouvel éclat de rire empli la voiture. Ils passèrent ainsi Bath, puis Avebury où ils durent quitter l'autoroute. Les voitures se faisant plus rares, les rires diminuèrent et le silence reprit ses droits. Ils continuaient à jouer quand ils croisaient une voiture, mais l'arrivée prochaine à Weymouth diminuait grandement leur entrain. Les derniers kilomètres se firent dans le silence.

Finalement, ils pénétrèrent dans la ville et Kara guida Hermione vers le sud. Ils abandonnèrent la voiture sur un parking et une odeur d'iode s'infiltra aussitôt dans leurs narines. Hermione prit une longue inspiration avant de se tourner vers Kara.

- Le point de rendez-vous est un ponton, par là, annonça-t-elle en pointant une direction au sud du parking.

Hermione fit avaler à Ron une potion anti-douleur malgré les protestations de celui-ci. Il avait beau prétendre qu'il allait bien, les tremblements qui le parcouraient et son visage contracté affirmaient le contraire.

- Je peux marcher seul, râla-t-il.

- Je n'en doute pas, répliqua Kara avec sarcasme en aidant Hermione à le soutenir. Mais tu vas me faire plaisir et te laisser faire sans râler.

Quelques protestations et un sermon plus tard, le groupe quitta le parking pour se diriger vers la côte. Au bout de cinq minutes, un ponton sombre se dessina devant eux et Kara leur fit signe de s'arrêter. Elle sortit sa baguette de sa ceinture et l'agita, faisant jaillir quelques étincelles rouges. Aussitôt, les mêmes étincelles jaillirent d'un endroit situé un peu plus loin. Plusieurs silhouettes sortirent alors de l'ombre et l'une d'elle se mit à marcher dans leur direction. La lune, presque pleine, éclaira les visages de l'homme qui venait vers eux et c'est avec surprise qu'Hermione reconnu Remus Lupin.

Celui-ci esquissa un sourire quand il la reconnue et s'avança vers elle:

- Hermione, je suis contente de te voir en pleine forme. Même si j'espérais de meilleures circonstances.

- Moi aussi, prof...

- Je crois que le professeur n'est plus de mise, coupa-t-il gentiment. Remus suffira.

Hermione hocha la tête, puis se tourna vers les membres de son groupe. Le regard de Remus suivit le sien et s'arrêta sur Ron. La marche semblait l'avoir épuisé et seule la présence des deux filles le maintenaient debout.

- Amos, appela Remus par-dessus son épaule.

Un homme portant une barbe brune en broussaille s'empressa de les rejoindre. La lumière de la lune l'éclaira un bref instant avant de disparaître derrière les nuages, et Hermione le reconnu aussitôt. Même si lors de leur dernière rencontre, il était plus en chair et que son visage était moins marqué, cela ne faisait aucun doute. Il s'agissait du père de Cedric Diggory qu'elle avait rencontré l'été de la Coupe du Monde de Quidditch.

Elle eut juste le temps d'embrasser Ron sur la joue et de lui murmurer quelques paroles réconfortantes à l'oreille avant qu'Amos Diggory ne l'entraîne avec précaution vers le ponton. Hermione reporta son attention vers Remus et Kara qui se dévisageaient. Visiblement, ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant.

- Il est en mauvais état, lâcha Kara.

Dans la bouche de n'importe qui d'autre, cette phrase aurait sonné comme une constatation évidente et totalement inutile. Mais dans celle de Kara, Hermione savait que le message était différent. Le peu de temps passé en sa compagnie lui avait permis de décrypter un minimum sa chef de groupe et d'apprendre à lire entre les lignes. Elle savait donc que cette phrase était une marque de son inquiétude. Cela signifiait grosso modo: « Il a besoin de soin immédiat et vous avez intérêt à faire ce qu'il faut. »

- Ne vous inquiétez pas, répondit Remus qui avait capté le sens général. Dans à peine une heure, il sera dans un centre de soin, en sécurité et entre les mains de médicomages compétents. Il vous reviendra vite.

Il se tourna vers Hermione:

- J'aurais aimé discuter plus mais...

Hermione le coupa d'un signe de la main.

- Je comprends, Remus. Vous devriez y aller, ce n'est pas le moment de discuter. Il doit recevoir des soins au plus vite. Prenez soin de lui, s'il vous plaît.

Le lycanthrope posa sa main sur l'épaule de la jeune fille et la pressa légèrement. Hermione lui sourit en retour.

- Je n'ai pas l'habitude de laisser mourir mes anciens élèves. Tout se passera bien.

Remus ôta sa main de l'épaule d'Hermione.

- Prenez garde à vous, dit-il avant de courir vers le ponton.

Quelques secondes plus tard, un bateau qu'Hermione n'avait pas remarqué s'approcha du ponton et chacun des passeurs grimpa à l'intérieur.

- Rentrons, dit Kara en faisant volte-face. Inutile de prendre la voiture, transplanons directement à la planque si tu t'en sens capable.

N'ayant aucune envie de conduire encore 90 kilomètres, Hermione lui assura qu'elle pouvait le faire et transplana directement dans leur planque.

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Après le fiasco de Godric's Hallow, il fallut du temps aux deux jeunes femmes pour digérer les événements. En plus d'avoir sérieusement blessé un membre du groupe, cette mission n'avait servi à rien, à part éliminer également cet endroit de la liste des endroits susceptibles d'abriter l'un des objets dissimulant une partie de l'âme de Voldemort.

Hermione n'avait cessé de penser à Ron et de s'inquiéter pour lui depuis son retour de Weymouth ce soir-là. Le premier texto de Kingsley était arrivé quelques heures après avoir laissé Ron aux mains de Remus et des autres passeurs. Il les informait que le jeune Gryffondor avait bien atteint le centre de soin et qu'il avait été aussitôt prit en charge par un médicomage.

Puis, ce fut le silence complet pendant un long moment, ce qui plongea Hermione dans l'angoisse. Elle ne pouvait s'empêcher de penser au pire. Elle pensait constamment à Ron et avait beaucoup de mal à se concentrer sur autre chose. Autant dire qu'elle n'était pas d'une compagnie très agréable et que l'ambiance s'en retentissait.

Alors qu'elle-même tanguait entre apathie et crise d'hyperactivité, Wilkes subissait également les conséquences de leur visite à Godric's Hallow. Outre sa première cicatrice en tant que Résistante, cadeau de l'un des Aurors qui lui avait laissé une longue estafilade dans le bas du dos, la jeune femme s'était refermée sur elle-même et ne montrait que le strict nécessaire en terme de sociabilité, au grand damne d'Hermione qui aurait préféré un peu de compagnie. Mais la jeune fille comprenait parfaitement le comportement de Kara. Il ne fallait pas être psychomage pour se rendre compte que sa chef de groupe culpabilisait de ce qui était arrivé. Elle était en charge du groupe ce soir là et donc responsable du bien-être des membres le composant. Le fait de ne pas avoir pu protéger Ron devait lui peser.

Ce fut le second texto, reçu quelques jours avant Noël qui soulagea les deux résistantes. Kingsley les informait que Ron était hors de danger et qu'il allait bientôt pouvoir quitter le centre de soin. Revigorées par la nouvelle, elles replongèrent dans leurs recherches des Horcruxes. Mais elles avaient beau creuser, relire les notes de la jeune Gryffondor et reprendre son analyse depuis le début, aucune piste ne se détachait en dehors d'Hogwarts. Elles envisagèrent donc l'option de Barjow et Beurk malgré le peu de chances de trouver un Horcruxe dans cette boutique de l'Allée des Embrumes.

- Inutile d'attirer l'attention, j'irais seule, l'informa Wilkes d'un ton qui ne laissait place à aucun commentaire.

Hermione l'observa utiliser plusieurs fois le sortilège Changing Corporis qui lui permettrait de ne pas se faire reconnaître. Sous l'effet des sortilèges combinés, ses cheveux brus se raccourcirent dans une coupe très courte et se teintèrent dans un blond vénitien qui fit pouffer de rire Hermione. Ses yeux bleus devinrent verts et la forme de son visage se modifia, lui donnant une bonne dizaine d'années en plus.

- A quoi je ressemble ?

- Pas du tout à ton vrai toi, répondit Hermione qui n'osa pas donner le fond de sa pensée.

- C'est le but, donc ça ira.

Wilkes confia son téléphone portable à Hermione et transplana hors de leur planque. Hermione fixa l'endroit précis du salon où sa chef venait de disparaître pendant quelques minutes avant de se replonger dans ses notes. Mais elle abandonna rapidement, lassée de les lire encore et encore. D'un geste brusque, elle les repoussa vers le centre de la table et étira ses bras au-dessus de sa tête pour désengourdir ses membres.

Avisant la Gazette du Sorcier que Wilkes avait dû ramener plus tôt, elle se pencha pour le récupérer, à la fois curieuse et craintive de connaître les nouvelles. La une du journal était consacrée à la soirée du Nouvel An au Ministère de la Magie. L'article était illustré d'une photographie représentant une poignée de hauts fonctionnaires en tenues de soirées. Bien entendu, Lucius Malfoy se trouvait au premier plan, une coupe de champagne à la main. Hermione grimaça et tourna rageusement la page sans prendre la peine de lire l'article. Elle n’arrivait pas à croire que ces enfoirés faisaient la fête pendant qu'une bonne partie de la population était obligée de vivre cachés et/ou dans la misère.

A part la une, il n'y avait rien de bien intéressant dans les premières pages, à part la propagande habituelle et les avis de recherche, avec récompenses à la clé. Elle émit un bref rire en voyant sa propre photographie, loin d'être flatteuse d'ailleurs, qui avait pourtant disparu depuis plusieurs semaines, réapparaître dans la catégorie des Indésirables avec une prime plus conséquente que la dernière fois. 500 galions, ce n'était pas mal pour une simple Née-Moldue.

La jeune fille parcourue le reste de la page et s'arrêta sur un article de nature juridique rédigé part Rita Skeeter. C'était assez incongru pour qu'elle soit curieuse du contenu. Apparemment, elle y retranscrivait plusieurs articles de loi qui venaient d'être promulgués et qui visait exclusivement les Nés-Moldus.

Loi du 5 janvier 1998 relative au statut des Nés-Moldus.

Article 1

« Nul individu ne peut exercer les fonctions d'enseignant ou de journaliste s'il n'est pas reconnu comme étant né d'au moins un parent, lui-même reconnu sorcier. »

Article 2

« Le statut de fonctionnaire du Ministère de la Magie est soumis aux mêmes conditions de l'article 1. »

Article 3

« Tout manquement à ces dispositions sera puni d'une peine d'emprisonnement. »


Hermione jeta le journal, dégoûtée. Pourtant, la jeune Gryffondor savait que cela n'était que le début. Les lois allaient s'enchaîner et se durcir au fur et à mesure, supprimant peu à peu les droits des sorciers d'ascendance moldue. Au final, ils ne seront plus en mesure de vivre dans le monde sorcier.

Était-ce le but du Ministère de la Magie? Renvoyer les sorciers d'ascendance moldue dans le monde de leurs parents ? Ou les plans de Voldemort seraient-ils pires ? Dans tous les cas, il était hors de question pour Hermione de les laisser faire sans réagir. Les Nés-Moldus étaient des sorciers, quoi qu'en dise le Ministère, et ils avaient le même droit que les autres de vivre au sein de la communauté magique. Jamais elle n'abandonnerait le monde sorcier, pas de son vivant en tout cas, il s'agissait d'une certitude.

Hermione rumina jusqu'au retour de sa chef de groupe quelques heures plus tard. Celle-ci entra dans la planque en secouant ses cheveux nouvellement blonds où s'était déposée une fine pellicule de neige. Hermione ouvrit la bouche pour parler mais Wilkes la devança :

- Tu as déjà entendu parler de l'épée de Gryffondor?

Hermione se figea un instant avant qu'une lueur d'intérêt ne s'allume dans ses prunelles. Où voulait en venir Kara ?

- Oui, je la connais. Harry l'a utilisé pour combattre un Basilic pendant notre seconde année à Hogwarts. Et si je me souviens bien de ce qu'il m'a dit, Dumbledore a également détruit la bague de Gaunt avec. Le directeur l'avait légué à Harry mais Scrimgeour a estimé que ce legs n'avait aucune valeur juridique car elle n'appartenait pas à Dumbledore. Dans tous les cas, elle pourrait nous être bien utile.

Elle prit le temps d'inspirer de l'air avant de demander :

- Pourquoi cette question?

- J'ai capté une discussion entre Bellatrix Lestrange et la sœur Carrow tout à l'heure, dans l'Allée des Embrumes. Visiblement, certains élèves récalcitrants ont essayé de la voler dans le bureau de Severus Snape. Ils ont cependant échoué, et se sont fait attraper.

Un frisson parcouru l'échine d'Hermione en pensant aux conséquences d'un tel acte sous le régime de Snape.

- Quoi qu'il en soit, Tu-Sais-Qui aurait ordonné à Lestrange d’entreposer l'épée dans son coffre à Gringotts. Il doit craindre que quelqu'un arrive vraiment à la subtiliser.

Hermione afficha une expression horrifiée à l'idée que l'épée de Gryffondor soit aux mains de Mangemorts.

- Il faut absolument la récupérer, dit-elle d'un ton catégorique.

Wilkes laissa échapper un sourire ironique.

- Rien de plus facile, en effet.

- C'est notre meilleur atout pour détruire les Horcruxes ! Nous savons que l'épée est capable de les détruire.

- Entre ici étranger si tel est ton désir. Mais à l'appât du gain, renonce à obéir, Car celui qui veut prendre et ne veut pas gagner, De sa cupidité, le prix devra payer. Si tu veux t'emparer, en ce lieu souterrain, D'un trésor convoité qui jamais ne fut tien, Voleur, tu trouveras, en guise de richesse, Le juste châtiment de ta folle hardiesse, récita l'ex-Auror. Ça te rappelle quelque chose?

Hermione émit un claquement de langue agacé qui lui valut un regard noir. Elle se reprit aussitôt et répondit :

- Oui, je connais l'avertissement. Mais ce ne serait pas la première fois. Il y a 7 ans, Quirinius Quirell est entré par effraction et est ressortit sans encombre bien qu'il n'ait pas trouvé ce qu'il cherchait. S'il l'a fait, seul en plus c'est que c'est possible. On peut le faire également.

Elle préféra passer sous silence, que contrairement à ce qu'elle venait de dire, Quirell n'était pas à proprement dire seul quand il avait entrepris son vol à Gringotts. Il avait Voldemort greffé à l'arrière du crâne. Mais c'était un détail qui allait contre son argumentaire, donc elle avait jugé préférable de le taire.

- Il va nous falloir un sacré plan, dit Wilkes en se frottant la lèvre avec son doigt, signe qu'elle réfléchissait.

Malgré ses apparentes réticences, Hermione voyait clairement que le défi plaisait à sa chef de groupe. Cela se lisait aisément dans ses yeux. Et elle s'était rendu compte ces derniers mois que c'était à cela que Wilkes fonctionnait, au défi. Et pénétrer dans la banque des sorciers, édifice réputé inviolable, en constituait un énorme. Trop énorme pour ne pas être tenté. Si elle avait vu juste, l'ex-Auror ne laisserait pas passer une telle occasion.

La jeune Gryffondor haussa un sourcil en la fixant dans les yeux avec un sourire espiègle. Les lèvres de Wilkes s'étirèrent également.

- Je vais nous trouver des renforts, conclu Wilkes en se redressant.

* Gagné! * Songea Hermione dans un cri muet de victoire.