Chapitre 5: Godric's Hallow

par Ansha

Chapitre 5: Godric's Hallow

- Merlin, on va devoir faire un sacré ménage, s'exclama Ron en regardant autour de lui.

Hermione ne pouvait qu'approuver les paroles de son ami. La planque que leur avait attribué Kingsley, une maison abandonnée dans un quartier pauvre de Liverpool, semblait ne pas avoir été habitée depuis un siècle. Les quelques meubles présents étaient en piteux états et reliés entre eux par de longues toiles d'araignées. A côté d'elle, Hermione pu sentir Ron être parcouru d'un frisson. Visiblement, la taille des toiles ne lui disait rien qui vaille. Elle-même, qui n'était pas spécialement arachnophobe, n'aurait pas aimé rencontrer les bestioles qui avaient tissé cela.

- Et tu n'as pas vu le reste de la baraque, renchérit la voix de Wilkes qui était parti explorer le reste de la maison.

Hermione fit quelques pas dans le salon où elle se trouvait avec Ron, faisant craquer le parquet abîmé sous ses pieds.

- Ça aurait pu être pire, lâcha Ron en balayant la pièce du regard.

- Je suis certaine que quelques sortilèges suffiront à rendre la maison plus confortable, répondit-elle d'une voix absente.

Son cerveau tournait déjà à plein régime pour rassembler tous les sortilèges et enchantements qui leurs seraient utiles. Wilkes les rejoignit dans le salon au moment où elle reprenait contact avec la réalité.

- Alors ?

- Deux chambres, mais une seule salle de bain. La cuisine va devoir être aménagée car elle ne contient que des équipements moldus.

- Comment allons-nous faire le partage des chambres ? Demanda innocemment Hermione.

Wilkes les regarda tour à tour.

- Nous pouvons dormir toutes les deux dans la même chambre et laisser la seconde à Ron. Ou vous pouvez en partager une et me laisser l'autre.

Hermione échangea un regard avec Ron. Elle n'avait rien contre sa chef de groupe, mais elle préférait mille fois rester avec son ami. C'était le seul élément stable dans sa vie actuelle et elle avait besoin de lui, de se raccrocher à lui pour tenir le coup. Ce qu'elle, bien entendu, ne lui avouerait jamais.

- Je pars du principe que nous sommes entre adultes et que je n'ai pas à gérer les hormones incontrôlables d'adolescents. Ai-je tort? Demanda-t-elle avec un demi-sourire.

Hermione se sentit piquer un fard et elle connaissait assez bien Ron pour savoir que ses oreilles devaient prendre à ce moment une belle teinte rouge écarlate. Elle l'entendit se racler la gorge et parler d'une voix aussi ferme que possible avec une pointe d'indignation.

- On sait se tenir, Wilkes.

Hermione approuva simplement d'un hochement de tête.

- Bien, c'est réglé, donc.

Hermione observa le visage de sa chef de groupe et se rendit compte qu'elle semblait plus soulagée à l'idée d'obtenir une chambre pour elle toute seule que par la promesse de Ron de rester sage. Quand elle la vit afficher un sourire satisfait, sans être gênée le moins du monde, ses soupçons se confirmèrent. L'ex-Auror souhaitait être tranquille. Hermione voulait rester avec Ron. Tout le monde avait ce qu'il voulait.

- Passons à la suite, alors. Il faut nettoyer la maison avant de faire quoi que ce soit. Choisissez une pièce et mettez vous au boulot. Je m'occupe du salon.

Pour appuyer ses dires, elle pointa sa baguette sur la table branlante entreposée au milieu de la pièce:

- Réparo ! Recurvite !

Hermione se tourna vers son ami qui ne semblait pas déborder d'enthousiasme, les mains enfoncées profondément dans les poches de son jean.

- Je m'occupe de la pièce là-bas.

Elle montra du doigt la porte entrouverte de l'autre côté de la pièce, qu'elle supposa être une chambre.

- OK, je me charge de la cuisine alors, marmonna-t-il avant de s'éloigner en traînant les pieds.

Hermione esquissa un sourire et secoua la tête avant de partir vers la pièce du fond. Il s'agissait bien d'une chambre, de taille moyenne, dotée d'un lit double et de quelques meubles branlants. L'épaisse couche de poussières la fit éternuer à plusieurs reprises, ce qui l'obligea à se couvrir le bas du visage avec son pull.

- Au boulot, marmonna-t-elle pour elle-même.

Elle passa vingt minutes à se débarrasser des toiles d'araignées (et des araignées qui allaient avec) et de la poussière à grands renforts de sortilèges. Puis, lorsqu'elle fut satisfaite de l'état de la chambre, elle passa à ce qu'elle trouvait le plus sympa dans ce ménage.

D'un coup de baguette, elle divisa le lit en deux lits identiques qu'elle écarta pour les placer contre deux murs opposés. Les tables de chevet firent le même trajet et elle répara le pied de l'armoire, qui se redressa aussitôt. Elle transforma ensuite les draps à l'aspect miteux en deux couettes bien moelleuses qu'elle hésita à personnaliser. Mais cela risquait de prendre du temps, et il restait d'autre pièce à nettoyer. Elle quitta donc la chambre et entra dans la porte au fond du couloir. La salle de bain ne prit pas beaucoup de temps car seul un décrassage fut nécessaire.

Ils travaillèrent pendant une heure et demie chacun de leur côté avant de se rejoindre dans le salon où Wilkes avait préparé du thé. Hermione s'installa à la table et engloba ses mains autour de la tasse.

- Au fait, comment la Résistance se débrouille pour obtenir ses planques ? Demanda Ron avec une pointe de curiosité.

- Il existe un groupe spécialisé dans la recherche de lieux habitables et qui se chargent également de poser les sortilèges nécessaires pour les protéger, expliqua l'ex-Auror en s'asseyant à son tour.

- Logique, murmura-t-il.

- Bien, passons aux choses sérieuses, dit Wilkes. Briefez-moi sur les Horcruxes.

Sans se faire prier, Hermione lui expliqua plus en détails ce qu'ils savaient sur les Horcruxes et lui montra les parchemins retraçant leurs recherches. Elle lui expliqua également leur théorie sur l'endroit où Voldemort avait pu cacher les Horcruxes restants, c'est-à-dire en des lieux importants pour lui.

- Nous avons déjà exclu l'orphelinat qui a disparu depuis. De toute façon, nous doutons que ce soit un endroit où il était assez heureux pour penser y dissimuler une partie de son âme. Nous avons également exclu l'Albanie, car chronologiquement, cela ne colle pas.

- Il avait déjà crée tous ses Horcruxes au moment où il est allé se planquer là-bas, compléta Wilkes en hochant la tête. Il faut donc se concentrer sur l'après orphelinat et l'avant Albanie.

- Ce qui nous donne en premier lieu, Hogwarts, commença à énumérer Hermione.

- C'est plutôt tendu d'y aller en ce moment, dit Kara. On se fera capturer avant même de sortir de Pré-au-Lard.

- Godric's Hallow, lâcha soudainement Ron.

Deux regards étonnés se tournèrent vers lui.

- C'est un endroit important pour lui. Je ne serais pas surpris qu'il y ai crée son dernier Horcruxe. Nous savons que cela nécessite un meurtre, et il y en a eu deux. Il se peut aussi qu'il ait simplement voulu en planquer un là-bas. Après tout, il pensait y gagner une victoire en tuant le sujet de la prophétie. Il n'a pas dû douter une seconde de sa réussite.

- C'est une option intéressante. Et bien plus faisable que de pénétrer à Hogwarts, dit Hermione avec une lueur dans le regard.

Wilkes les observa tour à tour, puis trancha:

- Il faut bien commencer quelque part.

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Hermione n'avait pas spécialement passé une bonne nui. Non seulement elle stressait à cause de leur « virée » dans la ville natale de Godric Gryffondor, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise face à leur chef de groupe. Remettre sa vie entre les mains d'une inconnue, familière des arts sombres, et lui faire confiance, c'était beaucoup demandé, même de la part de Kingsley. Elle savait bien qu'elle avait promis de ne pas discuter son choix, mais c'était différent maintenant qu'ils s'apprêtaient à passer aux choses sérieuses.

C'est donc passablement troublée qu'elle se leva le lendemain matin alors que Ron ronflait toujours dans le lit voisin. La jeune Gryffondor trouva Wilkes dans le salon, assise en tailleur dans un fauteuil, en train de manipuler un étrange objet. Il s'agissait visiblement d'un coffret ouvragé, serti d'une émeraude de la taille d'une bille. Mais le plus étrange était les fils multicolores, à défaut d'un meilleur terme, qui s'entrelaçaient tout autour du bijou. Wilkes les fixait d'un air concentré, touchant de temps en temps l'un des fils avec sa baguette.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Hermione avec curiosité.

Wilkes ne leva pas les yeux vers la jeune Gryffondor lorsqu'elle répondit :

- Je brise les sortilèges apposés sur ce coffret.

Hermione haussa les sourcils.

- Ça m'occupe, ajouta-t-elle en réponse à la question muette de la jeune fille. Et je compte mettre le Médaillon de Serpentard dedans après avoir mis d'autres sortilèges. Je n'ai pas trop confiance en ce truc.

- Où as-tu appris cela, à Durmstrang ?

- Non. C'est mon père que m'a initié quand j'étais gamine.

Hermione hocha la tête bien que sa chef de groupe ne puisse la voir.

- Au fait, pourquoi Durmstrang ? Je veux dire, tu es anglaise, non ? Pourquoi n'es-tu pas allée à Hogwarts ?

Wilkes sembla surprise par cette question et Hermione crut qu'elle n'allait pas avoir de réponse.

- J'ai passé une partie de mon enfance en Russie, expliqua-t-elle finalement. Le jour de mes 11 ans, j'ai reçu une lettre d'admission de Durmstrang et pas d'Hogwarts. C'est aussi simple que cela.

Hermione sentait qu'elle n'avait pas envie de parler de son passé, et même de parler tout court. En fait, elle commençait à cerner la personnalité de l'ex-Auror. Ce n'était pas une bavarde et la sociabilité n'était pas l'un de ses points forts. Mais la jeune fille avait besoin de réponses. Avoir une adepte de la magie noire comme chef de groupe, cela ne lui plaisait pas. Malgré la confiance qu'elle avait envers Kingsley, elle voulait se rendre compte elle-même qu'elle pouvait avoir confiance.

- Comment est-ce, Durmstrang ? Demanda-t-elle innocemment en s'installant dans l'un des fauteuils vides.

Wilkes posa le coffret sur ses genoux et leva les yeux vers Hermione.

- Sois directe, Granger. Qu'est-ce que tu veux ?

Autant pour sa tentative d'être subtile… Sa chef de groupe l'avait vu venir à des kilomètres visiblement. Autre trait de sa personnalité à se rappeler : elle semblait préférer la franchise. Soit, elle allait lui en donner.

- J'ai besoin de garanties. A ton propos.

- Tu veux voir mon avant-bras ? Demanda Wilkes d'une voix moqueuse.

- Non, je sais que tu n'as pas la marque. J'ai vérifié.

Wilkes haussa un sourcil et Hermione se sentit rougir.

- Quand on bossait sur les portables. Tu as relevé tes manches, expliqua Hermione pour se justifier.

- Observatrice... Alors si le problème ne vient pas de là, qu'est ce qui t'embête exactement ?

- Tu pratiques la magie noire.

Wilkes laissa échapper un soupir en dépliant ses jambes.

- Ça m'arrive, oui. Shacklebolt me fait confiance, cela ne te suffit pas ?

- Non, j'ai besoin de TE faire confiance.

- En quoi le fait de connaître les arts sombres me rend indigne de confiance ?

Hermione ouvrit la bouche pour parler puis la referma avant de balbutier :

- Parce que... C'est... mal !

Wilkes se mit à rire de bon cœur, son inopiné qu'Hermione n'avait jamais entendu jusqu'à maintenant, ce qui la déstabilisa quelques secondes.

- En quoi est-ce mal ? S'enquit Wilkes après s'être calmée.

- La magie noire est malfaisante. Elle corrompt les sorciers qui l'utilisent et pousse ses amateurs dans les bras de psychopathe comme Tu-sais-Qui.

- C'est une vision un peu simpliste des choses, Granger. Tu penses vraiment que tous les sorciers qui utilisent la magie noire sont des partisans de Tu-sais-Qui ou autre mage noir mégalomane ?

Hermione la laissa continuer, sachant reconnaître une question rhétorique quand elle en entendait une.

- Tous les élèves de Durmstrang la pratique, cela fait partie du programme. Tu penses qu'une fois leur diplôme en poche, ils rejoignent tous Tu-sais-Qui ou un autre psychopathe dans le genre ? Encore heureux que non. Sinon, on serait vraiment dans la bouse de dragon car son armée de Mangemorts serait bien plus importante qu'elle ne l'est actuellement.

Hermione ne pouvait pas la contredire sur ce point et n'essaya donc pas de répliquer.

- Par ailleurs, il existe des maléfices considérés par certains comme relevant de la magie noire qui ne sont fait, ni pour tuer, ni pour blesser. Il suffit de regarder certains sortilèges de protection que l'on classe parmi les sortilèges de magie noire alors qu'ils sont totalement inoffensifs. Comme il existe des sortilèges dit de magie blanche qui peuvent tuer ou faire souffrir. Le sortilège de Stupéfixion peut être mortel s'il est lancé par plusieurs personnes à la fois.

- Il existe quand même plus de sortilèges malfaisants en magie noire qu'en magie blanche, insista Hermione.

- Je te l'accorde, Granger. Mais dans l'absolu, tout dépend de la façon dont tu utilises la magie. Je pratique les arts sombres depuis plus de quinze ans. Pourtant, je peux t'assurer que je n'ai ni tué, ni torturé qui que ce soit.

Hermione se laissa aller contre son siège pour réfléchir à ce qu'elle venait d'entendre. Il y avait des paroles sensées dans le discours de sa chef de groupe, même si elle n'était pas d'accord avec elle sur certains points.

- Tu as commencé la magie noire avant ton entrée à Durmstrang ? Tilta enfin la jeune Gryffondor.

- Oui, répondit-il en conjurant deux tasses de café. Il faut que tu saches que je viens d'une vieille famille de Sang-Pur. Mes parents étaient des partisans de Tu-Sais-Qui car ils croyaient en Ses idées. Tu penses bien qu'ils m'ont initié à la magie noire dès que j'ai été en âge de tenir une baguette et que mon destin était tout tracé.

Hermione ne l'interrompit pas. L'ex-Auror lui dévoilait une partie de son passé – se dévoilait même tout court - et elle savait que ce genre de moment n'était pas prêt de se reproduire. Elle préférait donc se taire et la laisser parler autant que possible.

Wilkes bu une gorgée de son café noir avant de poursuivre.

- Heureusement pour moi, ils sont morts à la fin de la première guerre et j'ai été confié au frère de mon père. Il était aussi conservateur que mes parents mais il désapprouvait les méthodes de Tu-Sais-Qui et il était bien trop fier pour lui prêter allégeance. Cela ne l'a pas rendu spécialement populaire, d'ailleurs, c'est pourquoi il s'est exilé en Europe de l'Est pendant la guerre.

Hermione était assez surprise par le détachement dont elle faisait preuve en parlant de son passé.

- Bref, il a continué à m'enseigner la magie noire en plus de la magie blanche. Ce qui explique pourquoi je possède certaines affinités avec cette branche de la magie.

- Tu-Sais-Qui n'a pas essayé de te recruter ? S'étonna Hermione. Je veux dire... Tu as tout ce qu'il recherche : sang pur, maîtrise de la magie noire...

- Il a en effet envoyé un Mangemort prendre contact avec moi après ma sortie de Durmstrang. Je l'ai renvoyé, je n'étais pas intéressée.

- Pourquoi ?

- Déjà, le jour où je m'agenouillerais devant quelqu'un et que je l'appellerais Maître, n'est pas arrivé et n'arrivera jamais, ricana Wilkes.

Hermione laissa échapper un sourire. C'était une vision de choses qu'elle pouvait comprendre.

- Et puis, il n'a rien à m'offrir. Le pouvoir, l'argent, la gloire... Toutes ses choses qu'il promet à ses fidèles, cela ne m'intéresse pas. Je veux simplement être libre de faire mumuse avec n'importe quelle sorte de magie sans que l'on vienne me casser les pieds.

Hermione commençait à comprendre le point de vue de sa chef de groupe, mais elle n'était pas certaine d'être totalement rassurée. Cependant, cette conversation avait fait disparaître une partie de ses inquiétudes.

- Cela te suffit ?

- Pour le moment, oui, approuva Hermione en se levant du fauteuil. Assez pour te suivre à Godric's Hallow.

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Le soleil était déjà couché quand les trois résistants transplanèrent dans une ruelle sombre de Godric's Hallow. Emmitouflée dans son manteau, Hermione souffla dans ses mains en observant la fumée qui s'échappait de sa bouche. Le mois de novembre était particulièrement froid cette année et elle regrettait déjà le confort, bien que précaire, de leur planque de Liverpool.

- Commençons par la maison des Potter, proposa Wilkes.

Les trois sorciers quittèrent la ruelle pour rejoindre la rue principale, déserte à cette heure de la nuit. Quelques minces filets de lumières filtraient à travers les volets de certaines maisons, seuls signes de vie. Ils évitèrent les lampadaires pour ne pas attirer l'attention et s'arrêtèrent devant un portail à moitié détruit.

La main de Ron se glissa dans celle d'Hermione et elle lui en fut reconnaissante. Bien qu'Harry n'ait jamais quitté ses pensées depuis sa disparition, le fait d'avoir été occupé ces dernières semaines l'avait empêché de trop y penser. Mais maintenant qu'elle se trouvait devant la maison de ses parents, dont l'aspect rappelait cruellement ce qu'il s'était passé 17 ans auparavant, elle avait une sensation désagréable dans la poitrine. Harry aurait dû être avec eux, ici. Visiter Godric Hallow sans lui, lui donnait l'impression de le trahir. Il aurait dû être là.

Le bruit que fit le portail en s'ouvrant, poussé par Wilkes la ramena à la réalité. Elle lui emboîta le pas dans l'allée bordée d'une haie laissée à l'état sauvage, sûrement depuis cette fatidique nuit où la famille Potter avait été attaquée. L'herbe, qui était assez haute pour lui arriver jusqu'à la taille, envahissait l'allée menant jusqu'au perron du cottage. Celui-ci était presque intact, bien que l'aile droite du dernier étage se soit écroulée, éparpillant des blocs de gravas dans le jardin sauvage. Les trois sorciers s'arrêtèrent devant la porte dans un silence presque solennel, tous imaginant la scène qui avait changé le monde sorcier à jamais.

Wilkes posa doucement sa main sur la poignée rouillée de la porte d'entrer et l'actionna. Au même moment, un écriteau s'éleva soudainement comme s'il sortait du sol. Une inscription avait été gravée en lettres couleur or:

En ce lieu, dans la nuit du 31 octobre 1981
Lily et James Potter perdirent la vie.
Leur fils, Harry, demeure le seul sorcier
Qui ait jamais survécu au sortilège de la mort.
Cette maison, invisible aux moldus, a été laissée
Dans son état de ruines comme un monument
A la mémoire des Potter
Et pour rappeler la violence
Qui a déchiré cette famille.


Autour de cette inscription, d'autres semblaient avoir été ajoutées au fil des années: de simples noms ou initiales, ou des mots d'encouragements qui semblaient récents, souhaitant globalement bonne chance à Harry, où qu'il soit.

Hermione observa le panneau en se mordant la lèvre pour empêcher ses émotions de l'envahir et serra si fort la main de Ron qu'elle du lui faire mal. Elle s'empressa de faire signe à Wilkes d'ouvrir la porte. Celle-ci s'exécuta sans un mot. La porte s'ouvrit dans un grincement sonore et Hermione espéra que le bruit n'était pas parvenu jusqu'aux oreilles des habitants des maisons voisines. Ils pénétrèrent tour à tour dans la maison des Potter et observèrent les lieux. Le rez-de-chaussée était étrangement intact, comme si les habitants avaient simplement quitté les lieux. Les meubles étaient à leur place bien que 17 ans de poussières accumulées et de non entretien leur avaient donné un air méconnaissable.

- Cherchez un objet incongru, quelque chose qui détonne avec le reste de la maison. Si vos suppositions sont exactes et que les deux Horcruxes restants ont appartenu à des fondateurs d'Hogwarts, ils devraient être facilement reconnaissables, expliqua Wilkes à voix basse.

Hermione laissa sa chef de groupe explorer le rez-de-chaussée et monta l'escalier grinçant et poussiéreux jusqu'au premier étage. La première pièce qu'elle trouva fut la chambre des parents de son meilleur ami. Aucune trace de lutte dans cette pièce, elle supposa donc que le combat n'avait pas eu lieu ici. Balayant les lieux de regard, elle ne trouva rien d'inhabituel. A contrecœur – elle avait l'impression de violer l'intimité des anciens habitants des lieux – elle ouvrit la commode, l'armoire et le reste des meubles où Voldemort aurait pu cacher un Horcruxe. Aucun objet suspect, rien qui dégageait une aura particulièrement noire comme le médaillon, ne lui sauta aux yeux.

Après une heure de recherche, elle se résigna et retourna dans le couloir. La maison était d'un silence oppressant et l'impression tenace qu'elle n'aurait pas dû se trouver ici ne cessait de grandir en elle. Mais sa mission était vitale et elle passa outre son malaise pour fouiller les autres pièces. La salle de bain ne recelait rien d'autre que les objets et produits ordinaires et elle n'y passa pas plus de cinq minutes.

La pièce qu'elle visita ensuite était un bureau qui lui donna plus de travail. De nombreux objets magiques et bizarres, probablement des vestiges de la carrière d'Auror des Potter, étaient entreposés un peu partout. Elle n'en reconnaissait d'ailleurs pas la moitié, à part des scrutoscopes et autres objets de protection qu'elle avait déjà eu l'occasion de voir. Elle s'approcha du bureau encombré de paperasse et ses yeux se posèrent sur un balai-jouet. Un sourire s'empara de ses lèvres en se disant qu'un Harry pas plus haut que deux citrouilles avait dû faire ses premiers vols dessus.

- Tu as trouvé quelques choses?

La voix venant de derrière la fit sursauter et elle se retourna en une fraction de secondes.

- Désolée, je ne voulais pas t'effrayer, s'excusa Wilkes en regardant avec curiosité les lieux.

- Ce n'est rien. Je n'ai rien trouvé pour le moment. Et toi?

- La même. Les pièces du bas sont clean, on a fouillé partout avec Ron.

Elle effleura du doigt un scrutoscope qu'elle observait tout en continuant à parler.

- De toute manière, dans une maison comme celle des Potter, un objet de magie noire se sentirait autant qu'une véracrasse dans un champ de lavandes.

Elle tourna la tête vers la jeune Gryffondor en laissant retomber son bras le long de son corps.

- Je pense que je sentirais sa présence rien qu'en entrant dans la pièce ou il se trouve.

C'était logique. Sa chef baignait dans les arts sombres depuis son enfance. Elle devait être capable de ressentir un Horcruxe qui dégageait une aura aussi puissante que malfaisante, bien plus qu'elle-même. A bien y réfléchir, c'était aussi un peu effrayant en plus d'être logique.

- Continue l'étage. Je me charge du bureau.

Hermione obéit sans commenter. Après tout, un ex-Auror se retrouverait mieux dans le bureau d'un autre ex-Auror qu'elle. Mais pourtant, après deux pas dans le couloir, elle regretta de n'être pas restée avec Wilkes. A l'inverse du reste de la maison, cette partie du couloir était en ruines. Des pans entiers de murs et de toitures s'étaient effondrés dans un immense tas de gravas. Hermione pouvait distinguer le ciel en levant simplement les yeux. Elle progressa doucement en testant chaque morceau de sol avec son pied tout en évitant de regarder à sa gauche où le mur s'était totalement effondré et où elle pouvait apercevoir la ville.

Priant pour que son poids n'emporte pas le sol qui restait, elle arriva dans ce qu'elle devina être la chambre d'Harry. Il ne restait plus grand-chose de reconnaissable. En réalité, elle ne pouvait identifier ce qui jonchait le sol. Après un frisson qui n'était pas totalement dû au vent glacial qui s'engouffrait dans la pièce, elle sortit de sa contemplation pour se concentrer sur l'essentiel.

Mais plus elle passait de temps dans cette maison, moins elle était convaincue de la présence d'un Horcruxe. Après tout, Voldemort avait prit l'habitude de cacher ses Horcruxes dans des endroits peu fréquentés quand il ne les confiait pas à l'un de ses Mangemorts. Ainsi, le faux médaillon était planqué au fond d'une grotte et la bague dans une maison en ruine au fin fond d'un trou paumé et appartenant à une famille que l'on évitait comme la peste. Or, Voldemort devait savoir qu'un bon nombre d'individus se serait rendu chez les Potter après leur mort… Dont les membres de l'Ordre. Un éventuel Horcruxe aurait pu être découvert à n'importe quel moment.

Sa réflexion fut soudainement interrompue par une alarme sonore. Son cerveau identifia aussi le sortilège de Cave Inimicum que Wilkes avait dû poser pour avertir si quelqu'un s'approchait trop du cottage. Derrière elle, elle entendit un juron distinct appartenant à sa chef de groupe. Elle se retourna aussitôt, juste à temps pour apercevoir un sortilège venir droit vers elle. Sortilège qui avait été lancé depuis le jardin en contrebas.

- Protego !

Le sortilège s'écrasa sur son bouclier et elle partit aussitôt en courant vers le couloir. Sa chef de groupe sortit au même moment du bureau et elles dévalèrent les escaliers pour se rendre en bas. Dans le salon, Ron était déjà en prise avec deux sorciers portant l'uniforme réglementaire des Aurors.

- On ne peut pas transplaner ! Leur lança Ron entre deux sortilèges.

Hermione s'arrêta un instant pour évaluer la situation. Ils allaient devoir se débarrasser des Aurors pour sortir hors de la propriété. Wilkes sembla arriver à la même conclusion car elle s'attaqua à l'un des deux sorciers. Aussitôt, Hermione se joignit au combat. Ils réussirent à assommer l'un des Aurors, mais deux autres entrèrent à ce moment dans la maison. A un contre un, cela devint plus ardu pour la jeune fille. Heureusement, son adversaire n'était pas bien plus âgé ou expérimenté qu'elle et elle réussissait à le tenir à distance. Cependant, elle réalisa au moment où elle s'écrasait contre l'un des murs qu'il avait un avantage non négligeable. Les sortilèges de l'Auror lui laissaient plus de traces physiques que les siens.

Assommée, elle eut à peine le temps de se jeter derrière un fauteuil pour éviter le sortilège cuisant qui venait droit sur elle. Se décalant sur la droite, elle jeta un Stupefix sur son adversaire qui atteint son but et l'immobilisa. Alors qu'elle appelait d'un Accio la baguette de l'homme pour éviter les mauvaises surprises, elle regarda autour d'elle pour voir comment Ron et Wilkes se débrouillaient.

De nouveaux Aurors étaient apparus entre temps. Wilkes étaient en prise avec deux d'entre eux mais Ron n'était nulle part en vue. L'un des deux adversaires de l'ex-Auror s'encastra dans le buffet à vaisselle et elle lui fit signe en direction du jardin. Saisissant le message, Hermione s'élança vers la porte d'entrée et dévala les marches du perron. Elle repéra aussitôt Ron qui utilisait un énorme tronc d'arbre comme bouclier tout en jetant des sortilèges vers les deux sorciers qui le bombardaient. Voyant qu'un troisième menaçait de le prendre à revers, elle murmura:

- Expelliarmus !

Le sortilège de désarmement frappa l'Auror de plein fouet en l'envoyant valdinguer quelques mètres plus loin. Tous les combattants se retournèrent vers elle et elle avala difficilement sa salive. Le plus âgé des Aurors, qui lui semblait familier, fit un pas vers elle.

- Ne serait-ce pas une sang-de-bourbe qui nous rejoint, susurra-t-il avec sarcasme.

Il s'approcha encore et elle le reconnue soudainement. C'était le père de Théodore Nott. Un Mangemort qui portait désormais l'uniforme officiel des Aurors. Elle en aurait vomi s'il ne braquait pas sur elle sa baguette.

- Le terme officiel est née-Moldue, monsieur Nott, répliqua-t-elle d'une voix mordante.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et l'attaqua aussitôt. Il para au dernier moment son sortilège et contre-attaqua avec rage:

- Endoloris!

Hermione se jeta hors du chemin de l'Impardonnable, en plein dans les hautes herbes. D'un bond, elle se remit sur ses pieds et hurla dans la direction de Nott:

- Bombarda !

Nott écarquilla les yeux et eut juste le temps d'ériger un bouclier avant qu'une explosion ne retentisse à quelques pas de lui. Son bouclier le protégea des flammes mais pas du souffle qui lui fit perdre l'équilibre. Hermione vit Ron profiter de la distraction pour la rejoindre avec un demi-sourire.

- Joli coup.

- Merci.

Ils échangèrent un sourire avant de se tourner vers les deux Aurors qui s'étaient également regroupés. Le premier sortilège fusa et le duel repris. Le simple fait d'avoir Ron à ses côtés lui insuffla de la confiance et elle redoubla d'efforts pour se débarrasser de Nott senior. Mais contrairement à son dernier adversaire, il était beaucoup plus expérimenté qu'elle et se servait de tout ce qu'il avait apprit en tant que Mangemort pour l'atteindre.

Des cris lui vinrent à côté d'elle et elle tourna la tête pour voir Ron se tordre de douleur sur le sol sous l'effet de l'Endoloris. Cette distraction lui coûta cher, car un sortilège particulièrement vicieux la cueillit à l'estomac et le fit rejoindre son ami sur le sol. Les mains plaquées sur son ventre, elle sentit un liquide chaud couler entre ses doigts. Tournant la tête, son regard rencontra à travers les hautes herbes celui empli de douleur de Ron.

Puis tout s'enchaîna très vite. Un éclair vert mortel provenant du perron du cottage percuta l'Auror, rompant le Doloris qui s'acharnait sur le jeune Gryffondor. Wilkes dévala les marches du perron mais elle fut stoppée dans sa lancée. Le troisième Auror qu'Hermione avait désarmé en sortant de la maison avait récupéré sa baguette dans le chaos ambiant, bien décidé à venger son collègue.

- La plaisanterie a assez duré, lâcha Nott en pointant sa baguette vers la jeune Gryffondor qui s'était péniblement relevée. Avada Ka...

Il ne put terminer sa phrase car Ron s'était jeté sur lui pour le plaquer au sol. Hermione vit la lumière de la lune réfléchir sur un objet en métal que tenait Nott dans la main et elle cria pour prévenir Ron. Mais il était trop tard, dans leur combat au corps à corps, la lame s'enfonça dans le ventre du jeune homme qui laissa échapper un long gémissement de douleur et s'effondra sur l'herbe, inerte.

Hermione ressentit une bouffée de haine la saisir quand elle entendit le rire de Nott senior qui se relevait. Le visage figé dans une grimace de douleur, elle se releva, laissa toute sa haine et sa rage l'envahir et pointa sa baguette sur l'Auror.

- Avada Kedavra.