Chapitre VI Peur et Courage

par snakeBZH

            CHAPITRE VI : PEUR ET COURAGE

 

            Steven repéra les lieux. Le square lui parut bien choisi pour ne pas être vu des passants, les arbres et les haies bouchaient la vue déjà efficacement de jour. Par contre, ils ne permettaient pas d’observer les alentours. Il faudrait qu’ils soient prudents et vigilants une fois ici. Surtout qu’il ignorait jusqu’où allaient les capacités des sorciers.

            Il profita de son tour en ville pour essayer de repérer les deux aurors. Mais il ne parvint pas à les retrouver.

 

            Le soir arriva. Lorsqu’une heure du matin sonna à la pendule, Ginny et Steven se préparèrent à partir. Ils devaient se faire passer pour de simples moldus. Ginny passa un ensemble normal et cacha ses cheveux sous une capuche.

« Vous restez près de moi, fit Steven. Le mieux serait même que vous me preniez le bras pour faire croire que nous sommes un couple. Je vais garder ma tête découverte. Ainsi, ils ne chercheront certainement pas à voir qui vous êtes. Gardez la tête baissée et ne la relevez pas.

-J’ai compris, assura Ginny. »

            La jeune femme se tourna vers Neville. Ce dernier lui sourit et la prit dans ses bras pour lui dire au revoir.

« Fais attention à toi, dit-elle.

-Nous vivons une époque dangereuse ou faire attention n’est plus suffisant, dit-il. Mais je te promets d’être prudent au maximum possible. »

Neville se tourna vers Steven. Les deux hommes se serrèrent la main.

« Prenez soin d’elle et de vous, dit Neville.

-Aussi longtemps que je serais avec elle, répondit Steven. Au revoir Neville. »

            Sitôt dans la rue, Steven prit Ginny par le bras. Ils devaient traverser toute la ville. Steven reconnut dans son for intérieur que la rouquine était courageuse. Elle faisait tout son possible pour paraître le plus naturelle possible dans cette situation particulièrement stressante. Mais avec un soldat aguerri comme Steven, ce genre de chose était inutile. Il devinait sa peur. Et le fait qu’elle parvenait à la contrôler démontrait chez la jeune femme une force qu’il n’avait rencontrée que rarement.

« Ça ira, dit-il. Ne vous en faîtes pas.

-Je n’ai pas peur, assura t-elle. »

Steven sourit.

« Vous savez, j’ai parcouru pas mal de champs de bataille de par le monde, raconta t-il. La guerre, c’est mon métier. Et j’ai appris à reconnaître les signes de la peur chez mes ennemis, chez moi, mais aussi chez mes alliés. Quand on commande des hommes, il faut connaître l’état d’esprit de chacun d’eux à tout moment. Et pour cela, on ne peut pas leur demander directement, il faut le deviner. Un regard, un geste, un tressaillement, un mot. J’ai appris à déceler la peur. Mais également, la volonté de ne pas se laisser contrôler par elle. Vous ne vous laissez pas contrôlée par votre peur. Au contraire, je pense que vous êtes à même de vous servir d’elle. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

-Le courage.

-Oui c’est ça.

-A Poudlard, les élèves étaient séparés dans quatre maisons. L’une d’elles s’appelait Gryffondor. Les élèves y allant étaient choisis pour leur courage. Neville et moi nous y étions. Tout comme Harry, Ron et Hermione. Et beaucoup d’autres. Seulement, ils ne sont pas tous aussi courageux que Neville ou que l’était Harry.

-Je vous l’ai dit : ce n’est pas donné à tout le monde. Quatre maisons, pour quatre traits de personnalité je suppose. Le problème, c’est qu’il y en existe beaucoup d’autres. Et aussi, que quelqu’un, c’est un mélange de personnalités.

-C’est vrai. Je préfère penser que les quatre maisons existaient pour le championnat de quidditch.

-De quoi ? »

Ce fut au tour de Ginny de sourire devant le regard interrogateur de Steven.

            Le trajet dura presque une heure. Lorsqu’ils arrivèrent à proximité du square, ils s’arrêtèrent. Prétextant devoir renouer son lacet, Steven s’agenouilla. Il regarda autour de lui discrètement. Il semblait n’y avoir personne, mais il vit quelque chose que son habitude des missions clandestines lui avait appris à distinguer. Une ombre avait bougé anormalement. Il regarda plusieurs fois par intermittences discrètes. L’ombre ne bougeait plus. Cela pouvait vouloir dire qu’il s’était trompé. Mais son instinct lui murmurait que quelqu’un les filait.

            Steven se releva, se collant plus près de Ginny pour lui glisser dans l’oreille de faire exactement ce qu’il lui dirait. Il lui prit la main et l’attira vers le square. D’une œillade discrète, il vérifia s’ils étaient suivis. C’était le cas. Ils étaient deux. Etait-ce de simples braqueurs, des aurors, ou bien des mangemorts ? Dans tous les cas il fallait agir. Steven demanda à Ginny de continuer vers le lieu de rendez-vous seule. Il attendit de passer l’angle d’une haie pour ne plus être en vu, temporairement, de leurs poursuivants. Il se jeta derrière un buisson touffu. La pénombre achèverait de le cacher.

            Steven sortit son pistolet. Il avait fixé au bout du canon son silencieux. D’un geste si habituel qu’il en était devenu machinal, il vérifia que l’arme était chambrée en reculant la glissière légèrement et en glissant son doigt dans la fenêtre d’éjection pour sentir la présence de la cartouche. Il tira le chien en arrière et retira la sûreté. Il était calme. Depuis le temps qu’il faisait ce métier, il avait appris à se servir du stress et à rester calme en toute circonstance. Il se souvenait encore de ses premières expériences du combat, quand la peur le dominait encore. Maintenant, c’était lui qui dominait sa peur. Quelque soit l’ennemi, il savait que tout le monde pouvait être tué au combat. Que cet ennemi possède des pouvoirs magiques ne changeait rien à cette vérité. Du moins il l’espérait…

            Les deux poursuivants dépassèrent sa position. Ils étaient habillés de robes noires. Des sorciers. Ce n’étaient pas les deux aurors que Steven avait suivi la veille. Steven les avait déjà vus à Poudlard, le soir où il s’était retrouvé en Ecosse. Crabbe et Goyle.

            Les deux mangemorts pointèrent leurs baguettes sur Ginny quand ils la rattrapèrent.

« Weasley ! cria Goyle. »

Ginny se tourna vers eux en sortant sa baguette à son tour.

« Tu nous as fait courir espèce de garce, continua t-il. Jette ta baguette. Drago t’attend.

-Je ne retournerais pas là-bas, dit-elle.

-Je te conseille d’obéir gentiment. Il nous a dit de te ramener vivante, mais ne nous a pas précisé dans quel état. Tu n’as pas envi de souffrir avant d’être avec lui, n’est-ce pas ? Parce qu’il va te punir. Il doit être pas mal en manque depuis ces quelques jours. Oh mais si ça se trouve tu aimes ça en plus, salope.

-Je préfère mourir. »

Un claquement de fouet retentit derrière Ginny. Une silhouette de haute stature venait d’apparaître.

« Ginny ? appela le nouvel arrivant.

-A terre Ron ! s’écria la rousse. »

Des éclairs verts déchirèrent la nuit, manquant de peu Ron.

            Steven s’était glissé de buisson en buisson silencieusement. Il surgit à droite de Goyle et le plia en deux d’un puissant coup de pied à l’estomac. Il le mit KO en frappant de la base de la poignée de son pistolet. Crabbe eut à peine le temps de se tourner vers cet ennemi surprise. Il ne vit qu’une petite flamme jaillir du bout de l’objet qu’il tenait et un chuintement léger. La balle avait atteint Crabbe au milieu du visage, dans le nez, ce que les instructeurs de tir de combat appellent « zone létale haute ». Crabbe était mort, le cervelet en charpie, avant même que sa grosse carcasse ne touche le sol.

            Restant totalement concentré, Steven pointa son arme sur Goyle. D’un balayage, il le désarma en envoyant sa baguette volé dans un buisson. Il recula d’un pas sans lâcher le mangemort des yeux.

« Ginny, ça va ? questionna t-il.

-Oui, rasse comme vous dîtes, fit-elle. Ron ?

-Je vais bien, fit le dernier arrivé. »

Ron vint embrasser sa sœur, heureux de la revoir en bonne santé.

« Je ne voudrais pas vous interrompre mais il va falloir y aller, dit Steven. »

Il tenait toujours Goyle en joue, le doigt sur la queue de détente. Il entendit Ginny et son frère se rapprocher.

« Crabbe est mort ! fit Ginny.

-Pas le choix, dit simplement Steven. Mais celui-là est toujours en vie. Que voulez-vous en faire ?

-Laissons-le.

-Non, malheureusement, le mieux est de le tuer, contredit Ron. Vous vous servez d’une arme moldue, ils croiront qu’ils ont été agressés par un voleur.

-Ce sont des méthodes de mangemorts ! se révolta Ginny. Harry n’aurait…

-Mais Harry est mort ! Et nous, nous devons gagner cette guerre. Steven Right, n’est-ce pas ?

-Oui.

-Neville m’a dit que vous étiez soldat. Pouvez-vous… »

Ron ne parut pas décidé à finir sa phrase malgré ses paroles précédentes. L’arme chuinta une seconde fois. Le corps remua à peine et il n’y eut que peu de sang apparent car la balle avait pénétré précisément à la tête, au même endroit que Crabbe.

            Steven scanna du regard les alentours avant de ranger son arme. Il se tourna vers Ginny. La jeune femme détourna les yeux. Steven ressentit comme un pincement au cœur. Il préféra aviser le jeune homme qui se tenait à côté d’elle. Il était grand et arborait une chevelure rousse. Ces cheveux couleur de feu devaient être un point commun familial chez les Weasley.

« Ronald Weasley, se présenta t-il en tendant la main.

-Steven Right.

-Enchanté, malgré les circonstances. Partons immédiatement. Prenez-moi tous les deux un bras et ne me lâchez pas. »

            Steven et Ginny s’exécutèrent. Il y eut comme un tourbillon devant les yeux de Steven. Ses sens étaient désorientés. Il faillit même perdre l’équilibre quand tout s’arrêta. Il regarda autour de lui. Le paysage avait changé du tout au tout. Il n’était plus à Glasgow. Ils étaient dans la clairière d’une forêt aux arbres nombreux et jaunis par l’automne. Et au milieu, se dressait une maison de bois noirci.