Chapitre vingt-quatre

par Maggie31

Chapitre 24



La nuit fut longue et éprouvante. Le sommeil avait décidé de partir à la conquête d’autres planètes puisque Léna ne le trouva pas. Les évènements de la journée tournaient en boucle dans sa tête. Ses blessures qu’elle avait refusé de soigner la faisaient souffrir. Toutefois, ce n’était pas sa priorité. Ni la douleur ni le risque de décès suite à l’infection au niveau de ses plaies. Son cousin dormait à poings fermés à ses côtés grâce aux effets secondaires de la potion et semblait paisible. Ce simple fait rendait son cœur moins lourd. Cependant, ses pensées ne cessaient de vagabonder vers la chambre voisine dans laquelle dormait ou du moins séjournait Tom Jedusor. Andrew avait été chassé proprement et simplement de la chambre dix-sept par son maître et dormait à même le sol près de la fenêtre de la chambre voisine qu’ils partageaient désormais à cinq. Il était trop tard pour déranger les propriétaires afin de leur demander une couchette supplémentaire et le pauvre Andrew était obligé de se contenter d’une simple couverture.

Léna observa le plafond dont la peinture craquelée avait échappé à sa vigilance lorsqu’elle avait remis en état la pièce. Elle réfléchit sur ce détail pendant un long moment ce qui lui fit penser à autre chose qu’à ce qui l’attendait le lendemain. Elle n’avait aucune issue et aucun plan de secours. Sa naïveté lui coûtait cher. Désormais, les intentions de Tom Jedusor étaient claires. Il s’était servi d’elle afin d’accéder à son héritage. Son aide si précieuse fut-ce-t-elle et sa capacité à la faire tomber sous son charme avaient eu raison d’elle. Pour sa défense, beaucoup de personnes seraient tombées dans le panneau. Léna le regrettait amèrement, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas seulement d’elle. Son cousin, qui récupérait en ce moment même de sa blessure à la tête, avait été embarqué dans l’histoire contre son gré et le collier appartenait à sa famille, même si elle en était l’ultime héritière. Son oncle se moquerait bien d’elle s’il savait …

Le lendemain matin, Léna resta dans son lit pendant que les autres se levaient les uns après les autres. Son cousin n’avait pas encore émergé et la jeune femme guettait le moindre de ses faits et gestes. Du coin de l’œil, elle surprit le regard inquiet de Carla vers eux mais elle s’en fichait. Même si elle savait que ce n’était pas de sa faute, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la colère envers tous les partisans, que disait-elle, des sous-fifres du grand Lord Voldemort. Ils acceptaient qu’il les traitent comme des moins que rien, qu’il se fiche d’eux sauf lorsqu’ils lui étaient utiles. Un peu sadomasochistes sur les bords, ces fidèles.

Lorsque Nathanaël ouvrit les yeux, ils se posèrent sur sa cousine allongée en face de lui.

-      « Comment tu vas ? »

Ses paupières clignèrent plusieurs fois.

-      « Je me sens vraiment bien » Lui répondit-il en ayant l’air de dire quelque chose de vraiment bizarre pour lui.

Léna sourit.

-      « Les effets de la potion ainsi que ceux d’une bonne nuit de sommeil t’ont permis de récupérer ».

Carla et Phil échangeaient des messes basses dans un coin de la chambre pendant qu’Andrew prenait une douche. Léna leur jeta un regard agacé. S’ils voulaient être discrets, c’était raté. Ses oreilles entendaient toute leur conversation et l’inquiétude que la situation suscitait pour le couple l’énervait au plus haut point. Elle n’avait pas besoin de leur compassion.

-      « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Demanda son cousin, ce qui permit à Léna de se concentrer sur le plus important.

Elle réfléchit un instant en se mordant la lèvre inférieure.

-      « Nous sommes coincés. Il ne nous laissera jamais tranquille et il te tortura ou te tuera si je ne lui donne pas le collier, dit-elle. Je suis désolée. Tout est de ma faute. J’aurais dû t’écouter, reprit-elle après une pause, les larmes aux yeux.

-      Il t’a manipulé. Il est très fort pour cela, l’excusa Nathanaël.

-      Même s’il est très fort, j’aurais dû me fier à toi plutôt qu’à lui. Tu ne m’aurais jamais menti et je te fais entièrement confiance, fit Léna en pleurant pour de bon. Maintenant, c’est trop tard … »

Ils ne prononçaient pas son nom comme s’il allait leur brûler la bouche.

-      « Vous feriez mieux d’être prêts avant qu’il arrive » Intervint la voix de Phil au loin.

La jeune femme grogna et afficha son mécontentement en essuyant ses larmes dans un geste rageur.

-      « Je ne dis pas cela pour t’embêter. Il est vrai qu’il y a plusieurs mois j’aurais été heureux de la tournure des évènements. Le simple fait de te voir dans cette posture m’aurait empli de joies, poursuivit-il alors que sa femme lui lançait un regard noir. Mais désormais ce n’est plus le cas ».

Il avait raison. Son attitude avait beaucoup changé ces derniers mois. Il n’était plus l’homme antipathique, misogyne, égoïste et sûr de lui qu’elle avait connu au départ. Le changement était radical – loin d’être négatif puisqu’il avait repris un visage humain. Plus empathique et agréable, Phil était devenu un ami cher pour Léna mais il était aussi devenu un mari exemplaire avec Carla. Avant, la jeune femme lui aurait répondu dans les dents. Là, elle se contenta de soupirer et d’écouter le conseil de son ami. Lorsque son corps fut en mouvement, la douleur revint en force. Carla l’obligea à se rallonger afin de la soigner pendant que Nathanaël filait se préparer dans la salle de bain.

La plupart des plaies cicatrisèrent grâce à l’onguent qu’elle appliqua et les lésions les plus importantes se refermèrent comme elles purent même si ce n’était pas gagné. Les trous de griffes derrière sa jambe mirent plus de temps à être nettoyés et après l’application de l’onguent, il ne resta que des croûtes de sang séché. Son cousin fut prêt et Léna prit sa place dans la salle de bain pour sortir quelques minutes plus tard. Tout le monde l’attendait, même Tom Jedusor. Le silence fut pesant lorsque leurs regards se croisèrent. Les autres s’étaient tendus. Puis, le jeune homme se dirigea vers la porte.

-      « Bien, si tout le monde est prêt, nous pouvons y aller, fit-il sur un ton impérieux. Après toi » Reprit-il en s’adressant à Léna qui ne bougea pas pendant quelques secondes avant de lui obéir sans le regarder.

Ils la suivirent tous jusqu’en bas puis le Lord prit la tête du groupe. Arrivés à la lisière de la forêt, le silence était tellement pesant que les jeunes gens osaient à peine respirer normalement de peur que leur souffle provoque l’énorme tempête qui menaçait si Tom Jedusor venait à être contrarié. Seul, ce dernier semblait presque de bonne humeur. Il tenait entre ses mains le cadeau de l’inventeur Izobretatel pour leur servir de guide jusqu’au lac. Léna observa un instant les nuages avant d’entrer dans le bois dont les arbres cachaient le ciel. Les cumulonimbus étaient épais et sombres – annonciateurs d’un orage. Par ailleurs, la pluie tomba quelques minutes plus tard ce qui eut pour effet de les tremper jusqu’aux os. Le froid s’était atténué ce qui expliquait pourquoi il ne neigeait pas. Pourtant, Léna tremblait. Alors qu’elle gardait ses bras autour d’elle pour garder un semblant de chaleur, la jeune femme se demandait comment elle avait fait pour ne pas ressentir le froid alors qu’elle s’était transformée en sirène la veille. A ce moment, la réaction de Tom Jedusor lorsqu’il l’avait vu à moitié dénudée lui revint en mémoire. Son visage se contracta en un rictus méprisant. Qu’il n’espère pas qu’elle le suive et devienne son esclave après cette aventure. Il était toujours hors de question qu’elle rejoigne ses rangs. Alors qu’elle traînait derrière le groupe à côté de Carla qui avait insisté pour venir, elle fixa le dos du jeune homme un moment en espérant qu’il se transforme en crapaud sur le champ mais son vœu ne fut pas exaucé.

-      « Tu es sûre de vouloir venir ? Lui avait demandé Léna. Tu n’es peut-être pas en état de te déplacer sur une aussi longue distance pour le moment.

-      Je vais mieux » lui avait assuré Carla.

Cependant, la jeune femme en doutait. Sa grossesse était compliquée et nécessitait du repos. Elle coula un regard vers son amie qui marchait tranquillement à côté d’elle. Sa potion n’avait rien d’une potion miracle. Pourtant, la petite brune se portait comme un charme. Elle dut sentir son regard puisqu’elle tourna la tête vers elle et lui fit un sourire d’encouragement.

-      « Tout sera terminé dans peu de temps tu verras ».

Oui mais que vas-t-il se passer après ? Qu’allait-il faire d’elle ainsi que de la potion d’invincibilité au final ?

-      « Je ne veux … ».

Léna se tut. Elle allait dire qu’elle ne souhaitait pas faire partie des mangemorts mais si elle le provoquait encore il allait perdre patience et faire du mal à Nathanaël. Cette menace suffisait à la faire taire et à la faire obéir. Pour le moment …

Depuis plus d’une heure, la jeune femme réfléchissait à un plan pour s’enfuir. Lorsqu’elle trouvait une ébauche de plan qui tenait la route, à chaque fois un détail lui faisait tout recommencer à zéro. Il ne fallait pas qu’elle le sous-estime, ce serait une énorme erreur. Avant que Léna ne s’en rende compte, ils étaient déjà arrivé au lac. Tom Jedusor la prit par le bras pour la faire avancer plus vite puisqu’elle traînait la patte et la posta en face de la cascade. Sa main chercha quelques instants la potion dans sa poche intérieure et il la lui donna. La petite fiole pesa plus lourd dans sa paume. Le liquide chaloupa dedans alors que Léna le scrutait avec la gorge nouée.

-      « Ne perdons pas de temps ».

La voix de Tom Jedusor claqua dans le silence pesant de la forêt qui était interrompu uniquement par le flot continu de la pluie qui s’abattait à verse sur eux. Sans détourner son attention de la fiole en verre, la jeune femme s’assit sur le bord du lac et entreprit d’enlever ses chaussures. Avec lenteur, ses pieds s’immergèrent dans l’eau vaseuse alors que la végétation aquatique lui chatouillait les chevilles comme si elle l’accueillait en vieille amie. Léna observa un instant la surface du lac où les gouttes d’eau de pluie tombaient en créant des cercles parfaits. La voix du Lord interrompit une nouvelle fois ses pensées.

-      « Dépêches-toi, nous n’avons pas toute la journée ».

Elle ne bougea pas pour autant. Des pas se rapprochèrent d’elle et une main se posa sur sa gorge et ramena sa tête en arrière tandis que le visage de Tom Jedusor apparaissait dans son champ de vision. Il s’était mis à sa hauteur et la fusillait du regard.

-      « Tu ferais mieux de m’écouter pour une fois sinon la vie de ton cousin va se terminer dans la minute qui suit ».

La menace n’eut pas l’effet escompté. En cet instant, la peur avait disparu. La haine avait pris le dessus. Cependant, son visage n’exprima aucune émotion. Elle porta la fiole à ses lèvres et en but tout le contenu avant de la faire tomber à côté d’elle.

-      « Bien » Souffla le jeune homme dans son oreille avant de s’éloigner.

Mouillée pour mouillée, de toute façon … Léna retira ses vêtements avant de s’immerger totalement. Les petits poissons de la dernière fois l’entourèrent spontanément. Les coraux lui caressèrent les pieds un instant pendant qu’elle faisait face aux êtres de l’eau. Il n’en restait plus que cinq au total. Son cœur se serra. Le chef s’avança et s’inclina. La jeune femme l’imita solennellement. Pendant ce temps, son corps terminait sa transformation mais elle n’y fit pas attention. C’était comme si cela était naturel. Au départ, elle avait retenu sa respiration puis sans s’en rendre compte, les branchies prirent le relais.

Les créatures aquatiques avaient compris ce qui se passait. La sirène-chef se décala légèrement et laissa passer Léna qui nagea jusqu’à la grotte où elle était le collier. La jeune femme se força à oublier la sensation de bien-être que lui procurait le fait de nager dans le lac. Il ne lui fallut pas plus de cinq minutes pour récupérer le bijou et remonter aussitôt à la surface. Tom Jedusor s’empara immédiatement du collier. Le regard qu’il fixa sur le bijou traduisait un sentiment de travail accompli comme s’il avait attendu longtemps pour l’avoir entre les mains.

Léna sortit du lac avec l’aide de Nathanaël et Phil. Carla la couvrit comme elle put avec ses vêtements détrempés alors que la jeune femme restait assise sur le bord en gardant sa queue de sirène dans l’eau. Quelques minutes passèrent pendant lesquelles personne ne pipa mot. Ils regardaient tous Tom Jedusor dans l’espoir de savoir ce qu’il comptait faire ensuite alors que celui-ci demeurait béa devant son trésor. Dans les yeux des deux cousins, il y avait l’appréhension. Léna avait recouvré ce sentiment de peur qui ne l’avait plus quitté la nuit dernière à cause de la menace proférée à l’encontre de Nathanaël.

Tout à coup, la jeune femme sentit ses jambes reprendre leur forme initiale. Ses cheveux raccourcirent, ses doigts se séparèrent et les branchies se refermèrent. Elle enfila donc sa robe et remit ses chaussures silencieusement, puis elle se leva en surveillant du coin de l’œil le jeune homme. Tout aussi discrètement que possible, elle se posta à côté de son cousin qui était un peu en retrait du groupe et elle prit en main sa baguette magique. A ce moment-là, le Lord se tourna avec un sourire triomphal sur le visage.

-      « Je suis tell… ».

Il s’interrompit alors que son visage changeait radicalement d’expression, passant de la joie à la colère.

-      « Ne pense surtout pas que … ».

Une nouvelle fois, son expression se modifia pour adopter un air surpris et … De la peur? Qu’est- … ?

La jeune femme n’eut pas le temps de réagir, pas même son interlocuteur ni son cousin qui devint blanc comme un linge. Une douleur fulgurante apparut dans son dos puis se répandit jusqu’à son abdomen. Son regard glissa lentement vers son ventre. A sa plus grande stupéfaction, la lame d’un long poignard en ressortait. Léna avait cessé de respirer. Le temps s’était arrêté. Pendant sa longue chute jusqu’au sol, elle vit les réactions tour à tour de ses amis et de Tom Jedusor alors que son cousin se précipitait pour la réceptionner. Elle vit Carla crier à côté de son mari qui semblait sidéré par la situation et Tom Jedusor parler alors que son visage s’était durcit. Cependant, aucun son ne lui parvenait. Elle sentait les bras de son cousin l’entourer alors qu’il lui parlait à l’oreille. Il semblait désespéré. Son cerveau avait des difficultés à analyser tout ce qui l’entourait et à l’assimiler. Toutefois, il réussit l’exploit de comprendre les mots qui furent prononcés à ce moment-là et à les comprendre.

-      « Tu as fait du bon travail, Andreï. Je te félicite d’avoir berné mes imbéciles de neveux et cet idiot de Seigneur des Ténèbres à la noix ».

Alors que le corps de Léna se renversait sur son flanc gauche retenu à temps par Nathanaël, Andrew et Richard apparurent dans son champ de vision. Ce fut à cet instant que le son revint accompagner les images.

-      « Léna ! Léna ! » Ne cessait d’appeler son cousin alors qu’il la secouait.

Celle-ci réagit à peine au stimulus. Plutôt que répondre à ses interpellations, la jeune femme porta son attention sur sa main dont les doigts glissaient entre eux. Elle la leva pour la mettre dans son champ de vision et découvrit avec horreur le sang qui la maculait. Derrière ses doigts, son regard capta celui d’Andrew qui lui adressa un sourire cruel. Son visage, son attitude, tout était différent chez lui. Léna venait de voir le vrai visage d’Andrew. Elle ne put que murmurer son nom. Néanmoins, son sourire disparut et ses traits se durcirent.

-      « Je ne m’appelle pas Andrew mais Andreï, Andreï Predatel ».