Le cadeau de Mr Olivander

par Tentenette

3. Le cadeau de Mr Olivander

 

L’attente du retour de Dumbledore fut interminable. Il vint me chercher comme prévu, sept jours avant la rentrée.

Nous sommes d’abord passés à Gringotts où Dumbledore me mena au coffre de nos parents. C’était incroyable, je n’avais jamais vu autant d’or, il y en avait des montagnes, assez pour qu’on ne manque de rien toute notre vie. Mère et père avaient pensé à tout, peut-être savait –il ce qui allait leur arriver, et qu’on finirait par se retrouver seules.

Je remplis généreusement la bourse et nous quittâmes la banque pour le chemin de travers. Dumbledore avaient fait preuve d’une patience infinie. Je marchais très lentement et je m’arrêtais devant chaque boutique, chaque étale, chaque magasin pour observer les articles et le bombarder de question. Il dut presque me trainer de force hors de la ménagerie magique où j’avais une bonne partie de la matinée à m’amuser avec les animaux.

Le choix de ma baguette fut fastidieux. Monsieur Olivander était un homme étrange, j’avais pratiquement mis sa boutique à sac sans trouver ce qu’il me fallait, mais il semblait plus excité à chaque baguette qui ne me correspondait pas.

—     Une jeune demoiselle qui sait ce qu’elle veut, dit-il en reprenant sa baguette. Pourtant à vous voir comme ça vous ne payez pas de mine, a-t-il déclaré, un sourire un peu fou sur les lèvres en s’engouffrant une nouvelle fois dans les rayons de la boutique. Même s’il n’était pas le premier à me dire que j’étais petite et chétive pour mon âge, ça remarque m’agaça et lorsqu’il m’apporta la baguette en bois de rose et ventricule de cœur de dragon, je ne me sentis aucunement coupable d’avoir presque mit le feu à son comptoir. Durant tout ce temps, Dumbledore était resté silencieux dans un coin de la boutique, un sourire bienveillant aux les lèvres.

—     Je vois, je vois, marmonna-il en éteignant distraitement les flemmes. C’est une curieuse enfant que vous nous amenez là, Dumbledore.

Mais même l’enthousiasme du fabriquant de baguette avait ses limites et lorsqu’il repartit dans ses rayons, je voyais à son air perplexe qu’il commençait à être à court d’idées.

—     Voyons voir…ceci, 32.9 centimètres, d’une finesse étonnante.

Il me confia une boite poussiéreuse où était nichée une baguette noire au manche délicatement ouvragé.

Un sentiment étrange me parcourut lorsque je la pris en main. Je fis le geste et toutes les bougies de la boutique s’allumèrent soudain.

—     Prodigieux...oui, magnifique, déclara Olivander en riant à gorge déployée. Je désespérai de la voir un jour trouver son propriétaire…enfin, en l’occurrence sa propriétaire.

J’interrogeai Dumbledore du regard, il posa sa main sur mon épaule.

—     Que voulez-vous dire, Garrick ? Demanda-t-il alors qu’Olivander emballait déjà ma prochaine acquisition.

—     Je dis toujours à mes clients que chaque baguette est unique, mais il se trouve que celle-ci est exceptionnelle. Je l’ai fabriqué durant un voyage en Europe du nord où je suis tombé gravement malade, les guérisseurs disaient que j’étais condamné. Un soir alors que la fièvre me rongé dans mon lit, j’eu la visite d’un étrange oiseau au plumage du blanc le plus pur, il me regarda longtemps dans les yeux et à mesure que le temps passait, je sentais mes forces me revenir. J’aurais pensé à un rêve si le lendemain en me levant je n’avais trouvé au pied du lit une de ses plumes…et j’étais guéri, c’était un miracle !

« Au terme de mes recherches j’ai découvert que cette créature était un Caladrius, un oiseau mythique très rare possédant de puissants pouvoirs de guérisons. Cette plume a donc servis à la fabrication de la baguette qui se trouve entre vos mains. Pour le bois le choix était évident : le noyer noir. C’est un bois magnifique mais pas le plus simple à maitriser, il a des affinités avec les sorciers puissants et instinctifs, mais particulièrement sensibles aux conflits intérieurs.

« Si d’aventure le sorcier se montre incapable de rester honnête envers les autres et surtout envers lui-même, la baguette perd ses pouvoirs de façon spectaculaires. Jumelée à un sorcier sincère et loyal, elle se montre incroyablement fidèle et étonnement efficace pour les contre-maléfices. Soyez très prudente, Miss Dolohov ! S’exclama-t-il soudain, me faisant sursauter. J’ai toujours pensé que cette baguette aurait pour propriétaire un sorcier extraordinaire. Cependant, méfiez-vous des autres autant que de vous-même, être condamner à faire de grandes choses ne fait pas nécessairement de vous quelqu’un de bon.

Je plissais les yeux, son regard gris et pénétrant me mettait mal-à-l’aise et je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire. Dumbledore me tapota l’épaule.

—     Bien, je crois qu’on va y aller, nos achats nous attendent et je pense que quelqu’un a très envie de gouter aux glaces de Mr Fortarôme, déclara Dumbledore en me faisant un clin d’œil.

Je sortis ma bourse et piochai les sept galions que coutait ma baguette.

—     C’est inutile, m’interrompit Olivander en levant la main.

Je levai vers le fabriquant de baguette un regard surpris.

—     Mettre un prix sur cette merveille serait blasphématoire, Miss Dolohov, elle est inestimable. Si vous voulez me remercier, terminez vite vos études, que mes oreilles se délectent du bruit de vos exploits.

Ses paroles me mirent mal à l’aise.  Jamais personne n’avait autant eu confiance en mes capacités et je doutais de pouvoir égaler un jour l’être que Mr Olivander me pensait devenir.

En sortant de la boutique, j’avais déjà oublié ce qu’il m’avait raconté, j’étais juste heureuse d’avoir enfin ma propre baguette. Le soir même je dormis avec et les jours suivant, elle ne me quittait plus. Je fus déçue de ne pas pouvoir me procurer d’animal, je voulais un chat noir comme dans les contes de sorcières que je lisais à l’orphelinat mais les animaux n’étaient pas autorisés à Wool.

 

—     Comment se passe ton séjour à l’orphelinat ? M’avait demandé Dumbledore alors que nous dégustions des glaces sur la terrasse d’Irvin Fortarôme.

Sa question me surpris. Je savais que le professeur Dumbledore était quelqu’un de gentil et soucieux de ceux qui l’entouraient mais je n’étais pas dupe, son intérêt et sa présence, bien que réconfortants, n’étaient dus qu’à sa fonction de professeur. Je prenais soin de garder mes distances avec lui, j’avais l’habitude que des personnes quittent ma vie au moment où je m’attachais à elles.

—     Ca va, répondis-je de manière laconique en revenant à ma glace à la pistache.

—     Je vois.

Lui-même mordit dans son esquimau au citron en silence, il observait les passants d’un air serein, parfaitement détendu.

—     La vie chez ta tante ne te manque-t-elle pas ? 

Je laissai tomber ma cuillère dans ma coupe à présent vide. Le regard dur, je suivais des yeux un jeune garçon courir derrière un ballon rouge, sourd aux protestations de sa mère. Je répondis d’une voix sans émotion :

—     J’ai vécu beaucoup de choses chez Mrs Hurst, mais je n’en regrette aucune, au contraire. J’étais juste le petit monstre qui était venu mettre la pagaille chez elle. J’aurais pu la comprendre, je lui aurais été reconnaissante de nous avoir recueilli, Esmée et moi si chaque jour que Dieu faisait elle ne m’avait pas rappelé que je lui devais le gite et le couvert, comme si j’étais et une mendiante sans famille et pas la fille de sa propre sœur. Je crois bien qu’à la fin, j’ai fini par la détester.

—     C’est ce qui t’a poussé à lui faire du mal, ce soir-là ?

Mes iris verts rencontrèrent le bleu limpide de celles de Dumbledore, comment avait-il su ? Une vague de chaleur monta de mon cou vers mes joues, je baissais la tête vers ma coupe vide, incapable de soutenir le regard de Dumbledore.

—     Je dois cependant te prévenir, Sloan. A Poudlard, il est interdit d’avoir recours à ce genre de moyens pour régler les conflits, tu n’as aucunement le droit d’utiliser la magie pour nuire à autrui.

—     Ne vous inquiétez pas, le coupai-je, en reprenant contenance. Je ne crois pas pouvoir haïr suffisamment quelqu’un pour lui vouloir du mal. Avec Mrs Hurst c’était différent, je voulais qu’elle paie pour ce qu’elle m’avait fait…pensez-vous que je sois quelqu’un … de mauvais ?

Le garçon finit par attraper son ballon, il le sera tellement fort qu’il finit par éclater entre ses petits bras, il fondit en larmes.

 

—     Ce que tu as fait n’était pas très charitable en effet, répliqua Dumbledore, le regard un peu plus dur. Mais je ne pense pas qu’une personne mauvaise comme tu dis, puisse éprouver du remord.

Du remord ? Etait-ce vraiment ce que j’éprouvais ? Tout ce que je voulais, c’était que Dumbledore ne me déteste pas. Quant à Mrs Hurst, je continuai à penser qu’elle méritait ce qu’il lui était arrivé.

J’interrogeai Dumbledore du regard et il interrompit sa contemplation en retrouvant son sourire.

—     Tu me fais beaucoup pensé à un garçon que je connais. La première fois que je l’ai rencontré, il avait ton âge…

—     Est-ce de Tom dont vous parlez ? Répondis-je du tac au tac.

—     Tom ? Interrogea Dumbledore, l’air surpris.

Je rougis de ma bêtise, j’avais indirectement révélé à Dumbledore que j’avais espionné sa conversation avec Mrs Cole. Dumbledore avait retrouvé son sourire bienveillant, nullement ennuyé par ma curiosité, il me répondit calmement.

—     Je vois que ma conversation avec Mrs Cole ne t’a pas échappé, tu as vu juste, c’est bien de Tom dont il s’agit…mais nous en parlerons une autre fois, pour l’heure tu dois rentrer.

Le soir même, Agnès m’observait entrer dans la chambre chargée de paquets la bouche ouverte, il est vrai que j’étais assez encombrée. Je ne lui permis pas d’y jeter un œil, prétextant que Dumbledore m’avait interdit de les ouvrir.

—Alors, tu vas partir, n’est-ce pas ? me demanda-t-elle un soir après que j’eus éteint la lumière. 

Au clair de lune, je voyais des larmes perler au coin des beaux yeux bleus de mon amie, je n’avais pas réalisé à quel point elle m’était attachée. Je m’étais glissé dans son lit pour la prendre dans mes bras et caresser ses cheveux.

—Je reviendrai pour les vacances d’été et je t’écrirais toutes les semaines.

—Tu te feras d’autres amies et tu m’oublieras.

—C’est impossible. Tu es ma première et unique amie.

—Alors restons ensemble, déclara-t-elle en se redressant soudain, je sais que tu n’es pas obligée d’y aller, ce professeur t’a laissé le choix.

Je gardai le silence pour réfléchir à sa proposition. Oui c’était vrai, je pouvais très bien rester ici et vivre avec mon amie Agnès. Notre relation se fortifierait avec le temps et ce serait comme si j’avais une troisième sœur. Je vivrais comme une moldu, j’étudierais et pourrait peut-être espérer devenir gouvernante ou institutrice, je gagnerais ma vie et te reprendrais pour vivre avec moi…mais je ne pouvais pas faire ça. J’étais avant tout sorcière, dans mon sang et dans ma chair, je ne pouvais aller contre ma nature et je sentais qu’en restant ici, je passerai à coté de ma vie. Plus tard, Agnès se mariera, elle m’a un jour confié qu’elle voulait avoir beaucoup d’enfants. Je ne me marierai jamais avec un moldu, j’étais trop marqué par l’exemple de nos parents. Mais ce n’était pas la perspective d’être un jour séparée d’Agnès qui me poussait à partir.

Quelque chose au loin m’appelait et au fond de moi, je me dis que monsieur Olivander n’avait peut-être pas tort. Je ne savais pas si j’étais vraiment une sorcière exceptionnelle, mais j’étais sure d’une chose : en tant que moldu, je n’étais rien.

Une semaine plus tard, je me trouvais sur le quai de la voie 9 ¾, ma valise à mes pieds. Je me dépêchai de prendre place dans un wagon vide, à côté de la fenêtre. Dehors, je voyais une femme blonde de petite taille qui essayait de remettre de l’ordre dans la tignasse de son fils. Elle finit par le lâcher pour s’attaquer à la veste de sa benjamine qu’elle boutonna jusqu’au cou avant de lui caresser tendrement la joue.

A notre dernier noël ensemble, mère m’avait offert un exemplaire de « un chant de noël » de Charles Dickens. J’avais lu ce livre un nombre incalculable de fois, il ne me quittait jamais. A la page du titre, sous la couverture en cuir rouge, j’avais glissé une photo. Mère y était assise dans son fauteuil près de la cheminé, elle ne souriait pas mais elle fixait sur l’objectif un regard d’une vérité désarmante. Tu étais assise sur ses genoux, et moi j’étais debout, à côté d’elle, ma main sur la sienne, la photo avait été prise quelque jours avant sa mort.  

Le ciel était gris, je serais la photo contre mon cœur en souriant bien malgré moi, j’étais en route vers Poudlard, en route vers ma nouvelle vie.