La visite de Dumbledore

par Tentenette

La visite de Dumbledore

 

L’orphelinat Wool’s n’était pas le lieu le plus joyeux où passer son enfance, mais j’étais heureuse de ne plus être traitée en esclave.

A Bloomfield, il m’était interdit d’approcher de la grande bibliothèque, tous les livres appartenaient à Charlotte et Caroline dont les lectures se cantonnaient aux catalogues des couturières ou aux invitations des soirées mondaines.

Bien que maigre, la bibliothèque de l’orphelinat constituait pour moi un véritable enchantement. Je passais le plus clair de mon temps à étudier et je m’étais découverte une passion pour l’histoire et les mathématiques. Comme les pensionnaires étaient libres de sortir, j’avais pris l’habitude de flâner dans les rues de Londres des heures durant. J’avais toujours vécu à la campagne et découvrir une ville pour la première fois était une aventure excitante. 

Depuis que Grindelwald était monté en puissance, père voyageait seul pour son travail et nous restions avec mère en Angleterre, dans une petite ferme au cœur de la campagne. 

A Londres, c’était différent, il y avait beaucoup à voir. J’avais parfois la curieuse impression d’être suivie. J’avais le sentiment que des yeux m’accompagnaient partout où j’allais et que des pas martelaient le sol au même rythme que les miens, mais ce n’était pas effrayant, au contraire.

Les autres pensionnaires me voyaient comme une enfant triste et ennuyeuse. Ils disaient que mon prénom était bizarre et que je ressemblais à un garçon avec mes cheveux courts. Mrs Hurst les avaient grossièrement coupé, elle disait que j’avais trainé dans les rues et que je risquais de transmette des poux à ses enfants.

D’un autre côté, je n’étais pas particulièrement sociable. Avec le recul, je crois que j’avais peur du regard des autres, de ce qu’ils feraient ou diraient s’ils savaient ce que j’étais réellement. Ma seule amie était Agnès, une belle fille aux cheveux blonds, aux joues rondes et à la douce naïveté.

L’orphelinat nous emmenait chaque été en vacances, dans une ville côtière, je me retirais sous les arbres pour lire, les autres enfants jouaient sur la plage. Un jour, Agnès faillit se faire attaquer par un serpent. Je me suis précipitée vers lui et je lui ai simplement dit :

—Ne lui fait pas de mal ! 

A ma surprise, le serpent se tourna vers moi, m’observa quelques instants avant de glisser dans la direction opposée et de disparaitre dans les buissons. 

—Comment fais-tu ça ? Me demanda-t-elle, l’air ébahie.

—Comment je fais quoi ?

—Comment tu…tu lui as parlé ?

—Je lui ai juste demandé de ne pas te faire de mal, expliquai-je comme l’évidence même.

—Je t’assure que non, tu lui parlais dans une autre langue…on aurait dit un sifflement, comme un serpent.

Ca semblait insensé, mais Agnès avait raison, je parlais au serpent. Je tentais de lui apprendre, elle reproduisait les mêmes sons que moi mais le serpent n’obéissait qu’à ma volonté, sans doute parce qu’elle n’était pas sorcière. 

Même si je savais qu’elle comprendrait, je n’avais rien dit à Agnès à propos de mes pouvoirs magiques, j’ai vécu dans un environnement où la peur des moldus envers les sorciers les poussait au mépris et à la cruauté, j’avais peur qu’Agnès me fuit en apprenant la vérité, je crois que je n’avais pas le courage de voir une autre personne me repousser.

Désormais, je passais tout mon temps en compagnie d’Agnès. On jouait aux cartes, on se promenait ensemble et je devais reconnaitre que la vue de toutes ces belles robes et ces succulentes pâtisseries exposées qu’on ne pourra jamais s’offrir était plus supportable à deux. Le soir elle me brossait les cheveux et moi je lui racontais des histoires.

J’avais passé deux ans à l’orphelinat. L’été de mes onze ans, je reçus la visite d’un homme à la longue barbe grisonnante étrangement vêtu, c’était un sorcier, je le sus à la première minute. 

—Bonjour Sloan, je me nomme Albus Dumbledore, se présenta-t-il en prenant place sur l’une des deux chaises de la pièce.

—Vous êtes de Poudlard, n’est-ce pas ? Il sourit. 

—C’est exact, je vois que tu es bien renseignée, à présent, sais-tu pourquoi je suis là ?

Père m’avait un jour parlé de Poudlard, quoique très vaguement. Je savais juste qu’on y étudiait des matières comme la métamorphose et les potions, que le directeur s’appelait Armando Dippet et que les élèves étaient répartis dans quatre maisons dont Serpentard, celle où tous les membres de notre famille étaient envoyés.

—Vous venez me donner ma lettre.

Son sourire s’élargit, il sortit de sa poche une enveloppe marquée du sceau de l’école, j’y lu mon nom, l’adresse de l’orphelinat ainsi que l’étage, le numéro de la chambre que je partageais avec Agnès et le lit sous la fenêtre où je dormais.

—Etant donnée ta situation familiale un peu particulière, je t’emmènerai au chemin de traverse et t’aiderai à te procurer tes livres et tes…

—Vous allez venir avec moi ? Dis-je en dardant sur lui un regard étonnée.

—Oui, si tu le…

—Ce serait avec plaisir, monsieur.

J’étais sincèrement heureuse de la proposition de Dumbledore. Ça me faisait drôle de voir une grande personne me témoignait une attention particulière et j’étais contente de passer du temps avec un sorcier.

Dumbledore hocha la tête, l’air satisfait.

—Mais professeur, comment vais-je faire pour payer tout ça, je n’ai pas d’argent.

J’eus peur qu’il me faille à nouveau demander de l’argent à ma tante, mon orgueil n’y survivrait pas.

—Tes parents ont eu la présence d’esprit de vous constituer, à ta sœur et toi, une petite réserve en prévision de vos études, j’ai ici la clef qui te permettra d’accéder au coffre en question, à Gringotts.

Il sortit de sa poche une petite clef en or massif qu’il me montra.

—Quand reviendrez-vous, monsieur ?

Dumbledore sembla surpris par ma question mais il me répondit en souriant.

—En ce moment, disons que j’ai…certaines obligations à l’étranger qui sont assez prenantes.

Je baissai la tête sans rien dire, ma déception était assez visible pour se passer de mot.

—Une semaine avant la rentrée.

Il se leva, remit son chapeau sur sa tête et prit la direction de la porte, je le suivi. Avant de sortir il se tourna vers moi, son sourire bienveillant toujours sur le visage et me dit :

—Bienvenu à Poudlard, Sloan Dolohov.

Je lui souris timidement et il sortit. Je décidai de le suivre discrètement dans le couloir. Je le trouvai en grande conversation avec Mrs Cole, la directrice de l’orphelinat. Dissimulée à l’angle du couloir, j’écoutai leur conversation.

—…école semble montrer un intérêt particulier pour nos petits pensionnaires, professeur.

—Il semblerait, en effet.

—Et…comment va Tom ? Demanda-t-elle en baissant la voix.

—Il va bien madame, merci de vous en soucier.

—Ah, répondit-elle, l’air perplexe. J’avais peur qu’il…enfin…

—Tom est le garçon le plus brillant qui ait jamais étudié dans notre école et jusqu’à présent, il a toujours fait preuve d’une tenue exemplaire.

—Formidable, déclara-t-elle d’une voix aigüe.

Un silence gêné s’installa entre eux, enfin, c’était surtout Mrs Cole qui semblait gênée, elle regardait partout autour d’elle en lissant machinalement la jupe de son tailleur.

—Bien, je crois qu’il est temps que je prenne congé.

—Oh euh…oui, bien sûr, vous devez avoir fort à faire.

—Ne vous dérangez pas pour me raccompagner, je commence à être habitué à ces lieux, dit-il avec en souriant, mais la perspective que Dumbledore devienne un habitué ne semblait pas autant réjouir Mrs Cole.

Et il partit. Tout en l’observant depuis la fenêtre du rez-de-chaussée, je me demandais qui pouvaient bien être ce Tom. Dumbledore semblait l’apprécier mais pas Mrs Cole. Dans ma tête je m’imaginais un jeune garçon, timide et solitaire, un enfant différent des autres qui s’était retrouvé du jour au lendemain à étudier dans une école de magie, un enfant comme moi. Soudain, Dumbledore s’évanouit dans le brouillard londonien, et cette sensation glaciale de solitude s’emparait de mois à nouveau, j’avais soudain peur que Dumbledore ne tienne pas sa promesse.