Chapitre 2

par aqualyne

Enfant des fées


Chapitre 2


Selphinadora regardait autour d' elle avec circonspection. À ses yeux le Chemin de Traverse était un lieu bien étrange avec ses dizaines de boutiques colorées, son absence de verdure et ses dizaines et dizaines de sorciers pressés qui couraient d' un point à l' autre de l' allée sans même se regarder. Son regard violet analysa chacun des magasins avant de s' arrêter sur celui d' une certaine Madame Guipure. Elle se dirigea vers la boutique de prêt-à-porter en marchant rapidement ignorant les enfants qui la pointaient du doigt à leurs parents.

Elle pénétra dans la boutique faisant tinter la petite clochette suspendue au-dessus de la porte.


-Bienvenue ! Que puis-je faire pour…


La femme qui venait d' arriver semblait être la vendeuse du magasin. Elle avait longs cheveux châtains dans lesquels elle passa sa main tandis que son regard noisette arpentait chaque centimètre du magasin avec curiosité. Cette même curiosité brillait dans les yeux de Selphinadora mais disparu lorsque la femme haussa les épaules et retourna au fond du magasin. Selphinadora soupira puis commença à arpenter les rayonnages du magasin en palpant au passage quelques vêtements qui l' intriguaient. Elle s' arrêta plus que nécessaire devant un miroir qui lui renvoya l' image d' une jeune fille d' environ seize ans avec un nez en patate, le visage couvert de tâches de rousseur, de courts cheveux verts et des yeux violets. Ses vêtements ressemblaient à un short et un haut avec une seule bretelle qui remontait au-dessus de son nombril cependant le tissu dans lequel ils étaient taillés semblait plus léger que l' air même donnant à ses vêtements verts clairs l' air de flotter autour d' elle. Selphinadora détourna le regard du miroir et se concentra sur les vêtements qui l' entouraient.

Quelques instants plus tard elle entendit la clochette du magasin. Intriguée et remplie d' espoir elle se dirigea vers l' entrée pour se retrouver devant un enfant au cheveux si blonds qu' ils semblaient blancs et aux yeux gris. Elle l' aurait sûrement trouvé très beau si il n' avait pas eu cet air méprisant et hautain sur le visage. Lorsque l' enfant ouvrit la bouche ce fut pour demander à avoir son uniforme pour Poudlard bien qu' aux yeux de Selphinadora cela ressemble plus à un ordre qu' à une demande. Pendant l' heure qui suivit elle regarda attentivement chacun des vêtements que la vendeuse présenta au blond comme étant ''l' uniforme demandé pour les étudiants de Poudlard'' cependant Selphinadora nota que chaque type de vêtement avait plusieurs coupes possibles et les mémorisa toutes. Lorsque le blond quitta la boutique elle emprunta la sortie en même temps tout en jetant un regard intrigué à ce que la vendeuse avait présenté comme étant des chaussures.

Elle se dirigea ensuite vers la librairie dans laquelle elle arpenta les rayonnages touchant la tranche de certains livres pendant plusieurs secondes avant de refaire la même chose avec d' autres. Elle toucha ainsi une cinquantaine de livres tout en regardant les gens autour d' elle avec curiosité. La personne qui l' intrigua le plus fut une petite fille aux cheveux bruns. Cette dernière regardait les livres avec des étincelles dans les yeux et avait remplis son panier d' achat avec au moins le double de ceux que Selphinadora avait touché mais ce qui retint vraiment son attention fut les yeux de la fillette. Ils étaient de couleur brune comme pour beaucoup de personne mais elle ne pouvait s' empêcher de les fixer. Selphinadora était certaine qu' il y avait quelque chose avec les yeux de l' enfant mais elle n' arrivait pas à trouver quoi et finalement la petite partie sans qu' elle n' ait réussi à résoudre ce mystère.

Une fois la librairie quittée Selphinadora se dirigea vers la sortie de l' allée sorcière avec un fin sourire aux lèvres. Elle avait fais ce qu' elle devait et maintenant elle allait pouvoir rentrer chez elle. Cependant alors qu' elle marchait tranquillement une onde de choc la fit vaciller. Elle se tourna immédiatement vers l' origine de l' onde pour se retrouver face à un vendeur de glace. Elle jeta frénétiquement des regards autour d' elle avant de trouver l' origine de l' onde et elle cru qu' elle allait défaillir. Devant elle se tenait un enfant qui regardait les glaces avec envie. Il suffit d' un coup d' œil à Selphinadora pour comprendre ce qu' était le garçon et en son fort intérieur elle fut sans doute l' être le plus heureux de la planète. Mais alors qu' elle esquissait un pas vers l' enfant quelque chose la retint. Il ne lui fallut que peu de temps pour comprendre la raison et elle soupira.


-Ce n' est pas l' heure. Murmura-t-elle.


Elle jeta un regard à l' enfant avant de se détourner de lui au moment même où il jeta un regard intrigué dans sa direction. Elle quitta rapidement l' allée et lorsqu' elle en fut assez éloignée une petite paire d' ailes semblables à celles des libellules mais possédant un léger dégradé de vert apparut à chacune de ses chevilles et à chacun de ses poignets. En souriant Selphinadora s' envola en direction de sa forêt.



Yphgrid repoussa derrière son oreille l' une de ses mèches de cheveux qui lui tombait devant les yeux tout en gardant son attention fixée sur son œuvre. Du bout des doigts il frôla le morceau d' or devant lui. Comme attirée par ses doigts la matière suivie ses mouvements se creusant et s' étirant selon son bon vouloir. De son autre main il saisit de petits morceaux de cristal colorés et les ajouta à son travail. Lorsque finalement Yphgrid éloigna ses doigts de l' or et admira le résultat de ses efforts. Sur la table devant lui se tenait une petite statuette en or ressemblant à un papillon dont les ailes étaient constituées de morceaux de cristal rose.


-Tu as fais des progrès fils des feuilles. Surtout n' oublie pas ce que tu as ressenti lorsque tu modelais l' or. C' est le plus important dans cet exercice.


Yphgrid se retourna pour faire face à une jeune femme aux cheveux longs et noirs et aux yeux argentés. Elle était vêtue d' une robe bleue foncé qui tombait jusqu'à ses pieds, à ses bras se trouvaient deux cercles d' agents finement ouvragés desquels partaient de larges morceaux de soie bleue qui cachaient ses mains et dans son dos se déployaient deux grandes ailes blanches. Yphgrid se leva rapidement avec un grand sourire.


-Merci pour vos encouragements mère Qualia.


Et sans plus de cérémonie il se jeta dans les bras de la femme. Celle-ci sourit avec indulgence et serra le petit garçon contre elle tout en caressant doucement ses cheveux. Soudainement Yphgrid se dégagea de l' étreinte et regarda Qualia avec apréhension.


-Si vous êtes rentrée c' est parce que…


Yphgrid s' arrêta peu sûr de ce qu' il devait dire. Qualia en remarquant l' hésitation de l' enfant s' agenouilla devant lui et lui sourit tout en lui saisissant doucement les épaules.


-En effet fils des feuilles. Le temps est venu pour toi de t' aventurer dans le monde des Hommes.


-Je suis obligé ?


-Allons fils des feuilles. Au fond de toi n' avais-tu pas hâte que vienne ce jour ?


Yphgrid baissa les yeux en rougissant.


-Qu' y a-t-il de plus normal ? Malgré nos enseignements tu restes un être humain fils des feuilles. Leur monde t' intrigue. Il t' attire comme la lumière attire les papillons. Tu rêves de le découvrir et d' y évoluer, de voir ce monde qui aurait dû être le tien et à coup sûr si différend de celui dans lequel tu as toujours vécu n' est-ce pas ?


-Vous avez raison mère Qualia. Mais je suis heureux dans la forêt. Cet endroit est ma maison et vous êtes toutes ma famille.


-Je le sais bien Yphgrid. C' est pour cela que je suis ici aujourd'hui. Pour te dire au revoir pas adieu. Mais avant je voudrais que tu me fasses une promesse.


-Laquelle ?


-Le monde extérieur est comme une flamme. Il est beau et attirant mais si tu ne prends pas garde il te blessera. Alors promets moi que tu seras prudent.


-Je vous le promets mère Qualia. Mais vous savez j' ai bien l' intention de revenir dans la forêt un jour. Si j' ai bien compris il y aura des moments où je n' irais pas dans cette… école. Dans ces moments là je reviendrais et je vous raconterais tout de ce monde.


-Je n' en doute pas fils des feuilles.


Qualia se releva en souriant.


-Bien ! Et si nous y allions ? Tout le monde t' attend à l' arbre sacré.


Yphgrid sourit et ramassa sa statuette avant de se diriger vers un arbre dont la cime était bien plus haute et plus grande que toutes les autres. Alors qu' elle le regardait s' éloigner Qualia murmura tristement quelques mots.


-Puisses tu ne jamais changer fils des feuilles.



L' arbre sacré ressemblait de loin à n' importe quel arbre mais ils suffisait de s' en approcher pour se rendre compte d' à quel point c' était faux. Son tronc noueux semblait constitué de toutes les essences de bois du monde et chacune de ses très nombreuses feuilles était différente des autres. Depuis la nuit des temps les grandes fées veillaient sur cet arbre sans âge et le protégeaient de la folie des Hommes. La clairière qui s' étendait aux pieds de l' arbre était devenu leur maison et leur territoire s' était petit à petit étendu à la totalité de la forêt la plaçant sous leur magie protectrice.

Lorsqu' Yphgrid arriva devant le trône de la mère des arbres il fut surpris et heureux de constater la présence de plusieurs de ses mères qu' il n' avait plus vu depuis de nombreux cycles lunaires. Son regard s' égara quelque peu et il croisa celui de Selphinadora. La fée aux cheveux verts lui offrit un grand sourire auquel il répondit avec plaisir. Selon les autres fées de la forêt Selphinadora était née peu de temps après son arrivée. La naissance d' une grande fée était extrêmement rare car il fallait repérer le cocon qui contenait la future fée. Celui-ci pouvait apparaître à peu près n' importe où dans la forêt et si il n' était pas trouvé la fée à l' intérieur finissait par se faner. Ses cheveux perdaient leur couleur et sa peau se fripait avant de s' effriter avec le cocon pour qu' au final la vie de la fée s' achève avant même d' avoir commencée. L' emplacement d' un ancien cocon était marqué par un tapis de fleurs n' existant nulle part ailleurs de la couleur des yeux de la fée comme pour montrer à tous la beauté de ces yeux qui ne s' étaient jamais ouverts sur le monde.

C' était Yphgrid qui avait trouvé le cocon de Selphinadora. À cette époque il commençait à explorer les alentours de la clairière et il avait finit par se perdre. Alors qu' il errait un peu partout dans la forêt il avait été attiré par une douce lumière blanche. Il s' était approché pour trouver un énorme cocon multicolore et transparent dans lequel dormait celle qui allait devenir Selphinadora. Lorsque les fées l' avaient retrouvé elles avaient été si surprises qu' elles en avaient oublié de le gronder pour sa disparition et, quelques temps plus tard, Selphinadora était née. Elle était sans doute la fée qui avait passé le plus de temps avec Yphgrid et plus qu' une mère elle était une sœur aux yeux du brun. Ensembles ils avaient exploré chaque centimètre de la forêt et joué des dizaines de mauvais tours aux autres fées. Ils en riaient encore aujourd'hui bien qu' ils se soient calmés.

Selphinadora allait vraiment beaucoup lui manquer quand il partirait pensa tristement Yphgrid. Il détourna les yeux pour les poser sur la mère des arbres qui le regardait un doux sourire sur le visage.


-Fils des feuilles. Le jour de ton départ est finalement arrivé.


-Je ne pourrais jamais assez vous remercier pour tout ce que vous avez fais pour moi.


-Et tu n' as et n' auras jamais besoin de le faire. Nous t' avons accueillit dans notre forêt tout en sachant que notre monde n' était pas le tien. Tu ne peux demeurer à nos côtés sans connaître le monde qui fut le tien pendant un temps de ta vie. C' est pourquoi nous avons préparé ton départ.


Une malle en bois au milieu de laquelle était gravé un triskel et un petit sac à bandoulière vert clair se matérialisèrent aux pieds d' Yphgrid. Il les regarda fixement pendant un instant avant de relever les yeux et de parler d' une voix blanche.


-Vous avez déjà tout préparé ?


-Oui fils des feuilles. C' est sans doute égoïste mais nous voulions que tu profites de tes derniers jours dans la forêt en toute quiétude. Cela ne rend notre séparation que plus abrupte mais nous ne voulions pas te voir soucieux.


-Je comprends mère des arbres. Je ne pense pas que cette période aurait été agréable. Pour aucun d' entre nous.


Chacune des fées présentes lui offrit un petit sourire d' excuse alors que la mère des arbres reprenait la parole.


-Yphgrid. Il y a peu de temps tu as sauvé l' un des enfants d' un cerf sans âge. T' en souviens-tu ?


-Oui.


-Ce faon a grandi et est lui-même devenu un cerf sans âge et pour te remercier de ton geste il nous a offert sa première mue à condition que nous l' utilisions pour toi.


-Vous voulez dire que cette malle…


-En effet. Nous l' avons sculptée à partir de ses premiers bois. Cependant il nous en restait encore une fois notre travail achevé. C' est pourquoi nous l' avons utilisé pour créer cet outil qui t' a été demandé.


Une douce lueur dorée apparue devant Yphgrid. En son sein se trouvait un simple morceau de bois qu' Yphgrid saisit délicatement. Il ressentit alors une douce chaleur se répandant dans son corps à partir de sa main droite.


-Cette baguette comme l' appelle les sorciers mesure vingt-cinq centimètres. À l' intérieur nous avons placé de l' ambroisie cristallisée. Il s' agit de notre dernier cadeau pour toi avant longtemps.


Yphgrid pouvait sentir toute la tristesse qui transparaissait de la voix pourtant douce de la mère des arbres. Il aurait voulu se jeter dans ses bras et lui dire qu' il ne quitterait jamais la forêt, que peu importait le monde des Hommes car sa place était ici. Mais il savait que ce serait mentir. Il savait également que ce n' était pas ce que la mère des arbres voulait. Alors il reporta son regard sur la baguette. Son bois clair semblait doré à la lumière du soleil et des centaines de petites gravures en forme de spirales s' entremêlaient sur toute sa longueur tout en étant presque invisibles à l' œil nu. En jetant un regard à sa malle il remarqua ces mêmes gravures un peu partout sur le bois clair. Il remarqua également la poignée ainsi que les décorations d' argent sur lesquelles étaient gravées des runes qui rendraient la malle aussi légère qu' une plume.

Yphgrid releva la tête et regarda chacune des fées en souriant. Les mots étaient inutiles en cet instant. Ils le savaient. Au bout d' un long moment Yphgrid détourna son regard et, après avoir ramassé ses affaires, il quitta la clairière. Sans un regard en arrière.

La seule preuve de sa présence était un petit papillon doré aux ailes de cristal posé au milieu de la clairière juste en face du trône de la mère des arbres.