Mon meilleur ami.

par letterheart

Un destin dicté par le sang. Par le nom. Par la famille.

Je ne supportais pas ça. De n'avoir aucun contrôle sur ma vie, la voir diriger par un autre. D'être une marionnette pour mon père et son maître. De ne pouvoir faire valoir mon opinion, de ne pouvoir choisir. De ne pouvoir choisir mon camp, choisir mon combat, de ne pouvoir le mener de mon propre gré. De ne pouvoir être moi-même.

Et pourtant, je n'ai jamais eu le courage de renié mon nom. Ce blason qui m'enchaînait aux Ténèbres, ce titre qui me tuait à petit feu, qui brisait lentement ma volonté. Les yeux froids et glaciaux de mon père qui m'empêchaient toute incartade. La peur des châtiments. L'appréhension de l'échec. La douleur de la trahison que l'on fait subir aux autres pour se soulager. L'arrogance que l'on affiche pour masquer sa terreur. Ce nom qui me détrusait.

Mais quel bonheur, vraiment, d'être un Malfoy !

Devoir se montrer écoeurant devant une personne que l'on apprécie, devoir lui tenir tête et devenir son ennemi sous les ordres de sa famille, devoir n'être qu'un sale gamin sans aucune dignité, devoir n'être que la preuve qu'un Serpentard ne peut jamais être autre chose qu'un mage noir en herbe. Ah oui, quel délivrance de porter ce nom ! Vraiment, merci, oh Merlin de m'avoir léguer ce nom !

Et aujourd'hui, je n'en peux plus. Tu es en face de moi, tu me pardonnes, mais dans ton regard se reflète une immense déception. Je te deçois tant que ça ? Mais tu aurais du t'en douter, non ? Que je n'en aurais pas le courage. De renier ma famille et mon sang. Je suis un Serpentard. Le courage, ce n'est pas dans mes cordes, tu te souviens ?

Ah mais c'est vrai que tu es aussi un Serpentard, d'après le Choixpeau. Seule ta volonté la fait changé d'avis. Voilà la différence entre l'enfant trouillard que je suis et le témeraire jeune homme que tu es. La volonté. La détermination. La force. Tant de choses que je ne possède pas. J'ai fini par les abandonner. Elles me faisaient souffrir, tandis que j'obéîssais à mon père. Et ça te décois.

Oui, je comprends.

Alors si je suis si pitoyable, si mauvais, si faible, pourquoi tends-tu la main vers moi ? Pourquoi est-ce que je la prends et me relève ? Pourquoi est-ce que nous nous dressons face à Vol... Voldemort... C'est ça. Pourquoi le combattons nous au juste ? Ah oui, pour nos vies et celles de nos amies. Pour le monde magique. Pour le monde entier. Pour l'avenir. On se bat pour sauver le monde, avec dans le regard une étincelle que seuls les vétérans de guerre possède. Tant de notions que des adolscents comme nous ne devraient pas connaître. Même ce regard, on ne devrait pas l'avoir.

Au fond, on est deux gosses tous les deux. Deux gosses que tout oppose. Deux gosses qui se détestent. Deux gosses aux passés différents. Deux gosses à l'avenir incertain. Deux gosses que tout rassemble. Deux gosses qui s'apprécient. Deux gosses qui sauvent le monde. Deux Serpents, deux Lions, deux collègiens, même pas fichus de finir leur scolarité normalement.

Deux gamins qui auraient pu devenir les meilleurs amis du monde avec le temps.

Mais le temps, on ne l'a plus. Frappés par le sort de mort, le dernier que lance Voldemort alors qu'il tombe lui aussi vers la fin, on expire tout les deux. C'est fini. On aurait pu devenir amis dès le début, tu sais. Mais je n'avais pas assez de courage. Excuse-moi.

Si on se retrouve au-delà, Harry, je te promets de trouver le courage d'être ton ami.