Chemin de traverse (Partie 1)

par Heshka

Harry resta un moment sur son lit tandis que sa chouette voletait dans la chambre avec entrain. Dehors, la petite lueur rose du jour naissant grandissait et s'étendait à tout le ciel, chassant les dernières étoiles. Les choses se présentaient assez bien. Une seule question se posait, cependant : devait-il faire semblant de dormir pendant quelques heures ? La réponse fut un non immédiat et catégorique. Il avait assez perdu de temps durant ses vacances et avait bien l'intention d'y remédier... Le garçon à la cicatrice ne descendit toutefois pas immédiatement. S'il n'avait pas simulé quelques heures de sommeil, il devait tout de même s'installer. Après tout, il allait passer pas loin de vingt jours dans cette chambre, alors mieux valait prendre ses aises. Il sortit ses affaires de cours, des deux années précédentes, et réfléchit. Cela valait-il le coup de les garder cette année encore ? Qu'auraient dit ses deux meilleurs amis ?

Ron aurait affirmé qu'il valait mieux les jeter car ils n'en auraient plus besoin. Ensuite il aurait rectifié en rougissant de honte qu'il devait garder ses manuels de seconde année pour Ginny. Les Weasley n'étaient pas spécialement riche, plutôt pauvre en fait, et toute économie était bonne à prendre. L'épisode Lockhart avait d'ailleurs été un véritable gouffre financier pour eux. Ce professeur de défense contre les forces du mal, en plus d'être incompétent, avait exigé que les élèves possèdent toute sa collection de livre narrant ses « exploits ». Ils étaient au nombre de dix : Le guide des créatures nuisibles ; Flâneries avec le spectre de la mort ; Promenades avec les loups-garous ; Randonnées avec les trolls ; Une année avec le Yéti ; Vacances avec les harpies ; Vadrouilles avec les goules ; Voyages avec les vampires ; Moi le magicien ; Qui suis-je ? Et comme les Weasley avaient cinq enfants scolarisé, cela leur avait coûté très cher. Heureusement pour eux, Harry avait donné à Ginny la collection qu'il avait lui-même reçu généreusement de son futur ex-professeur, préférant acheter les siens. C'était autant pour les aider que pour se débarrasser de la signification de ces livres. Il exécrait la célébrité et c'était à cause d'elle qu'il avait eu gratuitement ces dix bouquins. Vu l'état de Lockhart à présent, même s'il lisait son livre autobiographique Qui suis-je ?, cela ne lui rendrait pas la mémoire. Le texte y était beaucoup très subjectif et vaniteux, mais l'ex-professeur avait désormais l'âge mental d'un garçon d'un ou deux ans. Il lui faudrait des années avant de retrouver la mémoire, en admettant que c'était possible.

Rien qu'en relisant Voyage avec les vampires pendant les vacances, Harry avait su que Lockhart n'en avait jamais rencontré. Il dressait d'eux un portrait belliqueux et s'était servi de tous les préjugés existants. Il affirmait que c'était des morts-vivants sans reflet, vivant la nuit exclusivement et se plaisant à boire du sang humain. Lockhart se plaisait à raconter comment il les avait vaincu. Ignorant ! Si ne serait-ce qu'un dixième de ce qui était raconté était vrai, alors il s'était retrouvé face à au moins une goule, dans le sens vampire du terme. Et vu la maîtrise des sorts de ce vantard de sorcier, il en serait mort. De toute façon, aucune goule n'avait été créée ces deux cents dernières années. Un point important à préciser était que les goules pouvaient désigner deux races : les infectés dhampires et une autre. Cette dernière était relativement inoffensive, car ces goules là étaient simple d'esprit et se voulaient inquiétante plutôt qu'effrayante. Elles avaient le silence en horreur. Avec les fantômes, elles étaient à l'origine de ce que les moldus appelaient communément les maisons hantées. Au moins étaient-elles capable d'un semblant de pensée rationnelle, au contraire des goules vampires.

Pour en revenir au sujet des manuels de cours des deux années précédentes, Hermionne, qui vouait une véritable religion à tout ce qui contenait des pages et des mots, lui aurait certainement conseillé de tous les garder. Harry s'imaginait très facilement l'entendre dire qu'on ne savait jamais quand cela pouvait être utile. Il y avait les examens de fin d'année, la culture générale, le simple plaisir de lire, et ainsi de suite... Et Ron aurait grogné à chaque exemple. Mais le survivant était d'accord avec Hermionne. Cela pouvait toujours être utile, d'autant qu'il n'avait que ça à faire de lire la nuit, quand il était chez les Dursley. Il les avait d'ailleurs déjà tous finis au moins une fois, et certains plus. Finalement, Harry décida de les garder tous... sauf ceux de Lockhart. Déjà les récits n'étaient pas de lui, mais d'autres sorciers à qui il avait jeté un sortilège d'amnésie, et ensuite les quelques informations fiables étaient tellement bien dissimulée sous la vantardise et les mensonges qu'elles étaient introuvables. Un vrai travail d'expert ! Secouant la tête, il fit une pile des livres qu'il conservait et jeta les autres dans la poubelle, qui les avala et rota.

Harry essaya ensuite sa garde-robe. La plupart de ses tenues de sorciers étaient un peu juste. C'était qu'il avait grandi durant cette année. Heureusement d'ailleurs, car il n'était pas bien grand à la base... Il lui faudrait donc acheter de nouvelles robes de sorcier. Venaient ensuite les chaudrons. Le pliable en cuivre était encore en bon état, mais celui en étain était couvert de taches de rouille. Ses flacons en verre et en cristal n'était pas en très bon état non plus. Certains étaient fêlés, d'autres simplement brisés. Heureusement qu'ils étaient dans une boite à part. Mieux valait ne pas prendre de risque, car Rogue était le professeur de potion et aimait le dénigrer publiquement. Un chaudron pliable en étain, un kit de fioles en tout genre et du matériel de potion à racheter... Sa balance était toujours opérationnelle et ses gants de protection en bon état. Bien, il avait fait le tour ! Son Nimbus 2000 était resté à Poudlard par manque de place et l'épée de Gryffondor lui tenait compagnie. Il ne rangea pas encore ses affaires, qu'il laissa triées sur son lit. Peut-être serait-il judicieux d'acheter une nouvelle valise... Ses achats scolaires rentraient déjà difficilement à l'intérieur, et cette fois-ci il aurait un supplément volumineux.

Cela faisait un peu plus d'un heure que Harry était arrivé au Chaudron-Baveur. Il pouvait descendre à présent, le soleil étant levé. Fermant sa chambre à clef, il avait n'avait gardé avec lui que Virga, sa baguette magique. Sa cape d'invisibilité était soigneusement dissimulée à l'intérieur du chaudron en cuivre, plié de façon tout à fait innocente. C'était une précaution plus qu'autre chose, car il ne pouvait juste pas se déplacer avec sans la porter directement. Et il ne voulait pas attirer l'attention. Toutes ses économies en poche, il arriva au Rez-de-Chaussée. Dès que Tom le vit, il s'approcha.

- Déjà debout, Mr Potter ? demanda-t-il en essayant de se montrer réprobateur.

- Oui Tom, répliqua Harry avec un sourire d'excuse des plus convaincants. Je n'arrivais pas à dormir. Il fait déjà jour et cela fait plus d'un mois que je suis à l'écart du monde magique. Je n'arrive plus à retenir mon excitation.

- Ah... C'est beau la jeunesse, fit Tom avec indulgence. Vous avez raison, profitez bien des quelques semaines de vacances qui vous reste. Dois-je prévoir un repas pour ce midi ou mangerez-vous sur le Chemin de Traverse ?

- Je me débrouillerai, éluda Harry. Merci encore !

Sur ce, il ouvrit la porte de derrière et se retrouva dans une petite cour. A priori, rien d'extraordinaire, mais Harry en savait suffisamment sur la magie pour savoir qu'il ne fallait pas s'y fier. Virga en main, il tapota délicatement une brique en particulier, qui se mit alors à trembloter. Un trou commença à apparaître en son centre, s'élargissant progressivement jusqu'à former une arcade assez grande pour que le garçon puisse passer sans difficulté. L'arcade étant plus petit que la fois ou il était venu avec Hagrid, il supposa qu'elle s'adaptait à la taille des passants. La traversant, Harry se retrouva enfin au Chemin de Traverse. Bien qu'il fût encore tôt, il y avait déjà de nombreux passants, certaines boutiques étant déjà ouvertes. Surplombant tous les autres bâtiments de par sa taille et sa majesté, il était possible de voir Gringotts depuis l'entrée... Depuis n'importe ou en fait. Cela tombait bien car Harry avait à y faire. Il devait retirer de l'argent et demander un rapport sur l'état de son compte. Il devait savoir jusqu'à quel point il pouvait pousser ses achats personnels, et s'il pouvait seulement se le permettre. Au vu du nombre de choses que devait faire le garçon, autant commencer par là. Sur la devanture de chaque boutique, il était possible de voir la figure émacié du fugitif d'Azkaban: Sirius Black. Ses yeux suivirent les pas de Harry jusqu'à son arrivée à la banque des sorcier. Devant l'immense porte d'un blanc-pur, le garçon se sentait toujours solennel. Le poème qui était inscrit en lettres d'or devait y être pour beaucoup:

Entre ici étranger si tel est ton désir
Mais à l'appât du gain, renonce à obéir,
Car celui qui veut prendre et ne veut pas gagner,
De sa cupidité, le prix devra payer.
Si tu veux t'emparer, en ce lieu souterrain,
D'un trésor convoité qui jamais ne fut tien,
Voleur tu trouveras, en guise de richesse,
Le juste châtiment de ta folle hardiesse.

Bon, ça devrait aller, Harry n'avait pas l'intention de cambrioler Gringotts. A sa connaissance, une seule personne avait tenté, et réussit, cet exploit: l'ex-professeur de défense contre les forces du mal Quirell. Le prédécesseur de Lockhart. Cet homme, qui avait servit d'hôte à l'esprit du plus grand mage noir de tous les temps, s'était introduit dans la banque par un quelconque procédé et avait forcé le coffre 713. Il avait tenté de s'emparer de la pierre philosophale, mais Hagrid l'avait déjà récupéré, pour la transférer à Poudlard, quelques heures plus tôt. Ce n'était pas vraiment une réussite, finalement... Quirell avait ensuite passé l'année à tenter de s'approcher de son nouvel emplacement, avant d'être confronté à la ténacité de Harry. À cause de la présence de Voldemort dans son corps, l'ex-professeur avait été dans l'incapacité de le toucher et le mage noir, ne pouvant supporter la souffrance, s'était arraché du corps de son hôte de force, provoquant sa mort. Le garçon s'était évanoui juste avant de voir le décès de Quirell. Dumbledore l'avait trouvé quelques instants plus tard et l'avait conduit à l'infirmerie. A son réveil, Harry avait apprit que la pierre philosophale avait été détruite pour que plus personne ne puisse s'en servir à mauvais escient. À présent, il se demandait pourquoi le directeur de Poudlard ne l'avait pas fait immédiatement. Cela aurait fortement simplifié sa première année...

Soupirant, Harry pénétra dans le hall de Gringotts, qui était presque vide. S'avançant, il se rendit à un comptoir libre où un gobelin signait des papiers avec application. Ce dernier l'avait certainement vu, ou du moins entendu, mais il l'ignorait superbement. Le garçon, ne s'en offusqua pas et patienta. Plusieurs longues minutes passèrent silencieusement. Finalement, le gobelin daigna lever les yeux de son travail. Son regard était appréciateur. Harry comprit que cette attente avait été délibérée, était-ce une sorte de test ?

- Bienvenu à Gringotts, déclara le gobelin d'une voix grinçante. Que désirez-vous ?

- Bonjour et désolé de vous déranger, commença Harry, J'aimerais retirer de l'argent pour ma rentrée à Poudlard.

- Bien. Désirez-vous qu'un gobelin en particulier vous escorte, ou n'importe qui fera-t-il l'affaire ?

- Si c'est possible, et s'il est disponible, j'aimerais Gripsec. C'était la personne qui m'a conduit à mon coffre lors de ma première visite. S'il n'est pas disponible, n'importe qui me conviendra très bien.

Le gobelin tiqua et dévisagea Harry avec un peu plus d'intensité. Le terme « personne » l'avait fait réagir, plus encore que la politesse du garçon. Les gobelins n'avaient pas l'habitude d'être considéré par des sorciers comme leurs égaux. Visiblement, il avait éveillé la curiosité du banquier. Hésitant, il poursuivit :

-J'aimerais également recevoir quelques renseignements, si c'est possible.

- A quel sujet ? Demanda le gobelin en fronçant ses sourcils.

- Eh bien... C'est au sujet de mon coffre. J'aimerais savoir de quelle quantité d'or il est pourvu, afin de pouvoir anticiper mes futurs achats.

- Vous n'avez pas à vous justifier, déclara le gobelin qui semblait toutefois apprécier.

- Oh, pardon... répondit piteusement Harry. Désolé de vous faire perdre ainsi votre temps.

- Pas du tout, pas du tout ! répliqua joyeusement le gobelin. C'est un plaisir.

Patient, poli et désireux de ne pas déranger si ce n'était pas nécessaire. Aucun sentiment de supériorité. Le gobelin appréciait de plus en plus le garçon qui lui faisait face. Il n'avait pas l'arrogance de la plupart des sorciers. Certes, il était jeune, mais cela prouvait seulement sa largeur d'esprit. Dans le hall, les gobelins alentours écoutaient discrètement la conversation tout en vaquant à leurs taches. Tous semblaient du même avis.

- Veuillez me donner nom et prénom, déclara le gobelin avec professionnalisme.

- Potter, Harry.

Pas de réaction. Le garçon s'y était attendu car il avait vu le gobelin lorgner un court instant sa cicatrice juste avant sa demande. Cela devait faire partie des procédures officielles. Le petit banquier griffonna quelques mots sur un morceau de parchemin.

- Nom et prénom des parents. Père et mère.

- Potter, James. Potter, Lily.

Le gobelin griffonna quelques mots supplémentaires sur le morceaux de parchemin, avant de poser sa plume. Il se leva et fit signe à Harry de le suivre. Le banquier de Gringotts le conduisit jusqu'à un bureau isolé, et lui demanda d'attendre un instant, avant de s'en aller. Quelques minutes plus tard, un autre gobelin se présenta en refermant la porte derrière lui, que le garçon reconnut sans mal.

- Bonjour Gripsec.

- Bonjour, Mr Potter.

- Je ne m'habituerais jamais à me faire appeler ainsi. Ça me donne l'impression d'avoir trois fois mon âge...

- Désolé, Mr Potter, mais c'est la procédure. Bien, j'ai été chargé de m'occuper de votre dossier le temps de votre présence. Si mes informations sont exactes, vous désirez vous rendre à votre coffre personnel et avoir un compte-rendu de l'état de vos coffres. Est-ce bien cela ?

''Mes coffres ?'' songea Harry, confus.

- C'est exact...

- Désirez-vous procéder dans cet ordre, ou préférez-vous commencer par le compte-rendu ?

- Je pense que le plus simple serait de commencer par le compte-rendu. Je retirerais de l'or en fonction de mes moyens.

- Bien Mr Potter...

Gripsec s'installa de son coté du bureau et Harry s'assit en face de lui. Le gobelin avait amené avec lui un volumineux dossier. Les plus anciens documents le composant semblaient dater de plusieurs décennies, au minimum, tant le parchemin avait jauni.

- Voyons voir... commença Gripsec. Harry James Potter, fils de James Potter et de Lily Potter, née Evans, vous avez demandé un compte-rendu de l'état de votre fortune. Par quel coffre désirez-vous commencer ?

- Par... quel coffre ? répéta Harry, hagard. Combien ais-je de coffres au juste ?

- À votre nom, un. A ceux de vos parents, deux. A celui de votre famille, un. En tant qu'unique héritier de la famille Potter, vous possédez donc quatre coffres.

- Excusez-moi Gripsec, mais pourquoi mes parents avaient deux coffres ? Ou plutôt, expliquez-moi tout en détail, s'il vous plaît.

- Très bien, Mr Potter, fit le gobelin en se mettant à lire un document relativement récent. Commençons par le votre. Numéro de compte 687, ce coffre a été ouvert le 31 juillet 1980.

''Le jour de ma naissance...'' comprit Harry, ému.

- Initialement crédité de cinq cents gallions, il a été décidé par vos parents que cent gallions d'or serait ajouté chaque année. Il s'agissait, je cite « d'une précaution pour le cas ou le combat contre Vol... » Vous-savez-qui « les empêche d'être présent pour vous ». Ce coffre, dédié à votre usage exclusif, est équipé d'un système d'ouverture à clef simple, modèle or, et d'une chambre format simple. Les cents gallions annuels étaient prélevés directement du coffre de votre père. En dehors de vos retraits pour vos fournitures scolaires, aucune autre variation de votre solde est déclaré. Le montant de votre coffre est actuellement évalué à mille six-cents soixante-douze gallions, huit mornilles et quinze noises.

- Je vois... fit Harry, qui tentait tant bien que mal de dissimuler les émotions qui l'assaillaient.

- Le coffre suivant dont je vais vous parler est celui de votre père. Numéro de compte 548 ce coffre a été ouvert le 21 mars 1960 à sa naissance. Initialement crédité de cinq cents gallions, il était dédié à l'usage exclusif de James Potter. Le coffre est équipé d'un système d'ouverture à clef double, modèle or et de deux chambres séparées. La première, format simple, était d'origine, la même que la votre. La seconde est une extension ajoutée par votre père, suite à son mariage et est un format familial. Cette chambre autorise l'accès aux personnes suivantes: James Potter, Lily Potter, née Evans, et Harry Potter. Dans la première chambre, le solde s'élève à sept-mille huit-cents douze gallions, une mornille et sept noises. Dans la seconde, le solde s'élève à cent quarante-huit mille cinq-cents vingt-neuf gallions net. Le montant du coffre 548 est donc actuellement évalué à cent cinquante-six mille trois-cents quarante-et-un gallions, une mornille et sept noises. Je ne tiens compte là que des liquidités.

- Tant que ça... s'étrangla Harry.

- C'est une somme tout à fait convenable, tempéra Gripsec. Bien, voyons la suite... Numéro de compte 589, ce coffre a été ouvert le 1er Aout 1975, par Lily Evans. Initialement crédité de cent vingt-trois gallions, il était dédié à l'usage exclusif de la cliente. Le coffre était équipé d'un système d'ouverture à clef simple, modèle bronze, et d'une chambre format simple. Une amélioration du système de sécurité a par la suite été effectué pour une clef en or, modèle simple. Suite à son mariage avec James Potter, le 7 septembre 1878, Lily Evans, devenue Potter, a transformé son coffre en dot, mais n'a plus jamais été réutilisé depuis. Le montant du coffre 587 est actuellement évalué à... soixante-six mille gallions net ? termina Gripsec avec incrédulité.

Harry l'était, lui aussi. Lily était une sorcière née moldue. Elle avait quitté Poudlard en 1977 et s'était mariée en 1978. Comment était-elle passé de cent vingt-trois à soixante-six mille gallions en moins de deux ans ? James, pourtant né sang-pur, n'avait pas lui-même une telle somme dans sa chambre de coffre. Le garçon n'avait qu'un mot à dire: Wow ! Sa mère était une sacrée débrouillarde.

- Ahem, fit Gripsec en se raclant la gorge. Parlons à présent du dernier coffre... Et quel coffre ! Il ne s'agit pas là simplement du coffre de votre famille, mais de la famille Potter, désignée ainsi de par son statut de sang-pur. En tant que dernier héritier vivant des Potter, ce coffre vous revient de droit. Numéro de compte 21, ce coffre a été ouvert il y a si longtemps que nos archives de l'époque sont pour la plupart illisibles. Le crédit initial devait être important car selon nos archives les plus anciennes encore en état d'être lues, soit six-cent ans, les protections du coffre sont parmi les meilleures existantes. L'ouverture se fait par apposition de la main d'un des membres du conseil d'administration de Gringotts. Ils sont, et ont toujours été, au nombre de sept gobelins. Le coffre est composé d'une antichambre, d'une chambre principale, et de sept chambres simples annexes. L'antichambre protège l'accès au reste du coffre via une ouverture par apposition de la main d'un sorcier ayant le sang des Potter dans les veines. Cette seconde protection est naturellement inutile, car personne ne peut cambrioler Gringotts. Elles empêchent cependant l'improbable possibilité qu'un gobelin tente de frauder en se servant de ce coffre.

Le nombre 713 s'imposa à l'esprit de Harry, mais il ne releva pas. Les gobelins avaient mal vécu cet incident. Une rumeur avait circulé, affirmant que beaucoup de sorciers avaient menacé de fermer leur coffre, après avoir vu que la banque n'était pas inviolable. Mais comme Gringotts restaient l'endroit le plus sur pour l'or, il n'y avait pas eu de suite réelle. Malgré tout, c'était un coup dur pour la réputation des gobelins.

- Outre les liquidités présentes, continua Gripsec, il est possible de trouver de nombreux objets qui pourraient susciter l'intérêt de collectionneurs en tous genres. Le montant du coffre est actuellement évaluée à soixante dix-sept millions cinq-cents quarante-neuf mille douze gallions, treize mornilles et onze noises. En comptabilisant l'ensemble de vos coffres, vous avez un total de soixante dix-sept millions trois-cents soixante-treize mille vingt-six gallions, six mornilles et quatre noises, hors biens matériels.

Harry ne réagit pas tout de suite. Dès l'instant ou le nombre de gallions avait dépassé les six chiffres, son cerveau avait cessé de fonctionné. Une telle somme pouvait-elle exister ? Était-il possible qu'il en fut le possesseur ? Mais qu'allait-il en faire ? Clignant des yeux, le garçon remarqua le regard insistant de Gripsec sur lui. Celui-ci affichait une expression indéfinissable.

- Avez-vous des questions, Mr Potter ?

''Juste quelques milliers...''

- Je... Je suis vraiment le propriétaire de ces quatre coffres ?

- Oui, confirma Gripsec.

- Et... comment ça marche ? Je veux dire... Il est autorisé de posséder plusieurs coffres à Gringotts ?

- Officiellement non. Officieusement... Un seul compte est à votre nom complet. Les autres vous appartiennent parce que vous en avez hérité. Vous comprenez la nuance, Mr Potter ?

- Oui, je crois...

- Autre chose ?

- Oui. Vous avez parlé de chambres, de clefs et d'autres choses que je n'ai pas très bien compris. Pourriez-vous m'éclairer Gripsec ?

- Bien sûr. Ce que nous autres appelons chambres, ce sont les espaces intérieurs des coffres. Pour un coffre de base sans option. Il n'a qu'une chambre simple. On peut par la suite l'agrandir, pour en faire une chambre principale, familiale, ou faire des extensions. Chaque extension est une chambre simple améliorable. Tout cela est payant, bien entendu, mais je peux vous assurer que cela en vaut la peine. Vous comprendrez ce que je veux dire si vous allez dans le coffre 21. Parlons à présent des méthode d'ouverture des coffres. La formule de base, offerte à l'ouverture d'un compte, est une clef de bronze, modèle simple. Le modèle correspond au nombre de chambres associées au coffre. Les clef peuvent être de bronze, mais également d'argent, puis, comme vous, en or. Plus le métal est précieux, plus la protection du coffre est importante. Encore au dessus, il y a les ouvertures par apposition. Cela peut-être un doigt, une main ou un objet et appartenir à un sorcier à un gobelin ou à n'importe quelle créature magique. Plus la surface d'apposition est importante, plus les protections le sont. Toutefois, l'avantage d'apposer une empreinte de gobelin est que vous pouvez effectuer des transactions à distance. Vous nous prévenez d'une somme ou d'un objet que vous souhaitez retirer, et nous allons le chercher pour vous. Vous n'avez plus qu'à venir le chercher ou nous pouvons vous le livrer personnellement, contre compensation bien sûr. Ingénieux, n'est-ce pas ?

- Tout à fait... Les coffres ne servent donc pas seulement à conserver de l'or... Vous avez mentionné le contraire à plusieurs reprises.

- Effectivement. Vous pouvez mettre ce que vous voulez dans vos coffres, nous le garderons pour vous. C'est plus pratique et bien mieux sécurisé qu'une cave ou un grenier, ne croyez-vous pas ?

- Si...

- Autre chose ?

- Peut-être. Ça n'a sans doute rien à voir, mais convertissez-vous l'argent moldu en argent sorcière et inversement ?

- Tout à fait, confirma le gobelin. Un gallion correspond à cinq livres, une mornille à vingt-neuf pence et une noise à un penny, selon la valeur de la monnaie moldue anglaise. Le taux de change est à cinq pour cent de la somme à convertir, comme paiement pour la transaction. Ce taux est immuable et s'applique dans les deux cas.

- Je vois...

Il avait posé la question à tout hasard, mais Harry sentait que cela pourrait lui être utile à l'avenir. Il avait bien d'autres questions, mais elles étaient secondaires, et le garçon doutait qu'il puisse recevoir des réponses. Il essaya malgré tout de poser celle qui lui tenait le plus à cœur.

- Selon vous Gripsec, devrais-je laisser ces comptes en l'état, ou tout réunir dans un même coffre ?

- Difficile à dire... répondit prudemment le gobelin. La méthode la plus sûre serait de tout transférer dans le coffre 21, mais vous seriez alors obligé de passer par toutes les procédures de sécurité pour accéder à votre coffre. Et ce à chaque fois.

Harry réfléchit un instant. Oui, cela serait une perte de temps considérable, mais il en avait à revendre. Toutefois, une idée lui vint, qui pourrait contourner le problème.

- Gripsec, combien coûterait une amélioration des sécurité d'un coffre ?

- Cela dépend de l'amélioration...

- Si je voulais disons... mettre en place une sécurité par apposition d'une main de gobelin sur le coffre 548, par exemple. Combien cela coûterait-il ?

- Dix mille gallions pour la mise en place, plus un supplément de dix gallions par jour.

- Ah ? fit Harry en comptant mentalement le montant annuel. Dans ce cas... Je vais transférer dix millions de gallions du coffre de la famille Potter à celui de James Potter, et ajouter à ce dernier la protection d'apposition de la main d'un gobelin.

Au début, Harry avait pensé à se servir de son propre coffre, mais il avait pensé que d'une il était trop petit, et de deux quelqu'un risquait de finir par s'en rendre compte. Du coup il le laisserait en l'état pour le moment. Pareil pour le coffre de sa mère qui pourrait servir en tant que compte de secours. A ce propos...

- Je n'ai pas les clefs des coffres de mes parents.

- C'est tout à fait normal. Chaque clef est équipé d'un sort qui s'active à la mort de son propriétaire. Si cela devait arriver, elle reviendrait d'elle-même à nous. Regardez Mr Potter, elles sont là.

Effectivement, Gripsec lui montra deux petites clefs en or, l'une numéroté 548, l'autre 589. Harry sortit sa propre clef, numérotée 687, et resta songeur. Gripsec toussa pour attirer l'attention du jeune sorcier.

- Concernant les transactions que vous voulez effectuez, je peux me charger moi-même des nouvelles mesures de sécurité du coffre 548, mais pas du virement de la chambre 21. Je ne suis pas membre du conseil et il faut votre présence pour désactiver la seconde sécurité magique, par apposition de la main d'un Potter par le sang.

Harry tiqua. Il aurait dû penser que la sécurité était magique. Soudainement mal à l'aise, le garçon se tordit distraitement les mains en expliquant à Gripsec :

- A ce propos... Il se trouve que je suis un sorcier de premier cycle. Du coup, je n'ai pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école. J'ai déjà reçu un avertissement l'année dernière et j'ai échappé de peu au renvoi hier. Je ne pourrais pas désactiver la sécurité du coffre 21.

- Ne vous en faîtes pas pour cela Mr Potter, répliqua Gripsec dans un petit rire. Vous vivez parmi les moldus, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Dans ce cas, vous ne pouviez pas le savoir, mais c'est l'acte magique qui est détecté, et non l'utilisateur. Dans les lieux moldus, il est facile pour le ministère de la magie de localiser le sorcier ayant lancé tel ou tel sort. Toutefois, dans un lieu magique comme le Chemin de Traverse, la magie étant omniprésente, il est impossible de faire de même. Trop d'interférences. Leur surveillance passive, qu'ils appellent la Trace, ne fonctionne qu'autour des lieux de résidence des nés-moldus, même si tous les jeunes sorciers sont censés y être soumis.

Le ton de Gripsec était neutre, mais Harry parvint à y déceler une trace de dégoût. Les gobelins avaient tellement soufferts de la discrimination par le passé qu'ils compatissaient à toutes formes de discrimination. Et cela en était indubitablement une, dissimulée sous une fausse excuse de non-interaction entre les mondes moldu et magique. Cette Trace avait due être imaginée par de vieux sangs-purs aigris et conservateurs, qui avaient constaté l'augmentation du nombre de sorciers nés-moldus. Harry n'apprécia pas non plus d'apprendre cela.

- Et quand la Trace est-elle levée ? demanda-t-il.

- Officiellement, aux dix-sept ans du sorcier, car il est légalement considéré comme un adulte. Toutefois, la Trace se désactive plus tôt d'elle-même dès l'instant ou ledit sorcier subit sa maturation magique. D'ordinaire, cela se produit à peu près à l'âge de dix-sept ans, mais il arrive parfois que cela se produise plus tôt.

- Je vois... Merci de me l'apprendre, Gripsec.

- C'est un plaisir, Mr Potter. Commencerez-vous par le coffre 21 ?

Harry acquiesça. Gripsec lui donna alors la clef du coffre de sa mère, expliquant qu'il garderait l'autre pour pouvoir y effectuer les changements de sécurité. Il s'en alla ensuite chercher un membre du conseil de Gringotts. Dix minutes plus tard, un autre gobelin entra. Il était plus chauve, plus ridé, plus barbu et visiblement plus âgé que Gripsec. D'une voix professionnelle, il fit passer à Harry plusieurs tests prouvant qu'il était bien un Potter, avant de s'estimer satisfait. Il le conduisit ensuite dans les profondeurs de la banque, là ou se trouvaient les coffres. La descente fut longue, au mois quinze longues minutes, et ils avaient visiblement pris le chemin le plus court. Le wagonnet s'arrêta enfin devant un coffre isolé. Un plaque en or était gravé du numéro 21. Tout autour de ce dernier, il n'y avait que le vide. Plus loin sur la route, il était possible d'entendre une forte respiration.

- Qu'est-ce que... commença Harry.

- Un dragon, répondit le gobelin. C'est le niveau de sécurité le plus élevé, qui n'est proposé que si toutes les autres options sont déjà achetées sur le coffre. Seuls les coffres numéroté 1 à 18 en bénéficient à leur actuelle. N'y pensez pas, vous ne pourriez pas vous le payer même en vidant votre coffre.

Plus cher que soixante dix-sept millions de gallions ? Qu'est-ce que pouvaient bien contenir ce type de coffre ? En tout cas, Hagrid avait raison, il y avait bien un dragon dans les profondeurs de Gringotts. Il sera heureux lorsqu'il le saura. Harry s'en désintéressa cependant rapidement lorsque le gobelin posa sa main sur la porte, qui s'ouvrit sans un bruit. Il arriva dans une pièce vide, l'antichambre, à peu près aussi grande le coffre 687. Au fond, il y avait une autre porte.

- Veuillez y placer votre main, pour que nous puissions effectuer le virement.

Harry s'exécuta. Tout d'abord, il ne se passa rien et le garçon crut avoir mal fait quelque chose. Puis, la porte d'entrée du coffre se verrouilla et celle de l'antichambre s'ouvrit. Ce que l'héritier des Potter découvrit alors le figea sur place. Il y avait une montagne d'or si grande que celle de son propre coffre ressemblait à un petit tas à coté. Sept ouvertures menaient à sept chambres annexes. Tandis que le gobelin commençait à compter la quantité d'or qu'il allait devoir transférer, Harry décida de faire le tour du propriétaire. La première extension contenait surtout des objets de collections, tout comme la deuxième et la troisième. La quatrième, en revanche, était une bibliothèque. La cinquième et la sixième étaient vides. La septième était... une chambre ? Une véritable chambre, avec un lit, une table de chevet, un bureau et un placard.

- Quelqu'un a-t-il déjà vécu dans ce coffre ? demanda Harry.

- Pas vécu, Mr Potter. Mais il est arrivé assez fréquemment qu'un Potter reste dans ce coffre plusieurs jours de suite. Nous pensons qu'ils vérifiaient eux-même leurs comptes.

Le ton du gobelin était clairement vexé. Harry pouvait comprendre. Les banquiers de Gringotts étaient très professionnels et n'appréciaient pas d'être remis en cause. Pour eux, c'était comme une offense personnelle. Le garçon décida de laisser tomber le sujet et se concentra sur la bibliothèque, qui n'en était pas vraiment une. Il n'y avait pratiquement que des livres de compte. Certains datant de plus de neuf cents ans... Les archives gobelins datant de plus de six cents ans avaient pour la plupart été perdu ou détruits. Les Potter faisaient donc bien leurs comptes eux-mêmes. Mieux valait ne pas le montrer à son banquier. Il risquerait de faire un scandale car, dans ce coffre, existait quelque chose que les gobelins eux-mêmes n'avaient plus en leur possession.

Harry était entré à Gringotts à sept heures. À dix-huit heures trente, il retrouva la lumière du soleil mourant. La raison pour laquelle son séjour dans les profondeurs avait mit aussi longtemps était que le gobelin avait compté chaque gallion un par un. Au moins, on ne pouvait pas lui reprocher de bâcler son travail. Harry avait finalement retiré cinq-cents mille gallions qui se trouvaient désormais dans un porte-monnaie offert par les gobelins. Comment une telle somme pouvait-elle ne rien peser ? C'était de l'or, bon sang. La sécurité du coffre de son père avait été renforcé et crédité de dix millions de gallions, moins le retrait et le coût des améliorations. Ainsi, s'il parvenait à dépenser tout son « argent de poche » il pourrait simplement envoyé un mot à Grpisec pour retirer la somme voulue. Le gobelin la lui enverrait alors sans que Harry ait eu à mettre un pied à la banque. Pratique.

À présent, il devait passer voir Ollivander pour acheter un nécessaire à baguette et un étui pour dissimuler Virga sous sa manche. Sous le regard soutenu de tous les avis de recherche de Sirius Black, Harry avança nonchalamment sur le Chemin de Traverse. Bien plus nombreux qu'à son arrivée le matin, les passants se bousculaient pour faire leurs achats. C'était toujours aussi vivant. Dans cette foule, le garçon pouvait aisément passer inaperçu. Il ne mit pas longtemps à se rendre à la boutique d'Ollivander. Quelques futurs premières années faisaient l'acquisition de leur première baguette. Harry resta en retrait, car c'était un moment important. Il se souvenait lui-même de ce moment, mais davantage pour ce qu'il avait apprit que pour Virga elle-même. Découvrir que sa baguette était la jumelle de celle de l'assassin de ses parents ne pouvait décemment pas le laisser indifférent. Lorsqu'enfin le fabriquant fut seul dans la boutique, le dhampire entra. Ollivander se présenta dans la seconde et afficha un magnifique sourire.

- Ah, Mr Potter ! Entrez donc. Cela me fait plaisir de vous revoir. Cela fait déjà deux ans et pourtant j'ai l'impression que c'était hier que je vous ai vendu votre baguette...

- Bonjour, Mr Ollivander, répliqua Harry en souriant légèrement.

Le fabriquant de baguette avait toujours été un peu particulier, à la limite de l'excentrique. Mais il était indubitablement doué dans son domaine et était sympathique, aussi lui passait-on facilement son caractère peu orthodoxe.

- Que puis-je faire pour vous, Mr Potter ? Bien que cela soit dommage, il est malheureusement assez rare que d'anciens clients se représentent s'ils n'ont pas de problème avec leur baguette. Vous n'auriez pas...

- Non, rassurez-vous, Mr Ollivander. Ma baguette fonctionne à merveille. Je venais simplement pour acheter du matériel pour l'entretenir. J'ai commencé à prendre conscience depuis peu que je n'en prenais pas assez soin, ce que je déplore grandement.

Cela éveilla l'intérêt du fabriquant de baguette. Il se mit à marcher lentement, faisant de petits allers-retours, tandis qu'il réfléchissait. Soudainement, il s'immobilisa et se tourna vers Harry, une lueur indéfinissable dans le regard. Le garçon la reconnut sans mal, c'était la même que celle qu'il était parfois possible de voir dans les yeux de Dumbledore.

- Me serait-il possible de... voir votre baguette ? demanda-t-il avec hésitation.

- Bien sûr.

Harry savait que Mr Ollivander avait toujours entretenu une grande fascination pour sa baguette, à cause du lien qu'elle entretenait avec celle de Voldemort. Peut-être cherchait-il à en imaginer les implications possibles. Le garçon tendit Virga au fabriquant, qui la prit avec précaution. Ce n'était pas un acte anodin de confier sa baguette à autrui. C'était une preuve de grande confiance. La tournant entre ses doigts, il semblait l'analyser en profondeur. Après quelques secondes, les sourcils de Mr Ollivander se relevèrent et ses yeux s’agrandirent.

- Mr Potter... Serait-il possible que vous ayez... personnifié votre baguette ?

- Que j'ai quoi ? Répondit Harry, sans comprendre.

- Personnifié. Que vous lui ayez donné un nom, par exemple...

- Serait-ce un problème ? s'inquiéta Harry.

- Absolument pas, le rassura le fabriquant. J'ai simplement été surpris par l'évolution du lien que vous entretenez avec votre baguette. Vous avez déjà une excellente synchronisation pour votre âge, près de quatre-vingt pour cent, et l'allégeance de votre baguette est plus forte que jamais. C'est admirable

- Je n'ai strictement rien compris à ce que vous venez de dire, signala Harry.

- Oh, excusez-moi, je m'enflamme. Ce que je viens de dire est incompréhensible à un non-initié à l'art de la création des baguettes. Mais il est si rare de voir un sorcier être aussi attentif à sa baguette que j'en suis tout ému.

- Pourquoi est-ce si rare ?

- Les sorciers ne voient leur baguette que comme des instruments. Ils ont oublié que c'est elle qui les a choisi, et non le contraire. Notre baguette est une partie de nous-même, mais bien peu de personnes le comprennent, ou même s'y intéressent seulement.

- C'est triste...

- A qui le dites-vous ? opina Mr Ollivancer, en lui rendant sa baguette, avant de retrouver sa bonne humeur. Bien, vous vouliez donc du matériel pour entretenir votre baguette. Bois de houx, 27,5 cm, facile à manier et souple, contenant une unique plume de phénix... Voyons ce que je peux vous proposer pour votre baguette... Qui se nomme, si ce n'est pas trop indiscret ?

- Virga.

- Virga... Virga... Bois de houx, Virga... Avec une plume de phénix, à la fois souple et facile à manier. Virga... Très joli nom, à propos. À la fois ancien et puissant. Cela lui convient parfaitement.

Comme pour approuver, Virga émit quelques petites étincelles d'une magnifique couleur rubis. La baguette de Harry était certes désincarnée, cela ne l'empêchait pas d'apprécier les compliments. Mr Ollivander rassembla bientôt tout le matériel nécessaire et expliqua précisément comme se servir de chaque produit, et dans quel ordre. Harry lui demanda ensuite s'il avait un étui à baguette qui pourrait convenir à la fois à Virga et lui-même. Grosse erreur ! Le garçon se serait cru revenir au jour où il avait acheté sa baguette. Le fabriquant, visiblement de bonne humeur, prenaient des mesures visiblement inutiles, mais qui pour lui semblaient avoir un sens. Mais quelles informations pouvaient être obtenues à partir de la taille des cheveux ou de la façon dont on s'habillait ? Mr Ollivander prit même la taille de Virga, alors qu'il la connaissait déjà. Ne l'avait-il pas créé après tout ? Le fabriquant revint ensuite avec différents modèles d'étuis, qu'il fit essayer à son client. La première, en cuir de base, ne convenait visiblement à personne. La seconde, n'eut pas plus de succès. Pas plus que les dix suivantes. L'heure du couvre-feu de Harry était presque atteint, quand il tomba enfin sur quelque chose qui lui convenait, et que Virga approuva. L'intérieur de l'étui était tapissée de soie d'acromentule. L'extérieur, écailleux, à la fois souple et robuste, était familier au jeune dhampire.

- C'est de la peau de Basilic, expliqua Mr Ollivander. Cette matière résiste merveilleusement bien aux émanations de magie, autant ennemies qu'involontaire de votre part. Très cher, mais si vous la voulez...

Comment avait-il pu oublier ce serpent géant et mortel ? Bon, sur le coup, sauver Ginny avait eu d'avantage d'importance à ses yeux, mais tout de même... Ainsi donc, la peau pouvait être utilisée pour des habits et équipements. Intéressant !

- Je le prends, ainsi que le nécessaire à baguette.

- Cela va vous coûter affreusement cher, tempéra Mr Ollivander. Un sorcier de votre âge risque de ne pas avoir les moyens...

- Dites toujours, Mr Ollivander.

- Si vous insistez... Cela fera donc un total de treize mille trois-cents vingt-sept gallions, douze mornilles et deux noises. Je vous avait prévenu que la peau de Basilic était très cher.

- Aucun problème !

Harry ouvrit son porte-monnaie et en sortie la somme demandée, arrondie au montant supérieur. Le fabriquant de baguette observa la petite montagne d'or avec des yeux ronds. Ce n'était évidemment pas en vendant sept gallions/pièce ses baguettes magiques que l'on obtenait une telle somme. Mais l'héritier Potter n'avait pas fini.

- Il y aurait quelque chose d'autre que j'aimerais avoir... si c'est possible, naturellement. Vous avez parlé tout à l'heure de notions qui me sont étrangères, lorsque vous avez analysé Virga. Ne pourriez-vous pas me conseiller un livre qui puisse m'expliquer cela plus en détail ?

- Avez-vous l'intention de devenir fabriquant de baguette, Mr Potter ?

- Disons que j'ai dans l'intention de conserver le plus de portes ouvertes pour mon avenir...

- Je vois. Malheureusement, à moins d'avoir un niveau Aspic en sortilège et de suivre une formation spécialisée, aucun livre ne vous sera intellectuellement accessible. Toutefois, si cela vous intéresse, j'ai en ma possession un vieux manuel d'initiation sur la fabrication de baguettes magiques. Tout est très simplifié, mais les notions de bases que j'ai évoqué plus tôt y sont expliquées. Si cela vous intéresse, je vous l'offre.

- Merci infiniment.

- Non, c'est moi qui vous remercie. J'ai longtemps attendu de voir un sorcier aussi en harmonie avec sa baguette. Peut-être qu'une synchronisation absolue n'est pas qu'une utopie, finalement...

Harry ne comprit pas ce qu'avait voulu sous-entendre Mr Ollivander, mais il ne pouvait s'y attarder. Il devait rentrer au Chaudron Baveur avant la nuit, ce qui lui laissait juste le temps de rentrer. Prenant ses affaires, il sortit en hâte, après avoir une fois de plus remercié le vieux fabriquant de baguettes.