Chapitre 38

par Brunhild

 

 

 

Chapitre 38

 

 

 

Arya s’étira à la manière d’un chat avant de se redresser. En s’asseyant, elle se sentit rougir furieusement, et elle sourit en observant Eragon qui dormait à poings fermés. D’humeur taquine, elle se pencha vers lui et mordilla l’extrémité de son oreille qui était maintenant aussi pointue que les siennes. Eragon grommela dans son sommeil, mais Arya continua en promenant ses mains sur son dos musclé, savourant chaque courbe sculptée. Oui, se dit-elle. Elle aimait ce corps.

Surtout quand il te fait ce qu’il a fait hier soir…, susurra son alter ego, moqueuse.

Gwenyvar !

Heureusement que tu avais insonorisé la tente, poursuivit la panthère en ignorant sa moitié, parce qu’au vu de tes cris, je pense que tu aurais réveillé tout le campement !

− Idiote, cingla-t-elle à voix haute.

− Mhm ?

Eragon se retourna sur le dos en ouvrant les yeux et sourit à la vue de sa femme encore nue se tenant assise près de lui. Il fronça les sourcils en constatant que ses joues étaient rougies.

Que lui arrive-t-il ? se demanda le jeune homme.

« Oh, je pense que Gwenyvar doit la taquiner. » intervint Saphira, qui enchaîna aussitôt : « J’imagine que ta soirée a été agréable ? »

À peine la dragonne avait-elle prononcé ces mots qu’Eragon s’empourprait de la même manière que sa compagne. Celle-ci se tourna alors vers lui et l’embrassa. Avant que leurs sens ne s’échauffent, elle se sépara de lui et les deux amants s’habillèrent promptement pour sortir de la tente.

Nasuada avait décidé d’attaquer Dras-Leona sous peu, aussi Eragon se dirigea-t-il directement vers les tentes de ses soldats pour les entraîner. À sa grande surprise, Brunhild le rejoignit en chemin, accompagnée de son tigre blanc :

− Bonjour Tueur d’Ombre, sourit-elle.

− Bonjour Brunhild.

− Voudrais-tu de l’aide pour entraîner ta petite troupe ? proposa la Métamorphe.

− Ce serait avec plaisir. Et puis, cela me permettrait de voir comment vous vous battez de manière plus détaillée.

− Oui, assurément. Arya a un style beaucoup trop elfique, grimaça-t-elle.

Son tigre grogna d’approbation, faisant sourire le Dragonnier.

− Elle m’a dit que tu te métamorphosais rapidement ?

− Suffisamment véloce pour être accusée de tricher en combat amical, bougonna Brunhild, non sans une pointe de fierté. A-t-on jamais vu ça !

Ils arrivèrent à destination, et les soldats saluèrent le Dragonnier avec enthousiasme. Ils se mirent rapidement au travail, formant plusieurs duos, s’entraînant sans relâche pendant plusieurs heures.

Alors qu’Eragon buvait à sa gourde, Brunhild se tourna vers lui après avoir promené son regard rubis sur les soldats :

− Ton Gänhor est une femme, le sais-tu seulement ?

− Arya me l’a dit, oui.

− Elle est agile, et vraiment souple pour une simple humaine.

Comme à l’accoutumée, plusieurs personnes s’étaient rassemblées pour observer les joutes amicales. Finalement, ils furent rejoints par Arya et Slytha, laquelle affichait un sourire victorieux sur le visage tandis que sa sœur aînée avait le bout des oreilles rosi.

− Qu’y a-t-il ? lui demanda Eragon lorsqu’elle arriva à sa hauteur.

− Rien.

Il fronça les sourcils, sceptique.

− Disons que le bruit court que vos ébats étaient pour le moins agités la nuit dernière, déclara Slytha comme si elle annonçait le temps qu’il faisait.

Elle éclata de rire avec Brunhild, Arya s’empourpra davantage tandis qu’Eragon s’étouffait avec son eau.

« N’as-tu pas insonorisé notre tente ? » lui demanda-t-il.

« Bien sûr que si. » répliqua sèchement sa femme.

« Mais alors… »

« Quelqu’un a dû vous voir. » suggéra Saphira. « Mais ce n’est ni Slytha − qui était avec Islanzadì − ni Brunhild − qui était pour sa part en charmante compagnie, de ce que j’ai pu apercevoir. »

« Comment peux-tu savoir ce que faisait Brunhild ? » s’étonna son Dragonnier.

« Je l’ai vue entraîner Orane après elle dans sa tente alors que je rentrais au campement après avoir chassé. »

Arya et Eragon soupirèrent de concert, et leur réaction eut pour effet d’accentuer l’hilarité de Slytha et Brunhild. Quand celle-ci fut calmée, elle s’essuya les yeux et se tourna vers Arya :

− Un combat amical ?

− Avec toi, ce sera tout sauf amical, Brunhild. Tu ne te bats que pour gagner et dominer.

− Tu sais de quoi tu parles, n’est-ce pas, lui fit son interlocutrice avec un clin d’œil. Allez, viens ! Montrons aux rebelles comment se battent les Métamorphes. Interdiction d’appeler Gwenyvar !

Sur ces paroles, elle se dirigea vers le centre du terrain d’entraînement d’un pas guilleret tandis que les soldats d’Eragon allaient se reposer, profitant d’un peu de répit.

Voyant que son époux et sa sœur la dévisageaient, Arya sourcilla, puis céda, vaincue. Elle rejoignit son adversaire d’une démarche mesurée et féline.

Brunhild l’attendait, souriante. Elle enfila son masque dont les yeux étaient deux rubis, puis, du bout des doigts, elle caressa la gemme rouge qui se trouvait sur son sternum − que personne n’avait alors remarqué.

Aussitôt, une multitude de plaques rouges et brillantes s’étendirent à partir de son thorax pour recouvrir tout son corps, sous le regard médusé des spectateurs. La combinaison moulante scintillait au soleil, recouvrant tout son corps, aux couleurs chatoyantes dont les nuances variaient selon leur endroit : les plaques situées sur ses cuisses étaient plus sombres, comme les yeux de la Métamorphe, tandis celles de ses épaules et ses avant-bras étaient plus claires. Un murmure étonné traversa l’assemblée autour des deux adversaires.

Arya fit la même chose que Brunhild, et en aussi peu de temps, elle fut recouverte d’une armure semblable, aussi verte que l’émeraude.

« Voici à quoi ont servi les écailles volées. » déclara Aarmùndhr à Eragon et Saphira en se posant parmi les spectateurs. Son immense taille força les rebelles à s’écarter, et il domina tout le monde de son long cou sinueux.

« Ne voulez-vous pas les récupérer, Ebrithil ? » demanda Saphira en se hérissant à l’idée que les deux Métamorphes portaient sur elles des écailles de dragon.

Il tourna sa tête violette vers elle :

« Ce ne sont pas des écailles pures. Les Métamorphes les ont enchantées et forgées. Malgré mon courroux − tout comme toi − de les voir ainsi parées de ce que nous ont volé leur peuple, je dois reconnaître que les armures ainsi créées sont parfaitement adaptées à leur condition de changelins. »

« Comment cela, maître ? » fit Eragon, curieux.

« Regardez donc. »

Les deux femmes sortirent leur épée, sans même prendre le soin d’en protéger la lame. Les deux soldats d’écailles commencèrent à se tourner autour avec des pas latéraux, comme deux prédateurs prêts à bondir.

Brunhild attaqua la première. Elle fendit l’air aussi rapide qu’un elfe, visant la tête d’Arya, mais celle-ci esquiva habilement et pivota pour porter un coup sur l’épaule droite du soldat de rubis. La fille de l’Alpha fit un bond en arrière à la manière d’une biche, puis, d’une impulsion, elle se rua de nouveau sur Arya, qui l’attendait, sa fine épée dressée devant elle.

« Je n’ai jamais vu quelqu’un combattre de façon aussi offensive. » déclara Eragon à Saphira.

« Voyons comment Arya va s’en sortir, elle qui a l’habitude de dominer ses adversaires. » sourit la dragonne.

Brunhild attaquait sans relâche, portant des coups d’estoc et de taille, cherchant à épuiser son adversaire, qui ne pouvait qu’esquiver de tenter de riposter.

Arya s’éloigna d’une pirouette avec souplesse, se retrouvant accroupie, une main à terre, l’autre tenant fermement son épée comme un prolongement de son bras tendu. À quelques mètres, Brunhild lui faisait face, le visage tout aussi masqué que celui de l’elfe. En quelques enjambées à peine, elle se précipita sur Arya, sa lame sifflant en pourfendant l’air. Son adversaire semblait prête, car elle ne bougea pas. Finalement, quand le soldat rubis arriva sur elle, Arya feinta, désorientant son adversaire, avant de lui emboutir le plexus solaire de son genou.

L’air se trouvant dans ses poumons en fut aussitôt expulsé. Brunhild grogna, Arya sourit derrière son masque.

Se redressant fièrement, la fille de l’Alpha se remit en garde, mais cette fois-ci, ce fut le soldat d’émeraude qui bondit sur elle. Cette dernière n’eut pas le temps de réagir quand, sous les cris de surprise des spectateurs, la silhouette pourpre se retrouva à quatre pattes sous la forme d’un tigre en armure, et se faufila habilement entre ses jambes tendues par la course, avant de reprendre sa forme dans son dos pour lui asséner un puissant coup d’épée dans le dos.

Arya tituba sous la force de l’impact.

Eragon grimaça.

La lame de l’épée, en ripant sur l’armure de sa compagne, avait produit un son étrange semblable au carillon d’une cloche. Plissant les yeux pour mieux observer, le Dragonnier ne distingua aucune éraflure sur le métal scintillant à la lumière du soleil.

Faisant volte-face, Arya, dans un élan tout en souplesse, changea de forme. De nouveau, des cris et des murmures parcoururent l’assemblée devant ce spectacle : avait-on jamais vu cela ?

S’ensuivirent des enchaînements de bottes de plus en plus savantes et élaborées, mais Eragon ne s’y trompa guère : les deux femmes se portaient des coups mortels, et si l’une d’elle faiblissait, seule leur armure les protégerait d’un mouvement fatal. Mais les deux Métamorphes accompagnèrent leurs attaques et leurs parades de transformations si rapides que l’œil humain ne parvenait même pas à distinguer clairement la façon dont elles se métamorphosaient. Les elfes en revanche, tout comme Eragon, Saphira et Aarmùndhr, parvenait à voir, l’espace d’une infime seconde, les membres s’allonger, la queue pousser, les os du crâne se déplacer et le squelette s’assouplir. Fasciné, le Dragonnier récoltait le moindre détail lorsque les deux combattantes changeaient de forme. Le tigre blanc et la panthère noire s’affrontaient parfois directement, mais il arrivait également que leur forme animale leur permette d’esquiver ou au contraire, de charger. La métamorphose compliquait le combat de par le changement de taille conséquent que cela impliquait. Les spectateurs assistaient, fascinés, aux choc des épées et à la danse de deux silhouettes alternant entre deux formes différentes, si fluide que leur combat semblait chorégraphié.

Eragon était stupéfait. Il avait vu Arya combattre des dizaines de fois, parfois contre lui, mais jamais il ne l’avait observé chez elle un tel style. Sa fluidité et sa rapidité étaient toujours là, mais il y avait quelque chose en plus, quelque chose de différent, de bien plus sauvage et indomptable.

L’instinct, dit Gwenyvar dans sa tête.

Arya est une elfe, l’instinct ne faisait-il pas déjà partie d’elle ?

C’est différent, répondit la panthère. Lorsque ma moitié est partie à ma recherche dans le Labyrinthe, elle a dû combattre des créatures inconnues ici. Et s’entraîner avec Brunhild a dû lui apprendre à écouter son corps.

Eragon reporta son attention sur les deux Métamorphes qui combattaient avec férocité. Si Arya était spectaculaire, Brunhild était stupéfiante. Elle se métamorphosait si rapidement que le temps d’un battement de cils, elle avait déjà changé de forme, comme si elle plongeait et sortait de l’eau avec fluidité.

Aucune des deux ne prenait le dessus. Bien qu’ayant une façon de combattre différente, les deux femmes étaient de force égale. Leur duel semblait interminable, lorsque finalement, Brunhild lança son bras armé vers la tête d’Arya, qui fléchit les genoux pour esquiver avant de tendre les jambes dans un bond puissant. En un éclair, sans que personne ne puisse distinguer leurs mouvements, les deux Métamorphes se retrouvèrent face à face, immobiles, leur masque se jaugeant. Arya menaçait la gorge de Brunhild du tranchant de sa lame en la tenant serrée contre le métal, tandis que son adversaire levait une main transformée en patte de tigre, toutes griffes dehors.

Un tonnerre d’applaudissement ébranla le rassemblement de spectateurs, certains sifflèrent même pour exprimer leur excitation. Avec un sourire, Eragon se joignit à eux et applaudit, pendant que Saphira et Aarmùndhr grondaient de satisfaction.

Le combat avait duré plus d’une heure et avait extraordinaire. Jamais les rebelles – même mes elfes, pourtant excellents épéistes – n’avait assisté à un duel aussi endiablé et épique.

Les deux Métamorphes se lâchèrent avant d’effleurer leur gemme. Les écailles se rétractèrent en glissant les unes sous les autres, et l’armure se désagrégea à la manière d’une feuille morte à l’automne. Ensemble, Brunhild et Arya rejoignirent Eragon et Slytha pendant que les spectateurs se dispersaient en discutant avec animation du combat auquel ils venaient d’assister.

− Vous avez été incroyables, sourit Eragon. Je n’avais jamais vu pareil combat.

− Carrément ! s’exclama Slytha. Je pensais que Brunhild allait mettre une raclée à Arya, mais tu t’es améliorée, ma vieille (elle lui fit un clin d’œil).

Les deux duellistes sourirent et les remercièrent pour leurs compliments, et finirent par quitter poliment le Dragonnier : Jarsha venait de les faire chercher par les dirigeants des rebelles. Slytha décida de rester avec le jeune homme pour entraîner les soldats, qui avaient largement pu se reposer durant le combat des deux Métamorphes.

− Tu t’es améliorée, dit Brunhild alors qu’elles traversaient le campement en direction du pavillon de Nasuada.

− Tu restes plus rapide.

− Ne sois pas si modeste. Après tout, personne ne m’égale dans ma rapidité de métamorphose, rit son amie avec un clin d’œil.

Gwenyvar et Anvàs, l’alter ego de Brunhild, les suivaient comme leur ombre, restant muets tout le long que dura leur trajet.

Les deux Faucons de la Nuit qui gardaient l’entrée du pavillon de Nasuada les saluèrent d’un signe de tête respectueux avant de les laisser passer.

Nasuada était assise devant la table en bois brut où reposait la carte de l’Alagaësia. Tout autour se tenaient l’Alpha, Islanzadì, Orrin, Orik et Nar Garzhvog.

− Beau combat, déclara ce dernier en frappant sa poitrine du son énorme poing.

Brunhild sourit en le remerciant et les deux femmes prirent place avec les dirigeants rebelles.

− Bien, dit Nasuada. Merci d’être venues. Après avoir délibéré, nous avons convenu d’attaquer Dras-Leona dans deux jours, à l’aube. Nous avons envoyé des soldats en reconnaissance afin de demander au seigneur de la ville, Lord Marcus Tàbor, de capituler pour que nous puissions marcher droit sur Uru’baên.

− Il a évidemment refusé, dit sombrement Orik en caressant sa barbe tressée.

− La ville se prépare actuellement au combat, ajouta Orrin. La ville toute entière.

Arya frémit. Dras-Leona était connue pour soutenir le commerce d’esclaves. Mobiliser toute la ville comme l’avait précisé le roi du Surda signifiait que Lord Marcus Tàbor comptait envoyer les esclaves au combat.

− Nous voulons éviter un massacre, reprit Nasuada en jetant un regard à l’Alpha et Islanzadì : les esclaves ne savent sans doute pas de battre, et sont envoyés de force au combat. Nous pourrions simplement prendre la ville en neutralisant ses effectifs, mais deux sentinelles Métamorphes ont aperçu une armée rejoignant Dras-Leona en provenance de Gil’ead.

En entendant cela, Arya sentit les cheveux de sa nuque se hérisser, les souvenirs de sa captivité remontant à la surface de son esprit.

L’Alpha désigna la carte sous leurs yeux :

− Nous avons ainsi conclu que Galbatorix nous envoie les soldats de Gil’ead afin de pouvoir recevoir à Uru’baên ceux de Bullridge comme soutien. Kléo et Calista – les Généraux du Guépard – ont confirmé notre hypothèse ce matin : le roi fait venir ses armées comme une toile en notre direction. Si nous ne voulons pas être pris au dépourvu par une attaque directe de la capitale, nous devons prendre Dras-Leona et neutraliser les soldats de Gil’ead avant que ceux de Bullridge et Uru’baên ne se décident à venir à notre rencontre.

− Galbatorix ne prendre pas l’initiative, dit Brunhild en regardant la carte. Il est bien en sécurité dans son château. Il va simplement attendre que l’armée de Bullridge le rejoigne pour se préparer à notre attaque.

− En effet, confirma Islanzadì. Mais nous ne devons oublier ni Murtagh et Thorn, ni Djack et sa dragonne inconnue, Opheila. Bien que cela ne plaise à aucun d’entre nous, nous ne devons pas écarter le fait qu’Eragon avait rencontré des difficultés à vaincre son demi-frère, mais avec la présence du Métamorphe et d’un dragon supplémentaire, le combat serait bien plus inégal.

− Nous avons Aarmùndhr, dit Orrin, comme impatient.

− Révéler au roi la présence d’Aarmùndhr serait perdre un avantage de surprise, dit Arya, songeuse.

− Mais ne pas lui demander de combattre à nos côtés pour marcher sur Dras-Leona serait au contraire une frustration, objecta Brunhild en la regardant.

− Saphira peut à elle seule combattre dans deux jours, dit Nasuada. Mais la présence du vieux dragon serait malgré tout un soutien indéfectible.

− Nous devrions attendre de prendre Uru’baên pour demander à Aarmùndhr de se joindre au combat, fit Arya. Cela ne l’empêchera pas d’aider Saphira – et Glaedr – en leur insufflant de l’énergie.

− Et pour ce qui est de l’armée provenant de Gil’ead ? demanda Brunhild, les yeux pétillants à l’idée de la bataille imminente.

− D’après nos estimations, ils arriveront dans deux jours. Cela nous permettra de les cueillir à ce moment-là, répondit Orrin.

− Pourquoi attendre ? se rebiffa la blonde. Il suffit de prendre Dras-Leona et de marcher directement sur la capitale.

− Et permettre aux soldats de Gil’ead de nous prendre à revers ? argua Nasuada. Hors de question.

− Tu es trop fougueuse, ma fille, dit doucement l’Alpha, qui avait retiré son masque depuis le début de la réunion.

Brunhild se tourna vers lui et planta son regard pourpre dans celui de son père :

− Alors pourquoi suis-je ici ? Je ne suis pas Général – contrairement à Arya – ni Illabefactus, alors quelle est la raison de ma présence ici ?

Avant que l’Alpha ne puisse répondre, deux Métamorphes firent irruption dans le pavillon, accompagnés de Lupusänghren. Les trois guerriers avaient le regard fou, et ne prirent pas le temps de saluer les différents dirigeants.

− Alpha ! s’exclama Kléo, ses yeux noirs teintés d’inquiétude. Les soldats se replient !

Le chef des Métamorphes se leva d’un bond, en même temps que les autres dirigeants qui s’étaient redressés de concert, alarmés.

− Parle clairement, ordonna Erkän, les sourcils froncés.

− L’armée de Dras-Leona fuit, obtempéra le Général en reprenant son souffle.

− Que se passe-t-il exactement ? fit Nasuada, troublée.

Arya regarda sa mère, qui ne disait rien, mais son regard était rempli des mêmes questions que les autres.

− La ville toute entière se vide, l’armée s’en va derrière la ville, dit Calista, plus calmement que son homologue. Nous étions de train de patrouiller lorsque nous avons vu les soldats s’affairer à la lisière de Dras-Leona. Certains sont déjà en marche, mais pas vers nous.

− Ils se dirigent vers Uru’baên, conclut sombrement Lupusänghren, ses yeux jaunes luisant dangereusement. Ils ne laissent ici que les femmes et les enfants, tous les hommes soldats et esclaves, se replient vers la capitale.

− Galbatorix augmente ses rangs, murmura Orik.

− Nous n’avons pas de temps à perdre, trancha Islanzadì. Alors que nous nous préparons à attaquer Dras-Leona, le roi félon s’approvisionne en soldats valides. Nous devons marcher sur Uru’baên.

− Et si c’était un piège ? intervint alors Orrin, sceptique.

Kléo regarda le roi du Surda avant de déclarer :

− L’armée de Gil’ead a bifurqué vers la capitale.