Chapitre 12

par Brunhild

Le lendemain, ils se levèrent rapidement et partirent après sellé les chevaux. Ils mangèrent tout en chevauchant et, épuisés, les deux garçons s’endormirent en selle.

Lorsqu’ils se réveillèrent deux heures plus tard, ils nièrent à Ambre avoir dormi :

– Non, on te dit, fit Noé.

– Vous ronfliez comme deux loirs, rétorqua Ambre.

– Pas du tout. C’est toi qui dormais, renchérit Felbion.

– Faux.

– Vrai !

– Pourquoi n’arrêtes-tu pas de bâiller, alors ? demanda Ambre à Noé.

– Parce que je VAIS être fatigué.

Eragon sourit de cette complicité et regarda Arya. Elle rapprocha son cheval du sien :

– Tu ne fais plus de rêves ?

– Non. Grâce à toi. Merci.

– Ce n’est rien.

– Pourquoi es-tu allée chercher Felbion ?

– Le premier soir, je suis sortie, tu las vu. Et j’ai rencontré ses parents. Ils savaient qu’ils allaient mourir.

– Tu l’as adopté.

– Non.

– S’ils te l’ont confié, alors… si, non ?

– Si tu veux, soupira l’elfe. Pourquoi ne montes-tu pas Saphira ?

– Je ne sais pas. Je… je suis bien ici.

– Mais tu es Dragonnier. Ta place est avec elle, et non avec moi.

– N’est-il pas possible de concilier les deux ? sourit-il.

– Timidement, elle lui rendit son sourire :

– Elle risque d’être jalouse…

« Je vous ai parfaitement entendus. »

« Je sais, ma belle. »

« Mhm… et je ne suis PAS jalouse ! »

« Ah ? »

« Absolument ! »

« N’est-ce pas ? »

« Oui, et cesse de te moquer de moi. »

 

 

 

 

 

 

 

Deux jours plus tard, Eragon fut ahuri de la distance parcourue : ils avaient presque atteint le Ramr ! Teirm au Lac Woadark en une journée et le lac Woadark au Ramr en deux jours ! C’était un exploit.

Le soir, alors qu’il en faisait la remarque à Kaelig, celui-ci répondit :

– Nos chevaux sont plus rapides que la normale.

– Ils sont elfes, railla le Dragonnier.

– Plus que cela.

– C’est-à-dire ?

– Ce sont les seuls. Ils sont du sang elfique et dragonnien.

– C’est impossible.

– Alors, demande à ta dragonne.

« Il dit vrai. »

– Moui… Et vous ?

– Quoi, moi ?

– Vous êtes un elfe.

– Quelle belle déduction.

– Pourquoi ?

– Jack nous cherche.

– Attendez, commença Eragon qui venait de comprendre. Vous êtes… je veux dire : Dragan, Kaelig et Wilhen, sont en fait Gabryel, Glenwing et Fäolìn ?

– Oui.

– Vous êtes… Glenwing ?

– Non. Fäolìn, corrigea celui-ci.

– Mais… Arya le sait.

– Je m’en suis doutée, fit celle-ci en les rejoignant. Lorsque je t’ai vu à l’Auberge les Mille Âmes, dit-elle à Fäolìn, tu m’as rappelé quelqu’un. Puis, lorsque ta peau a effleuré la mienne, mon doute s’est mué en certitude.

– Je… vous laisse, bégaya Eragon en s’éloignant.

Dès qu’il fut hors de vue, Arya s’adressa à Fäolìn :

– Alors… c’est vraiment toi ?

– Oui.

– Tu n’es pas mort ?

– Non.

– Pourtant, je t’ai vu abattu par cette flèche !

– Oui.

– Cesse de me prendre pour une pomme. Qui t’a aidé à survivre ?

– Et toi ?

– L’enfermement. Tu n’as pas répondu.

– Il n’y a pas à répondre.

– Si !

– Je frôlais la mort, mais une intervention spéciale m’a permis de survire.

– Laquelle ?

– Si tu ne l’as pas devinée, c’est que tu n’as pas à savoir. Et toi ?

– Quoi, moi ?

– Toi et Eragon.

– Et ?

– Tu l’aimes.

– Qu’est-ce qui te permet de dire ça ?

Fäolìn éclata de rire :

– Nous avons été amants pendant plus de vingt ans !

– Viens-en au fait.

– Je te connais. J’ai vu comment lui te regarde et toi, tu lui jettes des coups d’yeux la dérobée ! Et je te signale que vous dormez ensemble depuis trois jours.

– Et toi ? Que s’est-il passé après ta « guérison » ?

– Je suis allé à Teirm avec Glenwing et Gabryel. Là, nous avons secouru et adopté Ambre, et nous venons de sauver Noé d’une mort certaine.

– Tu n’a pas fait cela pendant trois ans, si ?

– Cinq ans. Non, Après ma guérison, j’ai erré sans but, me maudissant de ma condition de monstre, ce que je pensais être. Et puis, j’y suis allé.

– Où ?

– Je suis tenu au secret. Tu devras bientôt y aller, tu sais.

– Non, je ne sais pas.

– Là-bas… Là où ceux comme nous ne sont pas considérés comme des monstres sanguinaires. Tôt ou tard, tu devras faire ton choix.

– Tu…

Il ne la laissa pas finir. Il partit, la laissant seule et désemparée.

 

 

 

 

 

 

 

Ils ne se reparlèrent plus le soir même, ni le lendemain, pas même plus lors des quatre jours qui furent nécessaires pour atteindre le Désert du Hadarac.

La traversée de celui-ci fut calme et ils ne rencontrèrent personne pendant les sept jours qu’elle dura. Afin d’aller plus vite, Eragon et Saphira acceptèrent que celle-ci soit montée par les trois enfants et ils atteignirent la lisière du Du Weldenvarden trois jours plus tard.

Ils ne rencontrèrent aucun elfe, la forêt Gardienne était étrangement silencieuse. Lorsqu’enfin ils arrivèrent à Ellesméra deux jours plus tard, la ville leur parut tout aussi déserte que la forêt. Il devait rester tout au plus une vingtaine d’elfes à Ellesméra.

Eragon, Arya, Slytha et Felbion descendirent de leurs chevaux qui suivirent ceux de Gabryel, Fäolìn, Glenwing, Ambre et Noé alors qu'ils se dirigeaient dans les bois.

– On ne dort pas dans un lit? demanda Ambre.

– Nous ne sommes pas invités, répondit Fäolìn d'une voix neutre avant de s'en aller dans les bois.

Arya haussa les épaules et ils pénétrèrent dans Tialdarì Hall.

Eragon hésita à la suivre.

« Vas-y, ce n'est pas grave, petit homme. »

« Merci, ma belle. Je t'aime, bonne nuit. »

« De rien. Moi aussi, je t'aime. »

Le jeune Dragonnier suivit donc Slytha et Felbion, à la suite d'Arya, et ils se dirigèrent vers les appartements de celle-ci.

Là, Slytha leur souhaita une bonne nuit et se rendit dans une suite d'invitée.

– Moi, je dors où? demanda Felbion.

– Sur le canapé? proposa Arya.

– D'accord.

Le petit garçon se dévêtit, ne gardant que son caleçon et il s'allongea. Arya alla lui chercher une couverture dans une armoire et la lui donna.

– Merci.

– De rien.

– Arya?

– Oui?

– Tu m'as adopté?

– Eh bien... je pense que oui.

– Je peux t'appeler Maman?

– On verra.

– Merci! Je t'aime, bonne nuit, dit -il en bâillant.

– Dors bien.

Elle déposa un baiser sur son front et il ferma les yeux, un sourire sur les lèvres.

Arya se tourna vers Eragon:

– Tu restes?

– Oui, si tu veux.

– Je te demandais cela concernant Saphira.

– C'est elle qui m'a dit de vous suivre.

– D'accord. Tu... je...

– ...allons nous coucher? proposa-t-il avec un sourire.

Elle lui rendit timidement son sourire:

– Oui.

Elle déboutonna sa chemise, se défit de ses bottes et de son pantalon, puis elle posa ses vêtements sur une chaise. Bientôt, ceux du Dragonnier les rejoignirent et, dans le vaste lit de l'elfe, ils se blottirent l'un contre l'autre.

Eragon savoura le doux velouté de la peau d'Arya sur son corps, conscient de ses sens mis petit à petit en ébullition. Ill respira profondément et demanda:

– Arya?

– Mhm?

– C'est pour... Fäolìn...

– Quoi?

– Tu vas... retourner avec lui?

– Non.

– Non?

– Non.

− Mais il…

− Non, Eragon. Il est mort lorsque tu as posé tes yeux sur l’œuf de Saphira. Cela fait un an et demi. Il n’est plus celui que je connaissais, celui dont je suis…

− … tombée amoureuse ?

Elle ne dit rien.

Eragon resta muet et se contenta de fermer les yeux. Il sentit Arya bouger à ses côtés. Il ne savait comment interpréter l’attitude de l’elfe. Il y avait encore quelques semaines, elle était distante et gardait une barrière entre eux, et voilà que maintenant, elle abaissait sa carapace, peu à peu, mais sûrement. Il espérait simplement qu’elle ne se rétracterait pas.

Il s’endormit avec ces pensées en tête.