Chapitre 11 : la bataille finale

par Ombe

Chapitre 11 : bataille finale.

                                           

                La semaine se passa plutôt rapidement. Eragon avait établi un programme pour occuper totalement ses journées et ainsi ne pas penser à aller voir Arya. Le matin, il faisait un tour du camp en sondant la ville entière et en répondant aux besoins des Vardens. Il soignait ceux qui le lui demandaient et passait aussi beaucoup de temps à l’infirmerie. L’après-midi, il s’entraînait avec Faolin et les elfes de sa garde jusqu’au crépuscule. Ensuite, il rentrait à ses appartements, faisant parfois un crochet par les airs avec Saphira. Le soir, même s’il était fatigué, il prenait le temps de se laver et de préparer ses affaires pour le lendemain, il lisait aussi trois pages du livre qu’il avait entamé. Lorsqu’il y avait des réunions, il y assistait et donnait facilement son avis, ce qui changea beaucoup de d’habitude et surpris certaines personnes.

                Même après l’arrivée des elfes, il maintint un rythme draconien. Lorsqu’ils partirent, il courrait avec les elfes ou volait avec Saphira, il ne laissait jamais le temps à ses pensées de s’égarer. Le soir, il mangeait avant de se coucher directement sous l’aile de sa dragonne.

Même s’ils trouvaient le comportement du jeune homme pour le moins étrange, Faolin et Arya ne dirent rien, ils se demandaient néanmoins pourquoi il évitait l’elfe aux yeux émeraude. Mais ils n’obtinrent pas de réponses de la part de Saphira, elle leur dit juste qu’il avait pris une décision et essayait de s’y tenir en ne se donnant pas le temps de rompre sa détermination.

Lorsqu’ils arrivèrent devant la ville noire, l’hiver s’installait déjà et ils avaient même eut le droit à deux chutes de neige durant le trajet. Ils virent rapidement que les soldats du roi étaient de loin plus nombreux qu’eux, pourtant ils avaient cinq peuples rassemblés. Les humains, les elfes, les nains, les Urgals et les peuples nomades. Le campement s’installa rapidement et Eragon fit tout pour rester occupé, qu’importe la manière.

Deux jours avant le combat final, au soir, Lucena eut une visite inattendue alors qu’elle discutait avec Murtagh sous leur tente. Une personne frappa au poteau à l’entrée et entra sans attendre d’invitation. Murtagh allait le virer, lorsque Lucena s’écria :

 

-          Merlin ! Que fais-tu ici ?

-          Il faut qu’on parle, c’est à propos de Morgana.

 

Le visage de Lucena se ferma aussitôt et l’air sérieux qu’elle afficha inquiéta Murtagh. Il s’assit sur le lit et invita le maître de son amie à prendre le tabouret qu’il venait de quitter. Merlin s’assit et dit :

 

-          Les espions d’Arthur nous ont rapporté des événements inquiétants, tout porte à croire que Morgana fait route vers Camelot, elle y sera demain dans la soirée. Je vais devoir libérer Doran de ses chaînes car elle s’est alliée avec le dragon que j’ai sauvé il y a un an. Ça sera la dernière guerre et j’ai réussi à convaincre Arthur de faire appel à Emrys.

-          Qui est cette Morgana ? demanda Murtagh.

-          C’est la pire sorcière qu’ai connu mon pays, répondit Lucena. Elle a disparu l’année dernière.

-          Oui, et elle revient bien plus puissante qu’avant. Il faut que tu m’aide à la combattre Lucena, je peux la battre en combat singulier, mas je ne pourrais rien faire si je suis attaqué de tous les côtés.

-          Mais si je reviens, il faudra que je change d’identité.

-          Parce que tu crois que je vais combattre sous mon nom ? Ne m’as-tu pas écouté lorsque j’ai dit que je me battrais sous le nom que m’ont donné les druides ? Tu as un avantage sur eux, tout le monde te crois morte, si tu te présentes sous le nom de Lucena, ça donnera un effet de surprise.

-          Mais le roi ne va pas se poser de question sur moi ? Surtout que « Sarah » a disparu depuis plusieurs mois.

-          Je te signal qu’une fois, tu es partie durant une année complète, alors ce ne sont pas ces quelques mois qui t’empêcheront de jouer de nouveau le rôle de la princesse.

-          C’est vrai, mais officiellement, je suis morte sur le bucher. Je ne peux pas réapparaitre comme ça.

-          Je dirais que je t’ai sauvée sans qu’on ne le remarque et que je t’ai prise comme apprentie. Comptes-tu m’aider ou pas ?

 

Elle jeta un regard à Murtagh et revint à Merlin en disant :

 

-          Est-ce que tu peux nous laisser seuls quelques minutes ?

 

Le maître hocha la tête avant de sortir. Murtagh dit :

 

-          Fais-le.

-          Mais je ne peux pas t’abandonner ici !

-          Je m’en sortirais. Pense un peu à l’avenir. Je n’ai plus aucune place ici. J’y réfléchis depuis longtemps, mais dès que le roi sera mort, je voudrais qu’on aille s’installer dans ton pays.

-          Mais c’est ici que tu as ta famille, et il y a Thorn.

-          Oui, mais je n’ai aucun avenir ici, je veux recommencer à zéro. Thorn et moi nous sommes mis d’accord sur ce point. Il va rester ici pendant que j’emporterais son Eldunarì. Qu’importe que ton pays interdise la magie et je me fiche du style de vie que nous aurons, mais je veux être avec toi dans un endroit où on ne me connaît pas. Et rappelle-toi, je t’ai juré de t’aider à venger l’injustice qui règne sur ton pays.

 

Lucena sentit son cœur bondir devant cette déclaration, il était prêt à quitter tout ce qu’il avait pour la suivre. Elle se rendait compte qu’ils seraient tous les deux beaucoup plus heureux en vivant à Albion qu’en Alagaësia. Elle était tellement heureuse, qu’elle sauta au cou de Murtagh et l’embrassa passionnément. Il eut un sourire et lui répondit sans la moindre hésitation. Il lui murmura ensuite :

 

-          Vas, débarrasse-nous de cette menace, que nos enfants puissent vivre dans un monde en paix. Je m’occupe de Galbatorix et toi de Morgana.

-          D’accord. Mais tu n’as pas intérêt à mourir ou je te ressuscite pour te tuer de nouveau.

-          Moi aussi je t’aime Lu, sourit-il.

 

Elle rit et l’embrassa de nouveau avant de s’asseoir à côté de lui et d’appeler mentalement Merlin. Elle lui donna sa réponse et il approuva d’un signe de tête. Il lui donna rendez-vous dans le bois près du camp une heure plus tard afin qu’ils puissent partirent le plus rapidement possible.

Lucena prépara rapidement ses affaires et partit dans la forêt. Elle retrouva Merlin dans une clairière et il lui tendit son bras, elle le saisit sans un mot et il l’emmena.

Le lendemain matin, lors de la dernière réunion, Nasuada s’étonna de l’absence de Lucena et demanda à Murtagh où elle se trouvait. Il répondit simplement :

 

-          Elle s’occupe d’une priorité. Elle sera absente du siège.

-          Et, pourrait-on savoir ce qu’est cette priorité ? demanda Islanzadì.

-          Merlin est venu la chercher hier pour qu’elle l’aide à vaincre une sorcière pire que Galbatorix qui menace son pays natal.

-          Et tu l’as laissée partir, s’étonna Nasuada.

-          Depuis quand a-t-on besoin d’autorisation pour faire son devoir envers son pays ? répliqua Murtagh. Elle ne sera pas là, c’est tout.

 

L’affaire fut close, Murtagh avait touché un point, se défendant du même coup. La réunion se poursuivit et ils durent légèrement changer leurs plans, prenant en compte l’absence des pouvoirs de Lucena. La réunion prit fin au zénith. Eragon partit directement rendre visite à Roran. Katrina était restée avec Elain à Dras Leona à cause de leurs enfants.

Lorsqu’il arriva, il trouva son cousin en train de discuter avec Horst. Le jeune homme les salua tous les deux et Roran lança :

 

-          Eragon ! ça fait déjà un moment que je ne t’ai pas vu.

-          Je sais, j’ai été beaucoup occupé ces derniers temps. Quoi de neuf ?

-          Rien. Heureusement que la guerre se termine demain, je ne suis pas vraiment d’humeur à me battre dans la neige.

-          Ça ne vous dérangeait pas tous les deux lorsque vous étiez petits, dit Horst.

-          Les batailles de boules de neige et les combats où tu risques ta vie sont légèrement différents, répliqua Eragon avec un sourire.

-          En tout cas, je me rappelle que tu avais tendance à toujours m’envoyer de la neige dans les yeux pour pouvoir te cacher et m’attaquer par derrière, fit Roran.

-          Tu me faisais aussi des mauvais coups, signala le demi-elfe en riant.

 

Ils sourire avant de continuer la discussion à l’intérieur. Eragon resta avec eux durant deux heures avant de partir pour aller voir Faolin.

Lorsqu’il trouva son ami, il était à la tente d’Arya et discutait tranquillement avec elle. Il signala sa présence par un toussotement. Après les salutations, ils discutèrent un moment, Faolin pestant contre le froid de l’hiver qu’ils ne ressentaient pas dans le Du Weldenvarden. Eragon en profita d’ailleurs pour le charrier là-dessus. Ils finirent tout de même leur discussion à l’intérieur au moment où la neige recommença à tomber. Faolin s’installa sur le lit avec Arya et Eragon s’assit sur un tabouret pliant qui était posé contre le poteau central.

Au bout d’un moment, Arya et Faolin remarquèrent que le jeune homme avait la tête ailleurs, il était même perdu totalement dans ses pensées et ne parlait plus. Faolin lui secoua le bras et il sursauta avant de le regarder. L’elfe demanda :

 

-          Ba alors ? Qu’est-ce qui t’arrive ? tu as l’air ailleurs.

-          Désolé, je pensais à autre chose.

-          Et on pourrait savoir à quoi ? demanda Arya.

-          À ce qui va se passer après la mort du roi, répondit-il avec un sourire en regardant la princesse dans les yeux.

-          Tu sembles être sûr de le tuer, remarqua Faolin.

-          Je ne suis sûr de rien, à part d’une petite chose que je vais garder pour moi. Mais j’ai mes chances demain, personne n’est invincible.

 

Les deux elfes l’observèrent, il semblait un peu trop tranquille et Arya avait remarqué ses deux regards sur elle lorsqu’il avait répondu. Elle se demandait s’il savait, mais c’était impossible. Faolin les observa tour à tour et comprit ce que redoutait sa sœur, il dit, amusé :

 

-          Qu’est-ce que tu penses qu’il se passera après la mort du roi ?

-          Pourquoi je te le dirais ?

-          Je ne sais pas… Je sais ce qui va sûrement se produire, mais je me demande si tu as le même projet qu’une certaine personne.

-          Faolin, tais-toi, lâcha Arya.

 

Eragon ne fit pas le moindre commentaire et se contenta d’attendre pour voir ce qui allait se passer, mais Arya et Faolin le fixaient, comme s’ils attendaient qu’il parle. Il demanda :

 

-          Qu’est-ce qu’il y a ?

-          Tu n’as pas la moindre réaction, dit simplement Arya.

-          Et ? je veux juste éviter de déclencher une dispute entre vous deux, alors je me tais et j’attends.

-          Tu pourrais nous dire pourquoi tu ne réagis pas alors que mes insinuations sont précises, demanda Faolin.

-          Je sais déjà tous ce que tu insinues, alors pourquoi commenter ?

-          Attends… dit Arya. Tu savais. Mais, pourquoi n’avoir rien dit ?

-          Mmmm… Je suppose que je ne voulais pas te brusquer.

-          Bon ! Moi, je vais sortir, dit Faolin avant qu’Arya ne réplique.

 

Il se leva et sortit de la tente sous les regards des deux amis. Arya se ressaisit et demanda :

 

-          Depuis quand sais-tu que…

-          Que tu partages mes sentiments ? Nuts n’était pas le seul à ne pas dormir cette nuit-là, il m’a fallu toute ma volonté pour ne pas aller te rejoindre sur ta couche.

 

La princesse rougie légèrement et il détourna les yeux, gêné. Elle murmura :

 

-          Ça ne m’aurais pas dérangée que tu fasses le premier pas. J’étais à deux doigts de craquer ces dernières semaines.

-          Il est évident que tu ne peux pas me résister… rit le jeune homme.

 

Elle sourit à son tour avant de le suivre dans son jeu :

 

-          Bien entendu, qui pourrait résister au charme d’un puissant Dragonnier ?

-          C’est donc mon prestige de Dragonnier qui t’attire ?

-          Peut-être…

 

Ils se regardèrent avec un sourire avant d’éclater de rire. Lorsqu’ils se furent calmés, Eragon se rapprocha de la princesse, s’asseyant sur le lit, et demanda d’une voix douce :

 

-          Tu veux toujours attendre demain ?

 

Elle sourit avant de s’approcher aussi et de l’embrasser. Il avait attendu ce moment depuis si longtemps, et le voilà enfin arrivé ! Il profita du baiser le plus possible, goûtant les lèvres de l’elfe qui avaient un goût légèrement sucré et doux. Lorsqu’ils se séparèrent, il murmura, leurs fronts posés l’un sur l’autre :

 

-          Je suppose que c’est un non.

 

Elle sourit à son tour avant qu’il ne l’embrasse avec encore plus de passion.

Il ne quitta pas la tente de la nuit, Saphira gardant tranquillement l’entrée pendant que son petit homme exhaussait enfin son souhait le plus cher.

Le lendemain matin, le bruit courrait déjà bien avant l’aube dans le camp comme quoi le Dragonnier et la princesse des elfes avaient passé la nuit ensemble. Les nouvelles allaient vraiment vite dans le camp rebelle. Lorsqu’Eragon se leva, il embrassa une dernière fois la princesse et retourna à sa tente pour se changer et revêtir son armure. Alors qu’il finissait de lasser ses jambières, une boule de poile lui sauta sur l’épaule et demanda :

 

« Alors ? C’est vrai ce que l’on raconte ? Tu as passé la nuit avec ta petite princesse ? »

« Je te réponds si tu me dis qui a lancé la rumeur. »

« Hum… Tu es dur en négociation. Mais, d’accord. C’est Faolin qui a vendu la mèche à l’un des elfes hier soir, un garde les a entendus et l’a dit à un autre qui l’a dit à un autre et ainsi de suite. »

« Je sens que je vais le tuer. Bon, c’est vrai. »

« Cool, je vais pouvoir le dire à Murtagh. »

-          Attends…

 

Mais c’était trop tard, le Morbak était déjà parti. Eragon pesta mais ne fit rien et se contenta de prendre son heaume et son bouclier avant de sortir. Il rejoignit sa place auprès de Saphira dans les rangs Vardens. Nasuada s’approcha de lui et lui demanda :

 

-          Prêt pour la bataille finale ?

-          Oui.

-          Tu connais le plan ?

-          Oui, ne t’inquiète pas Nasuada.

 

La jeune chef hocha la tête avant de s’en aller, Eragon était soulagé qu’elle ne pose pas de question sur la rumeur qui courrait dans le camp. Il sentit soudain une présence derrière lui et se retourna. Roran était là, avec sa compagnie qui l’attendait non loin. Il donna une tape sur l’épaule de son cousin et demanda :

 

-          Alors, cousin, bien dormi ?

-          Vas-y, lance ta moquerie qu’on en finisse.

-          Je ne vais rien dire. J’espère juste que tu vas faire une aussi bonne performance lors de ce combat que cette nuit.

 

Roran s’éloigna avec un sourire sarcastique sur les lèvres. Eragon était à deux doigts de le tuer. Mais il se contenta de monter sur Saphira et de la laisser décoller pour être un peu tranquille. Le soleil se levait à peine lorsque le signal de l’attaque fut donné. Thorn, Saphira et Doran passèrent aussitôt à l’action en s’attaquant aux remparts. Ils éliminèrent le plus de gardes possible tout en restant hors de portée des projectiles ennemis. Eragon sauta bien vite du dos de sa dragonne pour aller sur les murailles et éliminer les ennemis avec son épée. Il fut rejoint par les elfes et les Vardens.

Pendant ce temps, les nains utilisaient le passage secret qu’avait pris Lucena pour entrer dans le château. Murtagh les guidait, ce qui avait déplu au début à beaucoup de nain, mais ils durent reconnaitre que sans son aide, ils se seraient perdus. Ils arrivèrent de l’autre côté des murailles et sortirent non loin de la place centrale. Il y avait plusieurs trébuchets sur la place qui lançaient des projectiles enflammé vers les dragons et les rangs Vardens. Le Dragonnier s’occupa de les détruire pendant que les nains abattaient les soldats.

Du côté des portes, le bélier les avaient bien entamées, il était entouré de champs de magie permettant de briser les sortilèges placés sur les portes, de plus les soldats déjà sur les murailles avaient réussi à détruire la plupart des cristaux de contrôle qui se trouvaient dans les tours, ce qui retirait beaucoup d’énergie aux sorts protégeant les portes. Le bélier était poussé par les Urgals, ce qui lui donnait plus de force.

Les trois attaques simultanées portèrent rapidement leurs fruits, même si ce fut difficile et coûteux en vie, les portes de la ville basses tombèrent et les Vardens envahirent les rues. Pour le moment, le roi n’avait pas fait son apparition. Eragon se dirigea avec un groupe d’elfe, dont Arya, vers l’endroit où se trouvait son frère. Murtagh était blessé à certains endroits et avait perdu son bouclier, mais il semblait aller bien et se battait avec acharnement aux côtés des nains. Lorsqu’il vit Eragon, il se dirigea vers lui et le demi-elfe demanda :

 

-          Tu as vu le roi ?

-          Non. Comme nous le pensions, il semble vouloir attendre tranquillement que tu viennes à lui au château.

-          Eh bien, ne le faisons pas attendre.

 

Les deux frères se sourirent, ils étaient enfin d’accord sur un point. Ils reprirent le combat rapidement et éliminèrent chaque soldat qui leur barrait la route afin d’atteindre le palais le plus rapidement possible. Ils y arrivèrent, mais seuls quelques elfes se trouvaient encore à leurs côtés, les autres s’étaient éloignés pour combattre des groupes de soldats isolés. Eragon vit avec soulagement que sa compagne n’avait rien. Il refit un peu de son énergie en puisant dans Aren tout en se cachant des soldats derrière le mur d’une maison. Il observa la forteresse en se demandant comment entrer. Elle était vraiment bien gardée, il lui faudrait une diversion de taille. Il sentit un poids sur son épaule et vit Nuts. Le Morbak partagea sa pensée avec les autres :

 

« Je crois qu’il est temps pour moi d’entrer en scène. »

 

Il sauta souplement de l’épaule du Dragonnier et ils le suivirent des yeux alors qu’il grimpait le long de la muraille, sous le regard médusé des soldats. Lorsqu’il fut en haut, il se transforma, effrayant la plupart des jeunes blancs-becs qui gardaient les murailles, il les réduisit en morceau sans la moindre sommation. Il passait d’une victime à l’autre avec une agilité et une aisance hors du commun. Murtagh murmura :

 

-          Je suis bien content de ne pas l’avoir pour ennemi.

-          Moi aussi frangin.

 

Eragon fit signe aux elfes et ils s’avancèrent vers les murailles, il lança un sort et les morceaux de roches éparpillés dans les rues s’assemblèrent en un tas propre et net leur permettant de monter tranquillement sur la muraille. Lorsqu’ils furent en haut, ils eurent la surprise de voir le roi attendre tranquillement dans la cour. Il souriait en voyant Nuts s’acharner sur une muraille invisible délimitant un cercle de six mètres de rayon autour de lui. Eragon murmura à Murtagh :

 

-          Fais le tour et détruit sa source d’énergie.

-          Tu es sûr ? Ce serait mieux de les garder en vie.

-          Fais ce que tu veux, du temps qu’il n’y a plus accès.

 

Murtagh hocha la tête et Eragon regarda Arya. Elle comprit en un instant et fit signe aux elfes de l’aider à nettoyer les murailles. Eragon lança :

 

-          Ça suffit Nuts, va aider les autres, je me charge de lui.

-          Bien partenaire.

 

Le Morbak s’éloigné du roi et partit rejoindre les combats. Pendant ce temps, la neige s’était mise à tomber par légères touches sur le sol. Eragon descendit calmement vers le roi tout en se préparant mentalement et en refaisant ses réserves d’énergie grâce à Aren. Il passa facilement la barrière, mais lorsqu’il fit un pas en arrière, il resta bloqué. Il sourit avant de dire :

 

-          Champs de protection à sens unique…

-          Comme ça, petit bâtard, tu ne pourras pas appeler à l’aide lorsque tu agoniseras lentement.

 

 

Eragon haussa les épaules et dégaina Brisingr. Le roi fit de même avec son épée. Ils se mirent face à face, ils n’entendaient plus rien de ce qui se passait à l’extérieur. Ils se tournaient juste autour, attendant le bon moment pour attaquer. Eragon remarqua bien vite qu’il ne pourrait pas aller chercher de l’aide mentale extérieur auprès des elfes.

Soudain, le roi attaqua mentalement et physiquement en même temps. Eragon parvint à parer physiquement, mais mentalement, c’était plus compliqué, il avait une force mentale incroyable. S’il n’avait pas eu Aren, l’effort pour résister lui aurait bien mangé la moitié de son énergie. Il savait une chose, il devait en finir rapidement. Il enchaîna les attaques les plus compliquées et les plus rapides qu’il connaissait tout en se défendant mentalement en s’aidant d’Aren, de Brisingr et des diamants dans la ceinture de Beloth le Sage qui contenaient aussi toute l’énergie de Undbitr. Mais malgré tous ses efforts, tous les progrès qu’il avait faits depuis qu’il était Dragonnier, il ne parvenait pas à prendre totalement le dessus.

Ils combattaient avec acharnement depuis près d’un quart d’heure lorsque le roi infligea une légère blessure à Eragon. C’était juste une petite entaille sur son bras gauche, mais elle le brûla comme si on y avait appliqué de l’huile de Seithr. Il regarda deux secondes la blessure, mais c’était visiblement juste une entaille légère, il y avait tout juste un filet de sang qui s’en échappait.

Il secoua la tête et ignora la douleur pour reprendre le combat. Mais bientôt, il sentit ses membres devenir de plus en plus lourds, sa vision s’obstruait parfois et il perdait en vitesse. Le roi parvint à le désarmer et l’envoya d’un coup de pied en direction du mur invisible contre lequel il s’écrasa. Galbatorix jubilait, il lança d’un ton mauvais :

 

-          J’ai oublié de préciser qu’Atnacne était enduite d’un poison extrêmement puissant, même une simple égratignure peut conduire à la paralysie totale de sa victime. Mais ne t’inquiète pas, je vais te laisser en vie assez longtemps pour que tu puisses voir tes amis mourir dans d’atroce souffrance. Et après, tu n’auras d’autre choix que de me servir. J’ai de grands projets pour ta dragonne.

 

Eragon se redressa légèrement et articula difficilement en forçant sa vue :

 

-          Ja… mais… je vous… servi… rais. Plut… tôt… mou… mourir. Wyrdfell !

 

Le roi éclata de rire avant de donner un grand coup de pied dans les côtes du jeune homme qui hurla de douleur. Il fallait qu’il fasse vite. Il rassembla ses dernières forces en puisant dans ce qui restait d’énergie dans sa ceinture et son épée et concentra son esprit sur une seule passerelle pendant que le roi le malmenait. Il finit par dire clairement :

 

-          Brisingr !

 

Des flammes bleues d’une puissance incroyable entourèrent le roi et Eragon sourit avant de s’évanouir. Le roi repoussa les flammes d’un mot et éclata de rire devant tous les spectateurs qui observaient la scène. Il y avait aussi bien les Vardens que les impériaux. Les elfes ainsi que les Urgals et les nains étaient présents. Les états-majors se tenaient à distance pour ne pas se faire attaquer directement, mais ils pouvaient voir clairement la scène. Arya observait son compagnon avec anxiété, il n’avait tout de même pas échoué ?

Le roi arrêta de rire et lança, moqueur :

 

-          Tu croyais vraiment pouvoir m’avoir avec une flamme aussi fai

 

Il s’interrompit en plein milieu de sa phrase pour pousser un cri de douleur, Brisingr avait volé depuis l’endroit où elle avait atterri pour se planter dans le cœur du roi. Il n’avait rien vu venir. Il tomba à genou en regardant la lame et murmura :

 

-          Comment ?

-          Vous ne connaissez pas mon frère, dit Murtagh en s’approchant de la barrière. Brisingr obéi au moindre de ses ordres, il suffit qu’il dise son nom et elle s’exécute. Adieu, Wyrdfell.

 

Le roi s’effondra et la barrière tomba. Aussitôt, Arya, Murtagh et Nuts se précipitèrent sur le Dragonnier inconscient. Il avait toujours un grand sourire sur le visage. Mais le roi l’avait bien amoché. Saphira atterrit à côté d’eux et Murtagh transporta le corps de son frère jusqu’à la selle. Arya monta et la dragonne décolla. Murtagh s’avança vers Nasuada et les autres et dit :

 

-          Il lui faut des soins, mais il vaut mieux l’éloigner de l’agitation. Maintenant on devrait peut-être…

 

Mais il fut interrompu par un cri de surprise. Il se retourna et vit que Brisingr s’était enflammée et que les flammes dévoraient le corps du roi, le réduisant progressivement en cendre. Ils restèrent un moment à observer le spectacle avant que Nasuada ne demande :

 

-          Tu disais quoi Murtagh ?

-          Je disais qu’on devrait peut-être commencer à évacuer les blessés plutôt que de rester planté là à ne rien faire.

 

Sitôt dit, il partit pour se mettre au travail. Les chefs donnèrent rapidement les instructions et la place fut évacuée. Nasuada ramassa l’épée bleue qui était encore chaude et la confia à Faolin afin qu’il l’apporte à Eragon. L’elfe partit aussitôt rejoindre le campement où se trouvait sa sœur.

Une fois que la dragonne eut atterrit, Arya transporta Eragon à l’intérieur de sa tente et lui retira son armure et le haut de sa tunique avec le plus de douceur possible afin de voir les dégâts pour pouvoir les réparer. Elle soigna les blessures extérieures avant d’aller voir Saphira et de lui enlever à elle aussi son armure. Le combat contre Shruikan n’avait débuté que tard dans la bataille et il n’avait pas eu le temps de causer beaucoup de dommages à la dragonne saphir, ce qui rassura la princesse. Elle retourna s’occuper de son compagnon dès que la dragonne fut guérie. Il était dans le coma pour le moment, mais si le roi comptait le garder en vie, le poison devrait se dissiper de son organisme au bout d’un certain temps. Ce qui frustrait surtout Arya, c’était qu’elle ne parvenait pas à trouver quel poison avait utilisé le roi.

Faolin arriva alors qu’elle essayait de deviner quel poison c’était. Il posa l’épée du Dragonnier sur le bureau du demi-elfe et attendit. Il n’y avait rien à faire, juste attendre.