Chapitre 10 : la Crypte

par Ombe

Chapitre 10 : La crypte

 

                Le lendemain, lorsqu’Arya se réveilla, elle entendit Faolin et Eragon rire par-dessus le crépitement du feu sur lequel semblait bouillonner un repas. Ils discutaient avec amusement et elle crue comprendre qu’ils parlaient d’Ellesméra. Puis, elle comprit que Faolin racontait leur enfance à Eragon sans même prendre en compte son avis à elle. Elle se redressa et ils se turent aussitôt. Ils lui jetèrent un regard incertain et Eragon se concentra sur le petit-déjeuner qui cuisait doucement sur le feu. Faolin quant à lui, il lui sourit et dit :

 

-          Bonjour Arya. Bien dormit ?

-          Oui. De quoi est-ce que vous parliez ?

-          De rien… mentit Faolin.

-          Menteur.

-          Faolin me racontait juste quelques anecdotes, fit Eragon tout en remuant la nourriture et en y ajoutant des herbes.

-          Depuis quand est-ce que vous êtes amis tous les deux ? lança une voix derrière Arya.

 

Visiblement, Murtagh et Lucena venaient de se réveiller. C’était le Dragonnier qui avait posé la question. Il savait bien qu’Eragon ne pouvait pas voir Faolin en peinture, mais maintenant il riait avec lui. Les deux elfes répondirent en même temps :

 

-          Les ennemis font les meilleurs amis.

 

Ils éclatèrent ensuite de rire. Arya avait reconnu la maxime qu’elle utilisait avec Faolin lorsqu’ils étaient petits. Les deux nouveaux amis continuèrent de discuter sur d’autres sujets, ignorant Murtagh et Lucena. Arya quant à elle essayait de ne pas se précipiter sur Faolin pour le tuer alors qu’il racontait au jeune demi-elfe les (très) nombreuses bêtises de leurs jeunes années.

Ils mangèrent rapidement avant de remonter sur les dragons. Eragon, Faolin et Arya se retrouvaient sur Saphira pendant que Lucena et Murtagh se partageaient Thorn. Ils volèrent toute la matinée avant que Saphira ne se pose dans une vaste clairière. Ils descendirent de leurs dragons et Eragon dit en prenant cinq sacs dans ses sacoches :

 

-          Nous allons continuer à pied, nous risquerions de rater l’entrée depuis les airs.

 

Il jeta un sac à chacun et les dragons redécollèrent. Le jeune demi-elfe accrocha une petite sacoche contenant un objet rond à sa ceinture et posa sa main dessus. Ses yeux passèrent au doré une seconde, puis il se mit en route. Les autres le suivirent sans protester, après tout, c’était lui le Dragonnier. Il plaçait souvent sa main sur le sac à sa taille et les autres devinaient que c’était pour connaître la bonne direction. Mais au bout d’un moment, Murtagh demanda :

 

-          Tu es certain que c’est par là ? Non, parce que là, j’ai plus l’impression qu’on tourne en rond.

-          Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à retourner à Dras Leona, je ne te retiens pas. Je sais que c’est par là. Il faut se méfier du gardien donc le mieux c’est que tu te taises, il a l’ouïe plus puissante que celle des elfes. Il est même capable d’entendre les pensées lorsqu’on pense trop fort, même si nous avons des défenses mentales.

-          Comment sais-tu ça ? demanda Lucena.

-          Je le sais, c’est tout. Contrairement à d’autre, j’ai planché sur ça durant de nombreuses heures et plus d’une semaine de nuits blanche.

 

Le ton du jeune homme était très calme, mais Murtagh et sa compagne se sentaient tout de même visés. L’aîné des deux répliqua :

 

-          Désolé d’avoir été proche de la mort durant plusieurs jours.

-          Oui, et d’avoir passé tout le reste du temps avec Lucena à ne rien faire pendant que je me tapais tout le travail après ta guérison totale. Maintenant vous vous taisez. Avec un peu de chance on ne devra pas affronter le gardien.

-          Comment ça « avec un peu de chance » ? demanda Lucena.

 

Eragon s’arrêta, exaspéré. Arya et Faolin préféraient ne pas intervenir et attendirent un peu à l’écart. Le demi-elfe jeta un regard autour de lui avant de dire :

 

-          Si vous vous taisez et que nous arrivons à l’entrée rapidement, nous n’aurons peut-être pas à l’affronter, ma source n’indique pas si on doit le vaincre ou non pour entrer dans la crypte. Tu as compris ou il faut que je fasse un dessin ?

-          Non, c’est bon, pas la peine de t’énerver.

-          Ah ce que je sache, ce n’est pas moi qui ai haussé le ton, répliqua le cadet en se remettant en route.

 

Il est vrai qu’il était resté parfaitement calme durant tout l’échange. Murtagh et Lucena hésitèrent avant de le suivre. Faolin et Arya le suivaient sans hésiter. Ils poursuivirent leur chemin encore plusieurs minutes avant que Murtagh ne se plaigne encore. Eragon serra les poings en essayant de se calmer, mais n’y parvenant pas, il endormit Murtagh avec un sort. Il fit de même avec Lucena alors qu’elle protestait. Saphira atterrit auprès d’eux et il les attacha fermement sur la selle avant qu’elle ne reparte. Faolin dit :

 

-          Tu aurais pu faire ça plus tôt.

-          Oui, mais je voulais au moins essayer de les supporter. Je ne sais même pas pourquoi je les ai pris avec moi.

-          Parce qu’il faut surveiller ton frère et que Lucena est trop imprévisible pour être laissée seule ? fit Arya.

-          Tout juste. Bon, maintenant qu’il est hors course, on peut continuer.

 

Il se remit en marche et les deux autres le suivirent. Il ne leur fallut pas longtemps pour parvenir à une grande clairière près d’un immense rocher noir. Eragon murmura très bas :

 

-          Je crois que nous sommes arrivés.

-          C’est ce que je pense aussi, fit Faolin.

-          Tu as parlé d’un gardien, intervint Arya. Sais-tu à quoi il ressemble ?

-          Non, juste qu’il est trop fort pour nous. Est-ce que je peux vous demander un service ?

-          Ça dépend du service, répondit Faolin.

-          Je voudrais que vous me juriez tous les deux de ne répéter à personne mon nom et de ne pas vous en servir contre moi. Je vous fais confiance, mais on n’est jamais trop prudent.

-          D’accord pour moi, fit Faolin.

 

Arya acquiesça à son tour, elle savait que c’était normal de faire cette promesse. Ils jurèrent tous les deux et Eragon s’approcha de la pierre noire. Il posa sa main dessus et dit :

 

-          Je suis le Messager de l’Espérance, ouvre-moi les portes de la Crypte des Âmes, Kuthian.

 

Il y eut un tremblement et un passage s’ouvrit dans la roche noire. Eragon souri et voulut la franchir, mais il fut repoussé et des glyphes elfiques apparurent au-dessus de l’entrée. Eragon jura avant de se tourner vers ses amis. Ils avaient aussi lu le message, il fallait vaincre le gardien pour entrer. Eragon porta deux doigts à ses lèvres et siffla fortement, vrillant les tympans de ses amis. Il y eut un rugissement non loin de là et ils entendirent le bruit caractéristique des arbres qui se brisent et des pas d’un géant.

La créature qui leur faisait face était indescriptible. Elle avait une taille entre trois mètres cinquante et quatre mètres de haut et une queue d’au moins deux mètres, une fourrure blanche et soyeuse le recouvrait de la tête au pied. Il était énorme et armé jusqu’aux dents. Des défenses sortaient de sa bouche, des griffes tranchantes et solides ornaient ses doigts et ses pieds, des épines parcouraient sa colonne vertébrale et sa queue, deux lames tranchantes sortaient de ses bras, il portait une armure solide faites dans une matière assez semblable au vif-argent et un casque du même matériau lui protégeait la tête. Les trois elfes le regardèrent avec inquiétude, ils ne pouvaient le blesser qu’à de rares endroits et ils étaient bien protégés.

 

-          Comment veulent-ils qu’on batte un monstre pareil ? murmura Faolin.

-          Saphira dit qu’un champ de force les empêche de nous rejoindre, ajouta Eragon.

 

Ils avaient tous les trois sortis leurs épées et Eragon avait pris le bouclier rétractable se trouvant dans son sac. Celui-ci était une petite invention des nains et du Du Vrang Gata, Orik lui en avait fait cadeau. Le bouclier se déployait par magie et était transportable dans un sac. Il en avait aussi mis un dans le sac d’Arya et celui de Faolin. La créature sourit avant de s’avancer vers eux et de dire d’une voix gutturale à glacer le sang :

 

-          Vous n’avez aucunes chances à votre niveau, misérables elfes.

 

Il les attaqua à une vitesse surprenante étant donné sa physionomie et son équipement qui devait peser un âne mort. Ils eurent à peine le temps de l’esquiver en se séparant qu’il s’attaqua à Faolin qui était déséquilibré. Il ne réussit pas à se remettre sur pied à temps et parvint tout juste à ne pas se faire tuer en levant son bouclier au-dessus de sa tête. Le monstre l’envoya valser et il se cogna la tête contre le rocher de Kuthian. Il s’effondra sur le sol. Eragon et Arya s’étaient rassemblés et s’apprêtaient à attaquer le monstre en même temps en alliant magie et arme, mais ce dernier agita sa queue. Eragon ayant l’habitude avec les coups fourrés de Saphira esquiva à temps, mais pas Arya qui manqua de se faire empalée par l’un des piques. Eragon se précipita vers elle alors qu’elle s’effondrait à terre à son tour. Le gardien profita de sa déconcentration pour le faucher en lui cassant le bras, Eragon restait tout de même conscient, il lança un sort d’attaque et parvint tout juste à créer une profonde entaille sur la joue droite du gardien. Ce dernier abattit son poing sur la figure du demi-elfe et l’assomma.

 

Lorsqu’il se réveilla, Eragon remarqua qu’il était dans une pièce fermée, éclairée par des torches. Il se redressa en se tenant le crâne, il avait l’impression de s’être fait taper dessus par le marteau d’un forgeron. La pièce était taillée dans de la roche noire. Il remarqua la silhouette d’Arya sur une couchette et se rendit compte qu’il était aussi allongé sur un lit de paille. Il tourna la tête et vit Faolin d’assit sur sa propre couchette. Il leva la tête et dit :

 

-          Enfin réveillé.

-          Où est-ce qu’on est ?

-          A mon avis, dans la crypte.

-          Arya ?

-          Je vais bien… Il semblerait que quelqu’un a soigné nos blessures.

 

Il se tourna vers l’elfe, elle se redressait aussi sur son lit. Ils observèrent un moment l’endroit avant que Faolin ne se décide à dire :

 

-          Il doit bien y avoir une porte pour sortir.

-          Pas d’après ce que je vois, murmura Eragon.

-          Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? demanda Arya. On ne peut pas rester ici indéfiniment.

-          C’est de ma faute, murmura Eragon, désolé. Je n’aurais jamais dû vous entraîner dans ce pétrin.

-          Eragon, le gronda Arya, Faolin moi savions à quoi nous nous engagions en te suivant. Tu n’as rien à te reprocher, arrête de croire que tu es la cause de tous les malheurs du monde.

-          Elle a raison pour une fois, fit Faolin. Arrête de culpabiliser et…

 

Il n’eut pas le temps de finir car Arya lui lança, visiblement vexée :

 

-          Comment ça « pour une fois » ?

-          Oh ça va ! tu ne vas pas te vexer pour si peu. Mais avoue que tu n’as pas toujours raison.

-          Oui, mais plus souvent que toi en tout cas.

 

Ils entamèrent une dispute à laquelle Eragon ne comprenait rien. Il n’avait jamais vu deux elfes se disputer comme ça, on aurait dit…

                Un léger TILT se fit dans sa tête et son regard passa de l’un à l’autre. Les mêmes yeux verts émeraude et certains traits plus que semblables. Certes, Faolin avait les cheveux argentés, mais il devait tenir ça de son père. Maintenant qu’il y regardait de plus près, Eragon voyait toutes les ressemblances qu’il avait manquées jusque-là. Il toussota tout en continuant de les regarder d’un air surpris et incrédule. Ils se tournèrent vers lui et virent à sa tête qu’il venait de découvrir leur petit secret. Le regard d’Eragon continuait de passer rapidement de l’un à l’autre, il finit par dire :

 

-          Ne me dites pas que… Faolin, la sœur dont tu m’as parlée, ce n’est pas…

 

Les deux elfes échangèrent un regard et Eragon eut une réaction qu’ils n’attendaient pas, il éclata de rire. Ils le regardèrent sans comprendre et le jeune homme attendit d’être un peu calmé pour s’expliquer :

 

-          C’est tellement évident ! J’ai vraiment été bête de ne pas le remarquer plus tôt. J’en reviens pas que vous soyez frère et sœur.

-          Comment as-tu deviné ? demanda Arya, perplexe.

-          Vous avez vu comment vous vous disputiez ? On aurait dit Roran et moi quand on était plus jeunes, et plus récemment Murtagh et moi, même si on est plus à deux doigts de s’entre-tuer tous les deux. M’enfin, maintenant je comprends ce que disait Faolin sur toi, Arya, lorsqu’il m’a dit qu’il avait une sœur.

-          Qu’est-ce qu’il a dit ?

 

Eragon jeta un coup d’œil à Faolin et celui-ci passa le pouce sur sa gorge dans le dos d’Arya. Le jeune Dragonnier prit un air parfaitement calme et s’appuya tranquillement contre le mur avant de répondre :

 

-          Faolin va me tuer si je réponds à ta question.

 

Il laissa un instant de silence en suspend pendant que les deux frères et sœurs se fixaient, puis il ajouta :

 

-          Mais je vais prendre le risque. Il a dit, je cite « Intelligente et forte, mais toujours à se compliquer la vie. Je me demande comment j’ai fait pour la supporter toutes ces années. »

 

Arya se tourna vers Faolin alors que ce dernier allait se jeter sur Eragon. La bagarre fut avortée par l’apparition d’une voute lumineuse dans le mur. Ils se levèrent tous les trois et regardèrent dans cette direction. Trois personnes entrèrent alors. Elles se ressemblaient assez, yeux bleu et cheveux blonds et bouclés. Il y avait un homme et deux femmes, tous trois portaient une tunique blanche avec des sandales tressées. Un animal ressemblant étrangement à un furet blanc se trouvait sur l’épaule droite de chacun. L’animal de celui du milieu avait une cicatrice sur la joue droite. L’homme qui était au centre s’avança et dit :

 

-          Bienvenue dans la Crypte des Âmes. Le gardien est juste là pour vous tester avant que ne commence le véritable entraînement. Vous allez suivre tous les trois une formation individuelle avec l’un d’entre nous. Ne vous inquiétez pas pour le temps que cela prendra, en dehors de cet endroit, il ne s’écoulera que deux semaines.

-          D’accord, fit Eragon. Mais en quoi consiste cet entraînement au juste ?

-          Il sera différent pour chacun d’entre vous. Le soir, vous dormirez ici, répondit l’homme. Je m’appelle Lucas, Eragon, tu suivras ta formation avec moi et Nuts, il t’en veut un peu à cause de la balafre.

-          Nuts, c’est le nom du gardien ! fit Faolin.

-          Oui, pourquoi ?

-          Ça veut dire noisette, répondit Arya.

-          Je sais, répliqua Lucas. Bon, maintenant, Arya, tu seras avec Alice et Kebab.

 

Il avait désigné la femme de droite. Eragon les observa, les animaux sur leurs épaules lui faisaient penser à quelque chose. Il dit :

 

-          Ne me dites pas que le gardien, c’est ce furet…

-          Ce ne sont pas des furets, répliqua Alice. Ce sont des Morbac.

-          Bref, Faolin, tu seras avec Claire et Chiken, reprit Lucas. Nous allons commencer tout de suite.

 

Il leur fit signe de le suivre et ils s’exécutèrent. Ils finirent par se séparer à un croisement. Lucas emmena Eragon dans une grande arène où apparut un terrain avec une petite forêt, un lac et des roches. Nuts sauta de l’épaule du gardien et s’éloigna un peu avant de prendre sa forme de combat. Eragon était toujours autant impressionné par cette bête. Lucas dit :

 

-          Tu vas devoir battre Nuts sans arme et sans magie.

-          Quoi ! Mais c’est impossible.

-          Ne dis pas que quelque chose est impossible si tu n’as pas essayé.

 

Eragon prit la rebuffade sans broncher et s’avança dans l’arène. Aussitôt, Nuts l’attaqua. Il esquiva tout juste à temps et parvint à se mettre à l’abri avant que le Morbac ne le tue. Ça n’allait vraiment pas être une partie de plaisir de battre cette créature.

Arya fut emmenée dans une autre arène et Kebab se transforma à son tour. Elle eut exactement le même exercice qu’Eragon, sauf que cette fois, elle était aidée par les conseils d’Alice.

Il en fut de même pour Faolin, Claire lui donnait des directives pour combattre Chiken.

 

Les débuts ne furent pas très prometteurs, le premier soir, ils étaient tous les trois fourbus et pleins de bleus. Ils s’endormirent comme des masses. Eragon s’était mis à haïr Nuts, celui-là avait vraiment une dent contre lui.

Mais au bout de plusieurs jours, soit deux semaines et demi, de durs labeurs, ils parvenaient à tenir plus ou moins toute la journée sans trop se faire attraper. Mais ils ne parvenaient toujours pas à attaquer sans se prendre un coup.

Faolin remarqua bien vite qu’Eragon dormait peu et passait presque la moitié de ses nuits à observer Arya dormir avec un léger sourire sur le visage. Elle était si calme lorsqu’elle dormait. Les deux garçons commençaient vraiment à bien s’entendre, mais l’engouement d’Eragon pour Arya était de plus en plus visible aussi. Faolin se demandait quand est-ce que sa sœur allait enfin accepter ses sentiments pour le jeune homme. Il avait juré de ne rien dire à Eragon, mais il ne savait pas s’il allait tenir sa promesse. Il pouvait toujours en parler à Saphira qui en parlerait ensuite à son Dragonnier.

Ils passèrent en tout plus de deux mois dans la Crypte des Âmes avant d’obtenir un semblant de résultat. Leurs tuteurs étaient des anciens membres du peuple gris et les trois Morbac étaient les seuls survivants de leur race. Mais malheureusement, trois mâles ne pouvaient faire renaître tout un peuple. Même s’ils pensaient tous les deux que c’était impossible, Eragon et Nuts commencèrent à bien s’entendre, ils étaient juste partis sur de mauvaises bases.

Un jour, finalement, Eragon en eut assez de se prendre des coups. Il parvint à se trouver dans un espace dégagé avec Nuts et l’immobilisa avec sa magie. Il tendit ensuite sa main devant lui et dit :

 

-          Brisingr !

 

Une flamme apparut dans sa main et s’allongea. Elle finit par éclater sur la lame du jeune homme, il libéra Nuts et l’attaqua avec l’épée. Le monstre ne pouvait plus rivaliser avec la vitesse du jeune homme. Il avait appris à ne pas faire un bruit et à protéger ses pensées assez efficacement pour que même l’ouïe surdéveloppée du Morbac ne puisse les entendre. Il avait augmenté sa rapidité et son agilité ainsi que sa résistance durant ces journées sans fin d’entraînement. Il avait les capacités pour le battre grâce à l’épée bleue qui lui obéissait parfaitement. Il ne savait pas comment il avait fait pour qu’elle vienne à lui, il avait agi sous une intuition qui lui disait de la convoquer.

Nuts ne put parer l’attaque et Eragon le vainquit. Lucas arriva à ce moment-là et dit avec un sourire :

 

-          Bien jouer Eragon. Tu as réussi.

-          Merci. Mais comment ça se fait que Brisingr soit venue à moi ?

-          Tu es lié à cette épée par un lien magique spécial. C’est toi qui l’a forgée, elle n’obéie qu’à toi. Où qu’elle soit, tu devrais normalement sentir un lien vous reliant. Tu sais instinctivement dans quelle direction elle est et à quelle distance. Il te suffit de dire son nom pour qu’elle vienne à toi.

 

Il fit une pause pour laisser un jeune homme le loisir d’enregistrer cette nouvelle information. Il poursuivit ensuite :

 

-          Maintenant, ton entrainement va un peu changer. Le matin, tu seras avec Nuts sur le combat, et l’après-midi, tu seras avec moi et tu t’entraîneras à la magie. Je vais consolider tes bases et t’apprendre de nouvelles choses. Je vais aussi t’apprendre à bien repérer ton lien avec ton épée.

-          D’accord.

 

Lucas sourit avant de laisser Eragon aller se restaurer avec Nuts. Les deux amis discutaient mentalement lorsqu’ils ne devaient pas se combattre. Eragon s’entendait vraiment de mieux en mieux avec le Morbac. Ils auraient pu être les meilleurs amis du monde, s’il n’y avait déjà eu Faolin à cette place. Lorsqu’ils arrivèrent dans la cuisine, Arya et son frère étaient déjà là. Il les salua joyeusement et s’assit avant de prendre son assiette. Arya remarqua :

 

-          Tu sembles de bonne humeur.

-          J’ai finis la première phase, je passe demain à l’entraînement magique.

-          Eh bien comme ça on est trois, fit Faolin.

-          Vous êtes passés aussi !

-          Oui, répondit Arya. Comment as-tu fais toi ?

 

Eragon leur raconta comment il avait battu Nuts, les deux autres lui racontèrent à leur tour leur épreuve. Contrairement à Eragon, Faolin et Arya n’emmenaient pas leur Morbac lorsqu’ils mangeaient, ils n’entretenaient pas vraiment de relation avec eux. Ils discutèrent encore un peu avant de devoir retourner à leur entraînement.

Ce même soir, alors que Faolin croyait Eragon profondément endormit, il se leva silencieusement et secoua Arya pour la réveiller. Elle ouvrit difficilement les yeux et murmura :

 

-          Qu’est-ce qu’il y a ?

-          Il faut que l’on parle.

-          Tout de suite ?

-          Oui.

 

L’elfe soupira avant de s’asseoir et d’interroger son frère du regard, ce dernier dit :

 

-          Quand est-ce que tu comptes lui dire ?

-          Faolin, on en a déjà discuté une centaine de fois...

-          Petite sœur, je commence à en avoir assez de vous voir vous tournez autour sans arrêt. Tu ne peux pas tout simplement lui dire ce que tu ressens et mettre fin à cela ? Qu’est-ce qui t’empêche de vous rendre heureux tous les deux ?

-          Je te l’ai déjà dit cent fois, je ne dirais à Eragon que je l’aime qu’à la fin de la guerre. Ma décision est prise, ne la rends pas plus difficile encore.

-          Mais pourquoi attendre la fin de la guerre ? Vous pouvez mourir n’importe quand, c’est vraiment stupide. Pourtant, tu es sensé être la plus intelligente de nous deux.

-          Faolin, s’il te plait…

 

Elle ne put poursuivre sa phrase car une voix grave dans leurs têtes grogna :

               

« Vous ne pouvez pas vous taire oui ! Il y en a qui veulent dormir. »

 

Ils se tournèrent vers le lit d’Eragon et virent Nuts qui les regardaient avec mécontentement.

 

-          Depuis quand tu dors là toi ? demanda Faolin.

« Depuis deux semaines. Maintenant, fermez-là et laissez-moi dormir. »

 

Faolin soupira avant de retourner à son lit. Mais le regard qu’l lança à Arya était claire, il n’allait pas lâcher aussi facilement l’affaire.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’était qu’Eragon, tourné vers le mur, avait les yeux biens ouverts et avait tout entendu. Il avait du mal à ne pas se retourner pour aller voir Arya. Il essayait vainement de calmer les battements affolés de son cœur mais ne parvenait pas à se calmer. Il voulait seulement rejoindre la princesse sur sa couche et l’embrasser, rien d’autre.

Nuts s’approcha de lui et lui dit :

 

«  Eragon, calme-toi, on entend ton cœur à des centaines de mètres à la ronde. »

« J’essaye, mais tu l’as entendue comme moi. Il faut que je la rejoigne. »

« Ne fais pas cette bêtise partenaire. Il ne faut pas la brusquer, ce serait désastreux. Tu l’auras bien assez tôt. Plus vite tu progresseras, plus vite on sortira, et plus vite tu pourras mettre fin à cette guerre pour avoir enfin ta petite elfe. »

«  Je ne sais pas si je vais tenir. »

« Il va bien falloir. Aller, essaye de dormir, tu pourras réfléchir plus calmement demain. »

« On dirait Saphira parfois. »

 

Il sentit le sourire mentale du Morbac. Nuts se roula en boulle à côté de lui et s’endormit. Le jeune homme fit de même, la princesse ne quittant pas ses pensées.

Les jours suivant, il se surpassa, écoutant attentivement et travaillant d’arrachepied pour s’améliorer efficacement le plus vite possible. Faolin et Arya remarquèrent bien son soudain intérêt pour le travail, mais il ne leur donna aucune explication. Il passait presque les trois quarts de son temps avec Faolin ou Nuts, évitant Arya de peur de ne pas tenir.

Au bout d’un mois, Lucas leur annonça enfin la fin de leur apprentissage. Ils préparèrent leurs affaires avant de dire au revoir à leurs hôtes. Ils finirent par sortir et se retrouver dans une clairière, mais le rocher avait disparu.

Ils étaient à peine sortis que les trois dragons les rejoignirent avec Murtagh et Lucena. L’ancien parjure commença à se mettre en colère contre Eragon pour le tour qu’il leur avait joué avant de plonger dans la crypte. Mais Eragon répondit calmement :

 

-          Si tu n’es pas content, retourne chez Galbatorix.

 

Sur cette phrase, il monta sur le dos de Saphira avec ses amis et ils partirent en direction du lac. Murtagh resta pantois au sol quelques secondes avant de se réveiller. Il ne voulait pas rejoindre le roi, c’était la dernière chose à faire pour lu. Lucena lui dit :

 

-          Tu devrais faire un effort. Après tout, c’est de notre faute s’il se retrouve dans la merde pour t’avoir logé. Essaye de le comprendre un peu. On ferait bien de partir maintenant, ou on ne va pas pouvoir les rattraper.

 

Le jeune homme devait avouer que son amante avait raison. Il grimpa sur Thorn et Lucena fit de même avec Doran. Ils rejoignirent rapidement leurs amis.

Au soir, ils se posèrent près du lac, ils comptaient le traverser le lendemain. Ils eurent alors la surprise de voir qu’Eragon avait emmené clandestinement Nuts avec lui. Ils eurent une longue discussion au sujet du Morbac, mais les autres finirent par capituler.

Ils rentrèrent rapidement à Dras Leona. Ils n’avaient été absent que deux semaines et quatre jours, ce qui laissait encore un peu de temps avant l’arrivée des elfes. D’un commun accord, Murtagh ne se présenta aux Vardens que le lendemain de l’arrivée de son frère. Officiellement, ils ne s’étaient pas vus depuis leur dernier combat.

À son arrivée, il fut aussitôt arrêtés par les elfes et emmener dans un cachot. Il dut attendre une bonne heure avant que l’on ne l’emmène voir Nasuada et les autres chefs d’Etat. Lorsqu’i arriva, il sentit aussitôt la tension dans l’air. Nasuada lui fit signe de s’asseoir avec les autres. Seuls Islanzadì, Orin, Orik, Eragon, Lucena et Arya étaient présents en plus de Nasuada, la reine des elfes étant dans un miroir de communication. Il attendit quelques minutes avant de demander :

 

-          Vous allez continuer de me fusiller du regard comme cela longtemps ou me tuer tout de suite ?

-          On a décidé de ne pas te tuer, répliqua Nasuada. Mais tu n’as pas notre confiance.

-          S’il n’y avait pas eu un inconvénient à ta mort, ajouta Orik, je me serais fait le plaisir de venger la mort de Hrothgar.

-          Pour ma défense, je précise que c’était un ordre du roi et donc qu’il m’a obligé à le tuer, répliqua le Dragonnier.

-          Et Oromis ! lança Islanzadì.

-          Pour cette fois, dit Eragon, ce n’est pas de sa faute. Galbatorix a pris le contrôle de son corps et a tué Oromis à travers lui, donc techniquement, c’est le roi le responsable.

-          Tu prends sa défense ! lança Orik.

-          C’est un peu mon demi-frère, même si je ne l’aime pas beaucoup, j’ai quand même une conscience.

-          Sympa la solidarité fraternel…

-          Ce n’est pas toi qui m’a ramené chez le roi et qui a menacé de me couper la main aux Plaines Brûlantes ?

 

Murtagh allait répliquer lorsque Nasuada dit :

 

-          Nous ne sommes pas là pour régler nos comptes. Tu as le droit de rester parmi nous, mais à la fin de la guerre, tu devras rendre compte de tes méfaits.

-          D’accord. Mais, juste pour ne pas mourir idiot, c’est quoi cet inconvénient dont vous parliez ?

-          C’est moi, fit Lucena. Comme je suis indépendante et que pour le moment, je suis avec eux, j’ai précisé que si on te faisait du mal, je risquais de ne pas être très coopérative.

-          Tu nous as quand même menacés en nous disant que tu allais tous nous tuer, précisa Orin.

-          Oui, aussi.

-          Eh bien merci Lu.

-          De rien.

-          Bon, c’est réglé, fit Nasuada. Maintenant, il faut désigner quelqu’un pour te surveiller. Je pensais à Eragon, mais il a refusé.

-          J’ai autre chose à faire que de le surveiller, répliqua le jeune homme. On n’a qu’à demander à deux elfes de ma garde, comme ça ce sera fait.

-          Oui, et tu pourras retourner t’enfermer sur Helgrind, fit Islanzadì.

-          Non. Je vais rester ici. Saphira a réquisitionné la montagne. Doran et elle m’ont carrément mis à la porte.

-          Epargne-nous les détails, s’il te plait, fit Nasuada. Mais puisque tu es libre, tu vas pouvoir te charger de Murtagh.

-          Non. Fìriel et Eärnil peuvent parfaitement s’occuper de lui. J’en ai déjà discuté avec eux.

-          On ne va pas discuter de ça deux heures, conclut Orin. Du temps que quelqu’un surveille qu’il ne fasse pas de bêtises, c’est suffisent. Qu’importe la personne.

-          Je suis d’accord avec vous, dit Islanzadì.

-          Bon, dans ce cas, c’est réglé, ajouta Orik.

-          Nasuada, si ça peut te rassurer, Nuts va le suivre.

-          Qui est-ce ? demanda Islanzadì.

 

Le Morbac sortit de sa cache sous la veste du garçon et monta sur son épaule. Il jeta un regard méfiant à Murtagh avant de lancer mentalement à tout le monde :

 

«  S’il fait le moindre faux pas, je m’occupe de lui, ne vous inquiétez pas. »

 

-          Qu’est-ce qu’un furet pourrait bien faire contre un Dragonnier ? demanda Orik, offusqué.

 

Nuts, vexé, sauta de l’épaule d’Eragon et ce dernier s’éloigna instinctivement de lui alors qu’il se mettait à grandir de plus en plus. Une fois la transformation terminée, il demanda :

 

-          Tu disais quoi déjà ?

-          Rien, rien du tout.

-          C’est ce que je pensais. Et puis, pour votre gouverne à tous, je suis un Morbac, pas un furet.

-          Et tu es surtout très susceptible, ajouta Eragon.

 

Nuts lui jeta un regard féroce avant de reprendre sa forme normale et de remonter sur son épaule. Il lui mordit tout de même l’oreille pour se venger. Eragon quant à lui le caressa doucement. Tout le monde regardait le Morbac avec une certaine crainte dans les yeux. Islanzadì demanda :

 

-          Mais d’où est-ce qu’il vient ?

-          De la crypte, c’était contre lui que je me suis entraîné, dit Eragon. Son ouïe surdéveloppée lui permet de tout entendre, même les pensées lorsqu’on les pense trop fortement. Les protections mentales ne sont pas un problème pour lui.

-          Eh bien voilà qui nous arrange. C’est bon, l’affaire est close, fit Nasuada. Vous pouvez y aller.

 

Eragon sourit avant de sortir. Nuts sauta de son épaule pour celle de Murtagh et ce dernier sortit à son tour, accompagner de Lucena. Une fois dehors, Eragon lui glissa avec un clin d’œil :

 

-          Ne t’inquiète pas, Nuts vous laissera seuls la nuit, juré.

 

Il eut un petit sourire sardonique devant la rougeur qui avait pris les joues de son frère, puis il partit. Il rejoignit ses gardes et envoya les deux elfes qu’il avait désignés auprès de Murtagh. Il partit ensuite au terrain d’entraînement, gardant le contacte avec Nuts, Saphira étant trop occupée sur Helgrind. Il ne restait plus qu’une semaine avant l’arrivée des elfes, plus qu’une semaine avant leur départ pour Urû’baen et au moins trois semaines avant qu’il ne puisse être avec la femme qu’il aime.