Chapitre 6 : vérité et fraternité

par Ombe

Chapitre 6 : Vérité et Fraternité.

 

Luce se réveilla quelque seconde après s’être évanouie. Elle regarda le dragon assit sur son lit et se massa la nuque. Elle était tombée sur le parquet et s’était cognée la tête. Elle remarqua alors une marque sur sa paume et soupira, elle était Dragonnière. Ce dragon n’allait pas beaucoup l’aidée pour échapper au roi. Il avait à peine la taille d’un chaton. Elle s’assit sur le lit et le caressa, c’était Doran. Comment allait-elle s’en sortir ? Il fallait tout d’abord qu’elle cache les débris de l’œuf. Ce qu’elle fit en les mettant sous la latte de parquet et chercha un endroit où Doran pourrait se cacher le temps de son séjour en ville. Elle opta finalement pour le dernier tiroir du bas de la commode, il devrait suffire le temps de trouver mieux. Elle y mit de quoi le nourrir et perça un trou sur le côté pour qu’il puisse respirer avant de le prendre dans ses bras et de le glisser à l’intérieur, il se jeta aussitôt sur la viande. Luce sourit et le caressa une dernière fois avant de fermer le tiroir et de se coucher, elle voulait dormir un peu avant l’aube. Étrangement, aucun rêve ne troubla son sommeil cette nuit-là.

Le lendemain matin, elle calma Doran et lui donna à manger avant d’aller travailler, elle fit comme si de rien n’était. Elle mangea d’abord avec les autres serveuses dans la cuisine, puis les tâches furent distribuées. Luce allait encore une fois travailler en salle, elle ne faisait que ça. Elle servit les petits déjeunés des clients et aida ensuite à faire les chambres.

La matinée se passa très bien, c’était toujours le moment le plus calme de la journée. Mais le midi, l’auberge commençait à voir arriver des clients. Luce était derrière le comptoir en train de marquer les comptes lorsque les voix dans la salle se turent et reprirent plus doucement lorsqu’un homme s’assit au comptoir. Elle redressa la tête et manqua de faire un arrêt cardiaque, c’était Murtagh. Il lui fit signe de venir et elle s’approcha en essayant de garder son calme. Il dit :

 

-          Est-ce que je pourrais avoir à manger et une bière.

-          Bien entendu monseigneur.

 

Luce se retourna et fit signe à Claire qui était près de la porte menant à la cuisine, c’était comme ça qu’elles procédaient pour les commandes. Elle remplit ensuite une choppe à l’un des tonneaux alignés contre le mur et la posa devant le Dragonnier. Il posa quelque pièce sur la table et patienta jusqu’à ce qu’une assiette arrive. Luce repartit travailler.

Murtagh savait pertinemment que la meilleure façon de passer inaperçu en ville lorsqu’on était nouveau, c’était de se faire engager dans une taverne. Or seules cinq taverne avaient eu des nouvelles lors du dernier mois et deux seulement s’appelaient Sarah. Il avait décidé d’aller voir à l’autre taverne, mais la fille n’était pas celle qu’il cherchait, il ne restait donc que le Toblerone. Il étendit tranquillement son esprit et chercha un esprit protégé. Il n’eut pas à chercher longtemps, la fille qui l’avait servi et qui s’occupait d’une autre table, avait une muraille de calme incroyable. Il lui jeta un coup d’œil et vit un bracelet de lin tressé orné d’une améthyste, d’une topaze et d’un diamant. Il avait lu quelque part que certaines pierres avaient certaines propriétés selon un ancien culte.

Les diamants insufflent courage et force, protègent de la peste et favorisent la cause de l’amour sincère. L’améthyste calme et apaise. Elle change de couleur en présence du mal, se décolore à proximité de nourritures ou de boissons empoisonnées. La topaze protège celui qui la porte des terreurs de la nuit. Elle a le pouvoir de le mettre en contact avec le monde surnaturel. Elle renforce la lucidité et éclaircit l’esprit.

Elle faisait donc partie de ce groupe restreint. Il sortit de sa poche le bracelet de lin qu’il avait retiré pour pouvoir sonder l’endroit. Il l’enfila et observa l’améthyste, Luce avait dit qu’elle le défendrait avec une barrière de calme, elle se servait donc des propriétés des pierres à l’état naturel pour renforcer le pouvoir d’un sort.

Luce revint derrière le comptoir et nota la somme qu’elle mettait dans le coffret dont elle avait la clef. Mais Murtagh la vit prendre une couronne sur la paye. Il fit semblant de n’avoir rien vu du pourcentage qu’elle prenait sur les notes des clients et dit :

 

-          Jolie bracelet.

 

Elle se tourna vers lui et jeta un coup d’œil aux trois pierres. Ce bracelet lui avait coûté une fortune lorsqu’elle habitait au palais. Bien sûr l’argent venait des poches du roi Arthur, mais c’était un détail qu’il ignorait. Elle l’avait entouré de trois sorts depuis qu’elle était en Alagaësia, l’un pour protéger son esprit, le second pour lui éviter les cauchemars, sort qu’elle avait mis deux jours plus tôt, et un dernier pour la prévenir des danger et des empoisonnements. Elle répondit simplement :

 

-          Un simple grigri.

-          Un simple grigri qui protège ton esprit, dit Murtagh à voix basse avec un sourire amusé.

 

Elle sourit et murmura :

 

-          La magie d’Albion est plus puissante…

-          …que celle d’Alagaësia, finit Murtagh.

 

Ils se jetèrent un regard complice avant de détourner les yeux. Murtagh finit de manger et posa un pourboire pour Luce avec un clin d’œil. Luce le remercia d’un hochement de tête et il partit, il avait encore du travail au palais. Luce quant à elle poursuivit son travail en silence. Elle glissait de temps à autre de l’argent ou encore des morceaux de viandes dans son escarcelle portant le Triskell. Elle était douée pour dérober des objets, c’était ce qui lui avait permis de survivre si longtemps.

Une semaine passa sans que rien ne se passe. Luce partait voir Murtagh tous les soirs, mais ils continuaient de jouer au chat et à la souris. Tantôt elle se glissait dans sa chambre alors qu’il se lavait ou bien lorsqu’il mangeait encore ou même pendant qu’il faisait semblant de dormir. À chaque fois, il ne parvenait pas à l’attraper, pourtant il y mettait toute son ingéniosité. Ce jeu amusait les deux parties car ils savaient tous les deux que l’un savait où se trouvait l’autre. Doran grandissait bien et ne voulut pas rester bien longtemps dans le tiroir de la commode. Luce dû donc le déplacer de nuit dans la forêt en bordure de la ville et passait le voir juste après ses visites à Murtagh. Il pouvait se nourrir seul et cela la rassura.

Murtagh était à la salle du trône avec Galbatorix depuis des heures et ils recevaient les membres du peuple ayant des requêtes. Ces séances les ennuyaient tous les deux au plus haut point, mais ils étaient bien obligé de le faire. Ils en étaient là lorsqu’un garde entra et dit :

 

-          Majesté, il y a un problème avec la salle du trésor. Un voleur Vardens à tenter de s’y introduire ce matin.

-          Quoi ! Où est-il ?

-          Nous l’avons arrêté, mais nous avons aussitôt fait une inspection pour voir si rien n’avait été volé. Il n’y a qu’un objet que nous ne pouvons vérifier.

 

Galbatorix hocha la tête et se leva. Il lança au garde :

 

-          Fais ajourner la réunion publique.

 

Le garde hocha la tête. La réunion avait lieux tous les mois et le roi s’efforçait de recevoir les sujets du royaume. Galbatorix se leva et Murtagh le suivit jusqu’à la crypte. Il savait pertinemment que l’œuf qui s’y trouvait été un faux, Luce le lui avait dit. Il savait donc ce qui attendait le roi dans la crypte. Il se promit de prévenir Luce le soir même, même s’il se doutait que le roi l’enverrait fouiller la ville sans attendre. Ils entrèrent dans la crypte et le roi rejoignit sans attendre l’œuf qui reposait sur son piédestal. Il annula les sorts qui se trouvaient autour après avoir vérifié qu’ils étaient toujours en place. Il saisit l’œuf et l’observa, il remarqua immédiatement la différence. D’un geste rageur il le brisa sur le sol. Ce n’était rien d’autre qu’une copie, extrêmement bien réalisée certes, mais une copie tout de même. Le roi se tourna vers les gardes et demanda :

 

-          Est-ce qu’il est entré dans la crypte ?

-          Non monseigneur. Nous l’avons arrêté alors qu’il tentait de forcer la serrure.

-          Est-ce que quelqu’un est déjà descendu ici avant lui ?

-          Pas que je sache monseigneur.

 

Il sembla réfléchir un instant et ajouta :

 

-          Il me semble que lors de la réception, les deux gardes en faction se sont endormis, trop saoul. Nous avons vérifié qu’il n’y avait pas eu d’intrusion, mais personne n’était entré.

-          Où sont ces gardes ?

-          Dans une cellule, nous avons suivi le protocole habituel.

-          Bien, et où se trouve le voleur ?

-          Dans la salle d’interrogatoire monseigneur.

 

Galbatorix hocha la tête. La salle d’interrogatoire était le nom donné à la salle de torture. Le roi se rendit en premier dans cette dernière et trouva le voleur d’attaché au cadre de torture, le torse déjà dénudé. Mais du sang coulait de sa bouche et sa tête pendait mollement sur sa poitrine. Le roi jura et chercha son pouls, mais il s’était suicidé en se mordant la langue. Il regarda dans ses affaires mais ne trouva rien de bien concluant. Il se rendit ensuite à la cellule des deux gardes et trouva ces derniers enchaînés avec une miche de pain fraiche, des fruits juteux et de la viande et des légumes cuits à point ainsi qu’une carafe d’eau limpide tout droit sortie du puits, le tout, hors de leur portée. C’était la punition qui attendait ceux qui enfreignaient le règlement durant le service. Ils étaient enfermés deux semaines dans un cachot avec de la nourriture juste sous les yeux mais hors d’atteinte, la nourriture était ensuite donnée aux gardes en faction devant la porte.

Le roi leur fouilla l’esprit et trouva une chose étrange, ils avaient à peine bu une coupe lors de leur tour de garde. Ils s’étaient endormit certes, mais en étant drogué, pas en ayant trop bu. Galbatorix se tourna vers le garde et Murtagh qui le suivaient depuis le début :

 

-          Libérez-les, ils ont étés drogués. Mais le voleur avait les clefs. C’est la seule explication, sinon les sorts m’auraient prévenu d’une intrusion.

-          Les seules clefs existantes, dit Murtagh pendant que le soldat libérait ses confrères, sont les vôtres, les miennes et celles d’urgence dans le bureau du chef de la garde. Or je ne quitte pas les miennes des yeux et les rangent à double tour dans ma commode, il est impossible de vous voler et le chef de la garde était dans son bureau toute la soirée. Et il est impossible de faire une copie des clefs par magie car vous savez à chaque fois quand un sort est utilisé.

-          Je le sais très bien. Mais le voleur a forcément eu les clefs, d’une manière ou d’une autre.

 

Le roi ressortit et retourna à la salle du trône avec Murtagh sur les talons. Ce dernier se comportait de façon exemplaire depuis sa dernière punition, le roi n’avait pas manqué de le remarquer, peut-être que cette fois il avait compris. Lorsqu’ils furent à l’intérieur, le roi dit :

 

-          Fouille la ville avec les soldats, cherche l’œuf. Même s’il y a peu de chances qu’il soit encore ici.

-          Bien monseigneur.

-          Et capture celui qui l’a en sa possession.

-          Il en sera fait selon vos ordres.

 

Murtagh réfléchit, l’œuf avait éclot, donc il ne pouvait le trouver et il ne pouvait capturer celui qui était en sa possession car il n’existait plus. Luce était sauve. Il sortit et rassembla les gardes. Ils descendirent ensuite dans la ville et fouillèrent chaque auberge, chaque commerce, chaque domicile. Aucun bâtiment n’échappa au contrôle. Mais Murtagh avait donné l’ordre de ne rien casser, il connaissait parfaitement les gardes et plusieurs plaintes avaient été portées après une fouille de la ville pour dégradation de matériel.

Lorsqu’ils passèrent par le Toblerone, Murtagh jeta un regard à Luce, mais elle était impassible et se rangea avec les autres employées dans la salle commune où tout le monde se rassemblait pour une fouille. Murtagh vérifia chaque souvenir de chaque personne, oubliant étrangement de passer par son amie. Ils repartirent juste après et continuèrent leur fouille.

Il rentra au palais au soir et dû apprendre au roi qu’ils n’avaient rien trouvé. Le roi était en colère, ça se voyait, il n’avait pas intérêt à commettre d’impaire. Le roi dit finalement :

 

-          Si les Vardens ont envoyé un voleur, c’est qu’ils ne savent pas que l’œuf a déjà disparu, donc le voleur ne travaille pas pour eux. Ou s’il travaillait pour eux, il ne les a pas contacté et a gardé l’œuf pour lui. La troisième possibilité est que l’œuf a très bien pu éclore.

-          J’ai aussi envisagé cette hypothèse, mais j’ai vérifié toutes les paumes des habitants.

« Du moins, de ceux originaires d’Alagaësia. »

-          Aucun d’entre eux n’a la marque. Le voleur doit être loin maintenant.

-          C’est vrai. Sors, je t’appellerais si j’ai besoin de toi.

 

Murtagh s’inclina et sortit de la salle. Il retourna dans sa chambre et trouva le parchemin d’ouvert sur sa commode. Luce avait laissé un message. Il le lut rapidement :

 

Merci de ne pas m’avoir dénoncée, je sais que je peux te faire confiance. C’est la première fois que j’ai un ami en qui je peux avoir confiance et confier mes secrets depuis Sarah. J’espère juste que tu ne finiras pas comme elle. Je parts dans une semaine pour rejoindre Belatona, je dois rejoindre les Vardens avant qu’ils n’attaquent la ville. Mais nous resterons en contacte, je trouverais un moyen. Prends soin de toi, ne te fais pas attraper par le roi s’il te plait. Tu comptes pour moi, tu es un vrai ami.

PS. Tu ne m’as toujours pas attrapé. À croire que tu n’essayes même plus de me surprendre.

Lucena.

 

            Murtagh sourit au reproche de son amie. Il écrivit sa réponse et rangea le parchemin dans sa table de nuit. Une amie, c’était ce qu’il avait de plus précieux. Elle le considérait tel qu’il était, c’était une chose qu’il croyait impossible depuis bien longtemps. Il ne la dénoncera jamais, il tenait trop à elle pour cela. Elle l’aidait à se sentir mieux, à changer de vrai nom. Depuis qu’elle était là, il n’avait plus eu envie de mourir pour ne plus avoir à supporter Galbatorix, il avait retrouvé l’espoir qu’il avait perdu. Thorn aussi croyait en elle, même si ce dernier taquinait Murtagh à longueur de journée en lui disant qu’elle ferait une jolie petite amie.

            Il soupira et se coucha, le lendemain était un autre jour.

 

            La semaine se passa bien, il discutait très souvent avec Luce, échangeant parfois le parchemin trois fois par jour. Luce finit par trouver un moyen pour qu’ils communiquent plus tranquillement sur la distance. Un petit coffret en bois avec un Nœud sans fin de gravé sur le couvercle leur servait de passage. Il suffisait de mettre le parchemin dedans et il disparaissait pour rejoindre le second coffret. Luce passait tout de même de temps à autre dans la chambre de Murtagh pour jouer avec lui. Mais la garde avait été doublée et elle avait du mal à se glisser dans le palais de nuit.

            Le dernier soir du séjour de Luce, elle retourna dans la chambre de Murtagh dans l’idée de le taquiner un peu. Mais lorsqu’elle entra, il n’était pas là. Elle regarda dans le bureau et entrebâilla la salle de bain, mais il n’y avait toujours personne. Elle allait ressortir, lorsqu’elle sentit des bras puissant lui saisir la taille et une tête se posée sur son épaule :

 

-          Je t’ai eu.

 

Elle rit et se retourna dans les bras de son ami. Il se recula d’un pas et lui retira sa capuche. Elle avait sa vraie apparence. Murtagh contempla ce visage aux yeux d’obsidienne, son teint pâle, ses longs cheveux blonds et ondulés. Elle était tout simplement magnifique. Ils se dévisagèrent un moment avant qu’elle ne s’asseye sur le bord du lit et dise :

 

-          Comment as-tu fait pour me surprendre ?

-          Tu m’as dit que ton bracelet empêchait l’exploration mentale, donc je me suis caché derrière la porte et je me suis rendu invisible. J’ai attendu que tu passes près de moi pour t’attraper.

 

Murtagh ferma la porte et s’assit à côté d’elle. Il dit :

 

-          Tu pars demain n’est-ce pas ?

-          Oui, je suis bien obligée. Doran continu de grandir, bientôt il ne sera plus facile de le cacher dans la forêt.

-          Tu vas me manquer, il n’avait pu s’empêcher de prononcer ces mots.

 

Elle sourit et murmura :

 

-          Toi aussi tu vas me manquer. Notre petit jeu me plaisait beaucoup.

 

Elle le regarda avec un sourire, il lui rendit son sourire. Et, sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte, leurs visages se rapprochèrent et leurs lèvres se joignirent dans un baiser long et doux. Lorsqu’ils se séparèrent, ils étaient tous les deux rouges, mais ne regrettaient pas leur geste. Ils s’embrassèrent de nouveau, allant plus loin cette fois. Murtagh l’attira en arrière et ils se couchèrent dans le lit. La serrure de la porte cliqueta et ils furent seuls pour la nuit.

Le lendemain, lorsque Murtagh se réveilla une heure avant l’aube, il vit la jeune femme endormie dans ses bras. Il la contempla avec un sourire. Elle portait un tatouage dans le dos représentant un Triquetra et un autre à la cheville qui représentait lui un Triskell. Il ne connaissait pas vraiment la signification de ces tatouages, mais il s’en fichait pour le moment. Il caressa doucement la courbe de son corps et elle se retourna avec un sourire sur les lèvres, lèvres qui se fondirent bientôt avec celles du Dragonnier. Ils restèrent un moment comme cela, mais l’heure tournait. Luce s’éloigna de Murtagh et lui dit :

 

-          Je dois partir pendant qu’il fait encore nuit.

 

Le jeune homme hocha la tête, il savait que c’était inévitable. Luce se leva et se rhabilla, ne privant pas Murtagh de la vue pour autant. Elle allait sortir lorsque Murtagh dit :

 

-          Luce.

 

Elle se retourna et il ajouta :

 

-          Je t’aime.

-          Moi aussi je t’aime Murtagh.

 

Il sourit et se recoucha pendant qu’elle partait. Luce retourna au Toblerone, non sans difficultés, et prépara ses affaires. À l’aube, elle sella sa jument et dit au revoir aux autres employées ainsi qu’à Barda avant de prendre la route en direction de Belatona. Elle passa facilement les portes et se retrouva dans la campagne. Elle s’assura mentalement que Doran volait au-dessus d’elle avant d’enfourché sa jument et de se mettre en route.

Le deuxième jour, elle se décida à contacter les Vardens et expliqua à Nasuada les raisons de son silence. Elle leur promit de rentrer au plus vite et poursuivit son chemin.

Tous les soirs elle jetait un regard dans son coffret et discutait avec Murtagh sur le parchemin. Ils ne se cachaient plus rien, la dernière nuit avait abolie les dernières barrières qu’il y avait entre eux.

Elle arriva au campement Vardens après six jours de voyage. Nasuada la convoqua immédiatement dans sa tente et lorsqu’elle y entra, Eragon et Arya étaient les seules autres personnes de présentent. Elle salua tout le monde et s’assit sur la chaise que lui désignait la reine des rebelles. Elle raconta ce qui s’était passé lors de sa mission, le vol de l’œuf, l’éclosion, la découverte du vol et son départ. Elle ne s’attarda pas sur les détails comme le fait qu’elle couchait avec Murtagh. Il y eut bien sûr un questionnaire, mais elle passa le test haut la main. Nasuada allait clôturer la réunion, lorsque Luce dit :

 

-          Attendez, il faut que je vous parle d’une chose.

-          Nous t’écoutons.

-          Je vous ai menti en arrivant.

-          Comment ça ? demanda Eragon.

-          Sarah n’est pas ton nom n’est-ce pas, dit Arya.

 

Luce la regarda sans comprendre. L’elfe s’expliqua :

 

-          Tu m’as parlé du souvenir qui te hantait. Et lorsque tu es partie, j’ai eu l’impression que quelque chose n’allait pas. Mais comme Eragon t’avait fouillé l’esprit, j’ai vite chassé cette hypothèse.

-          En fait, il n’a vérifié que sur les deux dernières années, dit Luce. S’il était remonté il y a huit ans, il aurait vu la vérité.

-          Et qui es-tu  demanda Nasuada.

 

Luce soupira, reprit sa vraie apparence et raconta l’histoire avec son amie, elle parla aussi des raisons pour lesquelles elle leur avait menti. C’était juste une habitude pour elle de se faire passer pour son amie d’enfance. Nasuada la comprit et ne lui reprocha pas son mensonge.

Elle contacta ensuite Islanzadì et fit convoquer les autres dirigeants afin de les prévenir de l’arrivée d’un nouveau Dragonnier. Seules Nasuada  et Islanzadì avaient déjà vu Sarah et ils eurent le temps d’expliquer la situation à la reine des elfes avant que les autres n’arrivent. Luce dû répondre à toutes leurs questions, passant parfois sur certaines d’entre elles, trop privées à son goût. Ils durent aussi subir le coup de gueule d’Orin qui reprochait à Nasuada d’avoir encore une fois agi dans son dos. La réunion fut bientôt close, et comme le soleil se couchait, Nasuada désigna le lendemain midi pour la présentation de Luce à tous.

 

Le lendemain, Luce se retrouva sur la grande estrade située au centre du campement et Nasuada fit sa présentation. Pour l’occasion, elle avait revêtu sa tunique aux armoiries des Pendragon. La petite escarcelle à sa taille contenait son argent une dague et la boite de liaison avec Murtagh. Les Vardens étaient assez réticent face à cette fille, mais personne n’osa s’opposer à sa présence, un Dragonnier de plus ne pouvait pas faire de mal. De plus, la prise de la ville était pour le surlendemain, donc l’urgence était là.

Elle passa le reste de la journée au terrain d’entraînement avec Eragon, il l’évalua dans les différentes disciplines, mais il remarqua bien vite qu’elle était plus douée que la plupart des soldats humains. Elle lui avoua avoir participé clandestinement aux tournois organisés par le roi afin d’apprendre le maniement de l’épée et de la lance car il refusait de lui apprendre autre chose que le tir à l’arc. Les soldats qui l’observaient du coin de l’œil changèrent bien vite d’avis à son propos.

Niveau combat physique, ça allait, mais pour la magie… Elle ne comprenait rien à la magie de l’Alagaësia et se bornait à continuer d’apprendre la sienne, qui était vraiment la plus puissante des deux. Eragon parvint tout de même à la convaincre de suivre un enseignement sur l’ancien langage avec l’un des elfes.

La journée suivante se déroula de la même manière. Mais au soir, Luce vit dans le boitier un message inquiétant. Galbatorix avait envoyé Murtagh défendre la ville et il venait d’arriver. Elle lui répondit aussitôt et il lui promit de faire en sorte de ne capturer qu’Eragon. Il voulait tout de même la voir. Elle lui donna donc rendez-vous la nuit même dans la forêt.

Elle passa rapidement les gardes et rejoignit son amant dans une clairière. Il l’attendait en caressant Doran. Elle lui sourit et il la prit dans ses bras avant de l’embrasser. Ils s’assirent contre un arbre et discutèrent un peu, mais ils ne pouvaient s’absenter bien longtemps sans que personnes ne remarque leur disparition. Ils se séparèrent donc à contrecœur et retournèrent dans leur logement respectif, une tente pour Luce et une chambre du palais pour Murtagh.

Le lendemain, les Vardens étaient rassemblés dans la plaine un quart d’heure avant l’aube et dès que le soleil fut levé, ils attaquèrent. Luce portait l’armure qu’elle avait emportée et brandissait une épée elfique que lui avaient fournie les elfes. Eragon était monté sur Saphira et ils allaient brûler toute la muraille lorsque Murtagh els attaqua. Le Dragonnier rouge avait l’esprit plus vif et calme que de normal. Il usait du pouvoir des pierres, tout comme Luce. Il utilisait aussi abondamment les quinze Eldunarì que lui avait fournis le roi. Ils combattirent durant presque tout le siège.

En bas, les Vardens assiégeaient tant bien que mal les murailles, mais la magie de Luce les aida beaucoup. Elle pouvait déplacer facilement des objets par la pensée en passant outre les sorts en ancien langage, ce qui lui permit de bouger, lentement mais sûrement, les trois poutres qui fermaient la porte. Elle but un peu juste après pour récupérer et força les portes à s’ouvrir. Les Vardens poussèrent un hurlement sauvage en voyant les portes s’ouvrir et s’engouffrèrent par la brèche, repoussant les soldats de l’Empire qui ne comprenaient pas pourquoi les sorts protecteurs n’avaient pas marché. Luce regarda Murtagh qui combattait toujours Eragon et effleura son bracelet pour qu’il soit protégé de tout danger. Les elfes étaient tous rassemblés près de la palissade entourant le camp Vardens et leurs esprits étaient tous reliés à Eragon, le soutenant du mieux qu’ils pouvaient.

Luce se jeta dans la bataille avec les autres, aidant du mieux qu’elle pouvait, tirant souvent à l’arc et utilisant aussi ses couteaux de lancer. Ils arrivèrent à la forteresse au moment où les deux dragons sombrèrent dans l’eau. Luce scruta avidement la surface du lac du haut d’une muraille et attendit que Thorn remonte. Elle n’eut pas à attendre longtemps, les deux dragons décolèrent, mais sur le dos de Saphira, il n’y avait plus personne alors que deux combattants étaient juchés en équilibre précaire sur le dos du dragon rouge. Murtagh et Eragon essayaient chacun d’immobiliser l’autre tout en évitant de tomber sous les embardés de Thorn et les attaques de Saphira. De toute manière, s’ils tombaient, ce sera dans le lac donc ils n’avaient pas vraiment à craindre pour leur vie.

Luce redescendit et aida à prendre la forteresse et le gouverneur vivant, mais la menace du dragon rouge était toujours présente. Ils se rassemblèrent dans les rues avec les habitants de la ville et observèrent les deux combattants. Luce espérait ardemment que Murtagh s’en sorte. Un mouvement sur le dragon rouge donna l’issue du combat. Murtagh avait réussi à assommer Eragon et le ramenait tant bien que mal sur la selle où il l’accrocha. Thorn lança ensuite un rugissement en direction de Saphira avant de faire demi-tour, il pouvait facilement noyer les spectateurs dans un torrent de flamme, mais il ne le fit pas et se contenta de lancer une flammèche dans l’eau. Ils partirent ensuite en direction d’Urû’baen.

Les Vardens étaient emprunts de tristesse, mais il ne fallait pas s’arrêter pour autant. Ils se hâtèrent se sécuriser la ville, d’évacuer les blessés et de sécurisé les endroits dangereux où des bâtiments s’étaient effondrés ou avaient pris feu. Saphira se posa dans le camp et poussa un long hurlement de douleur et de tristesse qui interrompit chacun dans sa tâche. Ils comprenaient sa détresse, le Dragonnier était leur seul espoir de victoire face à l’Empire.

Luce quant à elle aida du mieux qu’elle put, mais elle ne partageait pas la douleur des autres, elle s’en fichait bien. Ce n’était pas sa guerre après tout, elle avait juste prit le partie qui lui semblait le plus sûr pour sa personne. Car entre la torture et l’esclavage pour Galbatorix et la liberté et une cause juste du côté des Vardens, le choix était vite fait.

Elle était en train d’aider deux des elfes à éteindre un feu lorsqu’un soldat vint la chercher :

 

-          Il y a quelqu’un qui vous demande.

-          Qui ?

-          Il n’a pas dit son nom, mais m’a demandé de vous remettre ça.

 

Il tendit une amulette sur laquelle le chêne des Druides était représenté. Elle s’en saisit et suivit aussitôt le soldat. L’amulette appartenait à son frère, elle le savait car c’était lui que les Druides avaient bénis. Elle n’avait pas eu cette chance car à ses douze ans, elle était enfermée au château.

Le soldat la conduisit jusqu’à un homme, mais ce n’était pas Jack, c’était Merlin. Ce dernier la salua et l’entraîna à l’écart. Dès qu’ils furent seuls, il dit :

 

-          Ton frère s’est fait exécuté ce matin.

-          Mais pourquoi a-t-il était exécuté ?

-          Il a usé de sa magie pour sauver son apprenti qui tombait dans une cuve remplie de métal en fusion.

-          C’est injuste de tuer quelqu’un alors qu’il a sauvé une vie ! s’écria Luce. Il se conduit exactement comme son père, pourtant il revendique le fait qu’il soit différent. Il a promis aux Druides de les laisser en paix, pourquoi ne le fait-il pas aussi avec tous les sorciers.

-          Parce que c’est un crétin royal. Je suis désolé. Mais hier soir, il m’a demandé de te remettre certaines choses.

 

Il sortit de son escarcelle une lettre et un bracelet de lin contenant les sept pierres, diamant, émeraude, lapis-lazuli, topaze, opale, rubis, améthyste. C’était un protecteur plus puissant que celui que Luce portait déjà. Merlin poursuivit :

 

-          Il aurait voulu te revoir avant de mourir, mais il savait que c’était dangereux pour toi de retourner à Camelote. Il te lègue aussi son collier.

-          Mais seuls ceux bénis par les Druides ont le droit de porter leur symbole.

-          Je leur ai demandé, ils n’y voient aucun problème. Je dois repartir ou cet idiot de Pendragon remarquera mon absence.

-          Merci, de m’avoir prévenue.

 

Merlin hocha la tête et murmura un sort, il disparut dans une rafale de vent. Luce aimerait tellement pouvoir faire de même. Décidément, il était plus puissant qu’elle en magie. Elle avait encore beaucoup à apprendre. Elle retourna au campement après avoir enfilé son bracelet et le collier de son frère. Elle s’enferma dans sa tente et lut la lettre, mais ses yeux se brouillèrent sur la fin. Son frère était tout ce qu’elle n’avait jamais eu. Il l’avait élevée depuis la mort de leurs parents peu après sa première année. Il l’avait éduquée et lui avait appris à user de la magie avec parcimonie. Pourquoi fallait-il qu’il soit exécuté ? Il n’avait fait que sauver une vie !

Elle s’allongea et pleura durant de longues heures, il ne lui restait presque plus rien. Si elle était restée au palais, elle aurait pu le sauver, il serait encore en vie.

 

-          Maudit sois-tu Pendragon ! Prendre mes parents ne t’as pas suffis, il a en plus fallu que tu assassine mon frère ?

 

Il était pire que Galbatorix, il assassinait des gens simplement parce qu’ils avaient usé de magie ou avaient été retrouvés en possession d’objets magiques. Elle se jura de retourner là-bas une fois cette guerre finie et de faire voir à ce chien galeux ce qu’il en coûte de s’en prendre aux siens.

Elle se leva et ouvrit le coffret dans lequel elle trouva le parchemin. Elle écrivit une lettre  Murtagh, lui expliquant ce qui s’était passé et lui parlant de son frère. Lui, il pouvait la comprendre et la réconforter. Il savait trouver les mots justes.

Elle s’allongea ensuite sur son lit de camp et observa le bracelet qu’elle avait au poignet. Il se passait normalement de père en fils, mais son frère n’étant pas marier, c’était elle qui en avait hérité. Elle fit jouer la lumière sur les pierres précieuses et murmura des paroles magiques. Les pierres brillèrent une à une pendant que leurs propriétés respectives s’activaient. Elle sourit tristement et l’enfila de nouveau.

Elle retira son armure qui commençait à peser lourd et se lava avant d’enfiler une tunique rouge, un pantalon noir léger et un gilet noir sans manche et à capuche. Elle sortit de sa tente et se promena dans le campement avec Doran qui la suivait de près dans les airs. Elle sortit de l’enceinte du camp et se rendit au bord du lac, dans un petit bosquet. Il y avait une plage de galet sur la rive du lac et les arbres la protégeaient de la vue des autres. Elle s’assit et observa longuement la grande étendue d’eau. C’était un lac vraiment immense. Il était impossible d’en voir le bout.

Elle resta un moment comme cela, elle avait tout de même emporté son coffret et de quoi écrire dans son escarcelle au cas où Murtagh répondrait à son message. Elle finit par se lever, ramassa quelque galets plats et fit des ricochets en y mettant toute sa douleur et sa tristesse d’avoir perdu son frère et sa haine envers Pendragon. Elle lançait des injures dans la langue des romains qu’elle avait étudiée ou alors en Grec ancien, c’était toujours agréable de pouvoir se lâcher comme cela. Mais une voix se fit dans son dos :

 

-          Si tu continus, il ne risque plus d’y avoir de galet sur cette plage.

 

Elle se retourna et vit Arya. Luce lança une dernière pierre qui rebondit sept fois avant de s’affaler contre un arbre et de demander :

 

-          Depuis quand est-ce que tu es là ?

-          Quelques minutes. Tu disais des choses étranges.

-          Dans mon monde, il y a plein de pays et de langues différentes, c’est utile parfois d’en connaître plusieurs.

-          Mais tu n’arrives pas à apprendre l’ancien langage.

-          Ce n’est pas ma faute si votre langue est complétement tordue.

 

Arya s’assit à côté d’elle et répliqua :

 

-          Pourtant, celle dont tu uses pour faire de la magie n’est pas mieux.

-          Ça c’est sûr, soupira la jeune femme.

 

Arya la regarda, elle semblait vraiment abattue, et quelque chose lui disait que ce n’était pas à cause de la capture d’Eragon. Elle demanda :

 

-          Qu’est-ce qui se passe ?

-          Il se passe que ce bástardos de Pendragon qui a assassiné mon frère simplement parce qu’il avait usé de magie pour sauver son apprenti alors que ce dernier tombait dans une cuve de métal en fusion. Comment peut-on condamné quelqu’un à mort pour avoir sauvé une vie ? Il a bien juré aux Druides de les laisser en paix, pourquoi ne le fait-il pas avec les autres magiciens qui essayent juste de vivre ? J’ai bien l’impression que votre Galbatorix c’est un agneau comparer à lui.

 

Arya la regarda. Son roi devait être bien cruel pour être ainsi comparé à Galbatorix, qui, lui, avait juste exterminé les dragons et les Dragonniers avant de prendre le pouvoir par la force, soit dit en passant. Elle ne savait que dire pour régler le problème de Luce. Elle ne connaissait pas le mode dans lequel elle avait grandi. Elle se contenta de dire :

 

-          Tu devais beaucoup tenir à lui.

-          Il m’a pratiquement élevée. Sarah et lui, ils étaient ma seule famille. Mes parents se sont aussi faits exécuté pour usage de magie, lorsque j’avais deux ans et que je ne maîtrisais pas encore mon pouvoir de télékinésie, ils se sont dénoncés pour réparer une gaffe que j’avais faite. Si Sarah ne s’était pas sacrifiée, toute la famille aurait fini au bucher.

 

Arya hocha la tête et se contenta de rester assise à côté de Luce, elle ne pouvait rien faire pour l’aider. Elle savait pertinemment ce que ça faisait de perdre un être cher, elle avait perdu son père, Faolin, Oromie, Glaedr, Glenwing et certains humains dont la vie était si éphémère. Maintenant, c’était au tour d’Eragon, même s’ils n’étaient qu’amis, elle tenait à lui. Il était vraiment le seul à pouvoir lui faire oublier la guerre et retrouver le sourire durant quelques instants qui ressemblaient à des bulles d’oxygènes. Il était aussi le seul à pouvoir la faire parler de son passé et de ses douleurs.

Elles regardèrent le soleil se coucher à l’horizon derrière les montagnes de la Crête en gardant un silence apaisant. Luce semblait être perdue dans ses pensées et parfois un sourire apparaissait et disparaissait sur son visage, fugitif, tout comme les souvenirs qu’elle ressassait. Elle n’avait prévenu que trois personne du fait qu’elle avait échangé sa place avec Sarah, la première était Merlin, la seconde était Doran et la troisième était son frère. L’épée qu’elle portait au côté était un cadeau de Jack pour ses onze ans. Il l’avait forgée en secret en usant de propriétés magique des pierres et l’avait emmené dans les souterrains pour que Doran y mette une touche finale. C’était une épée magique d’une pureté incroyable, sa sœur jumelle, Excalibure, était la propriété du roi Arthur sans qu’il ne le sache.

Mais bientôt, Arya se leva et lui dit qu’elles feraient mieux de rentrer, elle hocha la tête, jeta une dernière pierre et elles repartirent ensemble au camp. Luce discuta un moment avec Murtagh sur le parchemin, mais finit par aller se coucher, il se faisait tard et elle aurait long à faire le lendemain.