Chapitre 5 : du travail de haut vol

par Ombe

Chapitre 5 : Du travail de haut vol

 

                Le voyage retour se passa bien et ne dura que quatre jours. Ils n’eurent pas de problème avec le temps et arrivèrent donc vers le zénith au campement Vardens. Sarah  n’avait pas beaucoup dormi durant le trajet, ses rêves de son enfance la harcelaient toujours et en plus elle était toujours intriguée et inquiète pour cet homme qui se faisait sûrement torturé dans cette salle. Elle parlait peu et restait plongée dans ses pensées en prétendant dormir ou lire. Heureusement pour elle, elle avait l’habitude des nuits blanches et pouvait tenir cinq jours sans fermer l’œil et sans qu’aucun signe de fatigue n’apparaisse. Eragon et Arya se doutaient néanmoins de quelque chose.

Lorsqu’ils arrivèrent, Nasuada les attendait déjà sous sa tente. Ils s’y rendirent donc rapidement, même si la foule venue les accueillir ne facilitait pas les choses. Ils arrivèrent finalement devant la tente rouge et les gardes les laissèrent entrer après les avoir annoncés à l’occupante de la tente. Nasuada était seule lorsqu’ils entrèrent. Eragon s’inclina et Arya salua Nasuada d’un hochement de tête, quant à Sarah, elle ne fit rien. Nasuada dit :

-          Bon retour parmi nous. J’espère que le voyage n’a pas été difficile.

-          Nous sommes tombés dans une tempête à l’aller, mais sinon rien de bien dérangeant, dit Eragon.

-          Mis à part que Saphira ronfle, grogna Sarah.

La concernée grogna et un nuage de fumé s’éleva de ses narines. Elle protesta fortement dans l’esprit des autres alors qu’Eragon souriait :

« Je ne ronfle pas. »

Les trois compères se regardèrent et Eragon répliqua :

-          Tu devrais t’entendre quand tu dors alors.

La dragonne grogna et les quatre personnes présentes sourirent. Sarah avait réussi à détendre l’atmosphère. Nasuada dit :

-          C’est au moins une bonne nouvelle dans la journée.

-          Pourquoi ? questionna Arya. Il y a des problèmes ?

-          Oui et non. On cherche un volontaire pour voler l’œuf, mais personne n’a envie d’aller se suicider à Urû’baen.

-          Je peux y aller moi, dit Sarah.

Les quatre autres la regardèrent comme si elle était folle. Elle se contenta de dire :

-          Qu’est-ce que j’ai dit de mal ?

-          Tu sais que tu viens de proposer de t’infiltrer dans la forteresse du roi, alors qu’elle est gardée, protégée par magie et que Galbatorix est le plus puissant magicien de cette terre ? demanda Nasuada.

-          Oui. Mais il ne me connaît pas et j’ai une magie différente de la vôtre. Je connais les châteaux et je sais arnaquer et voler facilement.

-          Tu es bien étrange, dit Eragon. Pourquoi une princesse serait aussi une supposée princesse des voleuses ?

-          Je vous l’ai dit, chez moi la magie est proscrite. Il faut donc apprendre à cacher qui on est et a volé les preuves de notre culpabilité si on ne veut pas être prit. C’est tout un métier.

-          Admettons que tu puisses faire ce vol, dit Nasuada. Qu’est-ce qui nous dit que nous pouvons te faire confiance ?

-          Rien du tout. Mais je veux libérer Doran et je le ferais avec ou sans votre accord. Je suis libre et je n’ai aucun compte à vous rendre.

-          Donc, tu comptes le faire quoi que nous disions, conclut Arya.

-          Tout à fait.

Elle avait un air sérieux et son regard brillait de détermination. Nasuada devina qu’elle pouvait se révéler dangereuse et qu’il valait mieux l’avoir de son côté. Elle fit mine de réfléchir, mais elle ne pouvait décemment pas refuser cette aide. Et puis, si Sarah se faisait attraper, elle n’avait aucune information vitale sur les Vardens, bien que ce soit dommage de perdre son pouvoir. Elle finit par acquiescer et dit :

-          Combien de temps te faudra-t-il.

-          Voyons voir… Il faut que j’entre en ville sans qu’il n’y ait de soupçon, que je prépare le terrain, que je vol l’œuf, que je reste un peu pour éviter de paraitre vouloir m’enfuir lorsque je sortirais de la ville.

Elle compta sur ses doigts et réfléchit un peu avant de dire :

-          Minimum un mois, maximum deux mois. Je vous envoi l’œuf dès que je l’ai et je vous rejoins à Belatona.

Nasuada réfléchit avant de dire :

-          Tu as deux mois pour nous l’envoyer, après nous considèrerons que tu t’es faite attrapée.

-          D’accord. Ce n’est pas la peine de vous inquiéter pour moi si je suis capturée, je me suis déjà enfuit cinq fois des geôles du roi.

-          Ce sera différent là, répliqua Arya. Tu ne connais rien des tortures qu’inflige le roi aux espions s’il ne leur fait pas la grâce de les tuer.

-          Peut-être, mais je n’ai pas peur. Ce n’est sûrement pas ça qui va déranger mes nuits. Sur ce, au revoir.

-          Tu pars maintenant ? demanda Eragon.

-          Non, dans deux ans, répliqua ironiquement Sarah.

Elle sortit alors que le jeune homme prenait un air vexé. Arya resta impassible et plongée dans ses pensées. Elle savait ce qui dérangeait les nuits de Sarah, mais elle commençait à douter d’une chose. Elle chassa rapidement ce doute de son esprit en repensant au fait qu’Eragon avait fouillé l’esprit de la jeune femme à son arrivée. Ils discutèrent tous les quatre durant un moment avant que Nasuada ne les libère.

Sara se rendit aux écuries et convainquit un jeune palefrenier de lui vendre un cheval, elle usa un peu de son don à voler les gens pour payer la jument avec l’argent qui se trouvait auparavant dans la poche d’Eragon. Elle partit ensuite après avoir pris des provisions dans les cuisines. Elle avait déjà sa petite idée de la manière dont elle allait infiltrer le château. Elle devrait juste faire quelques achats au passage.

Elle chevaucha durant six jours et demi avant d’arriver en vue de la ville. Elle se changea et enfila une robe simple qu’elle avait achetée dans un petit village sans histoire où elle s’était arrêtée pour la première nuit. Elle arriva au soir et passa la porte avec un groupe de paysan, les gardes ne semblaient pas très regardants sur l’identité des personnes entrant et sortant. C’était étonnant que les Vardens n’aient pas réussi à y infiltrer un espion.

Elle se rendit directement à l’une des tavernes qui se trouvaient non loin du palais, l’endroit parfait pour guetter et en apprendre plus sur les allées et venues des courtisans et courtisanes du château. Elle attacha sa jument à l’entrée et poussa la porte. Lorsqu’elle entra, elle vit qu’il y avait pas mal de riches assis aux tables, c’était une auberge hors de prix pour de simples soldats, elle ne risquait pas d’avoir d’ennuis.

Elle se dirigea vers le barman et ce dernier lui dit :

-          Au vue de vos vêtements, vous n’avez pas de quoi payer.

-          Je ne viens pas pour louer une chambre, mais pour savoir si vous recrutez.

Il la lorgna tout en continuant d’essuyer le verre qu’il avait à la main. Il finit par lâcher :

-          Vous avez des raisons de pensé que je pourrais vous engager ?

-          Eh bien, je sais écrire, je travaille dur et je peux tenir cinq jours sans dormir. Je ne demande pas d’argent, juste une chambre et à manger.

-          Vous savez gérer les bagarres ? Il y en a souvent ici.

-          J’ai grandi dans les mauvais quartiers de Dras Leona. Les altercations, je m’y connais un peu.

Le gérant sourit avant de poser ce qu’il avait dans les mains et de sortir un parchemin et de quoi écrire de sous le comptoir. Il posa le tout sur la table et dit :

-          Remplissez le formulaire et c’est d’accord.

Sarah sourit avant de prendre la plume et d’écrire son nom, son âge, sa ville d’origine, sa situation familiale, ses motivations et le salaire quelle demandait. Elle reposa la plume et tendit le parchemin au barman. Il dit :

-          Désolé, c’est le protocole. Le roi surveille les nouveaux arrivants. Jolie écriture au fait.

-          J’ai travaillé dans une bibliothèque avant de venir ici.

-          Une bibliophile ?

-          Pas vraiment. Je peux savoir votre nom ?

-          Bien entendu, je m’appelle Barda, bienvenue au « Toblerone ». Venez, je vais vous montrez les logements de fonction.

Il appela l’une des filles qui servait les clients et elle le remplaça derrière le bar pendant qu’il emmenait Sarah à l’arrière. Il  avait une cuisine où plusieurs filles travaillaient et toutes portaient le même uniforme de travail. Barda dit à Sarah alors qu’il prenait un petit escalier montant dans les étages :

-          Je prends soin de mes employées. Mais parfois je dois m’absenter et certains clients, quand ils ont un peu trop bu, en profite pour les aborder de façon plus ou moins controversée. C’est pour cela que la plupart des filles travaillent en cuisines ou au ménage des chambres, seules celles qui savent se défendre vont dans la salle le soir. Toutes mes employées portent le même uniforme, je vous fournirais le vôtre tout à l’heure. En attendant, ils étaient arrivés devant une porte, voilà où vous allez loger.

Il sortit une clef de sa poche et ouvrit la porte sur une chambre standard. Elle était propre et rangée mais ne contenait pas beaucoup de mobilier. Un lit, une commode et une chaise devant un petit bureau. Le tout était en bois de pin, le moins chère du marché. Le parquet et les murs étaient en lambris claire, ce qui faisait que le soleil qui entrait par la fenêtre éclairait bien la pièce. Sara entra et jeta un coup d’œil dehors, elle vit que sa chambre donnait sur l’entrée du château où des nobles discutaient tout en circulant entre la ville et le palais. Barda ajouta :

-          Le service commence dès l’aube et se termine souvent très tard le soir.

-          D’accord. Ce n’est pas un problème.

-          Insomniaque ?

-          Oui.

-          J’ai vue dans la fiche que vous aviez un frère, que fait-il ?

-          Il est forgeron, enfin jusqu’à ce qu’il ait assez d’argent pour s’acheter un établissement et ouvrir une auberge. Il ne devrait pas tarder à y arriver, il travaille dur. Dès qu’il aura bien démarré son affaire, je le rejoindrais.

-          Pourquoi venir à Urû’baen dans ce cas ?

-          Il veut que j’apprenne à travailler sous les ordres de quelqu’un. Je suis du genre indépendant donc assez réticente à obéir.

-          Je vois. J’espère que vous ne poserez pas de problème ici.

-          Ne vous inquiétez pas, je serais sage. Quand est-ce que je commence ?

-          Dès que vous aurez déposé vos affaires et enfilé votre uniforme.

Elle hocha la tête avant de poser son sac sur le lit. Le propriétaire allait partir lorsqu’elle dit :

-          Au fait, est-ce qu’il reste une place dans votre écurie ? Je ne voudrais pas qu’on me vole ma jument.

-          Bien sûr. Je vais demander à ce que l’on la conduise dans les stalles.

Sarah le remercia et il partit. Elle sortit alors son livre et le cacha sous le matelas avant de sortir la robe de soirée qu’elle avait emportée de chez elle. Elle la compara aux vêtements des courtisanes et vit qu’elles étaient semblables. Elle n’aura aucun mal à entrer au château. Elle rangea la robe dans l’un des tiroirs et rangea ses autres affaires dans les autres.

 Sarah resta une semaine en observation, elle avait remarqué les groupes réguliers qui passaient dans la rue et savait à quel moment entrer dans le palais. Elle allait profiter de la fête organisée par Galbatorix pour les riches et les nobles. Il cherchait à se faire bien voir du peuple pendant cette guerre, une réaction classique qu’elle avait déjà vu en temps de guerre.

Elle avait beaucoup travaillé durant la semaine, elle eut d’ailleurs droit à trois bagarres, ce qui l’amusa beaucoup. Barda avait une façon bien à lui de régler les problèmes liés à la casse du matériel lors des altercations, il faisait payer deux couronnes par tous les participants à la fin de chaque bagarre et ceux qui refusaient allaient au pilori. Barda avait obtenu l’autorisation du roi pour cela, c’était l’une des raisons de sa loyauté envers le tyran.

Sarah était devenue amie avec les autres employées du « Toblerone » et s’était faite très appréciée de Claire, une fille faible qui restait très souvent aux cuisines et quittait rarement la protection du comptoir. Sarah l’avait sauvé une fois de clients trop ivres qui rentraient dans leur chambre qu’elle était en train de nettoyée.

 

Un soir, elle alla le voir afin de régler une affaire, la fête était le lendemain. Il était dans son bureau en train de faire ses comptes. Elle frappa à a porte et il releva la tête, il dit avec un sourire :

-          Sarah. Que veux-tu ?

-          Je voulais vous demander une chose et vous prévenir d’une autre.

-          Et bien dit moi d’abord ce qui se passe.

-          Eh bien, mon frère a trouvé un local, il emménage dans deux jours. Il veut que je le rejoigne dans trois semaines.

-          Je vois, donc tu ne restes plus très longtemps. C’est dommage, tu es une bonne employée. Et que voulais-tu me demander ?

-          Je n’ai pas arrêté de travailler. Est-ce que je pourrais avoir ma soirée de demain ?

-          Je pense que c’est possible. Claire et Cindy prennent aussi leur soirée. Elles veulent essayer de se joindre aux domestiques pour la fête du roi.

-          C’est si attrayant que ça ? Je pensais que les nobles et tout ce chichi était plus ennuyeux qu’autre chose.

-          Oui, mais il y aura des riches, et sûrement des employeurs en manque de personnel. C’est mieux payé et très recherché.

-          Je leur souhaite bonne chance en tout cas. Enfin, ce n’est pas tout ça mais j’ai du travail. Merci encore.

-          De rien.

Sarah sourit avant de sortir et de retourner travailler dans la salle. Elle écoutait surtout les conversations tout en servant les repas et les choppes d’hydromel ou de bière. C’était une grande auberge, et malgré le prix, elle était très prisée et souvent pleine de client. Ce n’était donc pas étonnant que Barda ait dix-huit employées.

Le lendemain soir, elle sortit avec son sac et se rendit dans une autre auberge sous sa vraie identité. Elle paya une chambre avec le reste de son argent et se changea avant d’aller rejoindre discrètement le groupe de riche qu’elle avait remarqué plus tôt. Elle était bien coiffée, maquillé juste ce qu’il fallait et portait des chaussures de bal. On pouvait la confondre avec l’une des dames de la cour, et en plus elle était habituée des châteaux et du protocole, ce qui la défaisait de tout soupçon. Elle connaissait les sujets de conversation les plus souvent utilisés lors de ce genre de fête, elle allait pouvoir suivre plus ou moins.

Elle entra facilement et une fois dans la salle de bal, elle se fondit dans la foule. Toutes les femmes, ou presque, avaient un petit sac dans lequel elles rangeaient leur maquillage d’attaché à leur taille, donc celui de Sarah n’étonna personne. Bien vite, un groupe de courtisane l’invita à se joindre à elles. Elle discuta un moment avec elles, jusqu’à ce que le roi ne fasse son apparition.

Il fut annoncé par des trompettes. Il arriva accompagné d’un jeune homme au visage encadré par des cheveux noirs qui boitait légèrement. Son regard gris-bleu était perçant et intelligent, mais Luce y décela une pointe de douleur et de tristesse. Elle était certaine de l’avoir déjà vu quelque part. L’une des femmes murmura quelque chose à côté d’elle :

-          Vous avez vu Murtagh ? Je me demande pourquoi il boite.

-          Peut-être qu’il s’est fait battre par l’un de ses adversaires, pouffa une autre.

-          Bien fait pour lui, ça lui apprendra à se pavaner dans les couloirs, ajouta une troisième.

Luce ne commenta pas. Les personnes qui chuchotait lors de l’arrivé du roi se turent aussitôt qu’il eut pris la parole :

-          Je vous souhaite la bienvenue en ma demeure pour cette fête. J’espère que cette soirée vous sera agréable. Mais ne nous attardons pas en bavardage, que le festin commence.

Les convives applaudirent, Luce aussi avant de prendre place autour des quatre grandes tables placées dans la grande salle, dégageant ainsi la piste de dance. Luce s’assit avec le groupe qu’elle avait rejoint à la table du roi. Ce dernier était assis en bout de table et Murtagh était installé à sa droite. Les serviteurs arrivèrent et servirent les plats. Luce observa discrètement Murtagh, elle se souvenait où elle l’avait vu et ce n’était sûrement pas à cause d’un duel perdu qu’il boitait. Enfin, même si la torture qui en était la cause n’était que la conséquence de son combat contre Oromis et Glaedr.  Il semblait se tenir tranquille et ne parlait que par politesse. Il observait surtout les convives. Luce se concentra sur les discutions en cour et essaya de l’oublier, mais elle tournait souvent son regard vers lui. Elle remarqua à sa taille un trousseau de clef, c’était sûrement celles permettant l’accès à la crypte où devaient être rangés tous les objets de valeur du roi, dont l’œuf. Luce cachait parfaitement ses pensées derrière un mur suffisamment fort pour résister aux attaques et suffisamment discret pour que personne ne le remarque.

Le repas se déroula bien et bientôt arriva l’heure de prendre place sur la piste de dance. Luce se leva et allait s’isolé un moment, elle détestait danser, mais une voix la retint.

-          Excusez-moi, mais seriez-vous tentée par une dance.

Elle se retourna en espérant ne pas voir un abrutit de noble, elle ne fut pas déçue. C’était Murtagh. Elle remarqua le regard de certaines femmes et se demanda si c’était une bonne idée d’accepté. Elle finit par dire :

-          D’accord. Mais je tiens  vous prévenir, je ne danse pas très bien.

-          Ce n’est pas grave, dit le jeune homme avec une ombre de sourire sur le visage. Pourrais-je savoir votre nom.

-          Bien entendu. Je me nomme Luce.

-          Enchanté Luce, je suis Murtagh, même si vous devez déjà le savoir.

Elle hocha la tête et Murtagh l’invita à le rejoindre sur la piste. Elle accepta avec un petit sourire et ils dansèrent durant un moment. Il ne se débrouillait pas si mal que ça. Elle tenta de faire de son mieux, mais elle avait rarement dansé aux soirées organisées par le roi.

Elle finit par se décider à passer à l’action. Elle fixa deux seconde un groupe de danseur et ses yeux brillèrent une seconde. Une bousculade monstre se fit et attira l’attention de toutes les personnes présentes. Luce profita du bruit et de la distraction produite par l’incident pour faire une copie des clefs de Murtagh par magie et glissa le trousseau ainsi obtenu dans son sac. Murtagh se tourna de nouveau vers elle et dit :

-          C’est bien la première fois que j’assiste à ce genre de bousculade.

-          Il devait y avoir plus d’un maladroit dans le tas, sourit doucement Luce.

Il eut un sourire, et un vrai cette fois, avant de la prendre par le bras et de l’entraîner dans un coin pendant que les convives se remettaient et s’éparpillaient dans la salle. Ils s’assirent tranquillement et Murtagh demanda :

-          D’où est-ce que vous venez ?

-          De Dras Leona, mon père est marchand là-bas. Mais il ne pouvait pas venir et m’a donc demandé de prendre sa place. Je n’étais allée qu’à une seule réception avant celle-là.

-          Je m’en doutais un peu. Vous n’aviez pas menti en disant que vous ne saviez pas danser.

-          C’est bien vrai. Mais personne n’est parfait.

-          C’est vrai.

Elle sourit et ils discutèrent encore un moment de tout et de rien. Luce faillit en oublier sa mission, elle s’amusait bien avec lui. Mais la fête arriva bientôt à sa fin. La nuit était noire et les étoiles brillaient dans le ciel. Murtagh raccompagna Luce à la sortit et lui souhaita bonne nuit en lui disant que la soirée avait été plus agréable que prévue en sa compagnie. Elle lui retourna le compliment avant de prendre le chemin de l’auberge où elle avait loué sa chambre. Elle s’enferma dans sa chambre et se changea, se démaquillant et attachant ses cheveux en une natte serrée. Elle enfila une tunique légère et une veste noire à capuche. Elle attacha son poignard à sa taille, récupéra son sac et son livre avant de prendre l’apparence de sa servante lorsqu’elle était au château, il valait mieux qu’on ne la reconnaisse pas.

Elle sortit par la fenêtre après s’être assurée que la rue était vide Elle retourna à l’entrée du château et passa les gardes lors de la relève. Elle entra et se rendit là où il y avait les voûtes. Le château était assez semblable à celui des Pendragon. Elle arriva dans les escaliers et vit trois gardes qui jouaient aux dés devant la grille permettant d’accéder aux trésors. Elle remarqua le pichet de vin et sortit sa fiole de somnifère de sa poche. Elle l’ouvrit et déroula le fin fil d’argent relié à un petit poids jusqu’à ce qu’il arrive au-dessus du pichet. Elle boucha ensuite le goulot de la fiole avec son pouce afin que le liquide goutte le long du fil et tombe grâce au leste dans le vin. Elle remonta rapidement le fil et attendit.

Les gardes ne tardèrent pas à se servir à boire et s’endormir après quelque secondes. Luce descendit en silence et sortit le trousseau de clef de sa poche. La grille était sûrement protégée par magie, mais si on avait la clef, c’était plus facile de passer. Enfin, elle l’espérait. Elle examina la serrure et y inséra la bonne clef. Elle pouvait déterminer quelle clef entrait dans une serrure en regardant la façon dont elle était faite. La grille avait une serrure d’argent, la seule clef en argent se glissa facilement dans la serrure. Elle tourna et un déclic se fit, une sorte de voile opaque ondula avant de disparaitre. Elle poussa la grille et entra, elle n’avait pas beaucoup de temps. Elle était certaine que le roi avait fait en sorte d’être averti dès que la grille était ouverte.

Elle fouilla durant cinq bonnes minutes avant de trouver dans le fond de la salle trois piédestaux avec des coussins. Seul celui du milieu était occupé par une magnifique pierre émeraude, ou plutôt un magnifique œuf émeraude filamenté d’argent. Elle s’en approcha et remarqua d’autres sorts, elle n’allait décidemment pas y arriver.

 Elle observa prudemment l’œuf et sentit plus qu’elle ne le vit la magie qui entourait le coussin et le piédestal. Une idée commença à germer dans son esprit, et si sa magie était plus puissante que celle de l’Alagaësia ? Elle se concentra et une lueur enflammée passa dans ses yeux. L’œuf se souleva doucement, aucun piège ne se déclencha. Elle le fit léviter hors du champ de protection et le déposa dans son sac sans le toucher. Elle plaça ensuite de la même manière un leurre sur le coussin.

Dès qu’elle fut certaine que la disparition de l’œuf n’allait pas être découverte de sitôt, elle sortit et referma la grille. Elle s’occupa ensuite de faire disparaitre assez de vin pour que l’on croie que les gardes s’étaient endormis livres.

Pour le moment, tout se passait bien. Elle remonta en silence les escaliers et allait sortir lorsqu’elle fit un crochet. Elle voulait le voir. Si elle e souvenait bien, les quartiers des personnes de hauts rangs se situaient dans l’aile Nord. Elle se dirigea dans cette direction avec la discrétion de voleur qu’elle avait acquise à force de devoir se faufiler dans la ville ou dans le château de nuit alors que les gardes cherchaient un sorcier. Elle esquivait les soldats et les courtisans qui rentraient de la réception. Elle se glissait dans les ombres et lorsqu’on croyait la voir, elle disparaissait.

Elle finit par arriver dans l’aile Nord et trouva la chambre qu’elle cherchait grâce aux murmures qu’elle entendait sur son passage. Elle l’entrouvrit dans le plus grand des silences et vit que Murtagh se préparait à se coucher. Elle vit dans son dos nu les marques de tortures, mais aussi une large cicatrice qui lui barrait le dos. Elle attendit en silence, dans les ombres jusqu’à ce que la lumière à l’intérieur de sa chambre ne s’éteigne. Elle se glissa à l’intérieur et usa de toute son habileté pour poser un bracelet et un parchemin sur la table de nuit du jeune homme. Elle sortit ensuite son livre de son sac et trouva une formule qu’elle murmura. Ses yeux brillèrent une seconde avant qu’elle ne range son livre et ne sorte. Sur le parchemin se traçaient des glyphes et le bracelet, d’apparence ordinaire, tressé de cordelettes épaisses en coton avec une opale au centre, baigna d’une douce lumière alors que l’opale se chargeait de pouvoir.

Sarah retourna à l’auberge prendre ses affaires, reprit l’apparence de son amie et rentra pour dormir dans sa chambre chez Barda.

Le lendemain matin, elle se réveilla à l’aube, Claire la secouait légèrement en lui disant qu’il fallait se remettre au travail.

-          J’arrive dans deux minutes Claire. Le temps de me laver et m’habiller.

-          Dépêches-toi.

Elle hocha la tête et Claire sortit. Sarah s’assit au bord de son lit et se glissa à terre, elle souleva la latte de parquet branlante qui cachait efficacement toute preuve pouvant prouver qu’elle était à la soirée et surtout, l’œuf. Elle le sortit et l’observa un moment. Elle avait nettement moins envie de l’envoyer aux Vardens. Elle l’enveloppa dans une bande de tissu et le replaça dans sa cachette. Elle s’habilla ensuite de l’uniforme après avoir fait une toilette sommaire et descendit aider aux cuisines avant d’aller en salle.

 

Lorsque Murtagh se réveilla, il sentait une odeur étrange dans sa chambre. C’était une odeur de femme, il était pourtant certain d’avoir interdit l’accès à ses appartement lorsqu’il dormait. Il se redressa et chercha le moindre changement dans sa chambre. Il remarqua un objet posé sur son bureau. Il s'en approcha et vit un parchemin et un bracelet. Il ouvrit le parchemin et lut le texte :

 

Murtagh, tu ne me connais peut-être pas et c’est normal, je ne suis pas originaire d’Alagaësia. Je sais que tu souffres des tortures que t’infliges Galbatorix et je désire t’aider. Pour te prouver ma bonne volonté et aussi le fait que ce n’est pas un piège, tu n’as qu’à regarder tes blessures et tu comprendras.

 

Murtagh passa la main dans son dos avant de se précipiter vers le miroir et de regarder. Il n’y avait plus trace de torture ni… La cicatrice que lui avait infligée son père et qui lui apportait tant de haine, de honte et de douleur avait disparue. Il n’en revenait pas, il avait essayé des centaines de fois de l’effacée par magie depuis qu’il était Dragonnier. Il faillit éclater d’un rire joyeux, mais son mystérieux bienfaiteur l’intriguait toujours. Il retourna vers le bureau et lut la suite :

 

Maintenant que tu as vu ce que j’avais fait, j’espère que tu accepteras mon aide. Je veux sincèrement te délivrer de tes serments envers Galbatorix. Mais je ne pourrais y parvenir que si tu consens à me faire confiance. Je ne connais rien de toi et je n’ai aucun préjugé car je sais qu’il ne faut pas se fonder sur les rumeurs pour découvrir la nature d’un homme.

Quant à moi, je viens d’un pays nommé Albion. Tu ne le connais pas, je suis la seule représentante de mon peuple ici. Chez moi, ceux pourvus de magie son condamnés à mort si on les découvre, ce qui m’a forcé à fuir. J’ai usé d’un sort pour parvenir dans votre monde où la magie est autorisée. Mais j’ai bien vite découvert qu’elles étaient toutes les deux différentes. Je n’ai aucun ami ici et je n’ai pour le moment aucun camp dans la guerre qui fait rage.

J’ai passé les huit dernières années de ma vie sous une fausse identité pour éviter que mon peuple ne sache que j’avais le don de la magie. Je suis désolée de t’avoir menti hier soir, mais une partie des choses que je t’ai dévoilées son vraies.

Mais je vais m’arrêter là pour le moment. Tout ce que je veux savoir, c’est si tu acceptes mon aide. Réponds moi sur ce parchemin et laisses-le là où tu l’as pris, je le trouverais. Et si tu acceptes, prends le bracelet, il protégera ton esprit contre les intrusions. La magie d’Albion qui l’imprègne est bien plus puissante que celle d’Alagaësia. Même Galbatorix ne pourra détruire son pouvoir.

Lucena.

 

Murtagh reposa le parchemin en observant le bracelet. Il devina que son auteure n’était autre que Luce, la fille qu’il avait remarquée lors de la fête. Elle lui avait plu en un regard. Il devinait maintenant que les apparences étaient souvent trompeuses.

Il relut deux fois la lettre avant de prendre une plume et d’écrire sa réponse. Il enfila ensuite le bracelet et se rendit dans sa salle de bain afin de se préparer pour le conseil du matin. Il occupa sa journée en pensant à la mystérieuse lettre, mais en maintenant un masque d’impassibilité sur son visage. Si Luce pouvait réellement le libérer, le roi ne devait en aucun cas découvrir leur contacte. Il était néanmoins décidé à attendre ce soir-là pour voir la jeune femme.

 

Sarah travailla dur toute la journée, elle réussit néanmoins à s’arranger pour pouvoir sortir la nuit. Elle retourna au château sous sa vraie apparence.

Elle passa encore une fois facilement les gardes. Elle retourna à l’aile Nord et attendit comme la dernière fois que la lumière s’éteigne dans la chambre de Murtagh. Elle dressa l’oreille aux aguets avant de se glisser sans le moindre bruit dans la chambre. Murtagh était dans son lit et elle écouta sa respiration. Il faisait semblant de dormir, elle sourit avant de se rendre dans le bureau sans emmètre le moindre son. Elle murmura une formule pour que son message se grave comme la dernière fois après avoir lu la réponse de Murtagh.

Elle savait qu’il s’était levé de son lit en l’entendant. Elle attendit un peu, se retourna et le vit dans l’encadrement de la porte. Une capuche couvrait le visage de la jeune femme. Elle sourit avant de tendre la main devant elle, la porte se ferma et le temps que Murtagh réussisse à l’ouvrir, elle avait disparu dans les ombres des murs. Il entra et s’avança vers le bureau. Luce quitta le coin sombre où elle se trouvait et sortit par la porte. Murtagh se retourna au moment où son sac disparaissait de l’encadrement de la porte. Il sortit et vit la porte de sa chambre se refermer. Elle était douée.

Il prit le parchemin et lut la réponse de la jeune femme qui continuait de s’écrire. Il lut aussi le message qu’il avait laissé :

 

Je ne sais pas si je fais le bon choix, mais je pense que je vais t’écouter. Je te remercie de m’avoir soigné et débarrassé de cette marque. Je ne sais pas si tu sais ce qu’elle représentait pour moi. C’est mon père qui me l’avait faite lorsque j’avais cinq ans, il avait trop bu et avait lancé son épée sur moi. Si un soigneur n’avait pas été dans le coin, j’en serais mort.

Je veux en savoir plus sur toi, tu me semble bien mystérieuse et je ne sais pas si je dois croire en ton histoire. Le fait que tu viennes d’un autre monde est assez dur à accepter, mais je vais te faire confiance.

Pourrais-tu m’expliquer un peu mieux le principe de fonctionnement du bracelet que tu m’as donné, car to premier message n’était pas très claire.

En espérant que tu ne te feras pas prendre par le roi…

Murtagh.

 

Je suis heureuse que tu acceptes de me parler. Je ne savais pas pour ta cicatrice, je pensais que c’était aussi une marque de torture donc je l’ai soignée en même temps que le reste. Cela me réjouit cependant que mon geste t’ait débarrassé de cette marque.

Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai passé presque toute ma vie à me cacher et à apprendre à ne pas me faire remarquer. Le roi ne risque pas de m’attraper, à moins qu’il ne soit aidé. C’est pour cela que je te demande de ne pas laisser ce rouleau à porter de n’importe qui. Laisses-le sur le bureau le soir pour que je le récupère, mais sinon ranges-le en sécurité.

Pour ce qui est de moi. Je suis née dans une famille de forgeron, ce qui m’a donné une ou deux notion mais mon frère a refusé que j’apprenne la ferronnerie. Il m’a presque élevée car nos parents sont morts alors que j’avais deux ans. C’étaient tous deux des magiciens talentueux mais ils se sont fait attraper et ont été condamnés au bucher. J’ai hérité de leurs dons et Jack m’a appris les bases et à ne pas me faire prendre.

J’avais une amie, elle s’appelait Sarah, c’était la fille du roi. Elle savait pour mes pouvoirs, mais elle croyait que la magie n’était ni bonne, ni mauvaise, et elle avait raison, la nature de la magie est définie par la personne qui s’en sert. Malheureusement, lorsqu’on avait dix ans, nous avons fait une chose idiote. Nous envions toutes les deux la vie de l’autre et je lui ai proposé d’échanger nos places durant deux jours. Mais les gardes nous arrêtèrent alors que nous venions de faire l’échange. Ils ont accusé Sarah d’être une sorcière alors qu’elle avait mon apparence. Je voulais qu’on reprenne notre place, mais elle refusa. Elle disait que ma vie avait plus d’importance que la sienne. Je comprends plus ou moins pourquoi. Elle était atteinte d’une grave maladie qui l’aurait faite s’éteindre à l’âge de dix-neuf ou vingt ans. Alors que moi, j’avais toute ma vie devant moi. Elle mourut à ma place.

Ce jour-là, je me suis jurée de vivre pour elle jusqu’à mes vingt ans, promesse que je ne parviens plus à tenir. C’est pour cela que je suis venue ici, en plus du fait que la magie est interdite chez moi.

Mais assez parler de moi.

Le bracelet marche plutôt simplement, tu as juste à le porter. Il est actif en permanence, mais le seul inconvénient, c’est qu’il ne te permet pas d’atteindre l’esprit d’autres personne. Il isole totalement ton esprit, bien que tu doives pouvoir garder ton lien avec Thorn. Personne ne peut t’attaquer mentalement, si on essaye on tombe sur une muraille de calme implacable.

N’essaye plus de me surprendre, je te prendrais à chaque fois de vitesse. Mais tu peux toujours essayer de m’attraper, en ville j’ai conservé l’identité de mon amie. Je ne suis en Alagaësia que depuis quelques semaines, à toi de me trouver.

Autre chose, le nom que je porte, Lucena, est celui que m’ont donné les druides, mais j’utilise plus couramment Luce. Donc tu peux m’appeler comme tu veux.

Lucena.

 

Murtagh reposa la lettre et sourit, elle lui plaisait et son défit aussi. Il rangea la lettre dans un tiroir qu’il ferma à clef et il accrocha cette dernière à son cou avec un cordon. Il partit ensuite se coucher.

 

Sarah retourna à l’auberge et s’enferma dans sa chambre, elle avait maintenant un camarade de jeu. Un jeu dangereux où elle risquait sa vie certes, mais ce jeu lui plaisait. Elle souleva la latte de parquet et se décida à envoyer l’œuf aux Vardens. Elle le saisit et le déballa. Elle savait que Doran était à l’intérieur et qu’il représentait son seul espoir de bénéficier des conseils de son ami. Elle allait prononcé la formule lorsque la surface de la coquille se craquela…