Chapitre 4 : Gil'ead

par Ombe

Chapitre 4 : Gil’ead

 

Le second jour de vol se passa bien, ils n’eurent aucun problème. Ils se posèrent au soir sur l’une des rives du lac Woadarc. Ils montèrent rapidement le camp et mangèrent. Sarah parlait peu et préférait lire son livre plutôt que de participer à la discussion entre Eragon et Arya. Elle écoutait néanmoins très attentivement ce qui se disait. Ils parlaient de leur arrivée chez les elfes, Arya semblait assez anxieuse. D’après ce qu’entendait Sarah, elle avait été emprisonnée là-bas par un Ombre. Elle fut intriguée par cela et chercha le mot dans son livre. Une Ombre était un mort qu’on avait ramené à la vie, il n’était plus que l’ombre de lui-même et n’avait plus aucun souvenir de son passé, il n’obéissait qu’à celui qui l’avait invoqué. Elle demanda néanmoins :

 

-          Qu’est-ce qu’un Ombre ?

 

Ils se tournèrent vers elle et Eragon dit :

 

-          C’est un sorcier qui a été possédé par des esprits.

-          Les esprits des morts ?

-          Non, répondit calmement Arya. Nous ne connaissons pas leur origine, mais ce ne sont pas des fantômes.

-          À quoi ressemblent-ils ? Les esprits.

-          Ce sont des boules de lumière qui changent de couleur et de forme au grès de leur envies, dit Eragon.

-          Mais qu’est-ce que tu voulais dire par « possédé » ?

-          Lorsqu’un sorcier invoque des esprits et que ces derniers sont trop puissants pour lui, ils prennent possession de son corps, expliqua Arya. Le seul moyen de les tuer est de leur transpercer le cœur. 

-          Donc si on les décapite ou les tue d’une autre façon, ils ne meurent pas, conclu la jeune fille.

-          Effectivement, ils disparaissent et réapparaissent dans un autre endroit. Très peu de personnes survivent après en avoir tué un, Arya et moi faisons partie de ces rares personnes.

 

Sarah hocha la tête. Elle avait plein d’autres questions, mais Saphira leur rappela l’heure tardive et ils décidèrent des tours de gardes. Sarah prenait le dernier, mais elle était certaine de se réveiller bien avant.

                Le lendemain, ils partirent à l’aube, mais une tempête les cueillit au milieu de la grande plaine qu’ils survolaient. Ils durent attendre une demi-journée avant de pouvoir repartir.

                Ils arrivèrent finalement chez les elfes au soir du quatrième jour. Lorsqu’ils atterrirent, la reine suivit d’une délégation elfique les attendait. Ils descendirent tous les trois du dos de Saphira et Sarah resta un peu en retrait. Elle ne tenait pas vraiment à se faire remarquer. Eragon et Arya échangèrent un salut avec la reine et cette dernière dit, après avoir jeté un regard à Sarah :

 

-          Je vous souhaite la bienvenue à Gil’ead, bien que les circonstances de votre venue ne soient pas des plus joyeuses. Je suppose que le voyage a été épuisant, donc nous parlerons demain. Des elfes vont vous menez à vos tente.

-          Merci mère, répondit Arya.

 

Sarah les observa toutes les deux et vit, qu’effectivement, elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Elle n’eut pas le temps de s’interroger, un elfe aux yeux noirs et aux cheveux d’argent avec des griffes aux deux pouces, lui faisait déjà signe de le suivre. Elle s’exécuta et il la conduisit à une tente non loin de la ville et d’une forêt. Sarah remarqua que la ville ressemblait surtout  une immense place forte, des murailles entouraient des casernes de bois et la citadelle n’était pas très accueillante.

Elle entra rapidement sous sa tente et posa son sac sur la table avant d’en sortir un petit sac. Elle voulait dormir tranquillement pour cette nuit, elle prit donc l’une des potions somnifères que lui avait données Merlin avant qu’elle ne parte. Il ne lui en restait que cinq, mais elle en avait vraiment besoin. Elle se coucha et avala la petite fiole avant de fermer paisiblement les yeux, tout en sachant qu’elle ne rêverait pas cette nuit-là.

Le lendemain, elle ne se réveilla qu’une demi-heure après l’aube. Elle était bien reposée et de bonne humeur. Elle se lava et s’habilla d’une robe avant de sortir, son sac contenant son livre en bandoulière. Un elfe aux longs cheveux noirs et aux yeux marron clair la rejoignit et lui dit :

 

-          Bonjour, je suis Batildor, la reine Islanzadì m’a chargé de vous servir de guide et de répondre à vos questions. Je dois aussi vous prévenir que vous avez votre journée.

-          Merci. Où sont les cuisines ?

 

L’elfe eut un sourire avant de lui faire signe de le suivre, ce qu’elle fit. Il l’emmena jusqu’à une grande tente d’où sortaient plusieurs elfes. Ils y entrèrent et virent des cuisiniers humains mêlés à d’autre elfe. Il y avait deux humains d’assis à l’une des tables. Sarah s’installa et un cuisinier vint lui apporter une assiette. L’elfe en profita pur commander lui aussi à manger.

Après le repas, il lui fit visiter le coin et ils finirent par retourner à la tente de la jeune femme. Elle le renvoya en lui assurant qu’elle n’avait pas besoin d’aide.

Lorsqu’il fut partit, elle se rendit en ville et se perdit dans la foule avant de se rendre dans une ruelle, elle n’en pouvait plus. Le sort de modification physique ne tenait que deux mois et il arrivait  son terme. Elle murmura quelques mots et retrouva sa vraie apparence, celle de Luce. Elle retourna dans la rue principale et s’attarda devant quelques boutiques et étales coincés au milieu des casernes de soldats.

Elle passa la matinée à errer avant de pouvoir relancer le sort, ce qu’elle fit rapidement pour pouvoir aller enfiler une tunique afin d’aller au terrain d’entraînement. Elle souhaitait s’entraîner pour parfaire sa technique.

Lorsqu’elle arriva sur le terrain, des humains et des elfes se battaient chacun de leur côté. Alors que chez les elfes, les deux sexes étaient présents, chez les humains il n’y avait que des hommes. Sarah s’installa dans un coin et chercha un adversaire plus ou moins bon parmi les humais.

Elle remarqua rapidement un homme plutôt fort qui alignait les adversaires. Dès que l’un d’eux perdait, ça lui rapportait deux Couronnes de leur poche. Sarah sourit et se leva alors que l’homme réclamait un autre adversaire. Personne n’osait s’approcher. Elle lança simplement :

 

-          Si tu cherches un combat, je suis preneuse.

 

Il tourna la tête vers elle et la détailla. Il finit par lâcher d’un ton dédaigneux et moqueur :

 

-          Pourquoi je me battrais contre toi ?

-          Pourquoi ne le ferais-tu pas ?

-          Parce que tu es une fille et les filles…

 

Il s’interrompit et jeta un regard aux elfes. Ces derniers regardaient et certaines femmes elfes lui jetaient des regards peu amènes. Sarah sourit :

 

-          Ne me dis pas que tu as peur de perdre face à moi. C’est sûr que tu aurais honte de te faire remettre à ta place par une fille.

-          Moi, peur ! Tu rigoles. Viens ici, que je t’apprenne la politesse, dit-il en dégainant.

 

Sarah eut un sourire mesquin, elle avait touché un point sensible, sa fierté, elle dégaina son épée en se plaçant dans l’air de combat. Même si certains des spectateurs la regardaient bizarrement, la facture de son épée montrait qu’elle avait des moyens. Elle se mit en garde, l’épée pointée vers le sol. L’homme préféra une garde haute. Il attaqua avec violence et elle esquiva d’un mouvement vif sur le côté avant d’attaquer vers la poitrine. Il para et plaça un contre, qu’elle évita en attaquant vers la tête. Elle enchaîna ensuite les attaques rapides et précises de façon à ce qu’il ne puisse plus attaquer, le faisant se résigner à la défense. Il finit néanmoins par la repousser et attaqua à son tour. Il reconnaissait tout de même qu’elle avait une bonne technique. Elle se défendait bien, esquivant la plupart du temps. Elle était visiblement habituée à se battre avec un bouclier car elle repliait son bras gauche contre son ventre. Le combat s’allongea. Il durait depuis déjà dix minutes lorsqu’il l’attaqua dans les jambes, elle sauta en arrière pour esquiver et changea la position de sa main sur la poignée de son épée pour la tenir à l’envers et ainsi envoyer un coup de poing dans la figure de son opposant. Elle la remit dans le bon sens rapidement et profita du désarçonnement de son adversaire pour l’attaquer dans sa garde qui était grande ouverte. Elle le désarma et pointa sa lame sur son cou.

 

-          Tu es mort. Tu disais quoi à propos des filles ?

 

Il dégluti et se contenta de répondre après un temps d’hésitation :

 

-          Je le reconnais, tu as gagné. Où as-tu apprit à te battre comme ça ?

-          Jusqu’à mes dix ans, je me battais dans les rues et après dans des tournois clandestins. Je me faisais battre presque tout le temps au début avant d’obtenir cette technique à peu près correct.

 

Elle abaissa son épée et la rangea. L’homme dit :

 

-          À peu près correct ? Ce n’est pas vraiment l’expression que j’utiliserais pour désigner ta technique, elle est excellente.

-          Mais pas assez. Lorsque je pourrais battre un elfe, elle sera bonne, pas avant.

 

Elle s’éloigna tranquillement et les spectateurs s’en allèrent pour retourner à leurs occupations. Un elfe la rattrapa et elle reconnut Batildor. Il dit :

 

-          Jolie combat. Mais si vous comptez vaincre un elfe, je vous souhaite bonne chance.

-          Pourquoi ?

-          Les elfes sont plus rapides et agiles que les humains. Ils sont aussi plus forts et souples.

-          Je sais, le plus faible des elfes peu vaincre le plus fort des humains, Eragon me l’a dit. Mais on trouve toujours plus fort que soit. C’est ce que mon père m’a appris. Les elfes ne sont pas invincibles, il suffit de trouver la faille.

 

Elle lui sourit avant de s’éloigner. Il secoua la tête en soupirant, il lui souhaitait néanmoins bonne chance pour trouver cette faille dont elle parait. Il retourna  au terrain où l’homme subissait les railleries de ses camarades. Heureusement que la façon de penser des elfes était différente et que ce n’était pas une honte de perde face à une femme, ou alors presque tous ceux ayant combattu Arya auraient du souci à se faire au niveau de leur fierté car elle était de loin la meilleure combattante de leur peuple, bien qu’elle soit encore jeune.

La fin de la journée se passa calmement. Le lendemain aussi. Sarah passa son temps à s’entraîner ou à lire. Elle n’avait pas à assister à des réunions, les Vardens ne lui faisant pour le moment pas assez confiance pour cela. Elle avait d’ailleurs remarqué que Batildor était aussi chargé de la surveiller. Elle se demandait encore s’il avait vu son changement d’identité, mais visiblement il n’avait rien vu ou alors il n’avait rien dit.

Ce ne fut que le surlendemain après-midi que la ville et le campement commencèrent à s’agiter.  En effet les funérailles pour lesquelles étaient venus Eragon et Arya allait être célébrées le soir-même et les elfes terminaient les préparatifs de dernière minute. Sarah y assistait de loin. Elle savait que les maîtres d’Eragon avaient été tués par Galbatorix qui avait pris le contrôle du corps de Murtagh, Le demi-frère d’Eragon, lors du siège de la ville, c’était ce denier qui le lui avait dit lors du trajet pour lui expliquer la raison du voyage.

Les elfes avaient construit une grande plateforme de bois au milieu d’une plaine entourée de collines sur laquelle reposaient les corps du dragon d’or et de son Dragonnier. Les elfes commençaient déjà à se rassembler alors que le soleil touchait l’horizon. Des flambeaux étaient placés sur les grandes collines alentour, un par colline, et tout autour de la grande plateforme. Les elfes voyaient très bien dans la nuit, cette attention était pour les humains et pour la cérémonie.

Lorsque tout le monde fut rassemblé, les éloges funèbres commencèrent. Sarah entendait plutôt ben depuis son point d’observation, sur une colline déserte. Les humains ne connaissaient pas le Dragonnier, mais ils rendaient tout de même hommage au dernier couple libre de l’ancienne caste.

Après les messages d’au revoir, Saphira entama une longue plainte avant de souffler son souffle de flamme sur la plateforme, la recouvrant entièrement d’un feu saphir. Les flammes montèrent haut dans le ciel, représentant un dragon en vol avec son Dragonnier. Il manquait une patte au dragon et Sarah devina que les elfes ou Eragon, avaient modifié le feu pour qu’il rende cet effet-là.

Les spectateurs restèrent en place le temps que les dernières cendres se soient envolées avec la douce brise de la nuit. Sarah descendit de la colline et se dirigea vers les tentes. Elle allait rentrer dans la sienne lorsqu’une personne l’interrompit. C’était Eragon. Il se contenta de dire :

 

-          Nous repartons demain dès l’aube, ne soit pas en retard.

-          D’accord.

 

Elle entra dans sa tente et se coucha après avoir enfilé une chemise de nuit. Elle eut du mal à trouver le sommeil, mais y parvint finalement.

 

Un homme était enchaîné à un cadre de torture, il hurlait de douleur. Un autre à l’allure cruelle tenait un fouet et prenait visiblement plaisir à le faire souffrir. Il arrêta au bout d’un moment avant de prendre une gourde. Le supplicié murmura :

 

-          S’il vous plait, pas l’huile de Seithr, je jure de ne plus vous désobéir.

-          Il fallait y réfléchir avant de faiblir devant ton adversaire. Je vais t’apprendre ce qui arrive aux faibles.

 

L’homme eut un sourire sadique et cruel avant de mettre des gants et d’imbiber un morceau de tissu du contenu de la gourde. Il appliqua ensuite le tissu sur le torse du jeune homme alors que ce dernier hurlait sous la brûlure que provoquait l’huile. Il était empli d’une douleur indescriptible. Il avait l’habitude, mais n’en pouvait plus. Son tortionnaire finira par totalement le briser, il était à deux doigts de craquer. Il n’en pouvait plus. Malgré ses convictions, il ne voulait plus avoir mal, il ne souhaitait qu’une chose, que ça s’arrête. Il voulait juste mourir, car la liberté ne lui était pas autorisée. Mais pour le moment, il continuait de hurler dans cette salle de torture.

 

Sarah se réveilla en sursaut. Ce rêve paraissait si réel. Elle se leva et s’assit à l’entrée de sa tente. Il faisait encore nuit et l’aube ne se lèverait que dans une heure ou deux. Qui était cet homme qui hurlait comme cela ? Il semblait brisé, perdu et seul. Il souffrait énormément, elle avait ressenti sa douleur. Elle ferma les yeux et laissa la douce brise la bercer, se remémorant ce rêve. Elle souhaitait l’aider à aller mieux. Mais comment faire, elle ne savait pas qui c’était ni où il se trouvait. Elle frissonna, sa chemise n’était pas assez chaude pour la fraicheur qui prenait les nuits en ce début d’hiver. Elle retourna dans sa tente et s’allongea sur le lit, regardant le plafond. Elle voulait réellement l’aider, mais comment ?

Elle finit par fermer les yeux et réussit miraculeusement à se rendormir.

 

Le lendemain, elle se leva peu avant l’aube et se prépara rapidement avant de rejoindre Saphira qui se trouvait sur une colline non loin de l’endroit où les dépouilles d’Oromis et Glaedr avaient été brûlées. La dragonne était seule et regardait le soleil se lever. Lorsque Sarah arriva, Saphira tourna sa tête vers elle et demanda :

 

« Qu’est-ce qui te trouble ? »

« Rien de bien grave. Juste des insomnies à répétition. »

 

La dragonne la fixa de ses grands yeux saphir avec attention et Sarah finit par détourner les yeux, ne supportant pas le regard inquisiteur de Saphira. Eragon et Arya arrivèrent bien vite, évitant à Sarah de subir un interrogatoire poussé. Ils montèrent sur la dragonne et cette dernière décolla en direction de la Crête, ils allaient prendre le même trajet que pour l’aller.