Flamberge

par Ludovikka

Flamberge


« C’est étrange… Voilà plus de quatre mille ans que cela s’est passé… Et aujourd’hui… J’ai recommencé à en rêver… »


Le jeune garçon fut déstabilisé par une violente secousse et tomba au sol. Le volcan déchaînait sa fureur, des roches et des lapilli pleuvaient tout autour de lui. La montagne rugissait, crachait, meurtrière. Se relevant tant bien que mal, il fit juste deux pas et se laissa glisser à genoux devant le gouffre infernal, entre deux coulées de lave. Des larmes de rage et de désespoir inondaient les yeux écarlates de l’enfant torturé et venaient déposer leur goût salé sur ses lèvres fendues. Pourquoi était-il venu ? Parce qu’on racontait que c’était dans ce volcan que sa mère s’était jetée, mettant ainsi fin à ses jours. Le souvenir de sa mère était la seule chose qu’il lui restait. Elle était morte très jeune. Fille unique du chef du clan Aurion, elle avait été forcée d’épouser un général d’un pays voisin qui avait prit le contrôle de la terre de ses ancêtres.

Son dos le faisait atrocement souffrir. Sa chemise déchirée laissait voir des entailles longues, profondes et sales ; trop nombreuses, déplacées sur la peau délicate du jeune garçon.


Le grand guerrier tirait son fils d’une douzaine d’années par le bras, en larmes. Arrivé sur une place de terre battue, au centre du clan Aurion, il le jeta alors brutalement au sol.

- Papa, je suis désolé, je te promets que je ne recommencerai plus ! Suppliait le jeune Kratos dont le père furieux faisait les cent pas autour de lui en l’écrasant de sa toute puissance.

- Ah… Tu me fais honte… Quel diable a bien put nous damner le jour de ta maudite naissance ? Incapable de tenir une épée ! Incapable de te battre ! Incapable de vaincre ! Sale petit incapable ! Tu n’es pas mon fils… C’est un démon qui t’a engendré pour me faire perdre mon trône !

- Papa, s’il te plait !

Le chef du clan se tourna vers deux personnes armées et leur dit :

- Vous ! Venez corrigez cette saleté !

- Combien de coups de fouets, sire ?

- Jusqu’à ce qu’il arrête de pleurer !

- Non ! Papa ! Je t’en supplie ! Criait le jeune garçon.

Son père fit amener une chaise et s’assit pour observer le spectacle. Deux grands poteaux de bois furent dressés sur la place de terre battue, auxquels on attacha Kratos, dont la chemise avait été arrachée pour laisser son mince dos à nu, qui était à genoux, un bras tendu vers chaque pique. La tête baissée et en larmes, il restait silencieux, rien ne le sauverait. Il encaissa un grand nombre de coups, devant le regard hautin et insensible de son père. Les uns après les autres, des dizaines et des dizaines, jusqu’à ce qu’il se calme. Alors, on le détacha, et on le laissa pour mort. Roulé en boule sur la terre sèche, le jeune garçon tremblait, le vent jetant de la poussière sur sa chair à vif.


Une secousse plus puissante le fit presque basculer dans la bouche de l’Enfer mais Kratos tint bon. Ce n’était pas encore le moment. Soudain, un jet de flamme sorti du cratère. Sa puissance fit reculer le jeune garçon qui se protégeait de son bras. Quand la flamme se tarit, il vit enfin ce pourquoi il était là.

- Maman… Murmura-t-il.

- Mon fils…

La créature était en suspension au-dessus du gouffre. Elle avait l’apparence d’une femme. Grande, mince avec une longue chevelure, écarlate, comme ses yeux ; sa peau reflétait le feu et d’étranges symboles étaient inscrits sur son corps. L’enfant ressemblait à sa mère, pas à son père. La jeune femme sourit en le regardant, son miroir.

- Que fais-tu ici ? Demanda la créature avec douceur.

- Maman ! Emmène-moi avec toi ! Supplia Kratos en tendant les bras vers elle. Je les déteste tous ! Maman, aide-moi !

- Je sais, je vais te donner le pouvoir de survivre et de te venger. La puissance brutale et dévorante, délicieusement attirante et dangereuse… Dit-elle froidement.

Le jeune garçon hoqueta.

- Mais, maman…

D’un geste gracieux de la main, elle fit apparaître un jet de flammes dans lequel tournoyait une arme sublime.

- Flamberge… Elle a toute la puissance du feu céleste. J’ai besoin de toi, mon enfant. Prend là, elle est à toi, la lame de beauté et de destruction, celle qui enverra tes ennemis rejoindre les abysses.

Comme hypnotisé par l’arme, Kratos se redressa, au bord du cratère, et tendit la main. Flamberge arrêta de bouger, puis, glissa jusqu’à sa paume.

- Accepte-tu d’être le porteur de La Flamme ? Demanda fièrement sa défunte mère.

- Oui.

- Qu’il en soit ainsi.

Une atroce brûlure commença à se répandre sur la peau du jeune Kratos, se dégageant de la garde de l’épée. Il vit avec horreur des traits de feu dessiner des symboles sur son bras. Il se mit à crier quand les flammes atteignirent son épaule. Se tordant de douleur sur le sol pierreux, il sentit la souffrance gagner tout son corps. La créature infernale s’approcha de lui, lui souleva le menton de ses doigts fins et le garçon suivit leur doux mouvement pour se redresser. Respirant avec difficulté, il se leva et serra Flamberge. Sa mère proclama alors :

- Désormais, tu ne peux te résoudre à mourir, et cela, jusqu’à ce que ton enfant après toi, vienne signer le pacte avec moi.

Kratos lui tourna le dos, faisant face à l’horizon. La créature tomba lentement dans le volcan qui se calmait.

- Va maintenant ! Met Flamberge au vent !