Nouvelle vie

par Abie

 

 

 

    Le professeur fut étonné de trouver Angélique éveillée le lendemain matin, comme tout le monde d’ailleurs. Mais surtout, il s’étonna que la jeune femme ne se souvienne absolument pas de son incursion dans son esprit et des heures qu’ils avaient passé à discuter. A un moment, il songea qu’il n’avait en réalité jamais parlé à Angélique… n’était-ce pas à une des défense inconsciente de la jeune femme ? Ou alors s’était-il adressé au pouvoir brut d’Angélique ?!

Avec elle, tout était possible.

Pour fêter le rétablissement de la jeune femme, Angélique et Logan préparèrent des gaufres, des pancakes et des œufs brouillés au bacon pour tout le monde. Amélie sauta dans les bras de sa sœur et elles pleurèrent un long moment toutes les deux avant de pouvoir se séparer. L’ambiance fut plus que festive. Charles annula les cours de la journée pour  profiter pleinement du petit-déjeuner et d’Angélique.

On passa la journée à faire des activités dans les jardins puisqu’il y avait un soleil radieux à l’extérieur et que la température était agréable. Cependant, Kitty et Logan préférèrent qu’Angélique se ménage si bien qu’elle ne participa pas à tout, au grand désarroi des enfants.

Lorsqu’elle se retrouva avec les adultes, Angélique demanda ce qui s’était passé. Ils se relayèrent à plusieurs pour lui expliquer comment les mauvais mutants les avaient aidés, les plans qu’ils avaient imaginés, leur application et ce qu’il s’était passé. Ce fut le professeur qui termina de raconter.

- … les forces d’interventions de l’ONU sont arrivées deux heures après la mort de Iakov Ligor. Ils ont pris possession des lieux et ils ont posé des questions à tout le monde pendant des heures. Beaucoup des mutants qui servaient pour les expérimentations n’ont malheureusement pas pu survivre. Pour ceux qui ont été cryogénéisés, les trois quarts étaient morts, ils ne servaient que de corps d’étude. Les travaux du Docteur ont été détruits – par nos soins même si nous ne le dirons jamais. Nous t’avons ramenée ici avec une quarantaine d’enfants que nous avons trouvé là-bas. Mais rassure-toi, il n’y en a que deux qui n’ont pas retrouvé leur famille. Les autres sont déjà chez eux depuis un moment.

Angélique ne dit rien et les regarda tour à tour. Elle respira profondément avant de se tourner vers le professeur.

- Et maintenant ?

- Comment ça ?

- Oui, et maintenant, que faisons-nous pour nous protéger des êtres comme Iakov Ligor ? Parce qu’il n’est pas le seul, un autre va finir par prendre sa place, c’est inévitable.

- Angélique… tu n’aurais pas l’idée de rejoindre Magneto rassure-moi ?!

- Non ! S’offusqua-t-elle. Je ne veux pas faire la guerre à tous les hommes, je pense comme vous qu’ils ont autant le droit de vivre que nous ! Mais il faudrait que nous puissions combattre ceux qui pensent que nous n’avons pas le droit de vivre non ?

Personne ne lui répondit.

Mais au moins, songea la jeune femme, personne ne la contredit non plus.

Cette nuit-là, Angélique ne parvint pas à trouver le sommeil. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait la cuve et… elle avait peur.

Elle dut même garder une lumière allumée.

La deuxième nuit, elle n’y tint plus et alla frapper doucement à la porte de Logan. Elle se glissa ensuite sur la pointe des pieds dans la chambre et Wolverine s’assit dans son lit, à moitié endormi.

- Angélique ? Mais qu’est-ce que… ?

- Je n’arrive pas à dormir, murmura-t-elle. J’ai peur chaque fois que je ferme les yeux.

James fronça les sourcils, il aurait dû y penser tout seul. Il s’en voulut et il lui tendit la main pour qu’elle le rejoigne. Lorsqu’elle fut installée contre lui, elle chuchota :

- Ne t’en veux pas… je voulais être seule la nuit dernière.

- Arrête de regarder dans ma tête et dors !

- Bien chef !

Mais après à peine une heure de sommeil, elle fit un cauchemar qui obligea Logan à la réveiller. Elle pleurait à chaudes larmes et elle criait de terreur et de souffrance. Il mit quelques minutes à la calmer contre lui, il sentit encore un moment ses tremblements.

Il en fut ainsi toutes les nuits qui suivirent.

Angélique ne pouvait rester seule la nuit et même lorsqu’elle parvenait à s’endormir, avec de la lumière, dans les bras de Logan, elle était la proie de cauchemar, au moins trois par nuit. Cela ne les rapprocha étonnement pas mais ça ne les éloigna pas non plus. Pour le moment, Logan faisait ce qu’il pouvait pour tenter de la guérir, qu’elle cesse d’avoir si peur. Surtout que cela semblait paradoxal du fait qu’elle était certainement la mutante la plus puissante de la Terre. Cela épuisa tant Angélique que Logan. A la demande du jeune homme éternel, ils allèrent voir le professeur pour savoir s’il n’aurait pas une idée pour rassurer l’inconscient de la jeune femme.

- Je pourrais essayer… mais il faudrait t’endormir, Angélique.

- C’est possible ça ? Demanda-t-elle, presque avec suspicion.

Mais en effet, cela s’avéra impossible. Comme Logan, son organisme détruisait toutes les substances étrangères. Dans l’infirmerie de Kitty, ils durent attendre que la jeune femme s’endorme naturellement, ce qui n’était pas facile avec autant de monde autour d’elle. Charles plaça alors ses mains autour des tempes de la jeune femme et se plongea en elle.

Il ne mit pas longtemps à la trouver. Elle était au même endroit que la dernière fois qu’il était venu : dans le jardin du petit Trianon. Elle tenait un lapin sur ses genoux alors qu’elle était assise au milieu d’animaux.

- Je savais que vous reviendriez, dit-elle en levant un regard doux sur lui.

- Qui es-tu ?

La jeune femme à la robe blanche posa délicatement le lapin à côté d’elle avant de se lever. Elle s’approcha de quelques pas avant de répondre.

- Qui je suis a-t-il réellement de l’importance ?

- Oui. Parce que c’est toi qui l’empêche d’avancer.

- C’est là que vous vous trompez professeur. C’est grâce à moi qu’elle est toujours en vie.

- Tu as changé depuis notre première rencontre…

- Parce que j’ai été brisée par le Docteur. Lorsque vous m’avez trouvée, je n’étais qu’une part de moi. En venant me voir et en me parlant comme vous l’avez fait, vous m’avez permis de me retrouver… presque entièrement.

- Pourquoi presque ?

- Presque parce que mon pouvoir est muselé.

- Je ne comprends pas.

- Professeur, vous êtes un grand chercheur et un bon ami mais après ce que j’ai vécu, je ne peux rester enfermée ici.

- Tu parles de toi ou de ton corps ?

- Des deux, c’est la même chose. Nous devons partir. Nous devons les poursuivre.

- Mais qui ?

- Tous. Les humains qui nous pourchassent, les mutants qui nous agressent pour prendre le pouvoir… l’humanité a besoin d’un gardien.

- Toi ?

- Pourquoi pas.

- Mais dans ce cas… pourquoi ces cauchemars ?

- Avez-vous la moindre idée de ce que cela a été tous ces mois ? Rongée par ces horribles bestioles ? Je n’ai aucun contrôle sur ma peur. Mon corps est autant touché que mon âme alors les souvenirs des deux conjugués donnent ces mauvaises nuits.

- Je ne peux donc rien faire ?

- Laissez-nous le temps professeur. Laissez-nous le temps de nous réunifier et d’apprendre à nous faire confiance de nouveau. Nous ne vous décevrons pas.

- Tu ne m’as jamais déçu Angélique. Je suis simplement désolé de ne pouvoir faire plus.

- Vous avez déjà tant fait pour nous professeur…

- C’est la dernière fois que tu me laisses te parler n’est-ce pas ?

- Oui. La prochaine fois, si vous essayez, la conscience formera la première barrière et si vous persistez, j’enverrai le pouvoir vous bloquer.

- C’est sans doute mieux ainsi. Adieu Angélique.

- Non professeur. A tout de suite.

C’est sur cette image d’Angélique qu’il reprit conscience de la réalité. Angélique ouvrait les yeux la seconde suivante avec une grimace.

- Que s’est-il passé ? Demanda Kitty pendant que Logan aidait Angélique à se rasseoir.

- J’ai parlé avec l’inconscient d’Angélique, intéressant personnage.

La jeune femme plissa son petit nez.

- Et alors ? Le pressa-t-elle, n’en ayant aucun souvenir, ce qui l’agaçait.

- Rien. Nous ne pouvons rien faire pour tes cauchemars sinon attendre. Toi seule Angélique peut surpasser ta propre peur.

- ça me semble compliqué.

- Je n’ai jamais prétendu le contraire.

Charles quitta la pièce avec Kitty. Il perçut le soupir blasé de la jeune femme.

 

    La vie reprit un cours à peu près normal. Angélique continua de faire des cauchemars mais ils se firent plus rares, à raison d’un par nuit, puis un tous les deux jours… un an après le drame, la jeune femme n’en faisait plus que deux par semaine.

Son couple s’était solidifié avec James et ils furent plus fusionnels que jamais. Cependant, Angélique avait l’impression qu’il lui manquait quelque chose. Wolverine sentait bien que quelque chose la perturbait mais il ne lui demanda rien, sachant pertinemment qu’elle lui en parlerait lorsqu’elle serait prête. Logan reprit ses entraînements physiques avec la belle française, au grand ravissement des enfants qui – pour les plus âgés – n’avaient pas oublié ces duels pour le moins mémorables.

Et alors qu’Amélie fêtait ses dix ans, Angélique prit une décision. Après en avoir discuté avec sa sœur et avec Logan, la jeune femme réunit tout le monde dans le bureau du professeur. Sans préambule, elle annonça :

- Je m’en vais.

Un silence stupéfait lui répondit. Ils la regardèrent tous avec effarement jusqu’à ce que Logan prenne la parole à son tour :

- Et je l’accompagne.

Les mutants ne savaient plus qui dévisager. Ils passaient de l’un à l’autre, éberlués.

- Mais… demanda finalement Tornade, pourquoi ?

- Parce que j’ai besoin de bouger… et nous sommes éternels, dit-elle remarquer à Tornade qui allait la couper. Nous ne changeons pas Ororo, vous vous vieillissez, vous changez, nous nous restons les mêmes… alors nous allons changer notre monde ! Et surtout… surtout, je ne veux pas qu’un autre Iakov Ligor voit le jour. Il faut protéger tout le monde : les mutants et les humains. J’ai parlé avec le président grâce à Henry, il y a une cession de l’ONU bientôt et je vais pouvoir parler. Je vais demander l’autorisation de circuler dans tous les pays afin d’être une espionne en quelque sorte.

- Tu vas demander l’immunité diplomatique ? S’enquit Warren.

- Nous verrons, je ne sais pas. Mais je veux surtout avoir un large champ d’action. Ne pas avoir à m’inquiéter des administrations et tout…

- C’est sans doute une bonne idée, finit par dire Malicia.

Angélique lui sourit, complice.

- De toute façon, que pouvons-nous dire d’autre que… bonne route ?