Amélie

par Abie

 

 

 

    Amélie ouvrit les yeux.

Elle ne vit d’abord que du blanc et de la lumière. Elle eut envie de refermer les yeux.

Parce qu’elle sentait qu’elle n’avait pas envie de se réveiller.

Mais pourquoi se rendormir si elle se réveillait ?

Puis, ses souvenirs les revinrent.

La fillette ouvrit grands les yeux et regarda autour d’elle. Sa peur s’évanouit rapidement.

Des visages connus.

Elle savait qu’elle les connaissait.

Cet homme qui était installé dans le siège près de son lit, la mine patibulaire, la barbe, brun, blouson en cuir.

Logan.

Deux ans qu’elle ne l’avait pas vu.

Et il était exactement comme dans son souvenir, même si celui-ci était un peu flou.

Cependant, elle sentait qu’elle pouvait lui faire confiance.

Lui, il la protègerait.

Peut-être même qu’il pourrait protéger sa sœur.

Et surtout la lui ramener.

Une larme coula sur sa joue blême et Logan leva les yeux et croisa son regard bleu.

 

    Personne ne l’embêta, ne la pressa ou même lui demanda quoique ce soit les trois jours qui suivirent.

Ensuite, les médecins l’autorisèrent à sortir et ils prirent tous le jet pour retourner à l’école. Amélie se souvint vaguement l’avoir déjà emprunté avec Angélique mais ses souvenirs étaient flous.

Dans l’avion, on se taisait. Les rares paroles étaient échangées à voix basse.

Elle ne comprenait pas pourquoi.

La fillette les observa tous depuis son siège. Logan était à ses côtés, il ne l’avait pas quittée depuis qu’elle s’était réveillée et elle lui en était reconnaissante. Il y avait ensuite le professeur qu’elle avait reconnu.

Les autres, elle ne gardait d’eux que peu ou pas de souvenir. Tornade oui, les autres… pas vraiment.

Lorsqu’ils rentrèrent, les autres enfants leur cédèrent le passage, murmurant des paroles qu’elle ne comprenait pas mais qui l’effrayèrent. Logan serra un peu plus sa main et elle s’y accrocha. Ils se séparèrent tous au fil des couloirs. Amélie remarqua au bout d’un moment qu’il l’amenait à son ancienne chambre. Qu’elle reconnut lorsqu’il ouvrit la porte.

Rien n’avait changé, tout était strictement identique que dans son souvenir. C’était comme si elle n’avait jamais quitté l’institut. Bouche bée, elle vit Logan fermer les rideaux et la porte avant d’ouvrir son lit.

- Melli ?

L’enfant tressaillit et le regarda avec étonnement. Gentiment, il lui fit signe de monter sur le lit. Une fois qu’elle fut à ses côtés, il lui retira ses chaussures et sa veste avant de l’allonger dans le lit, comme s’il bordait une poupée.

La sensation que lui procura ses bras forts la rassura plus qu’elle ne saurait jamais le dire.

- Maintenant, tu vas te reposer un peu. Ce soir ou demain, lorsque tu seras prête, on ira dans le bureau du professeur et il faudra que tu nous parles. Il faut que l’on sache ce qu’il s’est passé.

Une larme de détresse coula sur sa joue et elle parla, pour la première fois depuis son sauvetage.

- Et tu iras sauver Angélique ?

- Oui Melli, et ensuite nous irons chercher ta sœur.

 

    Le lendemain, la fillette déjeuna avec les autres. Elle retrouva quelques uns de ses amis qui ne lui posèrent aucune question, heureux dans leur monde et donc satisfaits de la retrouver.

Tornade vint finalement la chercher et elles allèrent dans le bureau qu’elle redoutait depuis qu’elle était arrivée la première fois avec sa sœur.

Heureusement, tout le monde n’était pas présent. Evidemment, il y avait les cours des autres mutants !

Seuls Logan, le professeur et Tornade l’entouraient.

- Bonjours Amélie, comment vas-tu ce matin ?

- Bien, merci, murmura-t-elle.

- Tu n’as rien à craindre, la rassura Tornade d’une voix douce.

- Je sais.

Ils lui laissèrent quelques secondes puis Charles Xavier reprit.

- Amélie, je suis désolé de devoir te faire revivre ça mais il faudrait que tu nous racontes ce qu’il s’est passé avec ta sœur. Sais-tu où elle est ?

La fillette secoua la tête sans les regarder.

Logan s’agenouilla devant elle et la prit par les épaules.

- Melli c’est très important ! Essaie de te souvenir.

- Ils… ils l’ont piquée et… elle n’avait plus de pouvoir.

- Angélique ? Demanda Tornade.

L’enfant pleurait mais elle acquiesça.

- Oui. Il y a trois semaines environ…

- Mais… comment a-t-elle pu me contacter alors ?

- Ces dons revenaient depuis une semaine ! Les avertit Amélie en relevant la tête.

Les adultes se regardèrent avec étonnement. Finalement, le professeur s’approcha.

- Amélie, est-ce que tu préfèrerais que je regarde ce qu’il s’est passé dans ta tête plutôt que de nous le raconter ?

L’enfant hocha gravement la tête.

- Mais tu vas le revivre quand même.

Elle hocha la tête plus fortement. Logan posa la fillette sur les genoux du professeur qui plaça doucement ses mains sur les tempes de la sœur d’Angélique qui demeura parfaitement stoïque.

Lorsqu’il eut terminé, le professeur respira profondément. Tout le monde le regardait, Amélie comprise. Celle-ci lui murmura un posant sa main sur sa joue.

- Angélique t’a laissé un message !

Et, sans qu’il ait le temps de réagir, la petite posa sa petite main sur sa joue. Une seconde, Charles ressentit une parcelle d’Angélique… comme si la jeune mutante avait trouvé le moyen de bloquer un souvenir de sa sœur pour qu’il se déclenche quand Amélie savait que se serait le bon moment…

Sans qu’il puisse juguler le pouvoir d’Angélique ou même contrôler la situation, la puissance de la jeune fille l’envahit et il entra dans son souvenir. Elle était dans une chambre d’hôtel. Il voyait par les yeux d’Amélie à qui Angélique s’adressait pour atteindre Charles. Angélique avait maigri, de larges cernes noirs trahissaient son inquiétude et son épuisement.

Sa voix envahit sa tête et son esprit.

- Professeur, je ne sais pas si ce que je fais fonctionnera ni que vous aurez ce message… La jeune femme baissa les yeux, comme lasse puis reprit en fixant dans les yeux : Nous ne pouvons pas revenir avec Amélie, nous sommes poursuivies par Wendacorp. Il s’agit du groupe franco-allemand qui a créé officieusement Damien. J’ai fait des recherches sur eux et je crois que ça ne leur a pas beaucoup plu… comme vous avez pu le constater lors de notre rencontre, ils recherchaient déjà Melli. Maintenant je suis aussi dans leur ligne de mir. Ils veulent créer des armes mutantes, des armes parfaites et ils ont compris que j’avais une mutation particulière. Ils n’auront de cesse de me retrouver… Je ne peux plus quitter l’Europe, Interpol est sur mes traces. Ils ont le bras long et des agents partout… faites aussi attention à vous professeur et aux élèves, il vaudrait mieux qu’ils évitent de sortir dans les prochaines semaines… je vais essayer de vous envoyer Amélie… je ne sais pas encore comment mais il faut que vous la gardiez en sécurité. C’est moi qu’ils veulent maintenant… alors je vais me séparer de ma sœur… pour qu’elle ait une chance de s’en sortir. Une dernière chose, à la tête du réseau se trouve le PDG de Wendacorp, il s’agit d’un russe – oui je sais c’est bizarre – enfin un fils d’ex-communiste émigré en France… Iakov Ligor. Pour ses recherches plus ou moins officieuses, on le connaît sous le nom du Docteur, c’est tout. Attention, s’il est à la tête de cette firme ce n’est pas pour rien… diplômé de Polytechnique, il l’est aussi des MIT… chaque fois major de sa promotion. Il est très loin d’être stupide. Je ne peux pas vous en dire plus maintenant, nous devons dormir car nous repartons avant l’aube. J’espère que je vous retrouverai… bonne chance et à bientôt.

Le flash disparut et le professeur cligna plusieurs fois de yeux et retrouva ses esprits. Tout le monde le regardait, avec calme.

- Amélie, quand avez-vous enregistré ce message ?

- Trois jours avant que tu me trouves.

- Où étiez-vous ?

- En… Ukraine je crois.

- Mais… pourquoi ne pas s’être téléportée jusqu’à l’école.

- Parce qu’elle a été piquée à l’anti-mutant il y a trois semaines, elle n’avait plus tous ses dons… ça revenait doucement mais elle n’avait pas assez confiance en elle pour entreprendre un bond aussi long.

- Un bond ? S’étonna Tornade.

La fillette acquiesça.

- Quand elle se téléporte, ma sœur dit toujours qu’elle fait des bonds dans l’espace.

On ne trouva rien à ajouter dans l’immédiat, si bien qu’un silence ce quelques secondes suivit les paroles de la fillette.

- Sais-tu où est ta sœur maintenant ?

- Je sais pas, soupira-t-elle pour la seconde fois. Les larmes emplirent ses yeux bleu.

Logan vint la prendre dans ses bras.

- Ne t’inquiète pas, tout est terminé maintenant, tu es en sécurité ici. Viens, tu vas retourner en classe avec les autres, ça te va ?

Alors qu’elle allait quitter le bureau du professeur dans les bras de Wolverine, elle regarda le professeur :

- Angélique pense que l’école aussi est en danger. Elle m’a dit que les Etats-Unis seraient moins touchés grâce à votre secrétaire des mutants mais qu’officieusement ils peuvent nous faire du mal !

- C’est ce qu’elle t’a dit ?

La fillette hocha de nouveau la tête et elle quitta la pièce.

 

    Tous les mutants – et professeurs – se réunirent après les classes dans le bureau du professeur pour discuter de la situation. Sur ordre de Xavier, Tornade avait mis l’école en alerte, toutes les alarmes étaient branchées et l’on faisait plus attention que jamais. Charles avait téléphoné à McCoy et à Raven qui s’étaient immédiatement déplacés.

Le silence régnait telle une menace dans le bureau de Charles Xavier. Finalement, Logan prit la parole.

- Nous avons un problème.

Et les langues se délièrent.

Le professeur leur expliqua la situation et bientôt on se posa des questions. Nombreuses. Auxquelles, évidemment, personne n’avait la réponse.

Finalement Logan réclama l’attention mais il régnait un tel brouhaha qu’il n’y parvint pas. Alors, il fit ce qu’il savait faire de mieux : il frappa du poings.

Contre le mur. Certes il frappe fort pour les autres, mais il retint sa force.

Tout le monde se tourna vers lui et le silence se fit.

- Il faut trouver une solution pour retrouver Angélique ! Et vite !

- Logan a raison, se reprit Tornade. Professeur, il faut faire quelque chose et vite !

- Je suis d’accord Tornade mais quoi ? Par où commencer ?

Ils se regardèrent avec attention les uns, les autres.

- Bon ! Se leva Logan avec agacement, vous serez morts de vieillesse avant que l’on prenne une décision.

- Logan ! Le rappela Tornade.

- Trop tard Ororo.

- Mais… où va-t-il ?

- Je ne sais pas.

- Mais… hoqueta Malicia, on ne va pas l’arrêter.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

- Il reviendra, affirma Bobby.

Le silence se fit de nouveau alors que les mutants réfléchissaient en fixant la porte du bureau du professeur.