Blessure

par Abie

 

    Au début du mois de mai, avec l’odeur des fleurs qui commençait de nouveau à emplir l’air environnante, on retrouva un Logan tel qu’on l’avait toujours connu avant l’arrivée d’Angélique : ronchon. Il ne parla plus que peu, avec des phrases courtes et même s’il n’était pas vraiment agressif, on préférait éviter de lui adresser la parole si ce qu’on avait à dire n’était pas plus profond que le silence.

Ce matin-là, James se rendit sur la tombe de la grand-mère d’Angélique. Il resta comme souvent à lui parler et il s’excusa même.

- J’aurais dû être là pour elle, avec elle après votre mort… mais j’ai été égoïste Nana. Je ne suis pas quelqu’un de bien. Je suis un monstre.

Maintenant qu’il se souvenait de toute sa vie, sa peur ancestrale de n’être qu’une bête était revenue, pire qu’avant… Il se souvenait que Keyla lui avait dit qu’il n’était pas un monstre, elle le répétait sans cesse… mais elle était morte. Et depuis, en y réfléchissant, il n’avait pas eu souvent l’occasion de lui donner raison.

Comme répondant à ses paroles, une brise vint lui caresser la joue. Il sentit la bonne odeur des pins, des forêts… se revigorant un instant, son cœur s’apaisa.

- Merci… murmura-t-il à la vieille dame.

Elle était toujours là… elle n’était pas vraiment partie… parce qu’elle était une part de la forêt. Elle était en quelque sorte dame nature. Alors elle était et sera toujours là.

Et il comprit autre chose aussi, il fallait qu’il retrouve Angélique.

Cependant, cette nuit-là, il se passa quelque chose. Il eut une vision. Enfin plus exactement, Angélique l’appela à l’aide grâce à ses dons.

James ! James ! Criait-elle, paniquée. Il faut que… James !

Puis il se réveilla et sa voix s’éteignit. Son cœur battant à toute vitesse, il alluma la lumière et observa attentivement les alentours pour être certain que personne ne lui jouait un tour… il était seul.

Une fois son rythme cardiaque redevenu normal, il put réactiver son cerveau ce qui lui permis de réfléchir.

Mais il n’arrivait pas à ordonner ses pensées… Angélique était en danger, il se sentait au plus profond de son âme et… il ne pouvait rien faire !

Cependant, il ne tint pas longtemps dans cette angoisse qui lui oppressait la poitrine et il se rendit dans le bureau du professeur en fin de journée.

- Entre Logan, lui dit doucement Charles. Que se passe-t-il ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils, remarquant la mine soucieuse de Logan.

- Angélique…

Charles ne le coupa pas mais avança son fauteuil vers l’éternel jeune homme. Ce dernier croisa le regard du maître des lieux et inspira profondément.

- Elle est en danger. Je le sens.

- Viens t’asseoir et explique-moi tout.

Alors il lui raconta ce qu’il avait ressenti la nuit précédente et la voix terrifiée de la jeune femme. Lorsqu’il se tut, Charles ne parla pas. Il regardait le soleil décroître par la fenêtre. Logan le laissa un instant dans ses pensées avant que son inquiétude ne reprenne le dessus.

- Pourquoi pensez-vous que je l’ai entendue ?

- Si c’était bien elle, je pense que c’est elle qui t’a appelé. Elle te connaît mieux que personne Logan, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre.

Il hocha la tête.

- Puis-je partir à sa recherche ?

Charles soupira et se tourna vers son protégé.

- D’abord vérifions si elle ne nous a pas laissés d’indice.

Suivant le professeur dans les sous-sols après avoir prévenu Tornade, ils se rendirent dans la salle où était installé le Cerebro.

- Vous pensez que quelque chose a pu lui arriver ? S’étonna Tornade en fronçant les sourcils.

Logan ferma les yeux. Xavier mit le casque sur sa tête avant de répondre.

- Rappelle-toi ce qu’il se passe en ce moment en France avec les mutants.

Les autres se turent pendant que le Cerebro s’allumait et que le professeur fermait les yeux afin de se concentrer.

Le silence se fit dans la pièce pendant près d’une heure. Entre temps, Malicia et Bobby entrèrent, se demandant ce qu’il se passait.

Finalement, Charles rouvrit les yeux. Il était blême.

- Alors ? Demanda Tornade.

- Allons dans mon bureau.

Ils s’y rendirent en silence, bientôt rejoint par Kitty et Warren.

- Mais qu’est-ce qui se passe ? Demanda la première. Vous avez tous disparus depuis plus d’une heure ! Remarquant soudain leur mine soucieuse, elle se figea : qu’est-ce qu’il se passe ?

- J’ai repéré Amélie et Angélique.

- Angélique aussi ? S’étonna Tornade en s’approchant.

Le professeur soupira puis regarda Logan :

- Elles sont en France, à Paris.

- Qu’est-ce qu’on attend ? Grommela Logan en se levant.

- Warren, Tornade, allez préparer le Jet. Kitty, va chercher Bobby et préviens Malicia qu’elle doit garder l’école. Logan ?

Tout le monde sortit sauf Wolverine qui se figea et se tourna vers le professeur.

- Il faut que tu gardes ton sang-froid Logan, je ne sais pas ce qui nous attend mais elles sont toutes les deux mal en point.

- Je refuse de la perdre une seconde fois.

- Alors reste concentré mon ami, elles sont poursuivies.

- Je ferai ce qu’il faut professeur.

Xavier fronça les sourcils en le voyant partir, plus déterminé que jamais.

Il fronça les sourcils, quelque chose au fond de lui lui disait que tout ça allait mal se terminer.

 

    Le temps qu’ils arrivent en France, malgré leur vitesse proche de seule du son, Logan avait eu le temps d’imaginer les pires scénarios possibles et imaginables.

Ils arrivèrent dans les Alpes, quelque part au milieu de nulle part, dernier endroit le professeur les avait repérés. Le vent et la neige les refroidirent rapidement et l’on ne voyait pas plus loin qu’un mètre devant soi. Kitty hurla pour se faire entendre :

- JAMAIS NOUS NE LES RETROUVERONS AVEC CE TEMPS !

- MAIS IL LE FAUT ! Répondit Logan sur le même temps, NOUS NE POUVONS LES ABANDONNER !

Tout le monde se tourna simultanément vers le professeur qui descendait la plateforme de l’appareil.

- Logan a raison, il faut les chercher… Tornade ?

La métisse aux cheveux blancs écarta les bras et leva les yeux vers le ciel. Son regard se voilà un instant mais le temps ne changea pas.

- Je… je ne comprends pas, je n’arrive pas à calmer la tempête !

- Angélique t’a-t-elle touchée ? La questionna Xavier.

- Il ne me semble pas !

- Alors calme-toi et réessaie.

La jeune femme se calma et réessaya. Elle parvint après une longue minute de concentration à lever les nuages. Le ciel devint limpide, sans menace ombrageuse.

- Il… il y a quelque chose qui bloque nos pouvoirs ici, haleta la mutante.

- Je le sens, répondit sereinement le professeur en observant le soleil.

- Bon, on y va ? S’impatienta Logan qui trépignait littéralement sur place.

Les X-mens commencèrent à chercher les deux françaises. Avec ses pouvoirs de télépathies, le professeur les guidait.

Soudain, il se figea.

- Que se passe-t-il ? Demanda Bobby.

- Je… je ne sais plus où elles sont, je les ai perdues !

A cet instant, Logan, tomba à genoux et hurla en pressant ses poings contre ses oreilles.

- Haaaaaaaaa !

Tout le monde se précipita vers lui. On le pressa, le professeur finit, après plusieurs minutes d’acharnement, à entrer dans la tête de Wolverine pour l’apaiser. La pression qui était exercé dans son esprit était colossale mais pas suffisante pour qu’il ne puisse pas soulager le jeune homme.

Donc ce n’était pas l’œuvre d’Angélique. Lorsque son état fut stabilisé et qu’il eut retrouvé son souffle, le professeur lui demanda ce qu’il s’était passé.

Les yeux injectés de sang, le souffle encore court, Logan releva la tête, tel un fou, pour fixer le professeur.

- Ils l’ont eue. Mais pas sa sœur… elle a réussi à cacher Amélie !

- Très  bien, où allons-nous ?

Aidé par Bobby, Logan se remit debout et prit la tête du groupe.

Ils cherchèrent Amélie pendant les heures mais ils n’abandonnèrent pas. D’abord, parce que le professeur sentait sa présence, ensuite à cause du regard hagard et perdu de Logan.

Soudain, ils se figèrent derrière Wolverine qui venait se fléchir les genoux, prêt au combat. Ses lames sortirent de ses mains dans un chuintement sinistre.

- Qu’est-ce que… ?

Warren ne termina pas sa phrase, le professeur lui faisait signe de se taire.

Soudain, trois hommes vêtus de noir sortirent de nulle part et se jetèrent sur eux, arme en main.

- Plus un geste ! Cria celui qui devait être le chef.

Xavier sentit que son disciple allait attaquer.

- Logan ! Le rappela-t-il doucement à l’ordre, il reprit ensuite à haute voix. Que puis-je pour vous messieurs ?

- Que faites-vous ici ?

Evidemment, ils conversaient en français donc personne ne comprenait vraiment ce qu’ils disaient en dehors du professeur qui parlait couramment la langue de Molière.

Le professeur lut leur pensée et fronça les sourcils. S’adressant aux mutants, il leur ordonna de les neutraliser par télépathie :

- Maintenant !

Pendant qu’il ralentissait le temps.

Lorsqu’ils furent attachés, Tornade se tourna vers le professeur.

- Qui sont-ils ?

- Les mêmes qui ont créé Damien, enlevé Angélique et blessé Amélie.

Logan sursauta violemment.

- Enlevé ?

Tous se tournèrent vers le professeur.

- Je suis désolé Logan.

Le silence régna parmi les mutants de longues minutes, seul le vent sifflant brisant ce silence assourdissant. Finalement, Logan se détourna.

- Bon, on va chercher la petite ?

Les autres quittèrent leur position figée, regardèrent le professeur pour avoir son assentiment avant de suivre Wolverine qui ne les avait toutefois pas attendus.

Ils trouvèrent Melli dans une grotte alors que le soleil terminait de se coucher. Se repérant à l’odeur de la fillette, Logan la repéra. Se précipitant dans la grotte plus obscure que l’extérieur, il entra. Ses yeux s’habituèrent rapidement à l’obscurité, presque nyctalope.

- Amélie ? L’appela-t-il doucement.

Un gémissement, pas loin. Suivant le bruit, il se précipita au fond de la caverne lorsqu’il la vit.

Elle était contre la paroi du fond, les yeux clos, couverte de sang et de bleus.

- Ho non ! Murmura-t-il.

Il s’agenouilla près d’elle et la prit délicatement dans ses bras. La petite avait été torturée, affamée… elle tressaillit à son contact et tenta d’ouvrir les yeux.

- Chut, tenta-t-il de la rassurer, c’est moi, Logan.

Sans doute reconnut-elle sa voix ou son odeur car elle se détendit instantanément et des larmes coulèrent sur ses joues.

Sans attendre, il sortit et l’amena à Kitty pendant que Warren appelait le jet.

- Ho mon dieu ! S’écria l’interne en médecine en se précipitant vers l’enfant.

Pendant qu’elle l’examinait, toujours plus ou moins inconsciente dans les bras de Logan, tous s’étaient rapprochés.

- Elle va s’en sortir ? Demanda Tornade.

- Je ne sais pas, soupira Kitty sans quitter le corps de l’enfant des yeux, elle a perdu beaucoup de sang, elle doit avoir plusieurs fractures si ce n’est des hémorragies internes… il faudrait l’emmener à l’hôpital le plus rapidement possible.

Le Jet arriva en pilote automatique quelques instants après. Dans l’appareil, Kitty put prodiguer à l’enfant les premiers soins. Moins d’une heure après, ils se posaient près d’un hôpital et on transportait l’enfant en salle d’opération après quelques examens préliminaires.