Renaissance

par Abie

    Un long silence suivit ces paroles. Il lui laissa une bonne minute pour se reprendre. Elle l’entendait distinctement respirer calmement à l’autre bout du téléphone. Elle avait cessé de respirer mais maintenant son cœur battait à une vitesse folle, elle se posait mille questions, sous son cerveau se déchaînait une véritable tempête. Finalement, elle concrétisa ses pensées en une phrase, une question, un mot :

- Professeur ?

Un murmure, un espoir…

- Oui Tornade. C’est moi… (Silence). Je sais que tu es sans doute surprise mais je vais bien.

- Mais… vous êtes mort !

- Non… enfin pas tout à fait.

- Je vous demande pardon ?

- Je vous expliquerai tout lorsque vous viendrez me chercher avec les autres. Je pense qu’il est temps pour moi de rentrer.

- Mais…

- Ororo, calme-toi… sache seulement que c’est un mutant qui m’a récupéré dans une espèce de monde parallèle où Jean m’a envoyé lorsqu’elle m’a démolécularisé. C’est mon don qui m’a permis de rester en vie toutes ces années…

- M… mais…

- Oui ? Lui demanda poliment le professeur.

Et elle se tut, en réalité, elle ne savait quoi dire, quoi penser, quoi répondre. Puis, se reprenant, elle fronça les sourcils.

- Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes bien le professeur et non un imposteur ?

- Tu t’appelles Ororo Munroe, tu es d’origine africaine. Je t’ai trouvé alors que tu venais de déclancher un cyclone qui a dévasté ton village et une grande partie de ses habitants dont ta famille. Tu avais alors huit ans… la première chose que tu m’ais dite est que tu voulais mourir pour demander pardon aux Dieux en personne pour le mal que tu avais fait.

Un sanglot serra la gorge de la jeune femme aux étonnants cheveux blancs. Elle serra le téléphone avec une telle vigueur qu’elle en trembla. Elle ne doutait plus.

- Professeur !

A peine son nom prononcer, sa poitrine se souleva, libérée d’un poids. A l’autre bout du fil, Charles Xavier sourit avec tendresse.

Il rentrait bientôt chez lui.

 

    A peine eut-elle raccroché une demi-heure plus tard que Tornade courut, le visage inondé de larmes, à la recherche de Logan. Il était devenu au fil des années, son meilleur ami, son frère, son confident…

Elle le trouva dans la cuisine à boire une bière… les rares bières étaient pour lui et si un des élèves étaient surpris à en prendre une, Wolverine se chargeait de lui. Donc personne n’osait toucher à ces précieuses bières. Voyant le visage bouleversé de son ami, Logan se redressa de quelques centimètres et fixa la directrice, l’interrogeant du regard.

- Le… le professeur, articula-t-elle, il est en vie !

Quelques heures plus tard, lorsque les élèves eurent terminés leur cours de la journée, Logan rassembla tous les professeurs, donc tous les X-mens à savoir Malicia, Bobby, Kitty et Angel.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda Malicia.

Les deux aînés se regardèrent un instant avant que Logan hocha la tête. Ororo se tourna alors vers les cadets.

- Le professeur est en vie.

Son annonce laissa place à un silence de mort. On ne savait ni que penser ni quoi dire. Alors on se tourna vers Wolverine qui était comme d’habitude dans un coin de la pièce, debout. Voyant tous ces regards, il se redressa et soupira en prenant la parole.

- Je suis aussi sceptique que vous mais Tornade assure que ce ne peut être un imposteur, il sait trop de chose.

Nouveau long silence. Finalement, Bobby se tourna vers Tornade.

- Pourquoi maintenant ? ça fait plus de cinq ans !

- D’après ce que j’ai compris il était dans une espèce de monde parallèle et un mutant l’a trouvé par hasard il y a quelques semaines. Il a été quelques temps dans le coma puis ses sauveteurs lui ont fait reprendre des forces avant de « l’autoriser » à nous contacter.

- C’est marrant mais ça ne m’inspire pas confiance, s’avança Kitty.

- De toute façon, nous n’avons pas le choix, s’avança Warren, nous devons aller voir de quoi il retourne… imaginez que ce soit vraiment lui !

On acquiesça.

- Où est-il ? Demanda Malicia en se tournant vers Ororo.

- Il m’a donné une adresse en France, dans une ville à côté de Marseille du nom de Cassis.

- Bien, alors allons-y. S’exclama Bobby en se levant, suivi par les plus jeunes.

Mais Logan et Tornade brisèrent bientôt leur initiative.

- Pas encore !

- Mais… tenta Malicia.

Se fut au tour de Tornade d’argumenter.

- Il n’y a pas de mais. Les cours se terminent dans une semaine, il faut les terminer avant d’aller chercher le professeur. Je ne veux pas laisser l’école et ses élèves sans surveillance, parce qu’évidemment nous y allons tous…

On n’était pas d’accord mais ses arguments étaient irréfutables. Aucun ne voudrait rester en arrière, aux Etats-Unis, pendant que les autres allaient sans doute dans une pièce. On attendrait donc la fin de la semaine.

 

    La semaine passa à une lenteur exaspérante, finalement, le vendredi soir arriva et la plupart des élèves quittèrent l’école dans les vingt-quatre heures qui suivirent. Ne restait plus qu’une poignée d’entre eux largement gérable par les aînées des élèves.

Ainsi, le dimanche, ils prirent tous les cinq le jet et foncèrent en France sans trop savoir ce qui les attendaient.

Tornade n’eut aucun problème pour se poser car la jeune femme qu’elle avait eu au téléphone lui avait donné les coordonnées GPS d’un cite où ils pourraient se poser sans problème. En survolant la zone, Bobby avait sifflé d’admiration.

- Woua ! Je ne sais pas qui ils sont mais en tout cas, ils ne sont pas pauvres.

Certes, les maisons étaient rares mais majestueuses et imposantes même vues du ciel.

On se posa exactement au lieu indiqué et on descendit. Ils étaient vêtus en civil et Ororo camoufla l’avion en l’occultant une fois qu’ils en furent sortis.

- Au fait, où sommes-nous ? Demanda Kitty.

- Certainement dans le domaine de la maison des Deschannel parce que la maison n’est pas loin. Répondit Tornade. Attention je vous préviens, nous ne venons pas nous battre alors calme ! Elle insista sur le dernier mot en se tournant vers Logan qui fit mine de ne pas comprendre.

Il avait le visage encore plus renfermé qu’à l’ordinaire. Il n’aimait pas cette situation. Il ne pensait pas en la réincarnation du professeur, il n’avait absolument pas confiance en la fille qui avait téléphoné…

… alors il se tenait prêt pour le combat.

Quelques minutes de marche plus tard en direction du nord est, ils arrivèrent devant la maison pour se figer… elle était magnifique ! Toute en pierre blanche, certainement dû à la chaux… de magnifique arbres, des parterres de fleurs…

- Wouaou ! Répéta Bobby.

Son exclamation ramena tout le monde à la réalité et Tornade prit une profonde inspiration.

- Allez, c’est le moment de vérité. C’est parti.

Quelques instants après, Kitty frappait à la porte d’entrée. De longues secondes après, des bruits de pas se firent attendre, tous étaient sur le qui-vive, surtout Logan, et enfin, une clef dans la serrure tourna, la porte s’ouvrit.