Way to Terminus

par iria_hime

Le lendemain matin, on se prépare tranquillement, sans bruit, sans un mot. Quitter cette maison me déchire le cœur. Je me dis que je vais bientôt retrouver Maggie, que je vais lui montrer à quel point je suis devenue forte et qu’elle sera fière de moi.
Il est hors de question que je meure maintenant. Je suis prête à éliminer tous les rôdeurs que je croiserai et à protéger Daryl également. Et si Terminus n’est qu’un piège, ils regretteront d’avoir croisé notre route.

Je vérifie une dernière fois nos bagages et commence à écrire une note.
“Tu fais quoi ?” Me demande Daryl.
“Je laisse un mot.”
“A qui ?”
“Je sais pas. A ceux qui trouveront cette maison, si l’on ne revient pas.”
Une fois finie, ma lettre fait trois pages quand même. J’ai eu envie de raconter un peu ce qu’on a vécu. Je me suis laissée emporter par la nostalgie. J’ai commencé par nous présenter, Daryl et moi, j’ai décrit notre quotidien et à quel point on a été heureux ici. Je souhaite mes meilleurs vœux aux personnes qui trouveront cette maison et qu’ils feront bon usage de ce que l’on y laisse.

Dehors, Aaron, Isabelle, Joshua et Nathanaël sont également prêt à partir. Avant de les rejoindre je propose à Daryl de leur donner certaines de nos armes. Après tout, on ne peut pas tout emmener et ils pourraient nous aider en cas de problème. On remplace leurs couteaux usagés par des tout neuf. On leur fournit plus de munitions, de toute façon on utilise assez peu les armes à feu Daryl et moi.

On partage tous ensemble un petit déjeuner copieux avant de prendre la route. On parle assez peu. Tout le monde a l’air un peu tendu.
Daryl conduit la voiture, je me place à côté et les quatre autres se mettent comme ils peuvent à l’arrière. On emprunte une route qui longe la voie de chemin de fer jusqu’à Terminus. Chaque fois qu’on croise la voie de chemin de fer on fait une halte et on observe. Une fois, on tombe sur un autre message de Maggie pour Glenn.

“Regarde Daryl ! La signature ! Regarde !”
En effet, en bas du message se trouve le nom de Maggie, Sasha et Bob.
“Sasha et Bob sont avec elle ! Tu as vu ?!” Je suis surexcitée. Ça me rassure de savoir que Maggie n’était pas seule. Je suis certaine qu’elle est bien parvenue à Terminus. Elle a forcément réussi. Et apprendre que deux autres personnes ont réussi à échapper au massacre de la prison, me donne espoir et confiance.
Daryl me sourit. Il doit penser à Rick et Michonne. Ils ont forcément survécu aussi. Ce sont les plus forts d’entre nous. Ils ont forcément dû survivre.

Presque deux heures plus tard, la voiture tombe en panne d’essence. On se doutait qu’elle n’irait pas jusqu’au bout, mais on est bientôt arrivé. On regagne à pied la voie de chemin de fer en guettant l’arrivée d’éventuels rôdeurs.
Aaron prend la tête avec Daryl. Je crois qu’il essaye de vraiment briser la glace avec lui. Moi, je ferme la marche avec Nathanaël.
“Vous avez passé une bonne nuit dans le cimetière ?”
Il se met à pouffer de rire.
“Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?”
“Non, rien…” Me répond-il sans réussir à cacher son sourire.
“Crache le morceau, gamin !”
Il fait une moue boudeuse, mais qui n’efface pas complètement son sourire narquois.
“Disons qu’on… a été parfois réveillé par des bruits bizarres…”
D’un coup, j’me sens mal. Serait-il en train de me faire comprendre que…
“On a cru que c’était des rôdeurs… mais les bruits venaient plutôt de l’intérieur de la maison.”
Il me regarde du coin de l’œil avec un grand sourire sur son visage. Je rougis d’une force qui m’était encore inconnue. C’est tellement embarrassant. Je ne sais pas quoi répondre. Est-ce que ça servirait à quelque chose de faire comme si je ne comprenais pas ce qu’il me raconte ? Je crois que c’est peine perdue, alors je ne réponds rien.
“Oh t’inquiète, on a pris ça à la rigolade.” Je ne suis pas sûre que d’être rassurée, au contraire. “Sauf Josh. Ça l’a plutôt énervé. J’crois qu’il n’aime pas du tout Daryl.”
Je ne réponds toujours rien. Savoir qu’ils nous ont entendu pendant qu’on… Ça me met si mal à l’aise que je voudrais me cacher sous terre.

A ce moment-là, nous apercevons trois rôdeurs devant nous. C’est bien la première fois que je suis contente d’en croiser, car ça me permet de couper court à cette conversation terriblement gênante. Daryl nous fait signe de nous cacher à la lisière des arbres. Je prends mon arbalète à la main et conduis le groupe suivant ses instructions.
“Vous ne tirez qu’en dernier recours, ok ?”
Ils hochent la tête. Je surveille attentivement Daryl. A pas feutrés, il se dirige vers les rôdeurs qui lui tournent le dos. Ils ne nous ont pas vu et n’ont pas entendu Daryl approcher. Il devrait régler le problème rapidement.
Derrière moi, j’entends un craquement. Je me retourne brusquement et aperçois deux mordeurs plus loin dans les bois.
“Merde ! Faites attention.”
Ils avancent vers nous en grognant et claquant des dents. Il y a trop de branches et troncs d’arbres pour espérer les atteindre avec mon arbalète. Je regarde autour de moi, je n’en vois pas d’autres, alors je décide d’aller à leur rencontre, mon couteau de chasse à la main. Joshua me suit immédiatement, tandis qu’Aaron reste avec Isabelle et Nathanaël.
Je m’approche du premier mordeur, mais Joshua lui tire dans la tête avant que j’agisse. Puis, il tire une autre balle dans la tête du deuxième mordeur qui arrivait sur nous.

“Putain, Joshua j’avais dit de ne tirer que si on n’avait pas le choix.”
“On n’avait pas le choix.”
“Mais bien sûr que si, je pouvais leur planter mon couteau dans la tête.”
“Ils étaient grands et costauds. Ils ont dû se transformer récemment. Ils auraient pu renverser la situation et faire de toi leur déjeuner.”
Il est calme et ses grands yeux noirs me fixent sans sourciller.
“Je suis assez grande pour m’occuper de moi toute seule.”
“T’es trop fière et pas raisonnable.”
Je le fusille du regard. Pour qui se prend-il ?
“Va te faire foutre ! Tu me connais pas !”
“Je sais que tu veux jouer les grandes filles, les wonder woman, mais si tu continues comme ça, tu vas te faire bouffer. Daryl devrait te le dire s’il tient vraiment à toi.”
Il me dit ça presque tranquillement, sans émotion. Son visage est impassible voire même doux. Mais ses yeux me semblent encore plus noirs que d’habitude. Ils diffusent une lueur très troublante entre le flamboiement et la glace.
“Il m’a entraînée pour que je me défende seule. Pas pour qu’on me chaperonne.”
Daryl arrive sur nous à ce moment-là. Je lui dis que tout va bien. Il regarde suspicieusement Joshua un instant et nous retournons auprès des autres.

On reprend notre route vers Terminus. Je suis encore furieuse après Joshua. Je n’aime pas être traitée en gamine. Isabelle se met à côté de moi et entame la discussion.
“Je t’ai entendue crier un peu tout à l’heure. Que s’est-il passé ?”
“Rien.” Je n’ai pas du tout envie d’en parler.
“Tu sais… il voulait juste t’aider.”
Je jette subrepticement un coup d’œil à Joshua qui nous observe également.
“J’avais pas besoin d’aide.”
“Écoute Beth, on a tous besoin d’aide dans ce monde. Ce n’est pas forcément de la faiblesse.”
J’hallucine, maintenant j’ai droit à un sermon. Je lui jette un regard glacial.
“Beth, je ne cherche pas à te dire comment tu dois te comporter. Je dis juste que Joshua a voulu t’aider. Il ne méritait peut-être pas d’être réprimandé en retour. Il faut qu’on s'entraide, tu ne penses pas ?”
“Oui mais… J’avais donné une consigne simple et…”
“Il a bravé ton autorité, c’est ça ?” Je hoche la tête. “Je n’essaye pas de l’excuser, mais il est comme ça Joshua. Il s’est occupé seul de son frère pendant si longtemps, qu’il a du mal à accepter de suivre les directives imposées par d’autres. Il n’a que 24 ans, il est encore jeune. Et toi… tu es encore plus jeune que lui. Essaye de te mettre à sa place et tu comprendras.”
Je ne réponds rien. Je sais qu’elle a raison, mais je suis encore trop vexée.
“Tu es quelqu’un de bien Beth, et je vois que Daryl aussi. Je pense qu’on a énormément de chance de vous avoir rencontré.”
Elle pose un regard doux et chaleureux sur moi. Je sens toute la gratitude qu’elle a pour nous. Ça me fait rougir un peu.
“Euh, merci Isabelle.”

Dans l’après-midi, on s’arrête pour manger un morceau et se reposer surtout. Je rejoins enfin Daryl.
“Qu’est-ce qu’il s’est passé avec les mordeurs tout à l’heure ?”
“Rien.”
“Pas de ça avec moi. Raconte.”
Je soupire.
“C’était pas les mordeurs le problème… Joshua est intervenu en leur tirant dessus, alors que je leur avais demandé de ne pas tirer. Il me prend pour une gamine.”
“J’vais aller lui parler.”
“Non Daryl. Laisse tomber, c’est rien. J’irai lui parler moi-même, mais plus tard.”
“Non, je préfère que la situation se règle avant d’arriver à Terminus.”
“Ok…”

Joshua s’occupe de vérifier le sac de son petit frère et repositionner les bretelles pour améliorer sa position. Il n’a pas du tout l’air affecté par notre altercation de tout à l’heure. Au bout d’un moment, ses yeux noirs glissent sur moi avec douceur et je me décide à aller le voir.
“Est-ce que je peux te parler une minute ?”
Il ne répond rien mais me suit à l’écart. Il me regarde fixement en attendant que je commence.
“Bon. Je n’ai pas aimé que tu interviennes tout à l’heure. Tu as un problème avec le fait que je puisse donner des ordres ?”
Il marque une longue pause avant de me répondre.
“Oui. Tu n’as aucune légitimité à donner des ordres. Tu es trop jeune et inexpérimentée.”
Je réprime une furieuse envie de lui sauter à la gorge.
“Tu as décidé de nous rejoindre. Tu dois suivre nos règles.”
“Je ne suis pas d’accord avec ça. La seule règle qu’on devait suivre, c’était l’interdiction de rentrer dans votre maison et je l’ai respectée.”
“Alors quoi ? Maintenant tu fais ce que tu veux, quitte à nous mettre en danger ? Tu ne sais pas que les rôdeurs sont attirés par le bruit ? Tu n’aurais pas dû tirer.”
“Je ne nous ai pas mis en danger. Au contraire, je suis venu t’aider. Oui, j’ai tiré parce que j’ai jugé que la situation était risquée.”
“Le problème c’est que tu me considères comme une petite fille qui ne sait pas se défendre.”
“Tu en es une.”

Sans l’avoir prévu, je lui balance mon poing dans la mâchoire. Aussitôt, une douleur fulgurante irradie dans toute ma main. Putain, c’que ça fait mal de cogner quelqu’un !
Joshua a une grosse trace rouge sur l’arrête de la mâchoire. Il n’a pas crié mais il serre les dents et ses yeux me foudroient. Brusquement, il m’attrape par les épaules et me soulève jusqu’à ce que mon visage se trouve à quelques centimètres du sien. Cette proximité me tétanise. J’ai l’impression que ses yeux me brûlent de l’intérieur. On reste longtemps comme ça à se regarder. Il ne dit rien, et moi, j’ai peur de faire le moindre mouvement.

Puis il me repose doucement à terre, sans me lâcher toutefois.
“Ok, Beth. Je l’ai mérité. Tu as beaucoup de cran et je respecte ça. Non, tu n’es pas une petite fille. Je retire ce que j’ai dit.” Il raffermit sa prise sur mes épaules avant de continuer. “Néanmoins, que vous le vouliez ou non, on est un groupe tous les six. On doit fonctionner ensemble et prendre des décisions ensemble. On a tous besoin des autres pour continuer, alors arrêtez de nous traiter comme vous le faites.”

Je suis totalement subjuguée. Il a une incroyable capacité à aller de l’avant et à pardonner. Force est de constater qu’il est bien plus mature que moi. Il n’avait pas vraiment tort de me considérer comme une gamine finalement. Néanmoins, je ne réponds rien et me contente de hocher la tête.
Il me lâche enfin les épaules et j’ai l’impression de pouvoir respirer à nouveau. Il tend sa main en disant “ami ?”. Son visage est redevenu doux et impassible. Ma main me fait toujours souffrir et la marque sur sa mâchoire est encore vive. Je prends sa main dans la mienne en répondant “ami”.

En repartant, je reste en arrière, comme depuis le début de l’expédition. Personne n’a fait le moindre commentaire sur la marque sur le visage de Joshua. Moi, je suis toujours plongée dans mes pensées suite à ça. J’ai des sentiments très troubles à son égard. Une partie de moi l’admire et l’autre en a peur.
Nathanaël revient à mes côtés, mais ne reparle pas de la nuit dernière et de ce qu’ils ont entendu. Il me parle surtout de notre vie d’avant, tout en faisant tournoyer le pied de biche qui est son arme fétiche j’ai l’impression.
Il me demande en quelle classe j’étais et dans quelle ville. Ça me fait du bien de parler du passé.
“Ce qui me manque le plus, c’est la glace.” Me dit-il. “J’adorais manger de la glace, même en hiver. Maintenant, on n’a plus aucune chance d’y goûter à nouveau un jour.”
“Mon parfum préféré c’était fraise. Je n’ai jamais changé. Tout le monde en grandissant préfère des parfums plus exotiques, plus recherchés, mais moi… ça restait la fraise.”
On parle un moment de ce qu’on aimait bien avant et de ce qui ne nous manque pas. C’est très facile de parler avec lui. Je crois que ça lui fait plaisir d’avoir quelqu’un de jeune avec qui parler, autre que son frère.

“Josh a tiré un trait sur notre vie d’avant. Il ne veut pas en parler. Il dit que ça ne sert à rien. En même temps, il a toujours été un peu renfermé. Moi, j’aime bien me rappeler du passé. Je sais qu’on ne connaîtra jamais ça à nouveau, mais je ne veux pas l’oublier pour autant.”
“Des paroles pleines de sagesse, je trouve.”
“Nat, arrête de jouer avec ce pied de biche. C’est pas un jouet.” Intervient Joshua.
“Rabat joie !” Répond-il à son frère d’un air maussade avant de remettre le pied de biche qui ne le quitte jamais à sa ceinture.
Aucune émotion ne trahit les traits de Joshua. Il est sérieux et imperturbable comme à son habitude. Ça a quelque chose d’agaçant et d'intrigant.

“Beth ?” Daryl m’appelle et je le rejoins en tête du convoi qu’il occupe avec Aaron.
“Qu’est-ce qu’il y a ?”
“J’crois qu’on arrive bientôt.”
En effet, au loin on aperçoit une grande bâtisse en brique rouge et ça correspond à nos estimations d’arrivé.
“On va aller jeter un coup d’œil, Aaron et moi. Reste en arrière avec les autres. Sois prudente.”
“Ok. Vous aussi.” Dis-je en insistant bien. Il me regarde un moment dans les yeux avant d’esquisser un mouvement vers ma bouche. Finalement, il se rétracte et hoche la tête avant d’y aller. Je retourne vers les autres un peu frustrée.

“Qu’est-ce qu’il y a ?” Me demande Isabelle.
“On aperçoit Terminus juste après ce virage. Daryl et Aaron y vont en reconnaissance. On va les attendre ici.”
Je récupère mon arbalète à la main et scrute les alentours. Joshua et Isabelle font de même avec leur flingue et Nathanaël sort son pied de biche. Les minutes s’écoulent lentement et je me force à rester calme.
Joshua me jette un coup d’œil insistant. Je crois qu’il est un peu inquiet même si ses expressions sont indéchiffrables. J’attends patiemment.
Des grognements nous parviennent et je me prépare à tirer.

“Joshua...”
“Je sais. Je ne tire que si c’est nécessaire.”
Peu après, un mordeur sort de la lisière des bois. J’ajuste mon arbalète, vise calmement et tire. La flèche lui arrive en pleine tête et je recharge rapidement. Les grognements continuent, je me demande combien il y en a. Deux autres mordeurs sortent à leur tour. J’ai le temps de les dégommer tous les deux à l’arbalète. Je me retourne dans toutes les directions pour ne pas me faire surprendre. Bingo ! Derrière moi, j’en vois encore deux déboucher. Ils sont tout près de Nathanaël.
“Nat ! Attention !”

Il se retourne et crie en apercevant les mordeurs si près de lui. Il s’éloigne précipitamment d’eux, serrant fort son pied de biche comme une batte de baseball. Il fixe les mordeurs tout en continuant de s’écarter d’eux et de nous par la même occasion. Je me dépêche de recharger mon arbalète. Je crains qu’il ne rentre dans la forêt. Au moment de tirer, j’aperçois avec horreur, qu’un autre vient de sortir des bois pile devant Nathanaël, ce qui me fait rater mon coup.
“Nat !” Hurle Joshua.

Trop tard ! Le mordeur lui attrape le bras et se penche pour lui manger l’épaule. Nathanaël tire de toutes ses forces sur son bras en hurlant et en le cognant avec son arme. Au moment où la mâchoire du cadavre ambulant allait se refermer sur le pauvre enfant, ma dernière flèche l’atteint à la tête et il s’écroule sur sa victime. Les deux autres rôdeurs s’approchent toujours de Nathanaël qui est maintenant bloqué. Je n’ai plus de flèches, alors je me précipite vers eux tout en sortant mon pistolet.
Un coup de feu retentit, Joshua a réussi à en tuer un. Je tire également, mais il me faut trois balles avant de tuer le dernier.

Je dégage Nat de sous cet amas de chair putréfié et il fonce sur son frère pour le serrer contre lui. Un cri terrible nous déchire les oreilles. On se retourne précipitamment pour voir l’horrible spectacle d’Isabelle qui se fait déchiqueter l’épaule par un mordeur derrière elle. Le sang jaillit à flot. On n’avait rien entendu, trop occupé à protéger le jeune garçon.

“Isabelle !” Crie Nathanaël en s’élançant vers la pauvre femme toujours aux prises avec son assaillant.
Il pleure et crie, son visage déformé par la tristesse.
Joshua devance son frère et se précipite vers le mordeur qu’il frappe violemment d’un grand coup de crosse dans le crâne.

Nathanaël se jette alors sur Isabelle et la serre fort contre lui. Il sanglote bruyamment contre elle. Je ressens moi-même une douleur dans la poitrine d’être obligée de voir encore quelqu’un mourir sans rien pouvoir faire. Je sors de mes affaires un morceau de tissu et lui fait un bandage à son épaule blessée.

Joshua continue à frapper le rôdeur jusqu’à le faire tomber au sol, puis il fracasse son crâne d’un puissant coup de pied qui fait gicler du sang et des morceaux de cervelles sur son pantalon. Tout son corps est tendu et pour une fois son visage exprime la colère. Il reste debout au-dessus du cadavre en décomposition à tenter de reprendre son souffle.
On sait tous comment ça va se terminer. Isabelle aussi. Des larmes ruissellent sur ses joues. Je vois dans ses yeux la peur de l’inévitable. D’ici peu, elle mourra et se changera en mordeur à la recherche de chair fraîche et de sang. Et pour éviter ça, on devra la tuer nous-même.

C’est à ce moment-là qu’on voit revenir Daryl et Aaron à petites foulées.
Aaron comprend vite qu’il s’est passé quelque chose de grave et court pour nous rejoindre. Il découvre le bandage ensanglanté d’Isabelle et le mordeur défoncé aux pieds de Joshua. Il semble tétanisé un instant. Ses lèvres forment le mot “non” à plusieurs reprises. Je me souviens qu’il la connaît depuis qu’il a été accueilli par son groupe, il y a fort longtemps maintenant. Je comprends sa douleur. Je les laisse partager leur peine et leurs derniers moments réunis.

Je prends Daryl à part et lui demande ce qu’ils ont vu là-bas. Il prend un air grave et sombre.
“Terminus est anéanti.”
“Quoi ?!”
“L’endroit est envahi de rôdeurs, l’entrée est grande ouverte et les grillages défoncés par endroit. Apparemment, il y a eu une explosion sur une citerne qui a elle-même provoqué un incendie. On n’a pas pu beaucoup s’approcher et les bois ne sont pas sûrs par ici.”

Tous mes espoirs de retrouver Maggie s’effondrent. Si ça se trouve elle est morte. On a fait tout ça pour rien. Isabelle va mourir pour rien. On a quitté notre havre de paix pour rien.
“On est arrivé trop tard.” Je murmure.
“Bien trop tard, ça a eu l’air d’avoir lieu il y a longtemps. Peut-être que c’était avant l’arrivée de Maggie. Je sais pas.”
Comment faire pour en être sûr ? Comment faire pour la retrouver ?
“Il faut qu’on aille voir si Maggie, Sasha ou Bob sont là-bas… même s’ils sont en rôdeurs. Il faut que je sache !”
“On peut pas Beth… Ça grouille de rôdeurs partout ! On n’y arrivera pas.”
Je suis effondrée. Daryl me prend dans ses bras pour me réconforter. Je vois les autres tout aussi abattus, mais pour une autre raison. Isabelle serre Nathanaël aussi fort qu’elle le peut, tout en enfouissant son visage contre Aaron. Je l’entends sangloter malgré tout.

“Il faut qu’on bouge.” Me dit Daryl.
Il est le seul à tenir le coup. Je hoche la tête en guise de réponse.
“On devrait contourner Terminus par la colline. Avec la hauteur, on verra peut-être quelque chose à l’intérieur. Ça risque d’être dangereux, mais… c’est soit ça, soit on rentre à la maison.”
La maison… J’ai envie de retourner à la maison à cet instant. Tout laisser tomber. Je sais que c’est de la lâcheté. Je n’en suis pas fière, mais j’m’en fous.

Avant que je puisse le dire à Daryl, il s’adresse aux autres membres du groupe.
“Hé, il faut qu’on bouge et maintenant ! Soyez attentif, ya des rôdeurs partout. Go ! Go ! Go ! Allez!”
Les autres se relèvent lamentablement. Isabelle tente de faire bonne figure, alors qu’elle sait qu’elle est condamnée. Je pense que c’est pour inciter les autres à se ressaisir. Après avoir récupéré mes flèches, on se met en route.
Prudemment, on contourne l’entrée de Terminus. On tombe parfois sur des rôdeurs, mais on les élimine silencieusement à l’arbalète ou avec nos couteaux. On se suit tous de très près pour mieux se protéger les uns les autres.

Arrivé en haut de la colline, on voit l’intérieur de la cour de Terminus. Des cadavres jonchent le sol et une multitude de mordeurs y divaguent. A cette distance, il nous est impossible de voir leurs visages, mais je rejoins l’avis de Daryl de ne pas pouvoir y pénétrer en sécurité.
“On a perdu notre seule piste.”
Je regarde Daryl et le vois qui scrute le sol autour de nous.
“Qu’est-ce que tu fais ?”
“Il y a plein de traces. Plusieurs personnes sont passées par là. J’crois pas que ce soit un groupe de mordeurs. Suivons-les, ça coûte rien.”
On suit tous Daryl à travers les bois jusqu’à arriver à une petite cabane.
“Ici les traces sont nombreuses. Il semblerait que ce groupe soit parti par-là ensuite.” Dit-il en désignant une direction.
“Attends Daryl. ” L’interrompt Aaron en posant sa main sur son épaule. “Isabelle est très affaiblie… faisons une halte ici.”

En effet, Isabelle peine à rester debout et ouvre difficilement les yeux. Son bras est recouvert de sang, mon bandage n’a pas suffi à arrêter l’hémorragie.
On rentre donc dans la cabane qui est assez exiguë. Aaron et Nat aident Isabelle à s’allonger.
“Chui tellement désolé Isabelle.” Larmoie Nathanaël. “C’est de ma faute ! Si j’avais pas fuis… Pardon ! J’m’en veux tellement.”
“Non, Nat, c’est pas de ta faute. Tu sais… c’est déjà un miracle si j’ai pu survivre jusque-là. J’ai perdu… tellement de gens que j’aimais.” L’émotion la submerge un instant. “Mes filles et mon mari en premier lieu… Tout ce que j’espère maintenant, c’est les revoir. Ils me manquent tellement !”

Je ne peux pas en supporter d’avantage et je sors de la cabane. Ça me rappelle quand ma mère quand elle s’est changée en rôdeur. Ça me rappelle le choc de la voir se faire tuer à la sortie de la grange avec le reste de ma famille et de mes amis. Ça me rappelle tous ceux que j’ai perdu moi aussi depuis qu’on a quitté notre ferme. Et plus récemment, la perte de mon père de manière impitoyable. Mais je ne veux plus pleurer, alors je devais sortir.

Daryl sort à son tour et m’attire contre lui. Je me sens tellement mieux quand je suis avec lui. J’ai l’impression d’oublier tous mes soucis, alors je me laisse aller dans cette béatitude. Je l’enlace par la nuque et laisse courir mes doigts dans ses cheveux. Mes lèvres fondent sur les siennes avec passion. Sa bouche s’entrouvre et laisse échapper sa langue qui part à l’assaut de la mienne. De toute la journée, on ne s’était pas touché et je remarque à présent à quel point j’en avais besoin.

La porte s’ouvre à nouveau et on se sépare brusquement. Nathanaël sort les yeux rouges et bouffis.
“Beth… elle voudrait te voir.”
Je n’en ai pas envie, mais je ne peux pas lui refuser ça.
Isabelle est livide. Elle n’en a plus pour longtemps. Aaron est à côté d’elle, il lui tient la main. Joshua est de l’autre côté et il l’écoute les yeux dans le vague.
“Tu es fort, Joshua. Je sais que tu protégeras ton frère du mieux que tu peux. Mais… si jamais… ça ne suffit pas. Je veux que tu ailles de l’avant. Tu ne peux pas empêcher ce qui doit arriver. Tu es bon, tu mérites de vivre.”
Apparemment, Isabelle donne ses dernières paroles encourageantes à ceux de son groupe. Elle leur dit au revoir.
Quand Joshua finit par s’en aller, Isabelle tourne ses yeux fatigués vers moi.
“Beth…” Je m’agenouille à côté d’elle. “On ne se connaît pas depuis longtemps, mais… je pensais ce que j’ai dit aujourd’hui, tu es quelqu’un de bien. Je voulais te remercier encore une fois d’être venue à notre secours. Je sais que c’est surtout grâce à toi. Si tu n’avais pas convaincue Daryl… Oh, je ne lui en veux pas. C’est compliqué de faire confiance aux autres de nos jours. Et sa seule préoccupation à lui, c’est toi, ma petite Beth. Tu as beaucoup de chance.”

Elle me prend la main et y dépose un baiser.
“Maintenant j’ai deux choses à te demander. Premièrement, je voudrais que vous restiez ensemble, tous ensemble. Que vous formiez un vrai groupe. Je sais qu’il faudra du temps pour forger la confiance mutuelle, mais vous pouvez y arriver.”
“Oui, Isabelle. On ne comptait pas vous laisser tomber de toute façon.”
“Merci, Beth. Et ensuite… Je voudrais que ce soit toi qui… fasse en sorte que je ne revienne pas en monstre.”
“Moi ? Mais, pourquoi ?”
“Parce que je ne suis ni trop proche ni pas assez proche de toi. Tu n’es pas une inconnue, je te respecte et je t’admire aussi. Je pense que tu as la force d’esprit pour le faire. Et d’un autre côté, on se connaît depuis trop peu de temps pour que ce geste soit trop difficile pour toi.”
Je comprends ce qu’elle veut me dire, mais remplir ce rôle ne m’enchante pas.
“Je le ferai.”
“Merci, Beth. Je sais qu’on aurait pu devenir de très bonnes amies.” Une larme coule encore sur sa joue. “Je suis quand même heureuse de t’avoir connue, même un peu.”

Le soleil commençait à se coucher quand Isabelle est morte. Entourée de tous les membres du groupe, elle semblait avoir accepté sa destinée. Puis, Joshua a fait sortir son petit frère pour qu’il n’assiste pas à la suite. J’ai fermé les yeux d’Isabelle, pris mon couteau et l’ai enfoncé doucement dans son crâne au niveau de la tempe.
Daryl et Aaron se sont occupés du corps et Nathanaël est rentré pour s’isoler un peu. Moi, je suis restée un peu dehors avec Joshua.
“Tu tiens le coup ?” Lui demandais-je.
“Oui.”
En effet, il ne semble pas souffrir de la disparition d’Isabelle.
“Ça faisait longtemps que vous étiez ensemble tout de même.”
“Les gens meurent. Surtout dans ce monde.”
“Tu joues les insensibles.”
Il me scrute un instant.
“Je ne joue pas. Elle se comportait comme une mère pour nous, mais je savais que ça finirait ainsi. C’était inéluctable.”
“Quand bien même, ça a dû te toucher.”
Il ne répond pas. Je ne peux pas m’empêcher de penser à moi quand on était à la prison. A ma réaction quand Daryl m’a annoncé la mort de Zach. A ma relation avec Zach…

“Tu sais, Joshua, tu crois te protéger, mais c’est faux. Tu ne fais que perdre ton humanité.”
Il me regarde d’un air interrogateur.
“J’ai fait pareil que toi, il y a quelques temps. J’en avais marre de perdre tous ceux qui comptaient, alors j’ai fermé la porte de mes émotions, de mes sentiments. Et ça marchait bien ! Mais après… je me suis rendue compte que tout semblait faux et insipide. Je n’étais pas fidèle à moi-même.”
Il m’écoute avec attention, ses yeux brillants fixés sur moi.
“On a besoin des autres. Il faut les laisser nous approcher, nous toucher. C’est ça qui révèle notre humanité, sinon… on n’est que l’ombre de soi-même. N’oublie pas ça.”

Après un long moment il prend ma main dans la sienne, sans dire un mot.