Goodbye home

par iria_hime

Je sais maintenant que ma sœur est vivante, du moins elle l’était au moment de la fuite de la prison, et j’ai une piste pour la retrouver. Tout mon corps vibre d’excitation et de stress. Par contre, l’inscription ne me permet pas d’être sûre que Glenn est en vie, lui aussi. Assurément elle le recherchait, mais est-ce qu’ils sont partis ensemble de la prison et qu’ils ont été séparés après ? Je ne sais pas.

Je dois tout de même avouer qu’une part de moi est triste de voir que ma sœur n’a pas essayé de me laisser de message à moi. Dès le début, j’ai voulu la retrouver. J’ai poussé Daryl à tenter de pister sa trace, sans succès. Est-ce que Maggie a essayé de me retrouver aussi ? Ou bien a-t-elle estimé que j’étais trop faible pour survivre ?
Mais d’un autre côté, quand je vois tout l’amour que je ressens pour Daryl, je me sens même prête à mourir pour lui. Je sais que je ne pourrais pas supporter de le perdre. Alors, est-ce que je peux reprocher à Maggie de donner plus d’importance à Glenn qu’à moi ? Je suis partagée sur la question, mais je décide de laisser mes états d’âme de côté pour le moment. Je dois la retrouver coûte que coûte. C’est ma priorité.

“Le sang est complètement sec et craquelé. Elle a laissé ce message il y a longtemps, peut-être plusieurs semaines.”
“On doit quand même aller voir. Il faut que je sache si elle y est.”
“Oui, on ira.”
Les quatre membres du groupe qu’on a sauvé ont l’air soulagé d’entendre ça.
“Mais pas maintenant, Beth. On doit s’organiser. On partira demain, pas plus tôt.”
“Est-ce que… est-ce qu’on peut rester avec vous d’ici là ?” Demande celui qui semble être leur leader.
On échange un regard avec Daryl. Après notre dernière expérience de cohabitation avec Jenny, je n’ai pas tellement envie de recommencer. En plus, on va devoir jouer leurs gardes du corps. Néanmoins, ils n’ont vraiment pas l’air méchant et ils ont besoin de nous.
J’ai l’impression que Daryl, lui, ne veut pas du tout d’eux avec nous. A nouveau, je le prends à part pour discuter de ce qu’on veut faire.

“Beth, je sais ce que tu vas me dire, mais je ne veux pas d’eux avec nous. Je ne veux pas leur montrer la maison. C’est notre refuge.”
“Mais puisqu’on va aller à Terminus ?”
“On ne sait pas si on va y rester. Si ça se trouve, Maggie n’y est plus, ou alors on ne s’y plaira pas. Cette maison, c’est un point de repli idéal. Je ne veux pas la laisser à n’importe qui.”
“Regarde-les, ils ne savent même pas se défendre ! Ou du moins pour la femme et le gosse. Je ne les vois pas nous prendre la maison de force. En plus, ils ont l’air de vraiment vouloir aller à Terminus, eux.”
“Jenny aussi ne savait pas se défendre et avait l’air inoffensive.”

Un point pour lui. Mais dès le début, il y avait un truc chez elle qui ne me mettait pas à l’aise, ce que je ne ressens pas avec eux. Néanmoins, il est vrai qu’on doit se montrer prudent.
“Ok, Daryl, alors… on pourrait leur interdire l’accès à l’intérieur de la maison, mais les laisser camper dans le cimetière. On ne leur montrera pas notre stock d’armes, ni nos provisions. Et puis, on pourrait prendre des chemins détournés afin qu’ils ne puissent pas revenir à la maison plus tard, non ?”
Daryl ne répond rien et réfléchit longuement.
“Si ce sont des gens bien, on doit les aider, tu ne crois pas ? Il faut bien qu’on essaye quand même, sinon… on n’est pas mieux que Jenny ou les autres salopards qu’on a déjà croisés.”
Daryl leur jette un coup d’œil. Eux aussi discutent entre eux, mais je vois sur leur visage qu’ils espèrent qu’on reste avec eux.
“Montrez-nous vos armes.” Leur ordonne-t-il.

Rapidement, ils nous les montrent. Ils veulent qu’on ait confiance en eux, ce qui me confirme qu’ils ne sont sûrement pas de mauvaises personnes. Chacun d’eux a un pistolet, mais très peu de munitions. Ils ont également des couteaux mais un seul couteau de chasse en bon état. Ils ont dû le récupérer récemment. Un des deux hommes a aussi un fusil à pompe et le gamin un pied de biche.
“Ok. Combien de mordeurs avez-vous tué ?”
“Bah… je n’ai pas vraiment compté, mais à nous tous on en a supprimé au moins une douzaine.” Nous répond le leader.
“Combien d’humains avez-vous tués ? La question vaut pour chacun de vous.”
Ils échangent des regards mal à l’aise.
“J’en ai tué deux.” Commence le leader. “Un type m’avait attaqué quand j’étais seul au début de tout ce merdier. Le deuxième… un groupe nous a menacés il y a quelques mois. Ils ont tué deux des nôtres.”
La femme et le gosse font ‘non’ de la tête.
“J’ai tué les trois autres membres de ces fumiers.”

On se regarde avec Daryl. Finalement, c’est celui-là le plus dangereux d’entre eux. Peut-on vraiment leur faire confiance ?
“Et vous ?” Nous questionne le même homme.
“Nous, on peut se débrouiller tout seul. On n’a pas demandé votre aide.” Lui répond Daryl en le toisant.
“Depuis quand êtes-vous ensemble ?” Je leur demande.
“Plusieurs mois.” Me répond la femme. “Je faisais partie d’un groupe depuis le début de l’arrivée des rôdeurs. Aaron a été retrouvé seul. On l’a accueilli avec nous.” Elle désigne le leader en parlant d’Aaron. Il doit avoir à peu près 45 ans. Il a la peau mate et les cheveux bruns, parsemés de blanc. Il m’a l’air typé d’Amérique latine.
“Il y a plusieurs mois, une horde nous a décimé. On n’était plus que cinq, dont Aaron et moi. Plus tard, on a rencontré Joshua et Nathanaël par hasard. Ils sont frères. On a décidé de rester tous ensemble.”
Le premier désigné est celui qui semble le plus dangereux. Il doit avoir 25 ans. Il est grand, châtain avec des yeux très noirs. Il a le teint pâle et reste sans expression la plupart du temps. Nathanaël, son petit frère lui ressemble beaucoup mais en plus jeune. Il semble plus craintif, plus chétif. Il n’a pas l’assurance de son aîné.

“Mais depuis quelques semaines on n’est plus que quatre. Les autres… soit ils ont été tués par des rôdeurs, soit par des humains.” Elle semble encore très affectée par ces pertes et les autres aussi.

Il y a toujours un doute quand on entend ce genre d’histoire. Est-ce que c’est vrai ? Ou bien est-ce qu’on se fait mener en bateau ? Mais je n’ai pas plus de raisons d’en douter pour le moment.
“Je m’appelle Beth et lui c’est Daryl.”
“Oui, et moi c’est Isabelle.”
Isabelle a la quarantaine. De fines rides d’expression la rendent sympathique. Elle a les yeux bleus et de longs cheveux bouclés châtains foncés. Une tristesse dans son regard semble ne jamais la quitter.
“Alors, est-ce que… vous voulez bien rester avec nous ? vous avez un campement dans les parages ?” Demande Aaron.
Je regarde à nouveau Daryl et vois qu’il a capitulé.
“Disons qu’on ira avec vous à Terminus demain. En attendant, on a des règles à vous dicter. Soit vous les acceptez et tout ira bien, soit vous les refusez d’office et on vous laisse ici, soit vous les enfreignez et… Je ne vous conseille pas de vous y aviser.”

Aaron acquiesce et Daryl prend le relais pour leur donner nos conditions.
“On a un endroit à nous, ouais. On ne vous fait pas confiance, alors vous ne rentrerez pas à l’intérieur. C’est non négociable.” Il marque une pause pour voir si des objections s’élèvent. “Si l’un d’entre-vous essaye de rentrer, je le dégage avec une flèche dans la gueule, c’est compris ?”
Ils acquiescent tous. Je prends la parole pour calmer un peu le jeu.
“Néanmoins, on vous aidera à sécuriser un périmètre juste à côté et on sera là en cas de problèmes. On peut vous donner un peu de nourriture, une couverture, ce genre de choses. Si vous avez d’autres besoins, on verra si on peut vous aider.”

On se met en route peu après. Daryl mène la marche et je vois qu’il ne prend pas le chemin le plus rapide. Moi, je me mets derrière le petit groupe pour pouvoir surveiller leurs mouvements. Avec les détours de Daryl, on met plus d’une heure à sortir des bois au niveau du cimetière. Les autres s’inquiétaient un peu. Peut-être avaient-ils peur de tomber dans un traquenard.
“Cette maison, là, c’est chez nous. Vous resterez au niveau du cimetière.”
“Un cimetière… très à propos, oui.” Remarque Aaron.
“On vous laisse vous installer, nous devons discuter en privé de la suite. Si vous avez besoin de quelque chose, faites tinter les objets qu’on a accroché devant la porte et on viendra.”

On rentre après avoir installé notre corde/sonnette tout contre la porte. Étant donné qu’il n’y a qu’une seule entrée, ça leur serait difficile d’entrer dans la maison sans faire le moindre bruit. Daryl surveille le petit groupe à travers les interstices des lattes de bois d’une fenêtre.
“Alors ? Comment tu vois les choses ?”
“J’en sais foutre rien.”
“Sérieusement, Daryl ? Je croyais que tu avais déjà un plan et tout !”
“Nan.” Pas très coopératif... Il a l'air maussade.
“Bon… La pire des éventualités, c’est le piège, pas vrai ? Admettons que Terminus est composé d'une bande d’ordures qui veut juste dépouiller les nouveaux arrivants. On n'est pas très nombreux et on ne connaît pas les lieux. Il faut… dans un premier temps essayer de les observer. Connaître comment ils fonctionnent, comment ils se protègent, combien ils sont.”
“Et faut qu’on essaye de voir si Maggie est vraiment parmi eux.”
“Maggie et les autres. Elle ne s’est peut-être pas échappée seule de la prison.”
“Possible.”
Son laconisme m’énerve de plus en plus.
“Qu’est-ce qui va pas, Daryl ? C’est la première piste qu’on ait et à propos de ma sœur en plus ! Et toi… t’es pas là ! On dirait que tu t’en fous !”

Il quitte la fenêtre des yeux et me fixe sans chaleur.
“J’m’en fous pas. C’est juste que ça me plaît pas.”
“J’te comprends pas, là. Ça te tuerait d’être un peu optimiste ?” Il se lève d’un bond et m'attrape par les épaules.
“Optimiste ? Mais je l’étais ! Avec toi, je l’étais ! Je voyais un avenir pour nous. Il était ici cet avenir. On était chez nous et on aurait pu vivre indéfiniment comme ça.” Ses yeux irradient. “Mais là, putain, on va encore se mettre en danger. On sait même pas si elle a réussi à y aller ou si elle est encore en vie. Si ça se trouve, on va crever pour rien ! Alors ouais, ça me fait chier tout ça. J’aurais préféré ne jamais trouver ces gens et ne jamais voir ce putain de message !”

Une partie de moi comprend sa vision des choses, mais l’autre partie, celle qui aime Maggie depuis toujours, lui en veut énormément pour son égoïsme.
“C’est ma sœur.”
“Mais putain, je sais ça ! Je sais qu’on peut pas ignorer cette piste et qu’on doit y aller, sinon on ne pourra jamais se le pardonner. Mais… j’étais… putain j’étais si bien avec toi ! J’avais jamais été vraiment heureux avant. Alors… c’est dur d’accepter de quitter cette baraque et cette vie.”
L'entendre me dire que je suis la raison de son bonheur est une pure extase. Je n’arrive plus à lui en vouloir. Je repense à la vie qu’il a eue avant la fin du monde et je comprends parfaitement ce qu’il ressent. Ce qu’on a ici, tous les deux, c’est une merveille, un petit bout de paradis en enfer. On va devoir quitter tout ça. C’est un gros sacrifice pour nous. Particulièrement pour lui.

Je prends son visage dans mes mains et l’embrasse passionnément, profondément. Il me prend dans ses bras et me serre fort contre lui.
“Pardon Daryl. J’ai été égoïste et maladroite.” Je caresse doucement son visage. “Je n’ai pas oublié notre promesse de survivre coûte que coûte pour rester ensemble. Je te promets de tout faire pour qu'on s'en sorte et qu'on retrouve une vie tranquille. Mais j'ai besoin de toi pour m'aider à la retrouver.”
“Je sais oui.” Il m’embrasse avec douceur.
J’allais continuer à le rassurer quand un bruit de tintement résonne dehors. Après vérification, il s’agit seulement d’Aaron. Il nous demande si on a de quoi leur permettre de se laver. On leur fournit donc une bassine d'eau, du savon et une serviette.

A nouveau seul, Daryl me prend dans ses bras.
"On se mettra en route demain matin. D'après le plan des lignes qu'on a vu tout à l'heure, il y aura un peu de chemin pour arriver jusqu'à Terminus. En plus, ça ne sera peut-être pas de tout repos. On devrait arriver là-bas dans l'après-midi. Une fois sur place on fera le tour de ce refuge et... on avisera selon ce qu'on va y trouver."
Il a l'air d'accepter notre départ, à présent. Peut-être qu’extérioriser ses angoisses lui a permis d’avancer.
"Qu'est-ce que je ferais sans vous monsieur Dixon?"
"J'me l'demande."
Je rigole en le frappant à l'épaule.

Le reste de la journée on parle des différentes situations qu'on risque de rencontrer. On trie nos armes, car on ne pourra pas tout emmener. On prépare un sac de vivres et un autre avec le matériel de survie nécessaire.
Je jette un œil au groupe dehors. Ils sont installés tranquillement juste après les escaliers du perron. Ils se reposent.
"On va partager notre dîner avec eux et leur parler un peu."
"J'ai pas franchement envie de leur parler."
"Daryl, demain on va partir avec eux. On va peut-être avoir besoin d'eux. On va aussi avoir besoin de leur confiance. Et comment pourraient-ils avoir confiance en nous si on se cache comme ça ? Il faut qu'on leur parle."
L'idée ne lui plaît pas, évidemment. Néanmoins, je vois à ses yeux qu'il comprend l'importance de l'enjeu.

Le soir, j'essaye de préparer un vrai repas pour six avec ce que j'ai en réserve. Je fais rôtir avec le réchaud les trois lapins qu'on a pris ce matin, avant de tomber sur eux. J'ajoute des herbes aromatiques. Rapidement, une merveilleuse odeur embaume la cuisine.
Je vois le petit groupe dehors regarder vers la cuisine. Ils parlent ensemble. Je crois qu'ils hésitent à faire tinter notre corde. Je les devance et ouvre la porte.
"Ce sera bientôt prêt. Je vous propose de partager ce repas ensemble sur le perron."
Un grand sourire illumine leur visage, sauf pour Joshua. Il a l'air plutôt solitaire et renfermé. J'aimerais vraiment pouvoir mieux le cerner. Ça me rassurerait.
"Merci Beth, je ne me souviens plus du dernier repas cuisiné que j'ai mangé !"
"Est-ce que je peux vous aider ?" Me demande Isabelle avant de se reprendre. "Ah non, c'est vrai. Désolée. C'est juste qu'avant... Je cuisinais beaucoup."
"C'était votre métier ?" J'essaye d'engager un peu la conversation pour apprendre à les connaître.
"Oh non. C'était seulement pour ma famille." Ses traits s'assombrissent. Malheureusement, toutes les conversations prennent cette tournure à un moment donné, car on a tous perdu des êtres chers.
"C'était quoi votre métier alors ?"
"J'étais dans la finance. Ça paraît tellement stupide maintenant. Ça ne veut plus rien dire. Je me demande encore comment j'ai pu survivre à tout ça, avec si peu de compétences... en la matière. Mon mari était pompier et pourtant, il est mort le deuxième jour. C'est bizarre, non ?"
"Je suis désolée pour vous."
"Ne le soyez pas. On a tous vécu des drames semblables. Et vous ?"
Ils me regardent tous attentivement. Je me demande un instant quelle partie de ma vie je vais lui raconter. Certainement pas tout.

"Quand tout ça a commencé, je suis restée avec ma famille, chez nous. Daryl et son groupe sont arrivés par hasard et ils sont restés avec nous. Puis on a trouvé un endroit... vraiment bien. On s'y sentait en sécurité. Mais... On l'a perdu. Je me suis enfuie avec Daryl et on n'a plus retrouvé les autres. On avait perdu espoir de les revoir..."
"Jusqu'à ce message de votre sœur, c'est ça ?" Me questionne Aaron.
Je hoche la tête.
“Glenn, c’est son mari. Donc je suis certaine qu’il s’agit bien d’elle.”
“Pourquoi elle n’a pas laissé ce message pour toi ?” Demande Nathanaël.
C’est la première fois que je l’entends parler. Isabelle le réprimande pour son manque de tact. Il est jeune, il doit avoir le même âge que Carl. Mais je le sens plus faible que lui. Carl s’est endurci dès le début. Même s’il était plus jeune que moi, il a su s’adapter rapidement à tout ça. C’était un futur leader. Ce jeune garçon-là, n’est pas de la même trempe.
“Elle… elle a dû penser que je n’avais pas survécu.”

Daryl sort à son tour de la maison et se met à côté de moi.
“Les lapins sont prêts.” Me dit-il.
“Ok, je vais aller les chercher.”
Je laisse Daryl seul avec le groupe. Je ne suis pas sûre qu’il va leur parler, mais sait-on jamais.
Je sors avec la vaisselle que je distribue avec l’aide d’Isabelle. Pour notre dernier repas ici, autant le faire bien. Puis je vais chercher le plat avec les lapins que j’apporte à l’extérieur. Aaron m’accueille avec un “ahhhh” enthousiaste. On commence à manger dans un silence de cathédrale.
“Hummm, Beth, j’crois pas avoir jamais mangé un aussi bon repas.” Me complimente Aaron.
“C’est gentil, même si c’est faux. Je n’ai jamais beaucoup cuisiné.”
“Moi j’trouve ça délicieux.” Ajoute Nathanaël.

“Vous comptez faire quoi demain ?” Nous questionne Joshua de manière abrupte. Je regarde Daryl qui le regarde de manière suspicieuse. J’espère qu’il ne va pas envenimer les choses.
“On part demain matin avec des armes et tout ce qui pourrait être utile. On atteint Terminus, on repère les lieux et on verra la suite en fonction.”
“C’est tout ? Votre plan se résume à ça ?”
Daryl lui jette un regard noir.
“T’as mieux peut-être ? Vous alliez vous pointer là-bas comme des mouches sur de la merde avant qu’on vous trouve ! Alors fais gaffe à c’que tu dis !”
Joshua ne répond rien, mais je vois à ses yeux qu’il est furieux. L’ambiance devient glaciale. Daryl n’a pas tort sur ce coup, mais il faut rétablir la situation.

“Avec Daryl on a envisagé différentes possibilités et quelle réaction adopter en fonction. Mais il est vrai qu’on ne peut rien prévoir à l’avance, sans connaître la situation exacte. Évidemment, vous serez associés aux discussions à ce moment-là.”
Il semble redevenir plus calme. Je décide d’en profiter pour le faire parler de lui.
“Vous êtes restés seuls longtemps avec ton frère, avant de rencontrer le groupe d’Aaron et Isabelle ?”
Il me regarde longuement mais ne se décide pas à répondre. C’est Nathanaël qui rompt le silence.
“Nos parents se sont transformés dès les premiers jours. On a réussi à les enfermer dans une pièce et on a vécu enfermé chez nous un bon moment. Joshua s’occupait de chercher de la nourriture, de l’eau… Il m’a protégé. Et puis, un jour on a dû quitter la maison. Des sales types ont investi les maisons du quartier et on n’était plus en sécurité. On les a vus faire. Ils étaient... brutaux avec les survivants, alors on est parti.”
Joshua ne dit rien. Il laisse son frère parler, mais ne semble pas aimer qu’il raconte leur histoire. Il me regarde avec attention. Je crois qu’il essaye de me cerner.
“On a parfois croisé des petits groupes. Jamais de mauvaises personnes. Du moins, pas tous. La plupart du temps on se débrouillait seul.”
“Comment vous avez fait pour rester en vie juste tous les deux si longtemps ?”
“On se cachait. On a eu la chance de trouver des endroits avec pas mal de provisions. On a eu beaucoup de chance jusque-là, oui.”

“Les trois mecs que t’as buté.” Lance Daryl à Joshua. “Qu’est-ce qu’ils avaient fait pour mériter ça ?”
Un nouveau silence s’installe. Le regard de Joshua sur Daryl est froid et insondable. Aaron prend la parole.
“Quatre hommes nous sont tombés dessus. Sans même discuter, ils nous ont attaqués. Ils voulaient juste nous voler tous nos biens et nous tuer. On s’est défendu comme on a pu. J’ai réussi à en tuer un et Joshua les trois autres.”
“Comment un môme comme toi a pu tuer trois hommes à lui tout seul ?” Continue Daryl.
“J’te dois pas d’explications, trou duc.”
Et c’est reparti pour les hostilités ! Daryl se lève d’un bond, l’air furieux. Je me lève également et le retiens par les épaules.
“Daryl, stop.”
“C’est ça Daryl, sois mignon.” Le nargue Joshua.
Je me retourne vers lui et le toise.
“Toi, c’est pas la peine d’en rajouter.” Ses yeux noirs se posent sur moi un instant, puis il se remet à sucer les os de son lapin.

Le reste du repas se fait silencieusement. Plus personne n’ose relancer une conversation. Une fois terminé, je fais la vaisselle avec Isabelle à l’aide de deux bassines d’eau sur le perron. Elle est douce et aimable. Elle me rappelle ma mère. Daryl lui, discute un peu avec Aaron, tandis que les deux frères sont déjà couchés au niveau du cimetière.
Isabelle m’explique que lors de l’attaque qu’ils ont subie, les hommes avaient commencé à malmener Anita, la compagne d’Aaron. Il s’est alors jeté sur eux pour la protéger. Il a réussi à en tuer un rapidement, puis s’est battu au corps à corps avec un autre. Joshua et John, un autre des leurs, avaient également foncé pour lui prêter main forte. Joshua a réussi à en tuer un par surprise, tandis que l’autre a préféré s’occuper de John en premier. Joshua a alors pu lui régler son compte, mais après que John soit mort. Ensuite, il a aidé Aaron en éliminant son adversaire. Après la bataille, ils se sont rendu compte qu’Anita avait pris une balle dans la poitrine, son état était critique. Elle est morte quelques heures plus tard. Aaron a dû lui enfoncer son couteau dans le crâne pour ne pas qu’elle se transforme.

“Vous savez, ce n’est pas un mauvais garçon, Joshua. Il a fait ce qu’il fallait. Sans lui, je ne serai sûrement plus là pour pouvoir en parler. Moi, je n’ai pas son courage… Je pense que Daryl a aussi beaucoup de courage. N’a-t-il tué personne pour vous protéger vous, ou les autres personnes de votre ancien groupe ?”
“Si…” Je n’ai pas envie de m’étendre sur le sujet. Elle pense automatiquement que Daryl est quelqu’un de fort, mais elle ne s’imagine pas que j’ai moi aussi tué un humain. Je préfère la laisser dans l’ignorance.

Une fois la soirée bien entamée, nous décidons de nous coucher. On installe divers objets tout autour de leur campement afin qu’ils soient avertis si des rôdeurs approchent.
Daryl et moi rentrons et on se met au lit. Immédiatement, je me serre contre lui et il me caresse doucement.
“Putain, c’qu’elle va me manquer cette baraque.”
“A moi aussi. On y a été heureux.”
“Ouais.”
“Daryl…”
“Hum ?”
“J’aurais voulu rester ici, juste avec toi, pour toujours.”
“Ça m’aurait plu aussi, ma puce.” Dit-il en m’embrassant le front.
“Je n’ai jamais aimé quelqu’un aussi fort que toi, Daryl.”
“Tu dis ça parce que tu es jeune.” Je plonge mon regard dans ses beaux yeux bleus.
“Non. Je sens au fond de moi qu’il me serait impossible d’aimer plus fort. Tu es l’homme de ma vie et je veux passer toute mon existence avec toi.”

Il me renverse brusquement sur le dos, se place sur moi et m’embrasse passionnément. J’agrippe fermement sa nuque et plonge mes doigts dans ses cheveux. Nos langues se cherchent et se caressent avec avidité. Une furieuse envie de lui prend possession de mon ventre et de mon intimité.
Il caresse mon corps dessus et sous mes vêtements. Je sens déjà son sexe gonflé de désir appuyé contre le mien. Je suis comme folle. J’ai besoin de le sentir en moi. Alors je retire précipitamment ma culotte et son boxer et positionne moi-même son sexe à l’entrée du mien. Il pousse brusquement et je le sens enfin glisser en moi, sans effort. Je me mords violemment la lèvre pour ne pas crier de bonheur.
Nous voilà parti dans une danse endiablée dans laquelle je me perds. J’aimerais mourir comme ça et ne jamais rien connaître d’autre. Daryl me possède complètement, je suis à lui à jamais. Je murmure son nom entre mes gémissements. Je l’embrasse fougueusement partout où sa peau m’appelle.
Mais ça ne me suffit plus. J’en veux encore plus. Je repasse sur lui de force. C’est moi qui mène la danse à présent. Je regarde attentivement son visage et me délecte du plaisir qu’il prend. Il est à moi autant que je suis à lui. Je caresse langoureusement son torse du bout des doigts et continue d’onduler mon bassin. Sentir son sexe glisser en moi est vraiment divin. J’accélère le rythme. Il est à moi, à moi seule. Je veux l’achever entre mes cuisses.
Il se relève pour m’embrasser avec exaltation. Il contrôle à nouveau le rythme, qu’il impose de manière soutenue. Je me sens chavirer, complètement enivrée par son être.

Il me renverse à nouveau sur le dos et me susurre à l’oreille.
“Je t’aime plus que tout Beth et je t’aimerai toujours.”
Complètement bouleversée par cette passion sauvage et ses mots puissants, je rends les armes dans une explosion orgasmique. A son tour, il se retire juste à temps pour déverser le fruit de sa jouissance sur moi. Je suis déçue qu’il ne puisse pas jouir en moi, mais il est hors de question de risquer une grossesse dans ce monde chaotique.

Ce soir-là, nous avons partagé plusieurs autres moments charnels, comme si cette nuit était notre dernière nuit en ce monde. Nous étions seuls au monde. On s’est répété un millier de fois notre amour l’un pour l’autre. C’est la plus belle nuit de toute ma vie.
Je lui appartiens. Il est à moi. Pour toujours.