chapitre unique

par Flammeche

AU BONHEUR DES HOMMES

 

Introduction

Intérieur nuit – Chambre d'Arthur et Guenièvre

Lui consulte des cartes, elle tricote

 

(Arthur repose ses cartes sur la table de chevet et s'étire)

ARTHUR en se penchant vers la bougie pour l'éteindre – Bon ben c'est pas tout, il faut que je pionce moi. Demain y'a campagne.

GUENIEVRE – Non attendez encore un instant, j'ai presque fini.

(Arthur lève les yeux au ciel et patiente quelques secondes pendant que Guenièvre donne ses derniers coups d'aiguilles à tricoter)

ARTHUR, impatient – Mais dépêchez-vous bon sang ! J'ai pas que ça à foutre d'attendre que vous ayez fini de… de… Qu'est-ce que vous foutez d'ailleurs ?

GUENIEVRE, triomphale – Voilà, c'est terminé. (Elle tend les bras devant elle tenant son œuvre très fièrement) Alors, ça vous plait ?

ARTHUR, écarquille les yeux – Qu'est-ce que c'est ?

GUENIEVRE  Un petit pull en laine... pour vous.

ARTHUR – Pour moi ?… Mais qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ?

GUENIEVRE – Et bien vous pourriez le porter sous votre armure pendant la campagne… Les nuits sont encore fraîches et vous attrapez vite froid, alors j'ai pensé que ça vous tiendrait chaud.

ARTHUR, gêné – Et ben merci…

GUENIEVRE – Et comme ça vous penserez un peu à moi.

 

ACTE I

Extérieur nuit – Camps des chevaliers de Kaamelott

Arthur, Léodagan, Lancelot et Calogrenant sont assis autour d'un feu et se grillent des morceaux de viande.

 

(Arthur n'arrête pas de se gratter le cou)

LEODAGAN, à Arthur – Vous avez des puces ou quoi?

ARTHUR – Non c'est ce fichu truc que votre fille m'a donné avant de partir, ça gratte c'est horrible.

LEODAGAN – Elle vous a refilé la gale ou quoi ?

ARTHUR – Mais non, un pull en laine et ça démange, surtout au cou.

LANCELOT – Vous l'avez lavé une fois avant de le porter au moins ?

ARTHUR – Ben non, elle m'a cassé les pieds jusqu'à ce que je le mette.

LANCELOT – Et bien c'est pour ça ! La laine si on ne la lave pas une fois avant, ça démange. Tout le monde sait ça.

ARTHUR – Ben pas moi… Et apparemment ma femme non plus.

LANCELOT, plein de sous-entendus – Vous en êtes sûr ?

CALOGRENANT, qui montre la couverture blanche qui lui recouvre les jambes – C'est pour ça que je préfère la fourrure.

LEODAGAN – Entre vous et votre couette et lui et ses chandails, on a plus l'impression d'être chez des vieux à la veillée qu'à la veille d'une bataille contre les Saxons.

CALOGRENANT – Excusez-moi si je suis un peu frileux. Contrairement à vous j'ai les jambes à l'air moi.

LANCELOT – Si vous aviez mis des braies, comme nous autres, vous n'auriez pas besoin de ce machin, parce que c'est vrai que ça fait un peu petit vieux.

CALOGRENANT – Je vous signale Seigneur Lancelot, que le Kilt est la tenue officielle de Calédonie.

ARTHUR – Le Kilt ? Je croyais que c'était la jupe à motifs ?

CALOGRENANT – Figurez-vous que quand je suis rentré chez moi et que j'ai dit à mes hommes que dorénavant ce serait la jupe à motifs notre tenue officielle, ils ont un peu fait la tronche.

LEODAGAN – Et changer le nom ça a suffi pour les calmer ? Parce que, sans vouloir vous insulter, si on m'avait obligé à porter une jupe, je suis pas sûr que juste changer le nom ça m'aurait convaincu.

CALOGRENANT – C'est surtout le mot « jupe » qu'avait du mal à passer, c'est pour ça qu'ils ont préféré « Kilt ».

LANCELOT, ironique – C'est vrai que ça fait tout de suite plus viril…

ARTHUR – Et "Kilt", c'est du calédonien ?

CALOGRENANT – Ouais, ça veut dire « jupe à motifs ».

Tous le regardent étonnés.

CALOGRENANT – Ouais, je sais, c'est des cons…

Silence, les chevaliers continuent à manger leur viande grillée.

 

ACTE II

Les mêmes, au même endroit

 

ARTHUR, à Calogrenant– C'est de l'Hermine ?

CALOGRENANT – Pardon Sire ?

ARTHUR – Votre plaid sur vos guibolles, c'est de l'hermine ou de la zibeline ?

CALOGRENANT – Ah ça ! Non, c'est du bébé phoque.

ARTHUR, outré – Du bébé phoque ?

CALOGRENANT – Ben chez moi, en Calédonie ça pullule sur les plages. Chaque été on est envahi par ces saloperies. Ils bouffent tous le poisson et les pêcheurs rallent. La solution c'est d'en tuer un maximum, mais je crois qu'on réussira jamais à s'en débarrasser.

ARTHUR – Oui, mais les bébés ?

LEODAGAN – Vous allez pas commencer à chialer pour une fourrure, vous en portez bien non ?

ARTHUR – Oui, mais moi c'est de l'ours, pas de l'ourson.

LEODAGAN – C'est sur que ça fait un peu moins fillette. Ma femme une fois elle m'a offert une cape en peau d'ours.

LANCELOT – Ah bon ? On ne vous a jamais vu avec.

LEODAGAN – Quand mon fils m'a dit que je ressemblais à un nounours, je me suis dit qu'elle ferait mieux par terre devant la cheminée.

ARTHUR – A mon avis, vous auriez pas du. Léodagan le "nounours" ça aurait vachement plus mis les miquettes aux les Saxons que le "sanguinaire".

(Tous rient à la plaisanterie d'Arthur, sauf Léodagan)

LEODAGAN – Moquez-vous si ça vous chante, en attendant c'est pas moi qui pleurniche parce qu'on a fait une couverture d'un bébé phoque.

CALOGRENANT – Non là en fait y'en a une demi-douzaine. Avec un seul y'a à peine de quoi garnir le capuchon d'une cape. C'est pas plus gros que ça (il montre avec ses mains une taille d'environ cinquante centimètres)

ARTHUR, incrédule – Non mais comment vous pouvez faire ça ? Tuer de pauvres bêtes sans défense.

CALOGRENANT – C'est vrai que la première fois c'est pas facile. Ils vous regardent avec leurs grands yeux d'un noir profond… Ca vous fait un pincement au cœur, surtout lorsqu'ils commencent à pousser leurs petits cris pour appeler leur mère à l'aide… Et puis, on fini par s'y faire.

ARTHUR – Moi je pourrais pas. Tuer des bébés, même animaux, rien que d'y penser ça me… ça me… (mime un haut le cœur)

LEODAGAN – Et vos bottes, c'est pas du poney ?

ARTHUR – D'abord, les poneys ne sont pas des bébés, ce sont des chevaux de petite taille… Et en plus, c'est pas du poney, c'est du poulain… (se rend compte de ce qu'il vient de dire) Non mais c'est pas pareil.

LEODAGAN – Vous allez me dire que votre poulain est mort de vieillesse peut-être ? (il lâche un rire)

ARTHUR – Vous me prenez pour un con ou quoi ? Quand il me les a vendues, Venec m'a assuré que la bête était morte de cause naturelle.

LEODAGAN – C'est vrai, que mourir sous la lame du boucher, c'est naturel. Et je parie que Venec vous a aussi dit que les ortolans qu'il nous a servis au dernier banquet c'étaient des oisillons tombés du nid ?

ARTHUR – Bon vous allez pas me chier une caisse parce que je fais preuve d'un peu de compassion ?

LEODAGAN – Mais c'est plus de la compassion là, j'ai l'impression d'être avec Bohort… (moqueur, lève les yeux et pointe un doigt vers le ciel) Oh tiens, regardez, une étoile filante, vous devriez faire un vœu.

ARTHUR – Je vais faire le vœu que vous, votre femme et votre taré de fils vous retourniez fissa d'où vous venez.

LEODAGAN – Tout de suite, les menaces ! Admettez que vous êtes un sensible.

LANDELOT – Sire il n'y a pas de honte à avoir, tout le monde en Bretagne connaît votre grandeur d'âme.

CALOGRENANT – J'ai connu des femmes qui aimaient bien ce genre.

ARTHUR – Mais vous aller me lâcher à la fin ! Je suis pas sensible ! C'est simplement que je trouve ça barbare, c'est tout.

LEODAGAN – Mon œil ! Je suis sûr que vous êtes le genre à écrire tous vos petits malheurs dans un journal intime.

ARTHUR – Là-dessus vous avez pas tort ! Et même que ça s'appelle La Légende des Chevaliers de la Table Ronde ! Alors si vous arrêtez pas de me briser les noix, je vais demander au Père Blaise de remplacer "le sanguinaire" par "le nounours" à chaque fois qu'il y sera fait mention de votre nom. Ca vous fera une belle jambe.

LEODAGAN – On peut vraiment pas plaisanter deux minutes sans que vous preniez la mouche ?

Long silence pendant lequel tous reprennent leur repas

 

ACTE III

Les mêmes, au même endroit

 

LEODAGAN, à Calogrenant en désignant sa couverture – Et sinon, blanc c'est pas un peu salissant ?

CALOGRENANT – Si un peu, surtout le sang, ça a du mal à partir, (à Lancelot) Je sais pas comment vous faites pour rester toujours impeccable.

LANCELOT – C'est une question d'habitude. Lorsque j'étais encore qu'un très jeune chevalier, je parcourais la campagne à la recherche d'injustices à réparer. Etant solitaire, je n'avais pas d'écuyer et m'acquittais donc seul de la tâche de nettoyer mes vêtements. Sans doute cette corvée m'a-t-elle habitué à être soigneux.

ARTHUR – J'ai du mal à vous imaginer en train de laver vous-même vos frusques.

LANCELOT – Mais c'est pourtant vrai … (rit doucement) Je me souviens d'un foulard en soie qu'une damoiselle au rire cristallin m'avait offert lors d'un tournoi. Je l'ai par mégarde laissé tomber dans le baquet où je faisais tremper mon linge.

CALOGRENANT – Ouais, la soie c'est fragile, ça supporte pas les hautes températures.

LANCELOT – C'est surtout qu'il était rouge : ma tunique et mes braies en sont sortis roses.

LEODAGAN – Ben vous deviez être choucard comme ça.

CALOGRENANT – Un chevalier solitaire en rose c'est pas banal.

LANCELOT – Quand j'arrivais dans un village on me prenait pour un barde. J'avais beau leur dire que je venais pour les aider, les villageois s’en foutaient, la seule chose qu’ils voulaient c'était que je pousse la chansonnette.

ARTHUR – Vous connaissant vous avez pas du super bien le prendre.

LANCELOT – Au début, c’est vrai, mais quand j'ai vu l'argent qu'on pouvait se faire en chantant l'amour éternel, j'ai changé d'avis. J'ai plutôt un joli brin de voix et ça m'a permis de m'acheter de nouveaux vêtements.

LEODAGAN – Et ça vous a pas fait renoncer à porter du blanc ?

LANCELOT – Non mais ça m'a appris beaucoup de chose sur les femmes.

LEODAGAN – Ben je vous envie. Si je les avais mieux connues lorsque j'étais jeune, croyez moi que je serais comme vous aujourd'hui : célibataire.

Long silence pendant lequel tous reprennent leur repas

 

ACTE IV

Les mêmes, au même endroit - Le Maître d'Armes vient juste des les rejoindre

.

MAITRE D'ARMES – Ah Sire, je ne sais comment vous remercier de m'avoir invité à participer à cette campagne.

ARTHUR – Mais c'est bien naturel, Maître d'Armes. Je savais que le champ de bataille vous manquait.

MAITRE D'ARMES – Vous ne pouvez pas imaginer Sire ! L'odeur âcre de la fumée, les hurlements de l'ennemi agonisant, le bruit des épées qui s'entrechoquent… Ah que j'ai hâte d'être à demain pour en découdre !

LANCELOT – Il est plaisant de voir enfin un combattant enthousiaste.

MAITRE D'ARMES – Et c'est peu dire ! Croyez-moi, il y a plus d'une de ces raclures de fond de latrines de Saxons qui va savoir comment je m'appelle !

LEODAGAN – Je vous comprends, rester à Kaamelott avec les dames pendant que les hommes sont au turbin ça devait pas être facile tous les jours.

MAITRE D'ARMES, levant les mains au ciel – Oh ! Ne m'en parlez pas !

(Il se saisit d'un morceau de viande qu'il plante au bout d'une pique et place au-dessus du feu)

CALOGRENANT, étonné – On m'avait dit que vous mangiez que des gr…

ARTHUR, l'interrompt – Oui, d'habitude vous ne mangez pas de viande.

MAITRE D'ARMES – Oh mais là, c'est spéciale ! J'ai décidé de faire une petite entorse à ma rigueur alimentaire. Un feu de camps entre chevalier, c'est viril que diantre…

ECRAN NOIR

MAITRE D'ARMES - … Ce n'est pas une veillée de vieilles pucelles qui n'ont rien de mieux à faire que de parler chiffon.

.