Chapitre 14

par ne me resiste pas

Chapitre 14 :

Répercutions

Ma mère avait hurlé, elle avait simplement hurlé. Mon cœur s’était arrêté et j’avais l’impression de vivre la scène en dehors de mon cœur. Je voyais mon corps paralysé, totalement bloqué, limite sans vie. Je voyais ma mère tirer sur la portière, me jeter à l’extérieur du véhicule et à crier des choses incompréhensibles à Adam et à moi, peut-être bien qu’à moi, je n’arrivais toujours pas à réaliser. J’étais debout, je regardais dans le vide, sans vraiment me satisfaire de ce que je regardais.

Vivais-je encore ?

Le visage d’Hugo me frappait, c’était la même sensation que lorsque j’avais vidé la boite de médoc. Sa lettre me revenait en mémoire, un gout étrange s’imprégnait dans ma bouche, mes oreilles étaient bouchées j’avais l’impression d’être hors de moi-même.

Hugo, mon âme sœur, Adam, mon amour. Allais-je le perdre comme j’avais perdu mon premier amour ? A première vue, c’était moi que je perdais.

C’est alors que j’oubliais tout, et que la vue me quitta par la suite, ainsi que mes jambes, me laissant m’écrouler sur le bitume froid.

A croire que ma vie recommence à chaque fois que je suis dans cet hôpital. J’y perds toujours un être cher. Avais-je envie d’ouvrir les yeux ? Avais-je envie de voir que tout était à nouveau détruit ?

Je réfléchissais au dernier souvenir que je possédais dans ma mémoire pour voir ma mère hurler sur l’homme que j’aime. Je fronçais, ce qui me donnait un mal de tête abominable à l’arrière du crâne. Je  n’aurais surement pas dû, puisque ma mère m’arracha la main pour me parler, je ne l’entendais pas. A ce moment précis, je voulais être seule, seule avec moi-même. Bien sur, ça ne pouvait pas être Adam, malheureusement tout était fini. Mais ou est-ce qu’on avait merdé ? On avait été discret, personne, je dis bien personne aurait pu avoir des doutes.

Et qu’est ce qu’elle faisait elle aussi sur ce parking ? Je ne lui avais rien demandé, et elle arrive comme ça, comme un cheveu sur la soupe. Bordel ! Elle venait de tuer mon amour ! Elle venait de me tuer par la même occasion.

Les larmes coulaient le long de mes joues sans pouvoir rien faire pour les arrêter. Je sentais la pression de la main de ma mère sur la mienne et elle épongeait les rivières qui tranchaient mes joues et mes tempes avec un mouchoir, mais il n’y avait rien à faire, les sanglots étaient de plus en plus forts, et je refusais d’ouvrir les yeux et de me confronter à cette réalité que je ne voulais pas connaître.

-          Ma chérie. Murmura ma mère d’un ton calme comme si elle venait de me sauver la vie.

J’ouvrais mes yeux brouillés par les larmes salées, je ne voyais quasiment rien, et je ne voulais pas. Ma mère embrassa ma main et je la retirais avec difficulté certes mais je ne pouvais pas supporter que celle qui à mit un terme à mon amour puisse agir de la sorte avec moi.

-          Laisse-moi…

-          Eléonore, tu ne vas pas bien.

-          Qu’est ce que tu racontes… tout va bien. Mon bac blanc…

Elle me reprenait la main de force et m’agrippait de manière à ne me laisser aucun échappatoire. Ce voulait tout dire ? Elle était prête à ne plus jamais me lâcher et ne plus jamais me laisser seule. J’allais finir ma vie comme dans ses romans à l’eau de rose, seule, avec trois chats, jamais il ne reviendra me chercher, c’était beaucoup trop dur. Moi si j’étais à sa place, je me laisserais là où je suis, et j’irai me chercher une femme qui pose moins de problème. La mort avait un goût bien plus doux que la vie…

-          Pourquoi tu as fait ça ? Lui demandais-je tremblante.

-          Je te retourne la question El’.

Je ne savais pas quoi lui répondre. J’étais pétrifiée, comment pouvait-elle me demander ça ? J’étais amoureuse de lui, folle à lier. Comment j’aurais pu expliquer l’amour que je porte à cet homme ? Elle voulait disséquer mon cœur pour comprendre ? N’avait-elle jamais aimé ?

-          Où est-il ? Tentais-je

-          Oublie-le s’il te plait. C’est à cause de lui que tu es ici ! S’énerva ma mère

-          Non c’est à cause de toi ! Criais-je à mi-voix

Je retirais ma main de force. A cause d’Adam que j’étais ici ? Elle délirait ! On avait drogué ma mère, c’était surement ça. Ma mère n’était plus la même, ce n’était pas elle. Pas elle, ma mère était beaucoup plus gentille et elle me laissait voir Adam en toute tranquillité. Ça, ce n’était pas ma mère.

-          Je veux le voir. Imposais-je

-          Il est parti.

-          Quoi ? T’as d’autres nouvelles comme ça !

Demandais-je en essayant de me lever. C’était peine perdue évidemment, jamais je ne pourrais sortir de cet endroit. La fuite n’est pas une solution dans ce genre de discussion. C’était donc à elle de partir. Mais j’avais encore quelques questions à lui poser. C’était la seule qui pouvait me répondre, tout du moins, pour l’instant.

-          Et qu’est ce qu’il va se passer maintenant ?

Je redoutais tellement la réponse, mais c’était mon avenir et celui d’Adam qui était en jeu. Je ne voulais pas lui faire de mal, et au final, je lui en fais par cette relation. Je suis en train de détruire sa vie et je m’en veux ! Adam, excuse-moi, ça ne devait pas finir comme ça, notre bonheur devait durer encore un peu plus longtemps.

-          Et bien, je vais en parler à ton père, et nous irons voir le principal de ton lycée qui prendra les mesures nécessaire.

-          Je ne veux pas attirer de problèmes à Adam. Sanglotais-je comme une préadolescente qui regardait un film d’amour.

-          Il fallait y penser avant Eléonore. Je suis désolée mais ça ne pouvait pas durer, il n’est pas comme tu penses, c’est un homme, il y a trop de différence d’âge entre vous pour qu’il y ait de l’amour. Ce  n’est pas possible ! Il voulait juste profiter de toi, et tu n’as rien vu, tu es si vulnérable…

Ma mère disjonctait.

-          Et Johnny et Laëticia Hallyday ! Ils ont au moins 30 ans d’écart !

Finalement, je me remettais bien de mon petit malaise. A croire qu’une discussion avec ma mère me remettait sur pied plus vite que prévue.

-          C’est des stars El’, redescend sur terre, ces gens ne sont pas comme nous. Soupira ma mère.

J’étais au bord de l’implosion, ma mère, mon modèle dans la vie, délirait.

-          Tu débloques, c’est des gens comme nous. Ils ont le droit de s’aimer, comme moi et Adam !

-          Tu as vraiment du te frapper fort la tête sur le macadam…

Je n’ai pas pu rétorquer, une infirmière informa ma mère que l’heure des visites étaient dépassé. Ma mère m’embrassa et partie. L’infirmière me questionna et m’annonça que je pouvais sortir demain. J’avais hâte de ne plus être ici qui me faisait remonter trop de souvenir mais j’appréhendais le retour au lycée.

Mais surtout j’avais peur pour Adam, pendant que j’étais ici, lui était seul dehors à affronter le monde. Comment je pouvais être avec lui si j’étais coincée ici ? Comment j’ai pu le détruire aussi facilement ? Pourrait-il me pardonner un jour ?

Plus je pensais à cette question, plus je me disais que c’était impossible, j’allais le perdre. Jamais il ne combattrait plus que la normale pour moi, puisque tout est de ma faute, c’était à moi de tout encaisser. J’étais amoureuse, et l’amour m’avait une fois de plus fait souffrir, et m’a fait perdre l’homme que j’aimais. N’aurais-je jamais droit à l’amour ? Le vrai ? Le simple ? Sans problème et sans dispute.

Trois jours plus tard, j’étais là, avec ma mère et mon père, devant la porte du principal dans mon petit lycée. Mes parents ne me parlaient que très peu et me laissait seule dans ma chambre à pleurer, évitant tout contact pour essayer de me réconforter. J’étais au plus mal. Eden et Ethan on bien essayer de forcer ma pitbull de mère pour me parler, mais sans grand succès. Et je n’avais pas forcément envie de les voir non plus à dire vrai…

J’étais tellement stressée que j’avais la nausée. Bordel, qu’est ce que je me sentais mal ! J’étais à deux pas d’Adam et j’allais lui faire du mal comme jamais ! J’aurais préféré arrêter le temps plutôt que de continuer dans cette mascarade de stéréotypes, de non-dits, de comportements hors-normes.

A mon plus grand regret, la porte s’est ouverte, laissant place au principal. Cet homme au regard bleu et froid, aux cheveux gris et à son ventre qui retombait sur sa ceinture. Il nous invita à pénétrer dans la pièce, j’avais une boule dans la gorge, et je me sentais vraiment mal, j’étais à deux doigts d’avoir à nouveau un aller simple pour l’hôpital. Ma mère ne m’adressait aucun regard, et j’avais peur. Est-ce que j’allais mourir à l’instant ? Parce que j’avais vraiment l’impression. Mon père serait énergiquement la main de mon proviseur en entrant dans la pièce, c’était le moment ou tout allait se jouer.

Dans le petit bureau, il y avait un petit fauteuil camel d’occupé, il était là. Cette fois il, ce n’était pas Hugo, mais j’avais l’impression que c’était la dernière fois que j’allais le voir, comme cette dernière chance qu’on veut lorsqu’une personne décédée est partie bien trop tôt.

Adam avait l’air de ne pas avoir dormi depuis trois jours, il avait les traits tirés et ses cheveux en bataille retombaient sur son front et légèrement sur ses yeux, brouillant son regard triste et sombre. Il n’avait pas dû se raser non plus au vu de sa barbe négligée. D’un coup il avait pris 10 ans…

C’était le jugement dernier, et j’étais surement vouée aux enfers. On avait beau être au mois de février, il faisait incroyablement chaud dans cette petite pièce renfermée où flottait une odeur de café presque encrée dans les murs gris. Le feu de l’enfer brulait dans ces lieux, et ce n’était pas seulement mon imagination ou la fièvre qui devait commencer à monter.

Ma mère s’installa comme mon père à sa droite, me laissant seule au deuxième plan, comme si je n’existais pas, comme si je n’existais plus. J’étais debout et je me tenais au dossier du fauteuil de ma mère, mes jambes n’allaient pas tenir très longtemps.

-          Bien, commença le proviseur, nous devons régler ce problème de manière adulte. Mr Pray ?

-          Je… je n’ai rien à dire.

Sa voix avait perdu son charisme, son accent craquant s’était éteint, et la douceur s’était brisée. Je jetais malgré moi un petit regard vers lui, il n’était pas aussi séduisant que lorsque je l’avais embrassé dans sa voiture. Adam, est-ce que tu sais seulement que je suis là ? Avec toi ? Dans la même pièce ?

-          Monsieur le proviseur, je dois vous dire que ma fille n’est en rien responsable avec ce qu’il s’est passé. Elle est très fragile psychologiquement, et son histoire avec le jeune Hugo l’a totalement détruite. Elle est influençable et manipulable. Malgré tout, je sais reconnaitre de l’amour quand j’en vois, et… même si c’est difficile de l’admettre, Mr Pray a été une bouffée d’air frais pour Eléonore, et… je ne souhaite pas la revoir comme après cette… cette tragédie, vous voyez. J’aimerai trouver une solution simple, entre nous. Pour elle, s’il vous plait, ne contacter pas la police.

Merci maman.

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle dise ça, plutôt que tout était la faute d’Adam et qu’il fallait le juger et le mettre derrière les barreaux parce qu’il m’a rendu l’amour que je lui portais. Mais finalement il semblait qu’elle avait réfléchi et compris certaines choses. Mon père ne parlait pas, évidemment, que voulez-vous qu’il dise ?

Je me sentais soulagée mais pas mieux physiquement. Tout ça, n’était pas très bon, autant de stress me tuait. J’avais besoin d’air, cette odeur était en train de me vider. J’avais l’impression de manquer cruellement d’oxygène.

Et Adam, tourne-toi, prend-moi dans tes bras, aide-moi, échappons-nous et quittons ce monde où personne ne nous accepte. S’il te plait, partons ! Allons dans un autre pays, ou un petit village perdu dans le monde, on pourrait vivre de notre amour et d’eau fraîche. Je nous imaginais déjà, au Japon ou bien au Mexique, rigolant au bord de l’océan, avec deux ou trois enfants, là où personne ne nous jugerait, et où nous serions tranquilles. J’aimerai une petite maison, ou même une belle cabane en bois, avec juste ce qu’il faut, le poisson frais du pêcheur, les légumes du jardin, les fruits des arbres qui nous procuraient l’ombre suffisant pour nous relaxer. Mais cela ne restait qu’un rêve, puisque nous étions là, devant notre proviseur à nous faire juger comme des criminels, le seul crime que nous ayons commis c’est bien celui d’aimer.

Eléonore, tu débloques ! Il n’y a aucun moyen d’échapper à cette tornade que nous avons nous-mêmes créé. Je ne voulais pas ça, ce n’était pas comme ça que tout devait se dérouler. Pour moi, on n’allait jamais être découvert, on avait été discret, on avait été indétectable aux yeux de tous. Et pourtant, on était là, ma mère, mon père, Adam, le principal et moi-même, à attendre le châtiment.

Je ne voulais pas lui faire du mal, et pourtant…

-          Monsieur de principal, commença Adam d’une voix mal assurée, je reconnais toutes les erreurs, je vais démissionner, et partir loin d’ici et loin… loin de toi.

Il avait fini sa phrase dans un murmure, un murmure à peine audible, mais qui m’avait brisé le cœur. Il avait l’air tellement fragile, je voulais le prendre dans mes bras et le laisser pleurer contre ma poitrine tout en caressant ces cheveux châtains aussi doux que ces des anges. Mes jambes allaient finir par lâcher, et je m’asseyais sur l’accoudoir du fauteuil de ma mère, elle posa une main sur ma cuisse.

J’avais voulu rétorquer, ne pas le laisser partir et enfin s’afficher au grand jour, mais je savais que je ne ferrai qu’envenimer les choses, et il n’avait pas besoin de ça pour le moment. Je devais les laisser agir en adulte et penser à la faute que j’avais commise, comme une enfant punie. J’étais faible contre ce monde qui ne m’accepte pas, qui ne m’accepte plus depuis ma relation avec Hugo et qui ne m’acceptera jamais avec ma relation avec Adam. Cette ville était pourrie, elle crevait à petit feu avec ses idées reçues et où chaque différence vaut sa première place pour le bucher. Cette fois-ci, c’était pour l’homme que j’aimais, et je devais le regarder brûler, mourir, crier sur place sans jamais pouvoir intervenir. J’étais totalement impuissante, pire j’étais inexistante dans ce tableau car la faute était jetée sur lui. J’aurai pu dire que c’était moi qui l’avait allumé et qu’il n’avait juste pas pu me résister, j’aurai pu dire que je le faisais chanter pour qu’il sorte avec moi, j’aurai pu mentir plus qu’il n’était possible pour le sauver et pour retrouver la tranquillité qu’on avait avant tout ça. Juste un sursis, un simple délai en plus qui pouvait nous laisser le temps de s’enfuir. Mais le courage me manquait…

Pardonne-moi Adam, je n’ai jamais voulu ça…

-          En effet, il me semble que se soit la meilleure des solutions pour tout le monde, acquiesça le principal.

Plus de 10 minutes après, j’étais sortie du bureau avec mes parents comme chaperon, et nous prenions déjà le chemin de la maison, je n’avais même pas revue Adam, je pensais au moins l’embrasser une dernière fois. Je voulais gouter une dernière fois à ces lèvres qui m’avaient redonnées confiance en l’amour. J’avais l’impression de revivre la même douleur que lorsqu’Hugo a disparu de ma vue, certes Adam n’était pas mort, mais notre amour l’était et ça, ça me faisait tellement de mal, j’étais à nouveau seule…

J’avais baissé la tête, les lycéens commençaient à sortir de classe et la rumeur allait se répandre comme une trainée de poudre, autant éviter de montrer ce qu’ils voulaient tous voir : mon visage rempli de larmes et de tristesse.

Près d’une semaine c’était écoulée depuis le rendez-vous chez le proviseur, je retournais enfin en cours, et j’étais plus stressée que le jour de la rentrée. Ma mère avait changé mon portable, et je ne possédais plus que trois numéros : Eden, Ethan et ma mère… Elle m’avait fait comprendre qu’Adam avait changé lui aussi de téléphone et qu’il était alors impossible de le joindre.

Je n’avais plus aucun moyen de le joindre. C’était donc terminé ? C’était la fin de toute cette passion, le monde avait fini par nous séparer.

Mon morale était de plus en plus en baisse, et je n’étais pas loin de la dépression. J’avais l’impression que mon cœur était vide, vide de tout, vide à tel point qu’il allait s’arrêter à tout moment. J’y ai cru, quand je suis arrivée devant le bâtiment qui représentait tant il n’y a de cela qu’une semaine et demi, j’ai vraiment cru que j’allais mourir et qu’une bonne fois pour toute, tout serait enfin terminé.

Adam me manquait de trop, et savoir que ce monde injuste avait fini par avoir le dessus sur nous me donnait envie de me tailler les veines et de repartir dans un rêve, ou il serait là. J’aurai du partir avec lui, et ne jamais rencontrer Adam, et lui détruire sa vie comme on détruit un château de carte. C’était ma faute si j’avais tout brisé, parce que jamais je n’aurais dû être là. Jamais ! J’aurai préféré mourir !

Mes pieds avançaient tous seuls, et les gens me dévisageaient déjà. Je sentais les regards instants dans mon dos, les murmures, les discussions qui s’atténuaient sur mon passage. J’étais de plus en plus mal, est-ce que ça pouvait être pire ? Bien sur que oui, quand la vie vous tombe dessus elle fait rarement de cadeau, malheureusement. Et là, c’était bien le cas. Il y avait une personne qui allait se faire un plaisir de me redescendre plus bas que terre, elle creuserait elle-même ma tombe si ses ongles n’étaient pas parfaitement manucurés. C’était Cindy, Cindy Blanche, en personne, accompagnée comme toujours de ses deux toutous. Elle avait l’air furieuse, ses boucles magnifiques qui devaient lui demander beaucoup de temps devant le miroir ressemblaient aujourd’hui à une masse uniforme de cheveux décolorés.

-          Toi !

Pas besoin d’être un génie pour savoir qu’elle s’adressait à moi.

Je ne voulais pas la voir, si j’évitais son jugement, j’évitais que tout le monde s’y mette également. Malheureusement pour moi, Cindy était perspicace, et je n’étais pas d’humeur à jouer au chat et à la souris.

Je m’étais résiliée, je n’avais même pas détournée la tête, implantant mon regard dans le sien contourné d’un khôl de luxe. Elle est arrivée à ma hauteur, et m’a jaugé comme si j’étais un sac à main bon marché.

Les gens s’étaient regroupés autour de nous, certains filmaient, mais je m’en moquais. Cette fille me faisait peur, très clairement, depuis que je l’avais entendue parler d’Hugo dans les toilettes, j’étais pétrifiée par cette fille qui arrivait toujours à ses fins. J’avais peur de ce qu’elle allait me dire, que se soit faux ou vrai, je n’aurai pas les armes pour me défendre. L’avocat du diable n’était même pas de mon coté.

-          Eleonore Ange Martin ! Comment tu as pu faire ça !

Je ne pouvais même pas répondre, j’étais pétrifiée.

-          La rumeur à fait le tour en cinq minutes ! Et elle s’est avérée exacte quand Mr Pray n’est plus venu assurer ses cours et qu’il a été remplacé par la prof d’anglais. T’es vraiment une salope !

-          Je ne te permets pas de dire ça ! Tu ne sais rien ! Et tu ferais mieux de fermer ta grande bouche, tu n’es pas irréprochable non plus dans ton genre !

Ca c’était Eden. La magnifique Eden avec à son bras Sidoine. Sidoine ! Qu’est ce qu’il faisait là ? J’avais délibérément raté un épisode. Elle possédait un magnifique Tie and Dye rouge, qui collait parfaitement à sa couleur naturel, le brun. Elle était radieuse, et j’étais une vraie loque comparée à ma meilleure amie. Elle était tellement… parfaite. J’en étais presque jalouse. C’était avec elle qu’Adam aurait du sortir, il aurait aimé cette fille si parfaite, drôle, franche, tandis que j’étais si… si inexistante, placide, flasque.

-          Qu’est ce que tu fais là la grosse ? Tu crois pas qu’on ne te voit pas assez ? Toi, ton clown et l’autre pédé ? A répondu la fausse blonde.

-          Je ne te permets pas de parler de mes amis sur ce ton ! Ici tu n’es rien ! Rien d’autre qu’une gosse de riche, une putain de gosse de riche. Occupe-toi de ton cul ! Tu ne sais rien d’Eléonore ! Et arrête d’ouvrir les jambes aussi facilement, on le sait tous ici ! Alors met-la en veilleuse, merci.

Jamais je ne l’avais entendue crier autant. Elle me faisait presque peur… Mais j’étais heureuse, heureuse de ne pas avoir à faire ma propre défense. Je ne pouvais pas sauver ma peau, et j’étais heureuse de voir qu’on pouvait toujours compter sur ses amis au moment où on en a le plus besoin.

-          Franchement, tu ne perds rien pour attendre !

Fin de la conversation. Eden lui avait cloué le bec en peu de temps, et je restais encore choquée par tout ça, comme si j’avais assisté à ce qu’il se passait depuis l’extérieur de mon corps.

La foule qui s’était attroupée autour de nous, finissait pas s’estomper comme à la fin d’un flash mob.

Eden s’est approchée de moi et m’a prise dans ses bras, sans même comprendre le pourquoi du comment, je me suis effondrée. Les pleurs que je gardais en moi se sont totalement libérés, Ethan nous avait rejoint et me frottait le dos comme après avoir avaler de travers… C’était peut être le cas, j’avais mal avalé les remarques de Cindy, et il fallait que ça passe. Mes amis étaient là, mais Sidoine restait en retrait, j’ai alors tendis une main vers lui et il s’est joint à nous. J’avais retrouvé mes amis, mes vrais amis, ceux qui seront toujours là pour moi, maintenant qu’il n’est plus là lui non plus.

Adam avait disparu, exactement comme Hugo, ce n’était pas la mort qui nous séparait mais l’absence, et ça faisait tout aussi mal. Mal, tellement mal. 

Adam ou es-tu ?