Chaleur...

par osyris3

Chaleur…

 

Elle avait chaud, si chaud. Depuis des jours, elle marchait inlassablement, traînant ses pieds dans le jaune brûlant du sable. Les dunes s’étendaient à perte de vue. Des dunes mouvantes, changeantes, dans lesquelles s’enfonçaient les pieds. Chaque pas était une torture. On pouvait sentir à chaque mouvement le sable se creuser sous ses chaussures, comme si le désert lui-même refermait ses mâchoires sur nous. Le désert, un ennemi implacable. Qui ne le respecte pas, meurt. Vivre dans le désert est un combat de chaque instant. Un combat qu’elle va perdre.

 

Elle sent les rayons brûlant du soleil sur sa peau brûlée. Elle les sent comme un voile qui se resserre sur son crâne. Le soleil tape fort. Et pourtant, il n’est pas au zénith. Il est là, la narguant dans sa splendeur éternelle. Cet astre rond et lumineux qui rend aveugle quiconque ose le braver de face. Les hommes ont de tout temps vénéré le disque solaire, et non sans raison. Il prodigue la vie et la mort, brûle les yeux de ceux qui le regardent et hurle sa beauté au monde entier à chaque jour qui passe.

 

Dans ce désert, le soleil est roi. Mais il n’est pas son seul ennemi.

 

L’air, chaud et sec, est partout. Il s’infiltre dans ses poumons, encrasse sa gorge, dessèche ses lèvres déjà gonflée par le manque d’eau. Sa langue est volumineuse, pâteuse. Sa chemise blanche lui plaque à la peau, trempée de transpiration. Dans ce lieu de mort, toute vie est ralentie. Ralentie par la chaleur, par l’air et par le sable.

 

Nul mot ne peut décrire le sable. Il vous file entre les doigts, glisse entre vos mains. Il est brûlant, il est sec, il est insaisissable. Dedans, vous vous noyez alors qu’il n’y a pas plus sec. Le sable dévore tout et ne rend rien. Il représente la faim sans nom du désert. Une faim de vie dans ce lieu en fin de vie.

 

Elle se sent lourde, pataude. Ses paupières battent lentement pour tenter d’humecter ses yeux dont l’éclat à déserter l’iris. Sa poitrine se gonfle lentement, à rythme régulier, soulevant sa poitrine tendant le tissu soyeux de son vêtement. Ses jambes, elles aussi, sont lourdes. Elles se traînent, s’accroche à une surface pourtant vide du moindre objet. Le désert englouti tout. La volonté y compris. Il est sans fin et a faim. Le sable s’étendra toujours à perte de vue, où que vous alliez. Les dunes bougent de place, vous narguant. Les tempêtes de sable balaye l’étendue aride, vous aveuglant.

 

La soif. Elle a si soif. Ses lèvres ne sont que trop gonflées, sa bouche n’est que trop sèche. Elle pense apercevoir de l’eau au loin. Elle sait qu’il n’y a rien là-bas mais ne peut s’empêcher d’accélérer. C’est un nouveau tour du désert. Un mirage. Un tueur de volonté. Il vous montre ce dont vous voulez le plus au monde et le retire l’instant d’après. Le désert est cruel, la chaleur insupportable. Cette chaleur la vaincra, elle le sait. Elle est à bout de forces.

 

Et dire qu’elle a quitté la froideur de son mari pour venir ici. Son mari qui ne l’aimait plus. Qui la laissait dépérir. Qui la laissait seule. Il n’avait été que trop froid alors elle était partie. Elle avait souffert de ce manque de chaleur humaine. Elle était donc partit chercher celle de sa mère nature.


Grave erreur.

 

C’est paradoxal. Dans ce lieu où la chaleur est votre pire ennemi, ce dont vous voulez vous débarrasser à tout prix, il est nécessaire d’avoir une présence de chaleur humaine pour survivre. Qui combat seul le désert perdra, aussi fort soit-il. L’homme est opposé à la nature. La chaleur qu’il diffuse permet de se libérer d’un froid qui n’en est pas un. Elle voudrait tant avoir quelqu’un à ses côtés. Quelqu’un pour l’aider. Quelqu’un qu’elle pourrait serrer dans ses bras. Elle voulait de la chaleur humaine dans ce brasier. Une fournaise, un brasier, une terre aride, une terre sablonneuse, la mâchoire brûlante de la terre, un lieu de perdition, un lieu de mort, le désert.

 

as-sahraa

 

Le désert dans la langue arabe. C’est aussi le nom du désert qui la tuera. Pas étonnant qu’on ait fait de ce nom commun le nom propre à ce lieu. Où serait-ce le contraire ?

 

Ce qui est sûr, c’est que ce peuple est parvenu à vivre ici, pas elle. Elle a omis une chose. Elle est fille du froid, fille du nord. Elle ne peut comprendre. Le froid, il faut le vaincre pour y survivre, il faut l’affronter et s’imposer. La chaleur, pas. Lutter contre la chaleur, contre le désert, est une lutte sombre, sournoise, insidieuse. Vivre dans le désert, c’est vivre avec le désert. On ne peut gaspiller. On ne peut s’énerver contre lui. On ne doit pas faire de mouvements inutiles. On doit caresser son sol de nos pieds, boire l’eau qu’il offre comme le plus beau des trésors et surtout, ne pas braver du regard son seigneur et maître, le soleil. Survivre dans un désert est une leçon de vie en société. Qui y entre seul a déjà échoué. Elle n’en savait rien. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle vient de tomber à genoux. Ne portant qu’un short, elle sent le sable brûlant frotter sur sa peau.

 

Le monde devient flou autour d’elle. Dans un dernier effort, elle lève le regard au ciel, pour regarder son meurtrier dans les yeux. Un meurtrier qui aura prit plaisir à la mettre à genoux, comme ses autres victimes, avant de l’achever. Et dans un flash blanc, ses yeux se vident et elle pousse son dernier soupir. Elle a affronté le désert seul. Elle a été vaincue.

 

Malheur à ceux qui osent affronter seul celui qui n’a jamais été vaincu et qui finira toujours par gagner.

 

 

 

 

 

Note de l’auteur : Je sais que les rapports entre l’Occident et le Moyen-Orient sont tendus en ce moment et c’est pourquoi je tiens à préciser qu’il n’y a aucun sous-entendu malsain ou raciste dans ce texte.