Mon bonheur est ici

par Imari

Samedi 24 Novembre 2007

 

Bonjour à tous ! ^^ Oui, vous l’attendiez tous et il a été très long à venir ! Mais le deuxième chapitre est enfin présent parmi nous !

Titre : Ne Regarde Que Moi

Auteur : Imari Ashke aka Ima.

Disclaimer : Tous les personnages présents dans cette fic m’appartiennent.

Genre : Romance, Drame

Rating : M, pour le moment. C’est peut-être un peu fort, mais je préfère ça, on ne sait jamais.

Résumé : Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue et sa joie de vivre, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu’au point de non-retour : l’amour.

 

Alors je tiens à m’excuser de ce temps horriblement long, mais c’était pour la bonne cause, je vous assure.

 

 

Ne Regarde que Moi

Chapitre deux : Mon bonheur est ici.

 

Samuel ouvrit paresseusement les yeux. Cela ne changeait pas grand-chose à ses paupières fermées, mais il se sentait plus éveillé ainsi.

"Tu t'es endormi, petit Prince," lui murmura quelqu'un à ses côtés.

Le blond sourit à cette voix et une main vint frôler discrètement le bas de son dos avant qu'une voix féminine ne vienne gâcher ce moment d'intimité. Samuel grogna.

"Eh les garçons, vous ne venez pas vous baignez ?!"

Ils soupirèrent de concert mais Johann attrapa son petit ami par la main et le mit sur ses pieds malgré ses protestations.

"Lâche-moi ! Je veux dormir encore !

-On dirait un gros gamin, Sam. On n'est pas venu à la plage pour rien ! Allez !"

Et Johann s'autorisa même quelques caresses, les faisant passer pour de bons plaquages censés obliger le blond à le suivre. Samuel frissonna mais suivit le mouvement, toujours grognant.

Ils étaient venus à cette plage, non loin de leur ville, en groupe. Ils étaient huit en tout, cinq garçons et trois filles, l'impartialité même, n'est-ce pas ? Malheureusement, deux filles sur les trois poursuivaient Johann de leurs assiduités ce qui énervait au plus haut point Samuel. C'est pour cela qu'il préféra suivre son petit ami plutôt que de continuer à se défendre.

Habitués, la main du blond posé sur le bras de son ami, ils descendaient doucement jusqu'au bord de l'eau où leurs amis s'amusaient gaiement à s'asperger, se couler, nager. C'est tout ce qu'imaginait Samuel par les bruits.

Son toucher, lui, était mis à rude épreuve : le sable n’était pas fin mais grossier, piquant ses pieds, les meurtrissant sans vergogne. Et les ampoules crées par le patinage en souffrait beaucoup. Le vent frais le faisait légèrement frissonner dans son short de bain. Il était, d’après sa mère et son petit-ami, blanc et bleu, ce qui soulignait la couleur de ses yeux mais aussi, malheureusement, le teint pâle de son corps. Samuel se sentait particulièrement à nu dans un si petit habit, Johann non loin de lui. C’était un peu comme se trimballer le matin, en boxer, dans une maison où ils seraient seuls tous les deux. Très embêtant !

Pourtant, il avait d’immenses efforts pour suivre la petite troupe jusqu’à la plage. Il ne regrettait pas. Il faisait bon et tout le monde était très gentil. Il se sentait en sécurité. Perdu mais bien gardé.

Le sable chaud devint peu à peu plus frais et enfin ses pieds se mouillèrent et il percuta des orteils une vaguelette glacée.

Une éclaboussure vint se plaquer contre son torse, le faisant crier de surprise.

"C'est froid !", s'exclama-t-il, sursautant vers l'arrière, la poigne de son guide arrêtant sa fuite. Des éclats de rire lui répondirent, et même Johann se joignit à eux. Lorsque Samuel sentit à nouveau l'eau à ses pieds, frissonnant, il se baissa et aspergea son voisin pour vengeance.

« Ah c'est comme ça ! » s'écria Johann. Et Samuel pensa soudain qu'il n'aurait peut être pas dû être aussi présomptueux de sa victoire.

Avec un cri de guerrier, il se précipita dans l'eau, ne laissant pas loisir à son petit ami de le rafraîchir lui-même.

"Tu vas me le payer, Sam !", entendit le concerné, alors que des mains secourables l'empêchaient de tomber et boire la tasse.

« On va te protéger, Sam ! T'inquiètes pas ! Sue à l'envahisseur ! » s'écria l'une des filles, Coralie s’il avait bien reconnu. Et les autres de crier à cette déclaration de guerre. Samuel se demanda un instant où il était tombé. Ils étaient tous fous, ce n'était pas possible ! Et dire qu'à l’habituel, presque tous ces jeunes gens évoluaient avec grâce et savoir faire sur de la glace, munis de patins... Horreur !

Des cris retentirent à nouveau et Samuel se tourna vers ceux-ci, les suivant d'un regard absent, faisant confiance à ses sens. Quand il devina qu'ils étaient entrain de s'éloigner du bord, il préféra revenir en arrière. S'il ne touchait plus le fond, il ne saurait plus où se situait le banc de sable sauveur.

Quand l'eau lui arriva aux cuisses, il s'assied sur le bord et apprécia le bruit de la mer, ses va et vient sur son corps, sans oublier les exclamations de ses plus ou moins amis. Il ne les connaissait pas depuis assez longtemps pour les considérer comme tel. En tout cas, ils avaient l’air de s’amuser. Les cris perçants qui pourfendaient son monde noire étaient ponctués d’éclats de rire.

Quelques minutes plus tard, il remarqua que les cris avaient cessés. La trêve avait été mise en place et un calme presque complet s'était abattu. Presque. On entendait leurs mouvement groupé pour revenir vers le banc de sable où il se trouvait. Des vagues plus dangereuses lui tapaient maintenant le corps. Puis...

« Tu vas payer ! »

Avec un cri de surprise et un rire étranglé, Samuel se sentit soulever par les bras puissants de Johann qui le transporta dans l'eau pour le couler après un petit avertissement, ne le lâchant pas une seule seconde. Samuel perdu, senti ses ongles allés percer la peau de son compagnon qui eut un frémissement.

Quand ils ressortirent la tête de l'eau, Johann lui demanda s'il déclarait forfait mais son petit ami refusa en l'attrapant et le serrant par le cou, cette fois préparé et crispé dans les bras de son ami. Et de nouveau, ils coulèrent. Sous l’eau, alors que Samuel fermait ses yeux avec force, Johann lui attrapa le cou et l'embrassa. Leurs lèvres s’unirent, s’ouvrirent et, alors que l’eau s’infiltrait entre chaque baiser, Samuel resserra son étreinte. Il voulu reprendre son souffle et avala de l’eau. Ils remontèrent à la surface très rapidement.

Samuel toussa, le sel de la mer lui griffant la gorge.

« Eh bien ! Evite de respirer de l’eau salée à l’avenir, ça t’évitera de boire la tasse ! », s’amusa Johann, malgré son ton préoccupé.

« A qui la faute ! », s’arracha Samuel, entre deux toux. Il avait la gorge en feux et le nez brûlant.

« Tu vas boire un peu d’eau douce, ça calmera les effets. On retourne sur les serviettes, lui intima gentiment Johann.

-Oui, s'il te plaît, » répondit Samuel.

Il adorait l'eau, malgré sa salinité. Mais il était mort de trouille à la plage, à présent. Il ne pouvait rien voir. Ni méduse, ni trou, ni la côte, ni même la mer dans laquelle il se baignait. Heureusement, Johann avait plus ou moins compris le problème. Il le raccompagna doucement et le regarda s'installer. Il prit la bouteille d’eau qu’ils avaient rangée dans un thermos et ala lui tendit. Samuel se désaltéra, le sel de la mer diminuant ses ravages dans son gorge. Il rendit la bouteille à son compagnon qui la rangea et jeta à ses amis, avant de repartir dans l'eau :

« Prenez bien soin de lui, hein !

- Pas de problème, Papa Poule !

-T'en fais pas, Jo ! »

Samuel entendit l'éclaboussure que produisit son compagnon en se précipitant sur ses amis dans l'eau. Les cris et les rires reprirent. Il changea de position pour se mettre face aux personnes qui étaient présentes. Ce serait une pure coïncidence s'il se plaçait parfaitement bien. Il ne se souvenait plus exactement d'où lui étaient parvenus les voix. Puis enfin, il parla :

« C'est Thierry et Coralie, c'est ça ?

-Oui, Perfect ! », lui répondit la jeune fille. Il sourit, content de lui.

« Toi aussi tu trouves l'eau trop froide ? », lui demanda Thierry. Samuel sentit qu'il souriait tranquillement en se repositionnant. Sa serviette faisait des bruits de glissement sur le sable fin.

« Oui, un peu, » mentit le blond. L'eau était à température idéale pour cette saison. Mais il ne pouvait pas avouer qu'il avait peur. Hors de question !

Finalement, les trois se mirent à discuter et la conversation palpa du bout des lèvres les examens de fin d'année qui approchaient avant d'enfin s'infiltrer profondément sur le patinage jusqu'au retour des autres.

Samuel trouva l'ambiance agréable. Ils étaient tous gentils, à part Melissa qu'il trouvait horriblement collante avec Johann – la seule non patineuse. Il avait envie d'attraper le châtain, de l'embrasser et de leur crier à tous – et surtout à elle – que c'était son petit ami ! Mais Johann avait été clair à ce sujet : pas un mot ! Pour le moment du moins... C'est pour cela qu'ils se faisaient très discrets dans leurs marques d'affection.

De plus, ils partageaient tous deux un secret avec deux autre professeurs de patinage. Le club promettait une grande surprise de fin d'année, un duo exceptionnel. Mais personne ne savait que Sam avait repris ses patins ni que Johann s'entraînait avec lui. Il avait gardé tous ses cours de patinage, finalement, et rajouter celui particulier avec son petit ami. De ce fait, tout n'était que mystère, au club ! Seul des rumeurs incertaines circulaient – toutes fausses, bien évidemment.

La discussion s'anima de nouveau sur les serviettes et on s'extasia de nouveau sur le niveau qu'avait eu auparavant leur nouvel ami, l'exhortant à reprendre l'entraînement, bien qu'avec scepticisme.

« Non, » répondait inlassablement le blond. "Je serais un danger pour les autres patineurs."

Aux coups de six heures, tous remballèrent leurs affaires et se mirent en voiture, par groupes de quatre. Johann conduisait la sienne et ramena Thierry, Coralie et Melissa, qui avait insisté auprès de lui pour qu’il la prenne. Samuel était donc assied devant, les mains crispées. S'il avait pu, il aurait bien essayé le croche-pied sur elle. Dommage que ses yeux ne soient pas de cet avis, sur ce coup ! Il était si peu sûr de lui qu'il craignait chaque seconde de perdre son compagnon. Il ne pensait pas pouvoir s'en remettre un jour. Johann était devenu plus que tout autre homme n'avait été pour lui jusqu'à maintenant. Et en si peu de temps ! A peine quatre mois...

Thierry fût le premier à les quitter et il claqua sa main sur chacune des autres avant de disparaître. Coralie fut la suivante, baisant les joues des habitants du petit habitacle. Quand ils repartirent, Melissa tenta de pousser Johann à ramener Samuel avant elle. Il lui répondit doucement qu’il préférait la ramener avant Samuel. Ils avaient tous deux des choses à se dire.

« De toute façon, il habite juste à côté de chez moi, » termina-t-il.

Melissa partit donc, après une légère bise au blond et deux sonores à Johann. Quand ils reprirent enfin la route, Samuel éructa.

« La prochaine fois qu'elle fait ça, elle se prend ma main dans la figure ! Je la supporte de moins en moins !

-Jaloux ? demanda Johann, d'une voix amusée. Il passa sa main sur la cuisse de son compagnon tout en ralentissant.

-Tu le sais très bien. Ca fait des mois que je te demande de mettre les choses au clair avec elle. Et plus ça va, pire c'est ! C’est la dernière fois qu’elle fait un truc pareil ! »

La voiture s'arrêta et Samuel sentit la main sur sa cuisse remonter lentement le long de celle-ci, passant comme un coup de vent sur son entre jambe et s'infiltrant sous son T-shirt. Samuel émit un gémissement.

« On pourrait nous voir..., murmura-t-il avec difficulté.

-Il n'y a personne. »

Enfin, deux lèvres vinrent couvrir les siennes et il se laissa emporter par le feu ardent qui couvait en lui, attrapant difficilement le cou de Johann. Leur baiser dura un long moment qui les laissa pantelants. Au moins les craintes de Sam s'étaient-elles apaisées.

Johann remit la voiture en marche, passant la première puis la seconde, roulant tranquillement, sa main allant se poser de nouveau sur la cuisse du blond qu soupira de satisfaction, rejetant sa tête en arrière contre le fauteuil. Il n'était pas pressé de rentrer. Johann près de lui apaisait son esprit et l'allure était parfaite, le berçant...

« Samuel... Mon ange, réveille-toi... », murmura une voix chaude contre son oreille, coupant ses paroles par de petits baisers sur son cou avant d'attraper son lobe pour le mordre et le sucer. L'intéressé émit un geignement en penchant sa tête sur le côté pour mettre à nu plus de peau offerte à l'explorateur improvisé. Celui-ci s'empressa de l'embrasser avant de tirer le T-shirt pour dénuder l'épaule. Là, il croqua la peau, la suça, l'accablant de sa bouche, de ses lèvres, de sa langue et de ses dents, le lacérant avec passion. Samuel, à présent parfaitement réveillé, émit un plus grand gémissement, semblant donner plus d'entrain à cette bouche dévorante.

Enfin celle-ci se calma, se rétracta et souffla tout contre la peau légèrement meurtrie. Samuel tourna son regard vers la marque et sourit rêveusement, l'imaginant teintée de rouge, avant de lever son regard vers ce qu'il pensait être le regard de Johann, ou tout du moins son visage.

« Et que veux-tu en échange de ce... succion ? » demanda Samuel en soufflant près de ce qu'il savait être la bouche de son petit ami. Celui-ci l'embrassa plusieurs fois effleurant à peine ses lèvres, avant de répondre :

« Hm... Un massage, demain, chez moi, après les cours ?

-Johann...

-Je ne tenterai rien, je sais que tu n'es pas prêt, ne t'inquiètes pas comme ça. Fais-moi un peu confiance, mon ange.

-Excuse-moi... C'est d'accord pour le massage.

-Ah ! J'anticipe déjà ce moment de pur bonheur ! Tu as des doigts de fée ! »

Ils rirent ensemble puis Johann le raccompagna jusqu'à sa porte. Ils se quittèrent sans baiser, de peur de se faire voir par les parents de Samuel, et le blond entra chez lui en claironnant son retour avec enthousiasme. Il passa tout de même sa main sur son épaule pour être sûr que la marque de Johann soit bien cachée.

Il lui appartenait… C’était la pensée qui lui traversait l’esprit, allant et venant, lui chauffant les joues. Johann avait apposé sa marque sur lui…

 

oOo

 

Samuel soupira de soulagement en entendant la sonnerie de fin de cours. Etre attentif en étant aveugle était plutôt difficile. Il devait focaliser toute son attention, tous ses sens, sur les paroles de ses professeurs. Ca l'épuisait ! Ecouter des voix qui parfois entraient en grande compétition avec les somnifères n’était pas une chance pour lui. De plus, les professeurs avaient la mauvaise manie, même encore maintenant, de le réprimander quand ses yeux allaient fureter ailleurs, prétextant un manque d’attention. Ils ne comprenaient pas que ses yeux ne lui servaient à rien, qu’il avait beau les bouger, les sentir, ils étaient entourés d’un sombre étau qui n’admettait aucune lumière quelle qu’elle soit.

Il rangea doucement ses affaires, vérifiant de ses mains que rien ne restait sur son bureau.

« Samuel, tiens, tu as fait tomber ton stylo, » lui dit une voix féminine à ses côtés, en lui posant le dit stylo dans la main. Il savait bien qu’il avait entendu une chute d’objet !

C'était Sophie, une amie de sa classe, qui venait de le lui rendre. Une jeune femme ce qu'il y a de plus gentille et naturelle. C'était d'ailleurs la seule avec qui il se sentait bien, ou du moins mieux qu'avec les autres.

Il rangea le stylo avec assurance, l’habitude aidant.

« Merci, » répondit-il avec un sourire dans le vague.

« On sort ensemble ? Enfin... Je veux dire... Pardon, je me suis mal exprimée... »

Samuel éclata de rire. Pour une fois que c'était un autre que lui qui se sentait mal à l'aise. Il l’imaginait rougir, ce visage floue mais à l’air candide et gêné. Il lui attrapa le bras et le serra chaleureusement.

« Ne t'en fais pas, j'ai bien compris. Je dois aller au parking, tu m'accompagnes alors ?

-Oui ! »

Il se leva, toujours sa main posée sur son bras. C'était la première fois qu'elle se proposait d'aller avec lui. D'ailleurs, personne dans sa classe ne le connaissait personnellement et n’avait osé se proposer à le raccompagner... Il devait apparaître secret, mystérieux. Peut-être se sentaient-ils gênés en sa présence ? Etait-ce pour cela que Samuel n’avait que peu de connaissance dans sa classe ? Non, évidemment, il était aussi tout à fait conscient de la façon dont il se comportait : les premiers jours, il avait rejeté tout le monde. La simple proposition d’aide faite, il l’avait retourné à son auteur avec mépris et hargne… Non, ce qu’ils devaient tous ressentir à son égard, c’était simplement de l’animosité. Tant qu’il ne voyait pas leurs expressions lui-même, il pouvait très bien le supporter.

Quant à Sophie, elle avait toujours été gentille et attentionnée, mais jamais plus que cela. Leur relation était des plus mince. Mais il l'appréciait. Peut-être par ce qu'elle ne lui paraissait pas aussi assurée que les autres face à lui. Il avait alors l'impression de se retrouver comme avant, sûr de sa personne, maître de toutes les situations.

Ils parcoururent les couloirs que le blond avait appris à reconnaître. Celui qui menait à la sortie résonnait plus que les autres. Il était déshabillé, long, mais peu large. Le moindre bruit se répercutait sans mal. Alors les quelques mille élèves créaient un tunnel de cris qui perçait ses oreilles et lui indiquait sa position, que ce soit dans le couloir en lui-même ou de sa place par rapport au mur et à la sortie. Un coup de vent soudain lui indiqua qu'ils avaient passé la porte d'entrée et Sophie le tira vers la gauche où se situait le parking de l'école. Après quelques pas, il sentit Sophie se rapprocher de lui et lui souffler :

« Il y a un garçon qui approche. Il a l'air en colère...

-Il est châtain ?

-Ah je le reconnais ! C'est Johann Villier, le patineur ! Il paraît qu'il est incroyable sur la glace !

-Il l'est, » assura Samuel avec un grand sourire. Il imaginait très bien ce que l'image de son petit ami pouvait donner, chaussé de ses patins à glace. Ce devait être un spectacle magnifique ! Il aurait aimé pouvoir le voir de ses propres yeux.

On lui toucha l'autre bras et son sourire s'agrandit.

« Johann ?

-C'est moi, oui. Tu es prêt ? On peut y aller ? », demanda Johann d'une voix légèrement rauque, et Samuel sentit qu'il était réellement en colère ou du moins contrarié.

« Oui, c'est bon, » répondit le blond, avant de se tourner vers son accompagnatrice. « Merci d'être venue jusqu'ici avec moi, c'était très gentil.

-Oh, euh... Il n'y a pas de quoi, vraiment... Au revoir...

-Salut ! »

Samuel entendit les pas de la jeune fille s'éloigner puis le bras de Johann s'imposa sous sa main et il l'entraîna jusqu'à la voiture.

« Qui était-ce ?

-Une fille de ma classe. Elle s'appelle Sophie.

-Ah. »

Samuel sourit. Alors comme ça Môsieur était jaloux. Pour une fois que ce n'était pas lui !

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda-t-il innocemment.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Ne joue pas à ça avec moi, Jo. Tu es jaloux !

-Qu'est-ce que tu racontes ! »

Mais Samuel éclata de rire alors que l'autre main de son compagnon venait enserrer son bras à son tour. Il lui ouvrit la portière de la voiture et Samuel entra silencieusement, s'attachant. Il entendit Johann le rejoindre et faire de même avant de mettre le bolide en marche.

Il conduisit tout le long du chemin dans un silence contrarié. Samuel était passé de l'amusement à la gêne. Il n'était pas habitué à ce que le châtain se comporte ainsi. Quand la voiture s'arrêta, Johann stoppa le moteur et se détacha. Samuel, lui, n'osa bouger. Où étaient-ils ? Chez Johann... ou bien chez lui ?

« Tu ne veux pas descendre ?

-On est chez toi ?

-Bien sûr, pourquoi ? On avait dit qu'on passerait la fin d'après-midi ensemble, tu te souviens ?

-Si, si, bien sûr, » termina Samuel en sortant. Il attendit que Johann vienne lui prendre le bras pour le guider. Il n'était pas habitué à venir ici et ne connaissait donc pas assez les lieux pour éviter tous les obstacles.

Il joignit donc ses pas à ceux de son ami. Johann ouvrit la porte et entra.

« Mes parents sont au travail. Il faudra juste que l'on aille chercher Hélène à l'école dans une heure. »

De toute façon, Samuel n'avait jamais rencontré les parents de son compagnon. Il n’en parlait d’ailleurs pas beaucoup…

Quand la porte se fut refermée, Johann changea sa position et lui attrapa les épaules, le serrant contre lui tout en continuant à avancer. Ils se dirigèrent vers la chambre du jeune homme qui se situait sur le rez-de-chaussée. Samuel posa son sac et retrouva le lit de son compagnon sur lequel il se laissa choir avec un soupir de bonheur. La fatigue s'emparait de lui.

Une main vint s'immiscer sous ses vêtements, caressant la peau de son ventre tandis qu'un poids se posait tout près de lui. Une seconde plus tard le corps de Johann venait se coller au sien.

« Je te propose mon programme et tu me dis ce que tu en penses, d'accord ? », chuchota le châtain à son oreille. Samuel hocha la tête avec un soupir de satisfaction.

« J'ai peu de devoirs pour demain, je vais les faire maintenant, comme ça tu pourras te reposer. Mais ensuite je te réveille et je veux mon massage, ok ?

-C'est d'accord. Mais réveil en douceur alors.

-Tout ce que tu veux mon ange. Tu sais que je t'aime ? »

La question lui avait été soufflée dans l'oreille, avec une chaleur qui le fit frissonner.

« Je sais, oui. Moi aussi je t'aime. »

Samuel avança sa main, trouva le visage de Johann, ses lèvres qui lui embrassèrent les doigts et la paume puis il approcha son visage et l'embrassa à son tour. Ils échangèrent un long baiser, profitant de leur isolement, d'être seuls tous les deux dans un endroit confortable, se serrant l'un contre l'autre. D’avoir le temps, tout simplement. Johann le tira pour le poser sur lui, emprisonnant ses jambes entre les siennes. Il resserra son étreinte et ne bougea plus. Samuel posa sa tête sur l'épaule de celui-ci et ferma les yeux.

Plus tard, il sentit son petit ami le porter pour le poser plus confortablement dans le lit avant de disparaître. Le froid l'envahit mais sa fatigue l'emporta et il se rendormit.

« Mon ange ?... Petit Prince... Debout...

-Mm... »

Entre chaque baiser, Johann l'appelait, enchaînant les petits surnoms. Il descendit le long de sa gorge, en fit le tour, avant de tirer ses vêtements pour laisser apparaître son épaule gauche. Il posa sa bouche dessus en un frôlement des plus léger, avant d'y passer sa langue et de mordre délicatement. Samuel s'éveilla enfin. Il laissa l'une de ses mains arpenter le long dos de son compagnon, sentant chaque muscle, chaque vertèbre sous ses doigts.

« Tu es foutu comme un boxeur ! », dit-il doucement, le sourire aux lèvres. Un petit rire lui répondit.

« Je suis patineur, pas boxeur. Ce n'est pas mieux ?

-C'est à voir...

-Eh ! »

Les crocs de Johann vinrent s'en prendre à sa gorge puis sa bouche s'empara de la sienne.

Enfin, après un long moment ils finirent par se lever et Samuel s'installa sur les fesses de son petit ami avec un léger frisson. Il y passa ses doigts et sentit Johann lui attraper les mollets. Il arrêta sa taquinerie et empoigna ses épaules pour commencer son massage.

Depuis qu'il avait perdu ses yeux, ses mains remplaçaient souvent ce sens perdu. Il s'était amusé plusieurs fois à masser Johann avant ou après un cours de patinage, de manière rapide et amusante, pour le détendre. Celui-ci avait apparemment apprécié car depuis, il n'avait cessé de lui demander ce qu'il lui accordait enfin en ce jour : un véritable massage, relaxant et long. Ses doigts étaient contents de pouvoir se mouvoir sur ce musculeux dos. Il entama des mouvements circulaires, puis de petits mouvements sur des endroits ciblés, n'oubliant aucune parcelle de peau. Il rencontra une légère estafilade que Johann expliqua comme étant dû à une chute au dernier entraînement ; il était malheureusement tombé sur un coin de la patinoire où le bois des barrières était effilé. Ca aurait pu être dangereux et Samuel s’obligea à éviter de penser aux problèmes qu’auraient pu avoir son compagnon.

Il parcourut aussi quelques légers rebondis qu’il assimila à des grains de beauté et d’autres à des restes de puberté. En somme, Johann n’était pas aussi fabuleux qu’il l’aurait pensé, à ce niveau-là. Il prenait une apparence plus humaine.

Cela dura vingt minutes, puis Johann maugréa en gesticulant, manifestement désappointé :

« Il est l'heure d'aller chercher Hélène. Tu viens avec moi ?

-Bien sûr ! Tu sais à quel point je l'aime ta petite sœur !

-Ah ça ! »

Hélène était une adorable jeune fille qui venait d’avoir treize ans. Elle était un véritable boute-en-train, toujours riant et faisant tourner son frère en bourrique. Mais Johann l'aimait, peut-être plus qu'il ne l'aimait lui, pensait Samuel. Mais il était aussi sous le charme.

Ils se levèrent et Samuel s'amusa à repousser Johann dans le lit. Son geste était un peu maladroit mais il réussit son coup avec succès. En vengeance, Johann lui attrapa le bras et le tira pour le faire basculer sur lui. Ils rirent, s'embrassèrent puis se levèrent définitivement pour partir.

« C'est la première fois que tu viens avec moi la chercher, non ? » demanda Johann, dans la voiture. Il passait les vitesses avec sûreté et Samuel répondit tranquillement à sa question :

« ... C'est vrai, oui.

-Surtout ne prends pas peur. Ses amies sont adorables mais presque aussi folles qu'elle. Elles vont crier à tort et à travers qu'Hélène a de la chance d'avoir d'aussi beaux garçons qui viennent la chercher. Chaque fois c'est la même chose et je suis envahi. Elles n'ont peur de rien !

-Tant qu'elles ne me foncent pas dessus, ça me va, » rit Samuel, légèrement appréhensif.

« Je te protègerai, Petit Prince.

-Oh merci, dévoué chevalier ! »

Ils rirent puis bientôt la voiture s'arrêta et ils descendirent. A peine Samuel avait-il sortit sa tête de la voiture que la sonnerie retentit.

« Pile à l'heure, » jeta-t-il à l’attention de Johann, tournant sa tête de droite à gauche. Le châtain vint lui prendre le bras et le guida.

« On est où ?

-L'école n'est pas très loin de la patinoire. A la sortie, il y a une grande grille, comme au lycée, et une cour ronde pour les parents. M'enfin, au collège, très peu viennent encore chercher leurs enfants. »

Samuel hocha la tête et, sentant le capot de la voiture de son compagnon sous ses fesses, il ne se gêna pas pour s'y poser. Il entendit bientôt les cris des jeunes sortant de leur établissement, impatients de s'en éloigner.

« Au fait, je ne suis apparemment plus le seul grand frère de notre Hélène, » lui lança Johann d'un ton amusé. Samuel allait répliquer avec étonnement quand un rire familier se fit entendre :

« Jo ! Sam ! Mes deux grands frères sont là ! »

D'autres cris, rires ou expressions retentirent. Samuel se releva et fit un pas en avant pour agripper le bras de Johann. Juste à ce moment, il reçut la jeune fille dans ses bras, la serrant affectueusement de son autre bras. Une bise retentit à ses côtés et Hélène le tira vers le bas pour l'embrasser à son tour. Il lui rendit son baiser.

« Je suis contente de te voir Samuel ! Tu es venu me chercher avec Johann !

-C'est normal, j'étais avec lui. Je suis content de te voir toujours en pleine forme, petite fille !

-Eh ! »

Elle lui tapota le bras, de peur sûrement de le surprendre. Il rit. Puis enfin, elle présenta ses amies avec force description.

« Et enfin Anne est plus grande que moi, tu vois, avec de longs cheveux bruns. Alors vous avez vu qu'il ressemble vraiment à un ange ! »

Apparemment, la dernière réplique ne lui était pas destinée. Samuel en rougit légèrement. Elle n'avait pas perdu sa manie de dire les choses sans se soucier des autres. Des rires répondirent à son exclamation et le blond se rapprocha de son compagnon.

« Allons Hélène, Sam rougit tu as vu ! Comme il est mal à l'aise le petit ! » s'amusa Johann.

« Non mais ! »

Le blond tenta de frapper mais ne rencontra que le vide avant que Johann ne l'emprisonne dans ses bras.

« Eh ! On ne frappe pas son chauffeur, sinon il se pourrait qu'il ne te ramène pas chez toi avant un long moment !

-Tricheur ! Persécuteur ! »

Johann ricana.

« Allez, ma puce, on y va. Au revoir les filles !

-Au revoir ! »

Johann prit la main du blond pour la poser sur son bras et le guida jusqu'à la portière puis le laissa se débrouiller. Il monta doucement mais sûrement, comme à son habitude. Les portières claquèrent puis ils démarrèrent.

« Mes amies m'ont demandé ce que tu avais par ce qu'elles te trouvaient beau mais étrange, commença Hélène et Samuel su qu'elle s'adressait à lui.

-Et que leur as-tu dit ?

-Que je ne leur dirais la vérité que si tu le voulais. »

Samuel sourit et la remercia en lui autorisant à révéler son handicap partiel. Ce n'était pas un secret d'Etat ! Tout en discutant, ils atteignirent la maison et y pénétrèrent en riant.

« Bon, il est temps de manger un petit quatre heures et ensuite, travail !

-Oh non ! », s'écria aussitôt Hélène. « Je ne vais pas être obligée de travailler alors que Samuel est là !

-Sache, méchante petite fille, que Monsieur Samuel a aussi des devoirs et qu'il va les faire en même temps, n'est-ce pas ?

-T'es vraiment un bourreau du travail, tu sais ça ? », répondit Samuel, mi-amusé, mi-agacé.

« Oui je le sais et j'en suis fier ! Et, surtout, je n'ai pas envie que tu rates ton année ! »

Samuel maugréa. De toute façon, vu comme était partie l'année et le BAC approchant, il n'avait aucune chance de l'avoir. Ses notes désespéraient sous la moyenne.

Enfin ! Il s'ingénia à faire bonne figure face à Hélène et Johann passa de l'un à l'autre, affichant une nette concentration sur les travaux de Samuel. Il était ses yeux, sa calculette, son stylo, tout en le laissant retenir les formules et les réponses aux questions, ce qui n'était pas une mince affaire, avec des maths de terminal S.

« Tu as une de ces mémoires ! », s'extasia Johann, après que son compagnon lui ait récité toutes les réponses des exercices de maths qu'il avait fait.

« Je n'ai aucun mérite. J'ai dû beaucoup travailler pour l'acquérir. Et ce n'est vraiment pas facile !

-Tu m'étonnes ! »

C'était Hélène, qui s'écriait à son tour, aussi stupéfaite que son frère. Samuel sentit peser sur lui des regards perplexes mais affectueux.

La fin d'après-midi les trouva tous trois pelotonnés dans le canapé du salon, regardant séries et jeux télévisés avec amusement. Johann avait attrapé Samuel par la taille et le serrait tout contre lui alors qu'Hélène s'était allongé sur ce dernier, sans émettre aucune remarque.

Enfin, l’heure fatidique de départ arriva. Johann ramena Samuel chez lui, après qu’il ait connu d’éprouvants adieux avec Hélène. Elle s’était réellement attachée à lui et la réciproque était autant chargée de sentiments fraternels.

Ils se quittèrent, ravis de cette fin de journée.

« On se voit demain. Nous avons notre duo à perfectionner, cher ami !

-Tu m'en vois ravi, j'ai les pieds qui me démangent ! A demain !

-A demain, mon ange... », chuchota Johann avant de le laisser seul en face de sa porte. Samuel sentit ses joues chauffer et attendit un petit moment avant d'oser entrer chez lui, annonçant son retour.

 

oOo

 

Samuel leva sa jambe droite, attendit d'être sûr que Johann était tout près de lui, mais pas trop pour éviter de le toucher, et il sauta pour faire son double axel, la réception laissant à désirer. Johann tenta de le rattraper et ils se retrouvèrent tous deux allongés sur la glace. Glissant lourdement, Samuel s’agrippa fermement à son partenaire.

« Euh... Oups ? », tenta Samuel, une fois que leur glissade se fût arrêter sans rencontrer d’obstacle (Miracle !).

« Non mais concentre-toi, Samuel ! Qu'est-ce que c'était que ça ?! Tu m'as habitué à bien mieux ! », s'exclama Julien, de loin, alors qu'une deuxième paire de patins se précipitait vers eux pour les relever.

"Tu as loupé ton coup. Tu es resté trop longtemps sur ton pied gauche. Tu as perdu de la vitesse, de l'équilibre et quand tu as sauté pour vriller, tu étais sur le côté. Réfléchis bien à ce que tu fais mais ne soit pas long dans tes enchaînements," lui recommanda Ilan, avec un peu plus de souplesse. Samuel sentait le reproche poindre sous le ton. Il hocha la tête.

« Oui, j'ais senti que c'était différent, je suppose que c'était par ce que j'étais penché. On recommence... Pardon, ça va, Johann ?

-Pas de problème pour moi, fais plutôt attention à toi et concentre-toi.

-C'est bon, j'ai compris ! » répondit Samuel sentant sa propre colère monter devant les remontrances de Johann.

Ils recommencèrent leur mouvement et Samuel tenta de retarder son lever de pied avant son axel. Quand il fût sûr que Johann était bien placé, il balança son pied droit, sauta et commença à tourner. Il sentit le premier tour, le second, l'air monté alors qu'il redescendait et ce fût juste avant de toucher le sol qu'il comprit qu'il aurait pu faire plus. Ravi, il fit un atterrissage qui lui valut les applaudissements de son partenaire alors qu'ils finissaient leur démonstration. Malgré tout de même un gros déséquilibre qu’il avait sût gérer grâce à la main secourable de son compagnon.

« Pas trop mal. Johann, ton double axel sera aussi mit à contribution, tu as intérêt à mettre le turbo, » dit Julien, alors qu'ils s'arrêtaient face à lui, Samuel suivant les mouvements de Johann. « Quant à toi, Samuel, dis-moi tout. Ton réel niveau, où se situait-il ?

-Eh bien... Le jour où j'ai eu mon accident, mon enchaînement comportait un double axel et demi et triple axel si j'arrivais à monter assez haut, des pirouettes debout, accroupis. C'était un enchaînement assez acrobatique. Du moins plus acrobatique que gracieux.

-Hm, je vois... Il faudra donc reprendre avec plus de dureté tes entraînements personnels... Enfin ! Johann est déterminé à s'améliorer, son double axel ne passe pas à tous les coups, mais il s'approche de son but, comme tu le sais. T'avoir le stimule. Le spectacle de fin d'année va exciter toute l'équipe. Ca va les forcer à se surpasser pour l’an prochain ! Allez vous changer, votre admiratrice vous attend. »

Ils dépassèrent leurs professeurs réunis, aidant Samuel à rejoindre le sol ferme autour de la glace, et Samuel finit par demander :

« Admiratrice ? »

Johann n'eut pas le temps de répondre qu'une voix féminine et des plus détestables pour le blond s'éleva avec admiration :

« Johann, c'était formidable !

-Ah, merci Melissa. C'est surtout Samuel qui est génial !

-Mais non voyons ! Bonjour Samuel ! Franchement, Johann, tu as été extraordinaire ! »

Samuel se dégagea violemment du bras de Johann. Il avait dit que c’était la dernière fois. Et là, c’était la fois de trop, le mauvais moment, le mauvais endroit et surtout, la mauvaise compagnie !

« Julien ! J'ai une question à te poser ! Tu peux venir s'il te plaît ? » appela-t-il avec force, reculant.

« Sam..., commença Johann, chuchotant, mais il fût couper par l'entraîneur :

-Pas de soucis, Sam ! Tiens prends mon bras. Alors qu'est-ce qu'il y a ? »

Et ils s'éloignèrent tandis que Samuel lui demandait des conseils pour ses axels, dont il n'avait absolument pas besoin, bien entendu. Julien les lui avait déjà prodigués des centaines de fois. Il se déchaussa sous le flux des paroles de l'homme et celui-ci lui rangea ses patins en lui apportant ses baskets. Le babillage technique de l’entraîneur l’empêchait d’entendre le bourdonnement des voix de Johann et Mélissa.

« Excuse-moi de te demander ça, Ju, mais est-ce que tu pourrais me ramener, ce soir ?

-Hein ? Eh bien, il n'y a pas de problème, mais je pensais...

-Johann a autre chose à faire ! » s'arracha Samuel, la voix dure.

Il attrapa le bras de Julien qui laissa le soin à Ilan de fermer la patinoire et aida Samuel à rejoindre sa voiture. Le blond trouva ses gestes beaucoup trop empreints d'inquiétude, comme s'il avait peur qu'à chaque pas, il ne se casse la figure.

« Ju, je suis aveugle, pas handicapé moteur, » ne put-il s'empêcher de lâcher, acide.

« Tu as intérêt de te calmer un peu, Sam, si tu ne veux pas rentrer à pied ! »

Samuel éclata d'un rire des plus ironiques et il monta dans la voiture dont la portière lui avait été ouverte. Quand Julien l'eut rejoint et que la voiture démarra, l'entraîneur attaqua :

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je pensais pourtant que toi et Johann aviez une relation plutôt... profonde.

-Ah, vous aviez remarqué ? Peut-être que Johann aurait besoin de vos yeux, il a l'air d'avoir du mal à situer où on en est tous les deux !

-... Comment ça ? »

Samuel soupira, soulagé de laisser cours à sa colère en parlant avec animosité et, mû par sa fureur, il déballa toute l'affaire sans une once de remord :

« Cette petite peste de Melissa lui court après depuis des mois ! C'est de pire en pire ! Je lui ai demandé de mettre les choses au clair, mais il repousse chaque fois et la considère toujours comme une amie des plus proches ! Et moi j'enrage ! C'était la fois de trop, ce soir.

-Effectivement... »

Julien n'alla pas plus loin. Il n’avait d’ailleurs aucun motif à s’engager personnellement dans la querelle. Il déposa son élève, et parti sans plus de commentaire. La rage de Samuel redoubla et il envoya bouler ses parents avant de monter dans sa chambre sans plus une parole. Il ne dormit pas de la nuit, ressassant encore et encore la situation.

Si seulement Johann faisait attention ! Si seulement, il se rendait compte de ce que Mélissa tentait de faire depuis le début. Lui, aveugle, il accordait au ton des voix une attention particulière. La chaleur qu’il se sentait se dégager des paroles de la jeune fille était abominable. S’il avait été sûr que ce n’était que de l’amitié, il n’aurait fait aucune objection à leur amitié. Mais Mélissa dégageait plus de sensualité et d’attirance charnelle que d’amitié, justement ! Et seulement en présence de Johann ! Mais quand allait-il en prendre conscience, bon sang !

Samuel sentit les larmes perlées au bord de ses yeux ! De fureur ? Il ne savait plus. Peut-être était-ce aussi sa tristesse ?

Johann représentait la personne en laquelle il avait le plus de confiance, en laquelle il croyait, qui lui avait ouvert son cœur et avait enfermé le sien… Sans Johann, qui était-il ?

« Sans toi, je ne suis plus rien, Johann… Merde !... Je t’aime… »

Il sanglota puis finit par étouffer ses pleurs dans son coussin.

 

oOo

 

Samuel était appuyé sur un mur du lycée, en compagnie de la gentille Sophie. Ils discutaient tout près de la salle de leur prochain cours. Il se savait irascible et Sophie persistait dans son calme et sa douceur, par contraste avec son humeur.

« Tu étais où avant ? », lui demanda Sophie.

"J'habitais à Paris. C'était bruyant, toujours plein de monde, ça puait horriblement. Bref ! Je ne suis pas mécontent d'avoir quitté cette ville !

-En effet.

-Et toi ?

-Je n'ai jamais emménagé. C'est peut-être une chance, mais je trouve ça très ennuyeux.

-Ca dépend de chacun."

Il haussa les épaules et ils continuèrent de discuter jusqu'à ce que Sophie s'approche pour lui chuchoter :

« Quelqu'un vient. Ah ! C'est Johann, je vais vous lais...

-Non reste ! » répondit froidement Samuel.

Il serra les poings et les appuya sur le mur, tout d'un coup mal à l'aise. Il ne voyait rien, ni le regard de Johann, ni son allure, ni sa position, ses gestes. Il était perdu et attendait le moindre signe de la présence du châtain.

« Samuel...

-Je ne veux pas te voir... t'entendre !

-S'il te plaît, se disputer pour ça...

-Pour ça ?! Tu te fous de moi ?! » explosa enfin Samuel, oubliant qu'ils n'étaient pas seuls. Il se repoussa du mur et fit face à l'endroit d'où le son de la voix de son compagnon partait.

« Ca fait des mois que je te dis de mettre les choses au clair ! Des mois que je te préviens que ça va mal se terminer ! Mais tu ne comprends pas !

-Mais c'est mon amie, Samuel ! Mon amie !

-Pour elle tu n'es pas un ami ! Elle se comporte comme le loup chasse sa proie, m'écarte sans vergogne, fais comme si je n'étais pas là, tente de te pousser à me faire disparaître de ton existence ! Est-ce que tu comprends ça ?! Et tu ne fais rien ! C'est ton amie ! Mon cul ! Dégage !

-Sam ! J'ai le droit d'avoir des amis qui m'apprécient énormément ! Elle est peut-être un peu trop exubérante mais...

-Exubérante ?! », la voix de Samuel avait atteint les aigues et sa fureur le faisait pleurer « Johann barres-toi ! Tires-toi ! Avant que je ne te frappe !

-Me frapper ?! Il faudrait déjà que tu me vois ! »

La réplique acide fit fondre la rage du blond. Il entendit les pas de son petit ami décroître, s'éloigner et la sonnerie retentir pour prévenir de la fin de la pause. Il avait l’impression de rêver, de faire un horrible cauchemar. Ses larmes redoublèrent et cette fois l'humiliation et la peine lui enserrèrent le coeur. Deux bras vinrent le prendre et, après une longue hésitation, il finit par pleurer, accroché à Sophie, serrant son dos avec force.

C'était la phrase de trop, celle qu'il ne fallais pas prononcer, celle qui venait de tout détruire. Absolument tout. Celle qui venait de le détruire, lui, et tout ce qu’ils avaient construit.

On le poussa à l'infirmerie puis on lui conseilla de rentrer chez lui. Son père quitta son travail pour venir le chercher, le ramena à la maison et repartit aussi sec. Mieux valait le laisser seul, évacuer, d'après ce qu'il lui avait marmonner. Samuel se coucha et ne bougea pas de la journée. Son lit fut le sanctuaire de sa peur, de sa douleur, de sa colère...

Samuel fut absent plusieurs jours au lycée. Le BAC lui passait bien au dessus de la tête. De toute façon, son année était foutue ! Il passa ses journées dans une diète effrayante pour ses parents. Il n'avait plus goût à rien et refusait d'aller patiner. Ses pieds le démangeaient, le patinage avait toujours été sa seule échappatoire. A présent, de peur de croiser Johann, il n'osait plus s'en approcher.

Les derniers mots de Johann avaient fait leur nid dans sa tête. Le ton ironique, acerbe, dénué d'amour. Juste de la haine...De la haine pure...

Le temps passa et il se rendit même à son premier contrôle à l’hôpital, quittant un week-end sa nouvelle vie pour la grisaille et l’odeur qu’il jugeait à présent nauséabonde de la métropole.

En somme, le médecin fût attentif, peut-être un peu trop d’ailleurs, mais il diagnostiqua rapidement le blond après ses examens avant de prendre à part ses parents. Samuel se retrouva alors seul face à son humeur noire.

Johann était un abruti ! Il était même pire que cela ! Le rire de Melissa, ce rire qu’elle avait eu à la plage, lui faisait encore froncé les sourcils et il sentait le rouge monté au niveau de ses joues. La garce ! Elle n’avait aucun scrupule, et Johann qui gobait tout ce qu’elle disait sans une once de remord, le ton condescendant. C’était pire que de l’humiliation notoire ! Ca lui donnait envie de frapper ! Mais quoi ? Le vide ? Comme l’avait fait remarquer – si justement – Johann ? La haine qui s’était dégagé de sa voix à ce moment le faisait encore frissonner. Jamais il n’avait été aussi choqué et désespéré d’entendre une voix pareille…

Il soupira, essayant de maintenir une respiration lente et contrôlée. C’était difficile.

Puis il entendit des pas s’approchés et des voix chuchotant, s’effaçant au fur et à mesure à son approche. Il était presque certain qu’il s’agissait de l’ophtalmologiste accompagné de ses parents.

Une exclamation un peu plus forte de son père lui enleva tout doute. Il se leva, tout d’un coup nerveux. De quoi parlaient-ils ? Etait-il…. condamné ? Aveugle pour la vie entière ?

« Samuel Mariet ? Voudrais-tu me suivre ? », lui demanda le professionnel en ophtalmologie de l’hôpital. Il sentit une main se poser sous son coude et réfréna un mouvement de recul. – Ce n’était pas Johann ! La poigne était toute molle ! Mais il secoua légèrement la tête et ne résista plus.

Ils longèrent ensemble un couloir pendant quelques secondes puis entrèrent dans une salle. L’air y était plus chaud, plus confortable. L’odeur d’anesthésie, propre à un hôpital, demeurait tout de même.

Il se laissa tomber dans le siège qu’il sentit derrière ses genoux et attendit.

« Bon, Samuel. Ce qu’il va se passer par la suite va entièrement dépendre de toi. Le diagnostic est clair : nous avons pensé qu’aucune lésion n’entrait en compte dans ton cas. Cependant, les radios sont sans appel : nous venons d’en trouver une. Elle est minuscule et nous avons eu du mal à la voir… Mais elle est présente. »

Un léger silence s’installa comme si le médecin testait la réaction de Samuel. Celui-ci demeura de marbre, trop choqué par ce nouvel élément. Alors, il pourrait retrouver sa vue ? Ou était-ce justement impossible, au final ? Il attendit que son vis-à-vis reprenne, plein d’espoir et de peur mêlés :

« Il existe un moyen pour toi de recouvrer la vue, » continua le spécialiste alors que Sam se tendait vers lui, sentant son ouïe s’affiner alors qu’un mal de tête l’empoignait. « C’est ce que l’on appelle une opération au laser. Pourtant je dois te prévenir : cette opération pourrait endommager à vie tes yeux et rien ni personne ne pourrait alors plus rien y faire !

-Et si je ne me fais pas opérer ? », tenta le blond, sa voix lui semblant presque étrangère alors que son cœur battait la chamade.

« Il se pourrait que ta lésion se résorbe et finisse par disparaître. Je ne te cache pas que cet espoir est minime. Il se pourrait que jamais tu ne recouvres la vue. »

Samuel hocha la tête, fermant les yeux. Il s’imagina un instant les rouvrant et découvrant à nouveaux les couleurs, les tableaux, son entourage… Johann…. Mais quand il les rouvrit, rien n’avait changé, tout était noir. Et il soupira, entre le soulagement et la contrariété.

« Samuel, tu as tout le temps qu’il t’ait nécessaire pour réfléchir. Prends ta décision et quand tu seras prêt, appelle-moi. Je veux que ce soit toi, personnellement, qui me l’annonce. »

Il hocha la tête en réponse, pesant déjà le pour et le contre.

Quand il rentra, l’idée chimérique de recouvrer ses yeux chassa un temps celle de sa dispute violente avec Johann. Puis les deux se mêlèrent et il demeura indécis, les larmes aux yeux de confusion. Il ne savait plus où donner de la tête !

Dans son esprit, se mêlait la peur et l’angoisse d’avoir l’espoir de retrouver sa vue alors que planait au-dessus de cet espoir le faucheur de celui-ci : s’il ne retrouvait pas la vue, il serait condamné à vie. Il serait aveugle, pour le restant de ses jours…

De l’autre côté, son angoisse de faire face à un dilemme pareil n’égalait peut-être pas sa détresse d’être seul pour y faire face. Johann n’était plus là, et il ne faisait assez confiance à personne pour en parler. D’ailleurs, personne ne venait le voir pour prendre de ses nouvelles. Pas même Sophie. Il aurait pourtant bien aimé qu’elle vienne et qu’elle l’apaise comme elle savait si bien le faire…

Et quand il en avait assez de se torturer l’esprit avec ses yeux, il pensait à ce double sentiment de haine et d’amour mêlés qu’il dirigeait vers Johann. Il oubliait un instant la vue qui lui manquait et ne vivait que par les sensations, les souvenirs de voix, de formes, de toucher…

Ce fut une semaine après qu'il commença à aller mieux. Quand une visite inattendue eut lieu. Ses parents avaient tenté tout le dimanche de le lever, de le faire sortir, mais rien n'y avait fait. Emmêlé dans sa couette, Samuel refusait de sortir, de parler.

La sonnerie retentit et le blond entendit ses parents aller ouvrir. Attendaient-ils de la visite ? Il était vrai que ses parents s’étaient très vite fait des amis dans le voisinage. Leur adaptation à cette nouvelle vie était exemplaire, en comparaison de la sienne.

Des voix s'entretinrent au bas des escaliers, dans le hall, qui arrivaient jusqu'à ses oreilles. Puis des pas se firent entendre, montant l'escalier. C'était pour lui !

Il enfouit son visage dans sa couette, refusant de parler à quiconque.

On frappa à la porte puis on l'ouvrit. Elle se referma quelques secondes plus tard et on s'approcha pour s'asseoir au bord de son lit. On déposa quelque chose sur sa table de chevet, comme un verre, c’était en tout cas ce qu’il devinait par le bruit sourd de l’objet. Aucune réaction. Il ne voulait rien. Il voulait qu'on le laisse tranquille.

« Samuel ? C'est Hélène... », chuchota la jeune fille que le blond avait reconnu au premier mot. Surpris, il se dégagea légèrement la tête et s'assied.

« Hélène ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

-Johann est rentré terriblement furieux et triste il y a un peu plus d'une semaine. Ce n'était pas beau à voir ! Je l'ai cuisiné des heures avant qu'il ne m'avoue ce qu'il s'était passé. Ce qu'il avait fait ! Oh, Samuel, je suis si désolée ! Johann agit parfois inconsidérément ! Il n'est vraiment pas doué ! Il croit toujours que les choses vont s'arranger, que les évènements vont se plier à son bon vouloir mais... Je suis désolée...

-Tu n'as pas à t'en vouloir, tu n'y es strictement pour rien. C'est lui qui a tout foutu en l'air ! D'ailleurs en y pensant… depuis quand es-tu au courant ?

-De votre histoire ? Depuis trois mois je pense... J'ai eu l'habitude de voir mon frère avec ses anciens copains, je sais reconnaître quand il est avec un ami ou un... petit ami...

-Tu me parais d'un coup bien plus adulte que tes treize ans, jeune fille.

-Il le faut bien, dans cette famille. J'ai toujours consolé mon frère après ses histoires désastreuses. C'était la première fois que je le voyais si heureux et sain. Ca me changeait, surtout que je t'aime énormément ! Tu es mon deuxième grand frère, non ? »

Un léger rire, un peu cassant, sortit de la gorge de Samuel, comme s'il y avait longtemps qu'il n’avait pas rie.

« Tu es adorable, ma petite Hélène, » dit-il tout en la cherchant de ses mains pour la serrer contre lui. Elle lui rendit son étreinte, puis lui dit :

"On vient de sonner. Je ne voudrais pas déranger, si vous attentiez du monde...

-Ne t'inquiètes pas. Ca fait une semaine que je ne suis pas sorti de ma chambre...

-Samuel ! Tu es pire que mon frère !

-... Comment va-t-il ? »

Il n'avait pu s'empêcher de poser la question, malgré la partie de lui qui criait à tort et à travers son aversion présente pour Johann.

"Pas très bien. Mieux que toi je pense. Cette fille, Melissa, n'arrête pas de venir le voir et il a l'air d'aller de mieux en...

-Stop ! Ne me parle plus de cette Melissa !

-C'est une véritable gourde ! Moi, je suis avec toi ! Mon frère est aveugle et ça fait une semaine qu'on enchaîne dispute sur dispute à ce sujet !

-Tu ne devrais pas, tu l'aimes et... »

Samuel ne put terminer sa phrase. La porte s'ouvrit doucement puis une nouvelle voix féminine se fit entendre.

"Oh excusez-moi, je ne voudrais pas vous déranger...

-Sophie ?

-Oui...

-Entre, entre voyons ! Tu ne nous déranges pas. Hélène je te présente Sophie, une amie de ma classe. Sophie, voici Hélène, ma... petite sœur, dans le coeur. »

Il étreignit plus fortement la jeune fille et sentit une réponse à son mouvement. Hélène reprit avec humour :

« Et accessoirement en ce moment, la sœur de Johann qui m'a parlé de toi, Sophie. Enchantée.

-Moi de même... Mh, je ne comprends pas... Tu es la sœur de Johann ou de Samuel ?

-De Johann. Samuel est mon grand frère dans le coeur, comme il dit. C'est un grand frère de substitution en ce moment. Le mien est un peu sur ma liste noire pour l’instant... Au fait, Sam, tes parents m'ont passé un verre d'eau et une boite de pilules. Ils m'ont dit de t'en donner si tu avais une migraine. Ca va ?

-J'en veux bien deux, ils ont raison. »

Hélène s'écarta de son étreinte attrapa le verre (c’était bien cela qu’elle avait posé auparavant sur sa table de chevet) et le lui mit en main. Elle sortit deux pilules de leur plaquette dans un bruit de frétillement et les lui tendit. Il avala le tout avec reconnaissance.

« Merci, ma puce.

-De rien. Bon, sur ce, je vais vous laisser... Tu dois bien te douter de qui m'a emmené...

-Tu rigoles ?!

-Je l'ai obligé, par chantage. Mais je sens qu'il va me poser exactement la même question que toi. Vous êtes incorrigibles. L'amour rend aveugle, imbécile !

-On en reparlera une prochaine fois, petite fille. Porte-toi bien jusque-là.

-Ne t'inquiètes pas. Et toi retournes au lycée.

-T'en fais pas.

-Si justement. »

Elle l'embrassa affectueusement puis disparût enfin, dans un bruissement de vêtement, la porte tapant légèrement quand elle la referma. Son parfum resta et il s'en sentit heureux, apaisé. Elle était adorable, une vraie petite fée. Elle l’avait soulagé.

Elle était sa petite sœur, celle qu’il n’avait pas par le sang, mais par le coeur.

Il commença alors à discuter avec Sophie qui lui avait apporté les cours et les exercices des semaines passées, à l'occasion. Il grimaça devant le travail qui l’attendait puis les mit de côté avant qu’ils n’enchaînent sur des terrains de conversation plus neutres et distrayants. Johann se sentit d’humeur confiante, après le passage de la tornade Hélène, et avoua à Sophie la relation plus qu'amicale qu'il avait eut avec Johann. Elle ne sembla pas s'en formaliser et ils continuèrent à discuter ainsi deux heures. Elle l’aida à faire la part des choses, à comprendre ce qui le stimulait, ce qui le rendait simplement triste ou ce qui, au contraire, l’amenait à la fureur. Il finit par comprendre que c’était moins l’amitié que Johann nourrissait à l’égard de Melissa que les mots durs et cruels qu’il lui avait assené qui l’avaient touché. Finalement, elle dut partir et ils se séparèrent. Samuel se sentait bien mieux quand il se retrouva seul. Il prit une bonne douche et descendit manger avec ses parents le dîner qu'ils avaient préparé. Il n'y eut aucune remarque mais les gestes affectueux que Samuel reçut lui firent le plus grand bien.

 

oOo

 

« Merci beaucoup de rester avec moi comme ça. Ca doit d'être d'un ennuie ! » dit Samuel avec un pauvre sourire à son accompagnatrice.

-Au contraire, ça me fait plaisir. Tu es quelqu'un de très gentil et amusant. Tu ne crois pas ?" répondit Sophie, gênée.

"J'en doute, pour tout t'avouer," répondit-il en riant légèrement. "En tout cas, tu m'aies d'une grande aide !

-Oh... Oui...

-Qu'est-ce qu'il y a ?"

Les monosyllabes utilisées ne lui disaient rien qui vaille, ni cette baisse de ton. Samuel tendit l'oreille et un rire clair répondit à son attente suivie d'un rapide échange.

« Tu l'as vu ?!

- Melissa, je ne te permets pas ! Laisse-le tranquille !

-Ou quoi ? Il t'accaparait ! Ce n'était pas un ami, mais un chien ça ! »

Un grognement retentit et Samuel sentit ses joues chauffées, tandis que ses poings se serraient.

"J'aurais vu, je lui aurais collé un bon coup de poing dans la figure, qu'elle soit une fille ou pas ! Quelle garce !

-C'est elle, Melissa ?

-Je crois qu'ils ont tous les deux été très clairs, non ?"

Ils n'échangèrent pas une parole de plus avant que les cours ne reprennent. Samuel rumina cette "non altercation" avec hargne. Son coeur lui faisait mal comme jamais. Oui, jamais il n'avait été ainsi atteint par une séparation. Il aimait Johann, il aimait cet homme qui l'avait ainsi humilié, cet homme aveugle qui continuait d'enfoncer le couteau dans la plaie, cet homme aux mots si acides mais à la voix si chaude, aux lèvres tendres et fines, cet homme qui avait eu tant de fois les mots qu'il fallait pour le rassurer et lui redonner courage...

La journée passa dans une lenteur exaspérante. Son père vint le chercher à la sortie des classes

"Hélène a appelé tout à l'heure et nous a demandé si tu pouvais aller à la patinoire ce soir. J'ai dit que tu la rappellerais. Tiens fais "appeler" sur mon portable, c'est le premier numéro."

Samuel obéit sans contester, de toute façon bien décidé à refuser l'offre.

« Allô ?

-Allô, Hélène ? C'est Samuel.

-Ah Samuel ! Ton papa t'a passé le message ?

-Oui, mais...

-Allons ! J'ai demandé à Julien si toi et moi pouvions aller patiner ce soir, il a bien voulu. On sera seuls, si c'est ce qui te fait peur !

-Je te jure ! Tu es la pire de tous ! C'est d'accord...

-A tout de suite alors ! »

Elle raccrocha et son père se sentit dans l'obligation de l’informer qu'ils étaient déjà en route. Samuel ne fit que grommeler.

Au fond, ses pieds le démangeaient sans discontinuer. Il fallait qu'il patine !

 

« Tu n'es vraiment pas doué ! » s'exclama Hélène alors qu'il essayait vainement de défaire ses lacets.

La soirée avait été particulièrement réussie. Il avait arpenté la glace jusqu'à en avoir mal aux pieds, aux mollets, et aux cuisses. Il avait aidé Hélène en écoutant ses glissements, avait tenté quelques axels et avait même réussi deux double axel et demi. Les sentiments qui couvaient en lui, sa colère et sa détresse, l'avaient poussé à se surpasser, lui donnant des ailes. Il avait eu l'impression de littéralement voler dans ses sauts et Hélène avait applaudit cette hauteur prodigieuse.

Enfin, ils se prélassaient sur le banc, tentant de se mettre à l’aise et Hélène finit par avoir pitié de lui et l'aida à défaire ses lacets. Elle prit les patins, les emmena pour les ranger puis revint avec ses chaussures.

Ils s'habillèrent tranquillement puis dirent au revoir et merci à Julien avant de quitter la patinoire.

« Julien n'a pas arrêté de t'épier. J'avais l'impression qu'à chacun de tes sauts, il était au bord de l'apoplexie ! »

Samuel rit légèrement, détendu.

« Merci ma petite Hélène. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi !

-Sûrement très peu de choses, effectivement. Ah, Johann m'attend dans la voiture. Il refuse de descendre je crois.

-Tant mieux.

-Je ne crois pas... Vous agissez comme deux mômes. Tu sais quoi ? Johann a envoyé paître Melissa avec une jolie gifle, aujourd’hui. Qu'elle lui a rendu bien évidemment mais...

-Quoi ?! Il l'a fait ?!

-Je suis sérieuse, Sam. »

La respiration du blond s'accéléra et, transporté, il émit un cri de pure satisfaction.

« Yahoo ! Merci ! »

Il ne savait pas qui il remerciait exactement, mais de savoir que Johann avait enfin compris que cette fille était une garce le rendait heureux. Puis, plus doucement, il continua :

« Je l'aime, tu ne peux pas savoir à quel point... Mais il est si têtu et borné que je ne sais pas si j'arriverai à lui faire comprendre que j'avais raison... Et il me doit des excuses... Oh, Hélène...

-Elle n'est plus là. »

Samuel sursauta, sa respiration se coupa. Non, ce n'était pas possible. Elle n'avait pas fait ça ! Il n'avait pas dit ça ?!

« Johann... »

Il tremblait. Une main vint toucher son bras et il frissonna intensément à ce toucher, entre la surprise, le plaisir et l'appréhension.

« Je suis tellement désolé, Sam... Tu avais raison, elle était vraiment impossible je ne supportais pas comme elle parlait de toi, je devenais fou ! Je ne sais pas comment j'ai fait pour me retenir de la frapper aussi longtemps... Elle n’a pas arrêté de te descendre… »

Samuel remonta le bras du châtain pour arriver à son épaule et, enfin sûr, il s'approcha et le serra contre lui.

« Je m'en fous d'elle ! Si tu as compris qu'elle était conne, c'est tant mieux ! Moi je t'en veux pour autre chose !

-Pardonne-moi les mots que j'ai prononcés. S'il te plaît, frappe-moi. J'ai vraiment besoin qu'on me remette à ma place parfois... »

Samuel ne put se retenir, le coup partit et toucha la joue de Johann, lui arrachant un cri de douleur et de surprise.

« Tu m'excuseras mais depuis le temps que je voulais le faire ! Tu ne peux pas savoir à quel point tes mots ont touché la corde sensible ! Tu n'aurais pas dû, c'est tout !

-Je suis désolé, vraiment. Excuse-moi...

-Je t'excuse. Tu ne peux pas savoir comme tu m'as manqué !

-Et toi alors, mon dieu ! Jamais je ne me suis senti aussi seul ! Et Hélène n'arrêtait pas de m'enfoncer, je ne l'avais jamais vu comme ça ! Sauf avec les parents, mais bon. »

Samuel n'avait aucune envie de parler ‘parents’ à ce moment. Il venait de réellement comprendre que la famille Pauli avait un véritable problème, mais rien ne viendrait gâcher leurs retrouvailles !

Il prit le cou de son amant et alla embrasser le côté du visage où son poing s'était écrasé quelques secondes plus tôt. Puis il descendit, embrassa son menton et enfin Johann le coupa et scella leurs lèvres. Ils s'embrassèrent sauvagement, comme jamais auparavant. Enfin ils se quittèrent, le sourire aux lèvres et une voix les tira de cette bulle qu'ils avaient construite avec tant de passion.

« Eh ! Vous savez que vous n'êtes pas seuls ?! »

 

On était au mois de juin. Le BAC était passé et Samuel savait très bien qu'il avait été des plus réussi de son côté. Ironiquement parlant, bien sûr. Pour Johann, aucun problème n'était survenu. Au moins l'un d'eux l'aurait !

Samuel avait hésité plusieurs semaines et, jusqu’à présent, n’avait pas encore parlé à Johann de ses yeux, et de l’opération qui pourrait les lui rendre. Il n’avait pas osé, tout d’abord, puis n’avait plus rencontré un bon moment pour lui en faire part. Il demeurait donc toujours seul détenteur de ce secret et avait encore du mal à le gérer. Bien que la balance pencha de plus en plus vers l’opération au laser...

Les leçons de patinage s'étaient poursuivies et le grand jour était arrivé. Sur les estrades entourant la patinoire, de nombreuses personnes étaient présentes. Certaines ne faisant même pas parti du club. La "surprise" avait fait le tour de la petite ville et avait attiré plus d'un curieux.

Les patineurs de tous âges s'étaient succédés. Il ne restait plus que Johann et Samuel, attendant dans la salle de leur DJ favori : Julien. Il leur intima de s'approcher de la patinoire, alors qu'un brouhaha prenait la salle. Leurs amis s'étaient installés attendant avec avidité l'apparition attendue et inconnue. C'était en tout cas ce que disait Johann à son compagnon.

Une voix retentit alors qu'ils étaient à l'entrée, non loin de la glace. C'était Julien, parlant dans le micro :

"Nous arrivons au final ! Eh oui, la surprise promis n'est pas loin. Voici venir un duo que l'on peut considérer à présent, grâce à leurs efforts, de professionnel. Ce sont deux garçons de dix-neuf ans. L'un fait partie de notre club depuis des années déjà. Il a participé à quatre championnats de France. Cette année, par chance et grâce à son travail, la première place lui a été attribué dans sa catégorie !"

Une explosion d'applaudissements retentit et Samuel sentit son petit ami serrer fortement sa main.

"Le deuxième garçon est arrivé il n'y a pas si longtemps ici. A l'occasion d'une soirée, j'ai eu la chance de le découvrir et il a repris le patinage avec son partenaire. Il a participé trois fois aux championnats de France et a atteint la première place ces trois fois, raflant le prix à son partenaire. Mais leur entente est des plus profondes. Surtout pour ce spectacle jamais vu auparavant. Je vous présente tout d’abord Johann Pauli !"

Johann lâcha Samuel et il entendit les patins raflés la glace alors qu'on l'applaudissait. Il fit de même.

"Ce spectacle sera des plus merveilleux pour vos yeux quand vous aurez appris que son partenaire est... aveugle. Oui, veuillez accueillir Samuel Mariet !"

Samuel attendit de sentir la poigne de Johann et il s'élança enfin sur la glace. Il fit un tour de présentation, faisant de légers signes de la main sous les applaudissements. Puis, guidé par Johann et sa propre mémoire. Ils se placèrent en attendant leur musique.

« Pas trop stressé ? », demanda Johann.

« Horriblement ! Je ne sais plus où je suis, Johann ! Je n’ai pas patiner devant des gens depuis… »

Samuel s’arrêta au milieu de sa phrase et inspira profondément. La panique !

« Ne t'inquiètes pas, je ne te quitte pas, je suis là. Je vais te guider. »

Samuel se détendit légèrement au son de cette voix et serra fortement la main de son partenaire avant de la relâcher dans un dernier profond soupir.

La musique retentit puis ils commencèrent leur danse. Elle était douce au début et ils tournoyèrent puis se lâchèrent. La voix de Johann accompagnait les temps, comme pour l'assurer qu'il était là, tout près. Ils firent leurs premiers mouvements, puis les pivots s'établirent et Johann attrapa Samuel pour repartir dans une danse folle, à deux, alors que la bande son s’accélérait, les obligeant à la suivre, les transportant. Ils se joignirent, se lâchèrent, se retrouvèrent à nouveau. Leurs patins raflaient la glace vers l’avant, l’arrière, sur le côté. Ils ne s’arrêtaient pas, enchaînaient leurs mouvements, se déplaçaient, tourbillonnaient, se mouvaient avec assurance, puis sautaient. Il n’y avait dans le monde de Samuel que cette musique et la voix et les gestes de son compagnon Johann.

Arriva la fin de la musique et Johann se prépara pour son double axel alors qu’une percussion plus forte que les autres retentissait, marquant le coup. Il sauta. Samuel entendit l’atterrissage légèrement alourdis mais équilibré. Il avait réussi. Il sourit, le félicitant intérieurement. Les applaudissements, eux, étaient plus qu'audibles pour saluer cette performance et il se laissa un instant submergé par la panique d’autant de bruit..

"Allez !" l'encouragea Johann, alors qu'ils entamaient un tour pour que le blond puisse mettre en pratique sa propre technique. Il entendit Johann, le sentit se mettre en place entre lui et le tour de la glace. Quand il fût sûr de lui, son pied droit décolla et il prit l'élan le plus puissant qu'il put tout en sautant le plus haut possible. Il se sentit tournoyer, faire un tour, deux tours, le demi de trop auquel il n’avait pas pensé, et sa réception fût amortie par les bras de Johann alors qu'il tombait sur son troisième tour. Ils s'agrippèrent l'un à l'autre alors qu'un tonnerre d'applaudissements se faisait entendre. Et ils reconnurent, alors que la musique cédait enfin, les cris et sifflements de leurs amis patineurs. La voix de Thierry, tonitruante, perçait au dessus des autres Johann attrapa Samuel et le serra tout contre lui, en tournoyant sur la glace. Ils s’arrêtèrent, saluèrent et repartirent faire un nouveau tour.

"Génial ! Tu as été génial !

-J'ai failli me casser la figure je te signale !"

Mais ils riaient tous les deux sous les applaudissements et commentaires de Julien, au micro. Envahis bientôt par leurs amis et leurs impressions, Samuel se sentit enfin chez lui. Glace, patins, petit ami, amis... Vie !

 

 

Ima.

 

En espérant vous avoir fait passer un bon moment,

A bientôt pour la suite !

Et n’hésitez pas à me faire savoir ce que vous en pensez, ce que je pourrais améliorer, etc. !! ^^