Tu vas te marier

par Gally

 

Chapitre 6 : Tu vas te marier

 

Le retour des deux jeunes gens se fit sous la pluie ce qui alerta Martin puisqu’une inondation pouvait être à prévoir et il n’avait aucune envie d’être coincé par les eaux.

Ils arrivèrent finalement sans incidents à la ferme mais ce qui les attendaient était bien pire qu’une inondation.

Plusieurs gardes attendaient dehors sous la pluie, campés sur leurs chevaux, tandis que Lilianna constatait avec effroi que son père était dans la maison de Martin, attendant certainement son retour.

-         Dame Lilianna ! Fit l’un des chevaliers en voyant les deux personnes juvéniles arriver à grand galop.

Le bruit des sabots de Ouragan alerta sûrement Romuald qui sortit de la maison, un regard glacial envers sa fille qui descendait du cheval à l’aide d’un Martin, peu rassuré.

La fille du grand seigneur marcha dignement vers son père, la robe immaculée d’eau et de boue. Robe qui n’était même pas la sienne.

-         Père…

-         … Il suffit ! Nous en parlerons au château.

Cette fois-ci, elle l’avait vraiment fâché. Il osait à peine la regarder et ordonna qu’on la fasse grimper sur l’un des chevaux.

Lilianna n’entendit pas la brève conversation qu’il eut avec les parents de Martin mais avant que les chevaux de la horde ne se mettent en route, elle put voir que son acolyte se faisait tirer les oreilles par ses parents dans un gémissement de douleur.

-         Pauvre Martin, pensa la belle damoiselle, si je n’avais pas eu cette idée stupide, il ne serait pas punit à l’heure qu’il est.

Elle dut s’accrocher plus solidement au cavalier car la troupe entamait un triple galop pour rentrer au plus vite dans le château, afin d’échapper à la pluie torrentielle.

 

Blanche était morte d’inquiétude. Ses beaux yeux clairs étaient à présent humides de larmes que leur maîtresse se refusait à laisser couler.

Où pouvait bien être sa fille ? Quand elle faisait ces fugues, elle rentrait toujours avant que la nuit ne tombe. Et il y avait de graves inondations au dehors.

Cela faisait maintenant plusieurs heures que son époux était parti avec ses chevaliers à la recherche de Lilianna mais aucun signe d’eux non plus.

-         Mère ? Vous ne mangez pas ?

Blanche observa d’un œil critique sa rondouillarde de fille s’empiffrer comme une goinfre alors que sa petite sœur était dehors, on ne savait où.

-         Non merci, Fleur De Lys, je n’ai pas vraiment l’esprit à manger ce soir.

-         Ce n’est pas en vous rendant malade qu’elle reviendra plus vite.

Les piques que lançait sa fille à tout bout de champ commençaient vraiment à agacer Blanche au plus haut point. Elle ne l’avait pourtant pas élevé ainsi.

La dame des lieux allait répliquer contre sa fille pour la faire taire une bonne fois pour toute quand la nurse arriva en  trombe dans la salle à manger, les vêtements froissés.

-         Madame, le seigneur Romuald est enfin de retour… Avec votre fille…

Blanche n’en entendit pas plus, elle courait déjà à travers les interminables salles et couloirs pour arriver enfin dans la grande salle d’entrée où elle trouva Romuald et Lilianna, trempés jusqu’aux os.

-         Apportez donc des serviettes chaudes avant qu’ils n’attrapent la mort ! Ordonna t’elle avant d’aller enlacer sa fille.

-         Blanche ! Cria froidement Romuald.

Celle-ci se détourna de Lilianna pour aller voir son époux, sans vraiment comprendre pourquoi il lui interdisait cette marque d’affection.

-         Père… Commença la jeune fille d’une faible voix.

-         … Taisez-vous !

Blanche n’avait jamais vu Romuald comme cela, ce qui voulait dire que Lilianna avait vraiment dépassé les bornes cette fois-ci.

Le seigneur tout puissant de ces lieux marcha sur sa fille qui recula instinctivement.

-         Vous serez puni. Mais pas comme d’habitude. Vous ne quitterez pas votre chambre et je ferais placer deux gardes à votre porte…

-         … Non père !

-         … Taisez-vous quand un homme parle ! Je ne supporte plus votre esprit  frivole. Mais regardez- vous ! Déguisée en paysanne ! Vous me faites honte ma fille…

Des larmes coulaient sur les joues de Lilianna ainsi que sur celles de sa mère qui trouvait Romuald bien injuste.

-         Je vous en prie, pardonnez-moi père… Sanglota sa fille.

-         Hors de ma vue !

Blanche observa sa fille s’enfuir dans ses appartements, laissant libre court à ses larmes et à ses cris de désespoir.

Elle voulu s’approcher de son mari mais celui-ci la repoussa fermement avant d’aller s’enfermer dans son bureau.

Blanche souffla bruyamment. Les enfants ne changeront-ils jamais ?

 

-         Où est-il ? Mais où est-il ?????

Dans le palais de la Cité Blanche, un grand chambardement régnait et toutes les personnes présentes dans la salle du trône en prenaient pour leur grade. 

-         Je veux qu’on m’amène mon fils. Sur le champ ! Hurla le Roi Louis. 

Tandis qu’un de ses hommes sortait de la salle pour exécuter l’ordre, le monarque s’assit bruyamment sur son trône, et posa sa main droite sur sa tempe.

Le Rois Louis n’était en aucun cas un homme colérique, sauf en qui concernait son fils.

Les deux hommes avaient une conception bien différente des choses et Louis désespérait de jour en jour car il n’avait qu’un seul et unique héritier.

-         Je ne suis pas immortel, disait-il parfois, il faudra bien qu’un jour Hugo prenne ses responsabilités !

Sa défunte épouse, la reine Victoria, une des plus belles dames du royaume, était morte en couche. Le Roi, éperdument amoureux de sa bien aimée, ne s’était jamais résolu à épouser une autre femme.

Il s’en mordait d’ailleurs les doigts maintenant car Hugo avait eu une totale absence maternelle et cela ne le rendait que plus incontrôlable.

Le visage ridé du souverain se plissa soudain sur une douleur aiguë au niveau de sa cage thoracique.

Il était à bout de souffle mais ne laissa rien paraître. Ces crises arrivaient de plus en plus souvent et elles disparaissaient tout aussi vite.

Une goutte de sueur perla sur son front décharné tandis que les grandes portes s’ouvraient sur le prince, et son écuyer.

Des murmures se firent entendre à travers la salle et le Roi dû se résoudre à lever les yeux sur son fils quand il s’aperçut avec horreur que celui-ci était habillé des mêmes vêtements que son écuyer.

Evidemment, Hugo ne laissait paraître aucune honte sur son visage.

Louis fut prit d’une violente quinte de toux sous la stupeur de cette découverte et son médecin vint à son secours pour lui donner quelques remèdes.

Les yeux de Hugo s’emplirent d’inquiètude mais il se raviva bien vite quand la colère de son père éclata.

-         Vous… Vous… Vous…

-         … Et bien, père. C’est la première fois que je vous trouve à court d’insultes à mon égard.

Les gens de l’assistance étaient choqués mais Hugo ne sembla rien avoir remarqué.

-         Jeune insolent ! Après l’idiotie que tu viens de faire, comment oses-tu encore me parler ainsi ?

-         Si vous parlez de ma ballade dans la cité, je ne vois pas qu’elle bêtise j’ai…

-         … Déguisez en gens du peuple ! Accoutré des sales vêtements de votre écuyer ! Vous ne m’aviez jamais autant fait honte !

Hugo éclate de rire devant la mine noire de son père.

-         Vous me dites la même chose à chaque fois, père.

Louis n’en pouvait plus, il fallait qu’il parle seul à seul avec son fils.

Il se leva brusquement et fit signe à ses gardes d’ouvrir la petite porte se trouvant juste à côté de son siège.

-         Dépêchez-vous d’entrer, Hugo.

Pour une fois, son fils ne tenta aucune frasque et suivit docilement son père, surprit qu’il veuille lui parler à lui et seulement lui.

Une fois les portes fermées, le roi Louis s’assit derrière son grand bureau de bois poli et demanda d’un geste à Hugo de s’asseoir.

-         Il faut que nous parlions, mon fils.

 

Hugo, voyant la mine fatiguée de son père depuis qu’il était entré dans la salle du trône, décida de se calmer car il s’inquiétait pour le monarque.

-         Oui, parlons père.

-         Bien. Tu sais que dans une semaine aura lieu un bal masqué. Celui que nous faisons chaque année en souvenir de ta mère qui aimait tant ces soirées.

Une vague nostalgique emplie les yeux gris de son père tandis que Hugo toussotait, mal à l’aise. Il n’avait jamais connu sa mère.

-         Oui, le bal masqué, je n’avais pas oublié, père.

-         Tant mieux. Je te donne une semaine pour te trouver une épouse. Si tu es dans l’incapacité de le faire, le soir du bal, je désignerais ta future femme moi-même.

Hugo resta bouche bée devant cette révélation. Pour une fois, son père lui avait ôté la parole.

Une épouse ? C’était impossible !

-         Père… Ecoutez… Je m’excuse de mon comportement d’aujourd’hui. Mais vraiment c’est beaucoup trop tôt pour…

-         … Il suffit, Hugo ! J’ai pris ma décision. Tu as 21 ans à présent et tu te dois d’épouser une dame. Je ne serais pas éternelle, mon fils.

-         Père, cela peut encore attendre un an ou deux. Ecoutez, une semaine, c’est beaucoup trop court ! Jamais je ne pourrais…

-         … Et bien j’espère pour vous que si, le coupa Louis, parce que sinon c’est à moi que reviendra la tâche de la choisir.

Hugo fronça les sourcils et commença à s’énerver mais son père s’était déjà levé pour retourner dans la salle du trône.

-         Oh, encore une chose. Que je ne te reprenne plus à flâner dans les rues comme un insipide paysan, sinon je te ferais fouetter comme les pillards !

Il ferma la porte d’une seule traite pour éviter d’entendre les contestations de Hugo.

Celui-ci se leva de la chaise sculptée où il était assit depuis quelques minutes et se prit la tête dans les mains.

- C’est impossible, je dois rêver…