La faute

par Gally

Chapitre 19 : La faute

 

Hugo s’était tout de suite sentit à nouveau à son aise dans le château de Domneuve, auprès de son meilleur ami et du peuple qui avait été témoin de leurs frasques d’adolescents.

Un peu plus tard dans la journée, après que les voyageurs aient pu un peu se reposer et se rafraîchir, il avait été décidé que le prince et son ami se battraient en un combat amical où les coups furent pourtant extrêmement violents. Nul n’aurait réellement su dire lequel des deux était le plus fort. Ils feintaient, attaquaient, esquivaient, rispostaient, paraient. Leurs sabres étaient presque devenus invisibles tant Hugo et Robin étaient rapides.

Le Comte de Domneuve fut le premier à demander une pause, le souffle coupé.

-          J’ai l’impression, Votre Majesté, que vous vous êtes encore amélioré depuis notre dernière rencontre.

Le prince avait, lui aussi, encore un peu de mal à parler quand il lui répondit, le front strié de gouttes de sueurs.

-          C’est que, mon ami, je me suis entraîné. Et tu ne me croirais pas si je te disais avec qui.

Robin parut extrêmement intéressé par la remarque et ses yeux s’agrandirent de surprise quand il suivit le regard de son Prince.

-          Vous n’êtes pas sérieux ?

Hugo garda le silence mais un grand sourire lui traversait le visage.

-          Votre femme ? Hugo, j’ai beau être parfois très crédule, cette fois-ci, je ne me laisserais pas prendre.

-          Si nous n’étions pas entourés de tout ce monde, je lui donnerais une épée immédiatement et nous te ferions une démonstration. Lilianna est très habile. Elle a même faillis une fois ou deux me désarmer.

Robin éclata d’un rire tonitruant et regarda la princesse qui semblait s’ennuyer autour de toutes les courtisanes de la Cour.

-          Je crois en effet, lança le Comte, que la princesse préfèrerait largement être auprès de nous dans l’arène plutôt que dans cette tribune.

Robin remarqua les regards amoureux que se lançaient les jeunes époux et passa son bras autour de l’épaule de son Prince.

-          Patience, mon bon ami, le taquina-t-il, elle sera à toi ce soir. Ou un peu plus tôt dans l’après-midi si tu réussis à me battre.

Le Prince sembla alors gêné.

-          Je ne l’ai pas encore fait mienne.

Cette annonce désarma tellement le Comte qu’il faillit en lâcher son arme. Mais il se reprit bien vite.

-          Bravo, Votre Majesté, vous avez faillis m’avoir.

-          Je ne plaisante pas.

Le Comte garda le silence pendant quelques instants.

-          Es tu devenu impuissant ?!

-          Certainement pas !

-          Je ne comprends pas, tu as l’une des plus belles femmes du royaume, peut-être même LA plus belle, et toi, tu ne la touches pas.

Robin utilisait à présent un langage familier avec son meilleur ami, sentant qu’Hugo avait besoin de se confier.

-          Je veux plus que son corps, je la veux entièrement à moi. Son âme, son amour, je suis fou d’elle si tu savais, Robin…

Le Comte en tomba des nus.

-          Je n’aurais jamais cru qu’une femme puisse un jour prendre le cœur du Grand Prince Hugo. Pour ce qui est de ta femme, mon ami, n’ai aucun doute, elle t’aime.

Les deux Seigneurs arrêtèrent brusquement leur conversation car Lilianna, n’y tenant plus, avait quitté sa place et se rapprochait d’eux.

Le regard d’Hugo se fit tendre et il dut se faire violence pour ne pas la prendre dans ses bras.

Elle était incroyable de beauté dans sa fine robe en dentelle rose et ses cheveux lâchés au gré du vent. Ses joues étaient rougies par la chaleur suffocante de l’été qui avait apporté quelques tâches de rousseurs à sa peau diaphane. Elle leur souriait amicalement à tous deux.

-          Et bien, mes Seigneur, qui est donc le grand gagnant ?

-          Personne Votre Majesté, lui répondit le Comte, tout sourire. Votre époux a demandé une pause avant que je ne puisse le battre à plate couture.

Hugo sentit le challenge dans les paroles de son ami et une lueur d’amusement s’alluma dans ses yeux.

-          Ça sent les paris ! Je prends ! Que décides-tu ?

L’air taquin de Robin fit presque peur à Lilianna.

-          Celui qui réussit le premier à toucher l’autre gagnera les faveurs de la belle princesse pour la fête. Toutes les danses seront pour le gagnant.

Lilianna en eut le souffle coupé tellement elle ne s’y attendait pas, mais Hugo la prit à part pour la rassurer.

-          Ne vous inquiétez pas, Lilianna, je serais vainqueur. Vous n’aurez pas à supporter ses grands pieds gauches.

-          J’ai entendu, lança Robin d’un ton faussement irrité.

Lilianna se dirigea alors vers le Comte, d’une démarche gracieuse et légère, et lui prit les deux mains.

-          Ce sera un honneur pour moi de danser avec vous, mon Cher Comte. Je dois vous avouer que mon époux manque à ce devoir depuis notre mariage.

Robin éclata de rire devant la mine déconfite du Prince qui n’en croyait pas ses oreilles.

-          Votre Princesse sera à moi pour une soirée, mon ami.

-          Ni comptes pas, dit rageusement Hugo en enlevant sa chemise afin d’être plus à l’aise pour le combat acharné qui allait se produire.

La princesse allait repartir vers les tribunes mais, quand elle passa à côté de son époux, il la prit sauvagement dans ses bras en l’embrassant d’une manière si choquante qu’elle en perdit pendant quelques temps l’usage de la parole.

-          Vous êtes à moi, Lilianna, lui souffla Hugo en la tenant encore étroitement collée contre lui.

Elle savait que toute la Cour devait les observer à ce moment même, ainsi que le Comte.

-          A vous, et pour toujours, mon époux.

Les deux mains posées sur sa poitrine musclée et saillante, Lilianna embrassa alors de nouveau Hugo, mais plus doucement, et courut presque jusqu’à son siège royal, frissonnante de désir.

Derrière elle, une dame était très mécontente et le fit remarquer le plus discrètement possible à sa nouvelle amie.

-          Fleur de Lys, c’est ce soir ou jamais. Le prince n’attendra pas plus longtemps pour la faire sienne.

La sœur de la Princesse comprit immédiatement le message et sut qu’elle devait mettre en marche le plan qu’elles avaient toutes deux concostées. Elle regarda hargneusement la place où était assise Lilianna et souffla de rage.

-          Qu’elle aille pourrir avec tous ces gueux qu’elle affectionne tant.

Lilianna observait tous les coups redoublés d’efforts d’Hugo et de Robin. Ils combattaient férocement comme si leurs vies en dépendaient.

Le Comte soufflait comme un buffle tant il commençait à s’épuiser.

-          Vous m’en voulez, Votre Altesse Royale, de peut-être pouvoir partager une danse avec votre femme ?

Robin plaisantait mais le Prince l’attaqua furtivement et faillit presque le toucher à la jambe.

-          Jaloux ? Lança son adversaire à nouveau joyeusement.

-          Tu ne peux pas savoir à quel point, sourit Hugo. Lilianna dansera avec moi demain et ce soir, nous ferons l’amour tandis que toi, tu dormiras bien seul, mon ami.

Les yeux mutins du Comte brillaient de milles feux et d’une certaine colère.

-          Je n’ai peut-être pas encore pris femme, mais je ne manque de rien. Quand à faire l’amour avec votre femme, je ne parierais pas là-dessus. Que dira votre belle Lilianna si vous vous faites battre par un de vos vassaux ?

Les sabres s’entrechoquèrent à nouveau dans un bruit assourdissant. Personne n’aurait pu deviner qui gagnerait le duel, pas même eux.

Ce fut un hurlement strident de la princesse provenant de la tente qui déstabilisa Hugo et qui permit à Robin de prendre le dessus. Le Prince se retrouva à terre, la pointe du sabre de son meilleur ami tout contre sa carotide.

Martin aida rapidement son ami à se relever car tous d’eux étaient inquiets pour la demoiselle en détresse mais quand Hugo remarqua qu’elle allait bien, il eut un rictus mauvais.

-          Tu n’as pas gagné à la loyale. Je demande une revanche !

-          Mon ami, il ne fallait pas te laisser distraire par tes sentiments !

Bon perdant, Hugo serra la main de son meilleur ami avec enthousiasme. Il attrapa Robin par les épaules et le serra quelques secondes pour courir ensuite vers son épouse.

 

Lilianna était folle de rage, quelqu’un lui avait délibérément piqué la peau avec quelque chose de très pointu et elle aurait beaucoup apprécié savoir qui. Le regard fuyant de sa sœur et la mine hautaine mais satisfaite de Madame de Rodin la conforta dans sa première idée. Bien sur, elle n’avait aucune preuve de ce qu’elle avançait.

Quand Hugo vint la rejoindre, sachant qu’elle était la cause de sa défaite, elle se fit toute petite.

-          Tout va bien ?

-          Oui, Votre Majesté, je vous remercie.

-          Que c’est-il donc passé, Lilianna ? Robin a beau être mon meilleur ami, je suis honteux d’avoir perdu de la sorte.

Augustin arriva alors et avait apporté au Prince de quoi s’essuyer car il était sale et en sueur.

-          J’ai bien l’impression, répondit Lilianna d’un air sec, que de mauvaises punaises ont infestées la tente. Elles m’ont piqué alors que j’étais trop obnubiler par votre combat, qui était admirable. Je suis sûre que vous auriez gagné, Votre Altesse.

Hugo n’en voulait pas réellement à Lilianna, il avait simplement été alerté par son cri et le fait qu’elle aille bien était ce qui lui importait le plus.

Il lui tendit la main, que la jeune fille prit avec tendresse, et l’entraina avec lui pour rentrer au Château.

Madame de Rodin et Fleur de Lys n’avaient rien manqué de leur discussion et savaient que lorsque la Princesse parlait de « punaises », elle pensait à elles deux.

-          Notre chère princesse devrait bien profiter de ces derniers instants, souffla agressivement Madame de Rodin à sa complice, dans quelques temps, elle ne sera plus rien aux yeux de tous !

 

Le bal du printemps avait beau avoir lieu le lendemain, cela n’empêcha pas les convives de profiter d’un grand banquet pour le dîner. Plusieurs mets délicats étaient étalés sur une gigantesque table où trônait au centre Hugo, accompagné de Lilianna et avec à sa droite le Seigneur du château.

Les deux hommes étaient affamés par leur combat et mangèrent avec bon appétit du lapin et toutes sortes de pommes de terre cuites au feu de bois. Lilianna regardait malicieusement la graisse couvrir leur menton et fut assez conciliante pour ne pas leur en faire la remarque.

-          Enfin, pas pour l’instant, pensa-t-elle malicieusement.

Robin échangeait sans cesse divers regards langoureux avec plusieurs filles de la Grande Salle ce qui étonna Lilianna.

-          Si je puis me permettre, Monseigneur, laquelle allez-vous choisir ?

Le prince n’avait rien entendu mais Robin faillit recracher ses pommes de terre.

-          Pardon, vous me trouvez choquante.

-          Ne vous excusez pas, Votre Altesse, c’est moi qui vous demande pardon d’être aussi peu discret. Mais, je vous avoue que boire un peu trop de vin me rend inacceptable pour la bonne société.

Lilianna rit avec lui.

-          Vous n’avez toujours pas répondu. Laquelle ?

-          Pourquoi en choisir une ? Je dirais toute, Votre Majesté.

Ce fut au tour de la princesse de ne plus savoir quoi dire et elle préféré changer de sujet avant de se retrouver mal devant le meilleur ami de son époux.

Fleur de Lys et Madame de Rodin firent en sorte qu’on amène régulièrement plusieurs sortes d’alcool au prince, sachant que tel était son point faible.

Lilianna essaya tant bien que mal de freiner Hugo mais celui-ci, tellement heureux de ces instants de bonheur avec son ami, loin de ses responsabilités et de la peine engendrée par le départ du Roi, écouta de loin les conseils de sa femme qu’il embrassa à chaque remontrance afin de la faire taire.

Les musiciens entamèrent une ballade entrainante et plusieurs nobles se prirent au jeu de danser. Lilianna avait mal au crâne et préféra sortir dans la Cour pour prendre l’air, accompagné du serviteur d’Hugo, Augustin, qui se faisait un devoir de prendre soin de la femme de son maître.

Pendant ce temps-là, Fleur de Lys, sûre d’elle, alla à la rencontre du prince qui allait se lever, ayant perdu Lilianna du regard.

-          Mon cher frère, Votre Majesté, oserais-je vous demander une audience, seul à seule ?

Hugo accepta, surpris. Il savait quelles étaient les relations houleuses entre Lilianna et sa sœur.

-          Vous devez certainement savoir qu’entre Lilianna et moi, le soleil n’est pas au beau fixe.

-          J’ai, en effet, cru comprendre.

Fleur de Lys avait une posture de jouvencelle surexcitée et ne cessait de prendre le Prince par le bras, sans toutefois paraître trop incommodante aux yeux des autres convives et serviteurs du Château.

-          Si cela ne vous dérange pas, je préfèrerais que nous discutions au calme.

Sans lui laisser le temps de répondre, elle l’entraina vers différents couloirs du château. Ils passèrent plusieurs portes derrière lesquelles se trouvaient bon nombre de couples occupés à faire des choses peu catholiques et dont les rires égrillards ne laissaient aucun doute sur leurs amusements communs. Un sourire comique se dessinait sur les lèvres du prince qui était saoul.

Ils rentrèrent tous deux dans une pièce dans laquelle trônait un énorme lit très ancien.

-          Nous serons beaucoup plus tranquilles ici. Attendez-moi ici, Votre Altesse, je n’en ai pas pour longtemps.

-          Mais ?! Madame, qu’est-ce que nous faisons ici ?

Fleur de Lys ne lui répondit que par un sourire timide et lui offrit un verre d’hydromel avant de sortir de la pièce. Hugo s’assit alors, fatigué, et porta un verre à sa bouche.

 

Lilianna, ne trouvant plus son époux, parcourait le château dont les habitants avaient apparemment tous perdus le sens des responsabilités. Une sourde angoissante emplissait son cœur sans qu’elle ne comprit vraiment pourquoi.

 

-          Mon prince.

Hugo releva brusquement la tête en entendant ce son si habituel. Mais ce n’était pas sa femme.

-          Sophie ? Qu’est-ce que vous faites là ?

Madame de Rodin se tenait devant lui. Belle à s’en damner, comme à son habitude. Ses lèvres parées d’un rouge à lèvre pivoine lui souriaient d’un air charmeur.

-          Vous m’avez tant manqué, lui souffla-t-elle en se rapprochant encore un peu plus.

-          Arrêtes cela tout de suite, Sophie. Je ne sais pas ce que tu es venu faire ici mais cela ne m’intéresse pas.

-          Vraiment ? A une autre époque, tu en redemandais, encore et encore. Tous les jours !

Madame de Rodin fit alors descendre sa robe le long de son corps mince et attractif. Hugo se sentait vraiment mal. Le sang battait à ses tempes et son corps était tout engourdi.

L’ancienne maîtresse s’assit alors sur lui sans laisser à Hugo le temps de lui réponde quoi que ce soit. Elle prit sa bouche sensuellement tandis qu’il essayait de se dégager avec le peu de force qu’il lui restait.

-          Je sais que vous en avez envie. Votre petite princesse ne vous comble pas, tout le monde est au courant.

Hugo, en entendant ces paroles et pensant alors à Lilianna, se leva brusquement et écarta sans ménagement la femme.

Il lui tendit sa robe, la mine très sérieuse.

-          Ne refais plus jamais cela, tu m’entends ? Dit Hugo en se ressaisissant. Notre histoire est finie depuis longtemps. Et pour ta gouverne, ma femme est incomparable, tu ne lui arrives pas à la cheville, même avec tous tes charmes.

Hugo et Madame de Rodin n’eurent pas le temps de se retourner que des voix se firent entendre.

-          … Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse, il doit être en train de cuver dans une de ces chambres…

Lilianna et Robin, suivis d’Augustin, firent irruption devant eux et Lilianna ne put retenir un petit gémissement d’étonnement. Une main contre son cœur, des larmes commencèrent à apparaître dans ses beaux yeux.

-          Mon amour, commença Hugo en chancelant vers elle, ce n’est pas ce que tu crois…

Mais la princesse ne lui laissa pas le temps de continuer car elle s’enfuit aussi vite qu’elle était apparut. Augustin ne put s’empêcher de souffler d’impatience et secouer la tête

Hugo lança un juron tandis que Sophie se rhabillait tant bien que mal devant le regard accusateur du Comte.