L'annonce du Roi

par Gally

Chapitre 17 : l’Annonce du Roi Louis

 

Depuis la scène dans leur chambre à coucher, les seuls mots que Lilianna avait daigné dire à son époux étaient « Bonjour » et « Bonne nuit ».

Fort heureusement, le prince avait décidé de commencer l’entrainement de sa femme à l’épée, bien évidemment en cachette car une princesse n’était pas censée apprendre ce genre de choses mais plutôt l’art de la couture et de la régence, choses qu’elle pratiquait à son plus grand ennui avec sa gouvernante qui la suivait partout comme son ombre.

Ces séances de combat se pratiquaient dans le secret le plus formel et dans un lieu qu’eux seuls à la Cour connaissaient, le repère des gitans d’Astoria.

Nécessairement, le Roi Louis n’était pas au courant de leurs agissements car, avec sa santé fragile, il aurait sans aucun doute fait un malaise.

Yolanda avait eu l’idée du lieu car, selon elle, Le Diamant Caché était l’endroit le plus sûr pour les réunions clandestines.

Ce n’étaient que lors de ces entrevues que le prince et la princesse dialoguaient et riaient ensemble. Comme si, d’un commun accord, une trêve était déclarée.

Lilianna faisait beaucoup de progrès même si, elle le savait, Hugo retenait ses coups. Pourtant, plus d’une fois le Prince fut surpris par son épouse. Celle-ci, étant danseuse et donc très souple, feintait énormément grâce à des mouvements de corps auxquels Hugo ne se serait jamais confronté.

Un jour où Hugo essayait d’apprendre à Lilianna une nouvelle tactique, Martin déboucha en urgence dans la Cour des gitans, semblant totalement affolé.

-          Regardez le mouvement de mon poignet. Observez bien, cette feinte vous permettra, avec assez de force, de désarmer votre adversaire.

Lilianna, pour qui la force était le point faible, était concentrée afin de comprendre cette nouvelle leçon mais souffla d’impatience au bout de sa cinquième tentative.

-          Je n’y arriverais jamais, cette épée est beaucoup trop lourde !

Hugo rit sous coupe ce qui n’échappa en rien à sa compagne.

-          Vous vous moquez de moi, Votre majesté.

-          Moi, je n’oserai jamais voyons, j’ai bien trop peur de vous à présent.

Mais le Prince avait dit cela avec beaucoup trop de facétie dans la voix et riait maintenant à gorge déployée.

-          Oh vraiment ?! Fit alors Lilianna en souriant à son tour, se rendant compte du ridicule de la situation. Nous allons voir ça.

S’ensuivit un combat à l’épée comme ils n’en avaient jamais eu. Lilianna avait fait beaucoup de progrès et elle donna du fil à retordre à son époux, qui bien sur ne fut pas vaincu, encore une fois.

La jeune Princesse lâcha son épée d’un cri rageur et ne sentit pas Hugo la soulever dans ses bras en riant aux éclats, moqueur.

-          Voyons, ne soyez pas fâchez, ma douce. Vous vous battez mieux que la moitié de notre armée.

Lilianna essaya de lui faire un croche patte ce qui les fit tomber tous les deux sur une paillasse agrémentée de poufs, sous les regards ahuris et les rires des gitans qui vaquaient à leurs occupations.

Le jeu s’arrêta alors, car Hugo était sur Lilianna et qu’elle sentait soudain le feu à ses joues en repensant à la dernière fois qu’il l’avait embrassé.

Ce que le Prince aurait d’ailleurs fait sur le champ, tant la vue de sa femme cheveux éparpillées et souffle rauque lui était exquise, si Martin et Yolanda n’avaient pas crié leur nom avec autant d’urgence dans la voix.

-          Lilianna ! Votre Majesté ! Tout le monde vous cherche au château !

-          Sauvez par le gong, mon amour, dit Hugo.

Le prince aida sa femme à se relever en gardant une main sur ses hanches pour la garder au plus près de lui.

Lilianna ne put que lui sourire car, elle aussi, avait eu envie de l’embrasser.

-          Ne t’en fais pas, Martin, dit le Prince en souriant, si c’était vraiment urgent, mon fidèle serviteur serait déjà dans tous ses états.

-          SIRE !

-          Je n’ai rien dis…

Lilianna pouffa de rire quand Augustin glissa sur le sol, faute d’avoir courut trop vite à leur rencontre.

-          Votre père, le Roi Louis, est fou de colère, il vous fait rechercher partout dans le château et les alentours depuis des heures et… Je crois bien qu’il va mettre à exécution sa menace de me rouer de coups.

-          Ne t’en fais pas, mon ami, nous arrivons. Yolanda, Martin, à bientôt je l’espère.

Lilianna enlaça ses deux amis qui étaient devenus inséparables. Nuls doutes qu’ils étaient amants en secret mais cela, Martin n’avait pas encore osé le lui avouer.

Sur le chemin du retour, Augustin soufflait bruyamment car, pour lui, Hugo et Lilianna n’avançaient pas assez vite.

-          Je vais finir pendu si je continue à couvrir toutes vos frasques de cette façon, Votre Majesté.

-          Détends-toi un peu, Augustin, et cesses de dire des sottises.

Hugo avait la douce main de sa femme au creux de la sienne et n’aurait voulu pour rien au monde la lâcher.

Quand tous trois arrivèrent au château d’Astoria, un grand chambardement régnait dans les parages. Plus de chevaliers que Lilianna avait jamais vu couraient dans la direction de la grande salle du conseil et Hugo fronça les sourcils, cela ne lui disait rien qui vaille.

Parmi toutes ces personnes se trouvait même…

-          Père !

Lilianna courut vers lui, heureuse de le revoir car depuis son mariage, sa famille était repartie dans leur propre château et avait, bien entendu, eu fort à faire.

Sa mère et sa sœur accompagnées également son père.

-          Oh, Mère !

Blanche de Geint laissa s’échapper quelques larmes en serrant sa fille contre elle. Elle avait malgré tout eu beaucoup de mal à la laisser partir loin d’elle.

Fleur de Lys, égale à elle-même, fit une révérence au Prince Hugo et rentra dans le château, sans un regard pour sa sœur.

Hugo lança un regard perplexe à sa femme.

-          Elle m’en veut toujours. Elle pense être plus digne d’être une princesse que moi. Et pour finir, elle est secrètement amoureuse de vous, je pense.

Le Prince passa le bras autour des épaules de Lilianna et entra, suivit de Sir Romuald et de sa femme.

-          Grand bien lui fasse, mon cœur appartient déjà à quelqu’un, murmura Hugo qui sentit le cœur de Lilianna s’affoler.

Arrivés devant la Grande Salle du Conseil, gardée par des chevaliers aux mines féroces, Hugo déposa un doux baiser sur les lèvres de sa femme et passa les lourdes portes, accompagné de Romuald.

 

-          Nous vous remercions d’avoir daigné nous offrir l’honneur de votre présence, mon cher fils.

Le Roi Louis avait la mine sévère et Hugo sentit que la situation était vraiment très sérieuse. Jamais son père n’aurait fait déplacer autant de ses chevaliers au même moment s’il n’y avait pas eu urgence.

-          Mais je vous en prie, mon Roi, c’est avec plaisir.

Hugo prit place à côté du père de Lilianna et attendit, comme tous les autres, que le Roi Louis prenne enfin la parole.

Ce que ne savaient pas tous ces hommes rassemblés était qu’une personne très avisée avait eu accès à une cachette tout près du trône et pouvait entendre tout ce qui allait se dire.

Lilianna, car bien entendu c’était d’elle qu’on parlait, avait découvert cette cache lorsqu’elle essayait d’échapper à la gouvernante en chef du palais.

-          Messires, mes amis, mon fils, l’heure est grave, commença le Roi. Nous, qui avions depuis tant d’années le bonheur de vivre en paix et sans conflits, allons devoir faire face à une menace des plus réelles. Nos ennemis se regroupent !

Des murmures affolés se firent entendre dans la salle tandis que d’autres jeunes Seigneurs et cheveliers trouvaient, quand à eux, la situation plus qu’excitante. Le souverain leva la main et tous ses vassaux se turent au même moment.

-          Nos éclaireurs m’ont affirmé que les Manchouliens son en train de rassembler une armée de mercenaires, de voleurs et de tout autres individus dont le seul but dans la vie est de s’enrichir sur le malheur des honnêtes gens. Si nous attendons trop longtemps, ils seront bientôt supérieurs en nombre.

Les Manchouliens étaient un peuple de barbares qui avaient toujours eu des vues sur le Royaume florissant et fertile du Roi Louis. Par maintes fois dans le passé, Louis et ses ancêtres avaient du combattre pour défendre leurs terres et préserver la paix.

Romuald s’avança au milieu de la salle pour faire face au Roi et s’agenouilla devant lui.

-          Majesté, je suis votre loyal serviteur. Ordonnez, j’exécuterais vos ordres.

Le Prince Hugo n’avait pas bougé d’un pouce et semblait ne plus respirer tant la situation lui paraissait insoutenable, car il savait exactement quels seraient les mots de son père.

Le Roi Louis se rapprocha du Seigneur Romuald, lui prit les mains et le releva.

-          Mes Chevaliers, murmura-t-il presque, nous partons en guerre contre les Manchouliens, nous n’avons pas le choix.

Certains Seigneurs et Vassaux, ceux d’entre eux qui étaient le plus à la recherche de gloires et d’aventures, clamèrent entre eux des tactiques et des plans de batailles absolument incohérents et sans fondements.

-          Père ! Vous n’êtes pas sérieux ? Vous ne comptez pas partir pour un combat perdue d’avance ?

Le Roi Louis avança vers son fils, l’air indigné.

-          Qu’entends-tu par là, mon fils, que devrais-je faire selon vous ? Restez bien sagement au chaud sur mon trône en laissant mon peuple mourir sans rien tenter ?

Hugo était sur le point d’exploser même s’il savait qu’il aurait du se taire. On n’avait pas le droit d’avoir une opinion autre que celle du Souverain, et surtout pas devant ses chevaliers.

-          Vous êtes malades, père ! Laissez-moi partir à votre place…

-          … NON !

Le cri de détresse avait résonné d’on ne savait où mais certainement pas de l’assistance. C’était une voix de femme et le Prince avait une petite idée de qui cela pouvait être.

-          Préparer mon armée, Seigneur Romuald, ordonna le Roi. Et faites quérir tous les hommes de mon Royaume, de sang noble ou non, qui souhaitent se battre aux côtés de leur Souverain et son armée pour la sauvegarde de nos maisons et de nos familles.

Romuald s’inclina en signe d’acquiescement et sortit à grands pas de la salle, accompagné de plusieurs de ses vassaux.

-           Tu apprendras, mon fils, continua le Roi, qu’une bataille n’est jamais perdue tant que l’on n’a pas tout tenté pour la gagner.

Il lui montra alors une porte à sa gauche qui donnait sur une pièce privée.

Père et Fils entrèrent dans le petit bureau richement décoré du Roi, et se retrouvèrent enfin seuls.

-          C’est du suicide, père ! Entama directement Hugo sans prendre de gants, l’heure n’était pas aux convenances.

Le Roi Louis savait que son fils était mort d’inquiétude pour lui et cela lui déchirait le cœur de devoir partir, sachant qu’il ne reviendrait peut-être pas.

-          Si je laisse les Manchouliens mobiliser leur grande armée, plus rien ne pourra les arrêter. Je dois y aller, c’est mon devoir.

-          Mais, Père, vous êtes souffrant !

-          Oui, mon fils, je vous l’ai déjà fais remarqué, je ne suis pas éternel. Je suis vieux.

-          J’irais à ta place, continua Hugo en employant un ton familier avec son père, ce qui signifiait pour lui une tentative désespérée de ramener le Roi à la raison.

-          Il en est hors de question !

Louis se rapprocha de son fils et toucha son épaule d’un geste paternel qu’il n’avait pas eu depuis fort longtemps.

-          Ton devoir, mon fils, est de rester ici pour protéger notre peuple et Astoria. Ton devoir est de faire en sorte que ta femme te donne un héritier. Je suis au courant pour sa virginité.

Hugo en resta sans voix. Pourtant, son père n’avait pas l’air en colère, seulement déçu.

-          Vous me faites penser à ta mère et moi à vos âges. Plus têtus l’un que l’autre.

Le prince ne savait que répondre à son père. Il ne voulait pas forcer sa femme. Il avait d’ailleurs l’impression qu’ils s’étaient beaucoup rapprochés ces derniers temps et il ne voulait pas risquait de la brusquer. Il l’a voulait sienne mais quand elle le désirerait vraiment. Elle était si jeune…

-          Tu ne dois pas t’inquiéter, fils. Lilianna est une femme d’exception et j’ai su dés la première fois que je l’ai vu qu’elle ferait une reine admirable.

Hugo était exactement du même avis et sourit à son père.

Un serviteur les interrompit en entrant dans le bureau,  l’air embarrassé.

-          Que veux-tu ? Tonna le Roi.

-          Pardonnez-moi, Vos Majestés, mais Sa Majesté la princesse Lilianna insiste vivement pour entrer.

Hugo s’empêcha de sourire car cela ressemblait bien à sa femme de faire ce qu’il lui semblait juste, et peu lui importait les conséquences.

-          Faites donc, qu’elle entre !

C’est une Lilianna mi sanglotante, mi colérique qui fonça dans la pièce où elle trouva le Roi et son fils très étonnés de son état.

Elle alla droit vers Hugo et lui prit la main.

-          Je vous en prie, Votre Majesté, ne faites pas cette sottise !

Le prince allait répliquer mais Lilianna ne lui en laissa pas le temps car elle s’adressa alors directement au Roi.

-          Votre Majesté, mon cher beau-père, je vous supplie de m’écouter. Sachez que je suivrais mon époux où qu’il aille, y comprit sur les champs de batailles. S’il part en guerre, je le suivrais comme son ombre.

Puis, d’un air décidé et ne tolérant aucune objection, la jeune princesse croisa les bras, bien décidé à ce que l’un d’entre eux prenne la parole et accepte sa demande.

-          C’est incroyable à quelle point cette jeune femme ressemble à ma douce Victoria, fit alors le Roi tandis qu’un sourire triste se dessinait sur son visage.

-          Ma chère fille, continua-t-il, croyez-vous que je laisserais mon Royaume sans héritiers au moindre premier brigand venu ? Même si le Prince Hugo, mon fils, n’est pas d’accord avec mes décisions, il devra tout de même s’y plier et rester ici en mon absence auprès de vous. Il apprendra par la même occasion ce que c’est vraiment que d’être un Roi. Et puis, quand bien même, qu’auriez-vous fais sur un champ de bataille et pendant les combats ? Vous auriez fais les yeux doux à vos attaquants, priant pour qu’ils tombent sous vos charmes et refusent de vous agresser ?

-          Oh, mais je sais me battre, Votre Majesté, j’ai eu un très bon professeur.

Une grimace honteuse apparut sur le visage d’Hugo quand son père fit le rapprochement. Ils allaient très certainement passer un sale quart d’heure.

Lilianna s’était rendu compte de son étourderie et s’en voulut pour cela. Elle ne voulait surtout pas que ces séances au côté de son époux lui soient enlevées. Elle les appréciait trop pour cela.

Pourtant, à leur grande surprise à tous deux, le Roi éclata d’un rire franc.

-          Mes enfants, vous étiez vraiment fais pour appartenir l’un à l’autre.

Hugo et Lilianna, sachant que le Roi n’était pas fâché, participèrent à son hilarité.

Au regard de la jeune princesse, on eut dit que le Roi retrouvait ses 30 ans quand il riait de cette façon. Il devait être aussi séduisant qu’Hugo, à l’époque.

Malheureusement, un toussotement gras le stoppa et il dut se tenir à son fils, mort d’inquiétude, pour ne pas s’écrouler.

Des serviteurs apparurent en vitesse ainsi que les médecins personnels du souverain, afin de nettoyer le sang qui avait maculé sa tunique et de lui prodiguer les soins nécessaires.

-          Je vous en conjure, Père, ne partez pas.

-          Je ne fais que mon devoir, dit le Roi à bout de souffle et une ombre dans le regard. Vous, commencez donc à faire le votre et faites-moi honneur.

Le Roi Louis fut transporté dans sa chambre, sous les yeux de son fils, impuissant face aux ordres de son père.

Lilianna savait également que le Seigneur Romuald avait toutes les chances de mourir durant cette bataille. L’Idée de perdre son père ou le Roi était pour elle inconcevable et insupportable.

Elle se rapprocha de son époux, qui n’avait dit mot depuis le départ du monarque, et noua ses bras autour de sa taille, posant sa joue contre son torse, et cherchant autant de réconfort qu’elle en donnait.

Hugo prit le visage de Lilianna entre ses mains et l’embrassa à en perdre haleine. Il entrouvrit ses lèvres pour approfondir leur baiser et la laissa pantelante de désir quand il quitta brusquement la pièce pour vaquer à ses occupations.

 

Le lendemain de l’annonce de leur départ en guerre, les préparatifs allaient déjà bon train. Le Roi Louis souhaitait partir au plus tard une semaine après et une foule de soldats, chevaliers, vassaux, serviteurs et seigneurs préparaient leurs équipements pour une épopée comme on en a avait pas vécue depuis fort longtemps.

Dans une des chambres richement décorée du château, se trouvaient les parents de Lilianna, le Seigneur Romuald étant le bras droit du Roi, il resterait à ses côtés tout le temps que durerait cette guerre, au grand damne de sa femme.

-          Mon époux, ne partez pas. J’ai une très mauvaise intuition. Je sens que vous ne reviendrez pas.

Romuald se tourna vers sa femme et remarqua les larmes au coin de ses yeux qu’elle se refusait à laisser couler. En toutes circonstances, Blanche de Geint avait toujours agit avec dignité, pour faire honneur à sa famille et sa condition. Son époux était déjà partit se battre il y avait de cela fort longtemps, bien avant la naissance de leurs filles. Pourtant, cette fois-ci, le départ de son mari vers une bataille contre un ennemi quatre fois supérieur en nombre la faisait flancher.

-          Je ne peux pas laisser mon Roi seul dans son état. Il a besoin du plus fidèle de ses vassaux.

Blanche laissa échapper un sanglot qu’elle ravala précipitamment.

-          Alors, murmura-t-elle, je prierais chaque jour pour votre salut. Puissent les Dieux veiller sur vous et notre Roi.

Romuald s’avança vers son épouse et l’embrassa passionnément. Il l’a tenait dans ses bras, profitant de ces derniers instants, sachant qu’il avait de grandes chances de ne jamais revenir. Mais cela, il ne pouvait l’avouer à sa femme et à ses filles.

Puis, plusieurs coups discrets à la porte bardée de fer derrière eux les firent sursauter.

-          Entrez ! Tonna le Seigneur Romuald de sa voix forte en s’écartant de Blanche qui essayait de retrouver une certaine contenance, tournant le dos à leur visiteur.

Un éclat lumineux entra dans la chambre. Lilianna se tenait sur le seuil, devant ses parents, les yeux rougis d’avoir trop pleuré.

-          Ne laisse pas paraître tes émotions en public, ma fille. Ce n’est pas digne d’une femme de ton rang.

Lilianna n’écouta pas une seconde de plus son père et courut dans sa direction en se jetant dans ses bras.

De longs sanglots déchirants troublaient le silence pesant de la pièce. Ni le père, ni la fille, ne dirent un mot, mais tous deux savaient bien à quel point ils s’aimaient l’un l’autre. Romuald avait toujours été dur avec sa benjamine qu’il trouvait trop passionnée et téméraire. Cependant, elle était celle qui lui ressemblait le plus et jamais il ne saurait avouer à quel point il était fier d’elle.

-          Lilianna, tu seras une magnifique reine, et une merveilleuse mère. N’oublies pas quelle force coule dans tes veines.

-          La force d’un chevalier, du plus grand de tous les chevaliers du Royaume, continua alors Lilianna la voix émue.

Elle consentit enfin à lâcher son père, mis la main de sa mère dans les siennes pendant quelques secondes pour lui prodiguer quelques apaisements et repassa la porte, non sans jeter un dernier regard à l’homme qu’elle considérait comme le meilleur de tous.