L'histoire de la Flamboyante

par Aerith

Histoire d'une femme tyran



Personnages :


Émeraude :











Keguan:








Malfurion :













Illidan :













Histoire :


Il y a de cela des siècles, dans le Japon Féodal, à l'époque des clans de brigands régnant dans la montagne, une femme d'à peine vingt-cinq ans arriva à la tête d'un de ses clans, prenant la suite des hommes de sa famille. Cette femme était aussi belle que dangereuse, aussi renommée que cruelle. Elle s'était rapidement fait un nom et une réputation dans ses montagnes natales. Elle avait conquis un grand territoire et annexé nombre de villages. Son simple nom suffisait à faire frissonner de peur, Émeraude, qu'on appelait aussi La Flamboyante à cause de sa chevelure rousse. Ses hommes, qui se faisaient de plus en plus nombreux, lui avaient donné le sobriquet de Guerrière amazone car elle était toujours en première ligne sur son étalon, la main sur la garde de son épée.

Fière combattante, elle n'en était pas moins une brillante stratège et savait tirer profit de tout. Elle n'était pas non plus avare, ses hommes étaient bien payés bien qu'elle ne tolérait pas la violence gratuite et la barbarie. Oui elle était cruelle et froide mais non elle n'était pas folle ni bête, elle se servait autant de sa tête que de son épée, voire plus.

Émeraude était de tout de même une femme malgré son statut de chef de clan, bien sûr elle en jouait, elle devait cependant se montrer intraitable et sans faille pour être respectée de ses hommes, d'où sa réputation de tyran. Peu de gens connaissait son vrai nom, et encore moins son histoire qui n'avait rien de rose, bien loin de là.

Laissons de côté les rumeurs courant à propos de la jeune femme aux yeux verts et revenons à son présent, aux éléments qui changeront le cours de sa vie à jamais.

Tout commença par une belle matinée de printemps aux limites sud du territoire de la belle guerrière. Partie depuis quelques jours du dernier village qu'elle avait annexé, il y a plus de six mois, elle avait décidé de repartir pour d'une part agrandir encore son territoire et d'autre part, parce que ses hommes commençaient à manquer d'activité et à s'agiter.

Émeraude amena son étalon sur un promontoire dominant le village. Ses hommes s'arrêtèrent derrière elle, tous à cheval et bien armés. Elle fit signe à son second, un homme grand et bien bâti à la longue chevelure blonde. L'homme fit avancer son cheval et attendit les ordres.

_Aïdo, tu vas attaque le village avec nos hommes mais évite le carnage, je voudrais gérer autre chose qu'un village fantôme.

L'homme sourit, il connaissait Émeraude depuis des années et savait pertinemment ce qu'elle attendait de lui. Il s'incline très légèrement, une étincelle amusée dans son regard noisette. Il fit faire volte-face à son cheval et explique aux hommes ce qu'on attendait d'eux.

Bientôt toute la bande galopait en direction du village dans un nuage de poussière. La défense étant faible et mal organisée, la bourgade fut rapidement à eux et ce avec très peu de morts.

Juchée sur Vif Argent, son étalon, Émeraude se rendit sur la place centrale où tous les villageois avaient été rassemblés. Elle stoppa son cheval fougueux et balaya du regard les personnes rassemblées.

_Je suis Émeraude, chef de ce clan. Votre village est désormais mien. Si vous ne vous soumettez pas, vous mourrez dans l'heure, me suis-je bien fait comprendre?

Un silence de mort accueillit ses paroles, chacun connaissait la rumeur de la femme tyran, c'était presque une légende dans les montagnes. Ils se soumirent, mais avaient-ils vraiment le choix? Non, ils ne pouvaient rien faire contre cette femme et ses hommes.

Dans l'après midi, la fière amazone fit le tour du village, réfléchissant déjà à la manière dont elle gèrerait la bourgade. Elle s'installe pour une durée indéterminée dans la maison du chef de village qu'elle avait démis de ses fonctions et qu'elle remplacerait par un de ses hommes. Aïdo se chargerait de trouver un homme de confiance pour ce poste, elle avait confiance en son jugement, il lui était tout dévoué depuis de nombreuse années et elle n'avait jamais été déçue bien qu'elle ne lui accordait pas toute sa confiance, elle était méfiante de nature et cela lui avait sauvé la vie bien des fois, c'était aussi pour sa sécurité qu'elle ne se confiait jamais, elle se montrait ainsi sans faille et ne pouvait être soumise au chantage. Le blond l'avait bien compris et agissait de même que sa chef.


Un soir, des hommes du village se réunirent secrètement, ils en avaient assez d'être sous le joug de La Flamboyante et pour se débarrasser d'elle, ils avaient un plan. Cependant il leur fallait un volontaire. Un jeune homme beau et téméraire resté silencieux jusque là se leva et accepta de jouer le jeu pour le bien du village. L'ancien chef accepta avant d'expliquer plus en détail le plan en aparté au jeune homme. Pour que la réalisation du plan se fasse dans de bonnes conditions, il fut décidé que le volontaire commencerait dès le lendemain soir, ce qu'il accepta et fit.

Il se rendit aux appartements de la guerrière à la tombée de la nuit. Deux hommes montaient la garde mais une fois qu'il eut expliqué les motifs de sa présence, ils le laissèrent entrer en souriant largement et en se lançant des regards goguenards. Ne s'en préoccupant pas, le villageois pénétra dans l'antre de la belle.


Émeraude se trouvait dans sa chambre, elle avait retiré son ceinturon et appuyé son épée contre le mur. Elle regardait par la fenêtre lorsqu'elle entendit un coup bref et la porte s'ouvrir. La rousse se retourna et vit un homme sur le seuil, elle le détailla du regard, il était grand, mince mais pas faible, brun avec des yeux noirs et non armé à première vue; l'un dans l'autre, il était plutôt joli garçon et avait un air rebelle qui ne lui déplaisait pas. Il ne devait pas être bien dangereux si ses hommes l'avaient laissé entrer. Elle fut surprise lorsqu'elle s'agenouilla mais elle n'en montra rien.

_Dame Émeraude, je ne pense qu'à vous depuis que je vous ai vue, je ne demande qu'une chose, pouvoir partager vos nuits.

Une étincelle amusée passa dans le regard de la jeune femme.

_Voilà une proposition intéressante, il est vrai que je me sens seule ces derniers temps et tu es plutôt bel homme.

_Merci Dame Émeraude cependant, je ne puis rester si vous ne me montrez pas de sentiments.

La rousse haussa un sourcil amusé, il pensait vraiment ce qu'il disait?

_Sache que je ne connais pas les sentiments qui semblent t'animer, pour moi la joie, la tristesse, la compassion et l'amour n'ont plus aucun sens.

_Je ne peux vous croire face à la force des sentiments qui m'anime.

Cette fois la guerrière éclata franchement de rire.

_Tu es bien naïf mon pauvre ami, cependant tu m'intéresses. Je te propose un défit. Si tu parviens à me faire éprouver ces sentiments, ce dont je doute, je ferrais ce que tu voudras. En revanche, si tu n'y parviens pas, tu rejoindras mon clan et repartira avec moi. Je te laisse deux mois, cela te convient-il?

_Je relève ce défit, répondit-il en acquiesçant.

_Bien, comptes-tu rester agenouillé encore longtemps?

Il s'empourpra légèrement et se releva.

_Comment t'appelles-tu?

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, elle marcha en direction de la porte et, l'ouvrant, demanda à ses hommes de faire en sorte qu'on ne la dérange pas, ils échangèrent des sourires entendus mais elle ne s'en formalisa pas. Émeraude retourna ensuite à sa place initiale.

_Je me nomme Keguan, put-il enfin répondre. Mais ce n'est pas mon vrai nom, précisa-t-il.

_Cela nous fait donc un point commun, Émeraude n'est qu'un surnom, dit-elle en saisissant le pichet de vin qu'elle avait fait apporter plutôt dans la journée. Elle veillait toujours à avoir du vin dans ses appartement même si elle n'était pas alcoolique et qu'il lui en fallait beaucoup pour être ivre. Elle se versa un verre et en tendit un à Keguan.

_Tu ne sembles pas beaucoup apprécier le vin, remarqua-t-elle en s'appuyant à la commode.

_Pas vraiment, répondit-il franchement, il semble que vous si.

_En effet, bien que je ne vais jamais jusqu'à m'enivrer et que c'est plus ne vieille habitude qu'autre chose. Par contre cesse de me vouvoyer et de mettre « Dame » devant mon nom, je n'ai rien d'une dame, aussi bien d'apparence que mentalement.

Il acquiesça en l'observant silencieusement, elle se trouvait près de la cheminée où brulait un bon feu qui réchauffait la pièce. Les flammes jetaient des reflets cuivrés dans les cheveux d'Émeraude, éclairant également le profit de celle-ci. Il remarqua une fois de plus sa grande beauté. Keguan observa son verre quelques instants avant de le boire, cela ne le rendrait pas ivre, loin de là, mais il n'aimait pas beaucoup l'alcool.

Le jeune homme parcourut ensuite les quelques pas qui le séparaient de la guerrière. Il posa son verre vide à côté du pichet et se tourna vers Émeraude, celle-ci n'avait pas bougée. Amusée par le comportement du brun, elle posa son verre à son tour, attendant de voir ce qu'il allait faire et qu'elle devinant en lisant dans ses yeux. Il leva une main légèrement hésitante vers elle avant de la poser sur sa joue, plongeant son regard sombre dans celui de la jeune femme.

_J'aimerais te faire éprouver ce que je ressens, murmura-t-il.

_Essaye toujours, répondit sur la même ton la rousse avec un sourire joueur et amusé.

Il sembla hésiter à nouveau avant de finalement pencher son visage vers le sien, capturant ses lèvres avec douceur. La jeune femme ne le repoussa pas, bien qu'elle était dominante la majeure partie du temps, elle n'en restait pas moins une femme, surtout lorsqu'elle franchissait le seuil de ses appartements, seul endroit où elle pouvait se relâcher. La majorité de ses amants ne prenait pas l'initiative, de peur d'encourir son courroux, lui non, il était... naturel, c'était cela, il ne faisait pas de faux semblants, c'était même palpable dans sa façon de l'embrasser, il ne cherchait pas à la dominer ni à la soumettre, il lui exprimait juste ses sentiments.

Émeraude ne répondit que brièvement à ce baiser, elle entendit la porte s'ouvrir et se raidit, elle détestait être dérangée et ses hommes le savaient. Elle repoussa Keguan et se tourna vers la porte, reconnaissant l'intrus, elle plaque un sourire enjôleur sur ses lèvres, pour ceux qui la connaissaient, cela ne signifiait qu'une chose, « fuite ».

_Émeraude, je m'excuse de vous déranger mais lorsque j'ai appris qu'un villageois s'était introduit ici, je suis venu aussi vite que possible.

Sa voix vibrait d'une colère difficilement continue.

_Heiko, commença Émeraude d'une vois doucereuse, je peux connaître le motif exacte de ta venue?

_Je suis venu vous mettre en garde contre cet homme, il n'est pas comme nous, il pourrait vous trahir.

Émeraude secoua doucement la tête et fit un pas vers lui, c'est avec satisfaction qu'elle le vit pâlir.

_Il me semblait avoir été claire pourtant, tout est fini entre nous, de plus tu sais que je déteste être dérangée. J'en ai assez Heiko, je n'ai aucun sentiment, cesse de me courir après et passe à autre chose car je te jure que si tu mêle encore une fois de ma vie...

Elle continue à marcher vers lui et l'accula au mur, d'une mouvement quasiment invisible à l'œil nu, elle saisit la dague de sa botte et l'appuya contre le cou de l'homme.

_Je te tue, termina-t-elle en blessant légèrement Heiko.

Elle voulait simplement le remettre à sa place, elle ne tuerait pas aujourd'hui, il était un bon combattant et très dévoué. Keguan n'avait apparemment pas dû le comprendre puisqu'il se plaça à côté d'elle et prit la parole en repoussant doucement la dague.

_Ne fais pas ça Émeraude, il ne mérite pas d'être tué simplement parce qu'il a des sentiments que tu ne partages pas.

_Pour qui te prends-tu pour parler ainsi à Émeraude, ma vie lui appartient, elle peut me la retirer quand elle le souhaite, mourir par sa main est un honneur.

Keguan ne fit pas de commentaire et se recula de quelques pas.

_Je n'avais aucun intention de le tuer maintenant, contrairement à ce que tu crois Keguan, je ne suis pas une guerrière sanguinaire et je n'ai pas à me justifier. Quant à toi Heiko, tu vas monter la garde seul et toute la nuit à l'extérieur, cela devrait être une punition suffisante car je suis au courant de ce que tu as fait dans les autres villages, m'empêcher d'avoir des amants. Tu peux te retirer à présent.

L'homme s'inclina et quitta la pièce d'un pas furieux.

_Keguan, ce serra mon premier et dernier avertissement, je t'interdis de te mêler de mes affaires comme tu viens de le faire. Tu ne sais rien de la situation et de la façon de gérer un groupe d'hommes armés et instables.

_Pardonne moi Émeraude, j'ai agi par instinct, je voulais simplement t'aider.

_N'en parlons plus.

Le sujet ne fut plus abordé en effet, les jours puis les semaines passèrent, Keguan et Émeraude devinrent amants mais pas seulement, il tentait de se rapprocher d'elle, de gagner ce défit et par là aussi de remplir sa mission dont il faisait parfois le rapport aux anciens du village.

Par bonheur, Émeraude qu'il avait surnommé Emy, appréciait sa compagnie et acceptait donc de passer du temps avec lui. Bien souvent, elle l'écoutait parler et posait des questions, elle ne livrait que peu de chose sur elle-même. Elle semblait vouloir cacher son passé, pas par honte mais pour d'autres raisons que ne parvenait pas à saisir le jeune homme. Elle ne semblait vivre que pour le présent et ne se projetait que dans un avenir proche, peut-être avait-elle peur de l'avenir, peut-être que son passé était douloureux. Il aurait aimé tout partager avec elle, ses efforts pour la faire changer n'étaient cependant pas vains. Elle était plus douce, plus gentille en sa présence, elle se montrait aussi moins prompte à la colère, plus souriante aussi même si elle ne l'avouerait certainement pour rien au monde.

Il lui restait un mois pour qu'elle apprenne à l'aimer et il espérait ne pas avoir à la trahir et trouver un compromis entre elle et les villageois. Il jouait un jeu dangereux, il en était conscient, mais il ne pouvait choisir entre la femme qu'il aimait et les villageois qui l'avaient recueilli et élevé. D'après ce que lui avait dit Emy, Heiko, son ex-amant, l'aurait à l'œil. Intéressant, cet homme méritait décidément plus la jeune femme que lui, sauf peut-être qu'il n'avait pas assez de caractère, il passait tous les caprices de la rousse, ce que lui refusait, cet abrutis était même prêt à mourir de la main de la guerrière, c'était pousser la loyauté et l'amour un peu loin quand même.

C'était d'autant plus dangereux maintenant de jouer double, Heiko le surveillait et ce dernier lui montrait toujours une forte animosité et une certaine méfiance. De plus, savoir qu'il devait trahir Emy lui soulevait le cœur, c'était encore plus dur que ce qu'il avait cru.


Deux semaines passèrent, l'échéance approchait et Émeraude était nerveuse, la crainte de perdre son défit ne l'effleurait pas, elle avait plutôt peur des changements qui s'opéraient en elle. Elle avait des difficultés à accepter ses nouvelles émotions, ou plutôt anciennes qu'elle avait perdues : joie, tristesse, nervosité, attente et même affection. Il n'y avait jamais eu que ses frères qu'elle avait pris d'affection, à qui elle s'était confiée et qu'elle avait aimé. Elle avait peur de ses changements, peur de redevenir vulnérable alors que peurs et faiblesses avaient disparu de sa vie le jour de la mort de ses frères.

Plongée dans ses pensées, la rousse ne parvint pas à esquiver complètement l'épée. Elle jura à mi-voix et se reconcentra, faisant le vide dans sa tête et face à son adversaire. Ce n'était qu'un entraînement mais ils étaient quand même sérieux, l'estafilade sur son bras et le sang qui en coulait se chargeaient de le lui rappeler.

_Tu veux qu'on arrête là?

_Tu crois que cette blessure ridicule va m'empêcher de me battre?

_Je n'ai rien insinué de tel, tu me sembles un peu nerveuse, il y a une raison à cela? demanda-t-il en rengainant.

_Je ne suis jamais nerveuse, s'énerva-t-elle en glissant son épée dans son fourreau.

Il sourit discrètement, elle était irritable aussi, mais il se garda bien de lui dire, elle risquait de mal le prendre.

_Ne le prends pas mal, je m'inquiète juste pour toi. Fais moi voir ton bras.

_Ce n'est rien, répliqua-t-elle, agacée.

Il attrapa néanmoins son poignet et observa la coupure. Elle tenta de le faire lâcher prise mais le jeune homme était fort et l'était devenu plus encore depuis qu'elle l'entrainait au combat.

_Keguan lâche moi.

Il soupira, agacé lui aussi.

_Cesse de faire l'enfant, tu es impossible en ce moment. On va aller soigner ça.

Elle se retint à grand peine de lui répliquer vertement. Emy le suivit jusque dans ses appartements où il prit un linge propre pour laver la blessure avant de la recouvrir d'un bandage. Une fois terminé, il s'assit à côté d'elle sur le lit.

_Dis moi ce qui te tracasse, murmura-t-il en le regardant dans les yeux.

Elle détourna les siens, chose rare venant d'elle. Il lui prit la main et elle ne tente pas de se dégager alors qu'elle n'aimait pas cette marque d'affection. Elle semblait troublée depuis quelques jours et cela commençait à l'inquiéter sérieusement, de plus elle était sujette à des cauchemars.

_Je ne t'ai jamais parlé de mon passé, répondit-elle enfin. Je n'en ai d'ailleurs jamais parlé à personne, même Aïdo ne sait rien. Je veux que tu m'écoutes jusqu'au bout sans m'interrompre.

Il acquiesça, curieux. Il allait enfin savoir ce qui avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui et il se doutait bien que ce n'était pas rose, il ne s'attendait cependant pas à ce qu'il allait entendre.

_«Je suis née il y a vingt-cinq ans dans un village au sud de mon territoire actuel, mon père était chef de « clan », en fait c'était juste le chef d'une bande de brigands plus petite et plus faible que celle que j'ai à l'heure actuelle. Il n'avait annexé que quelques villages et ses méthodes étaient tout autre que les miennes, il laissait ses hommes faire ce qu'ils voulaient : meurtres, viols, massacres et pillages. Il changea un peu le jour où il rencontra ma mère, il s'installa avec elle et eut d'abord deux fils, des jumeaux, Malfurion et Illidan. Je ne naquis que trois ans plus tard et ma mère manqua de mourir en me mettant au monde. Malheureusement, elle tomba à nouveau enceinte l'année suivante et ne survécut pas à l'accouchement, l'enfant non plus.

Mon père eut un choc et noya son chagrin dans l'alcool. Je fus en partie élevée par une femme du village, cependant, dès mes huit ans, mon père alcoolique, redevenu violent, pire encore que lors de ses conquêtes, me récupéra.

Ne voulant pas d'une fille qui lui rappellerait ma mère, il m'éleva de la même manière que mes frères, nous apprenant à nous battre à l'épée, à mains nues ainsi qu'à utiliser une dague, un arc et même la magie qui se transmettait à l'aide d'un grimoire écrit dans une langue ancienne et ce de génération en génération dans la famille.

Au fil des années, la santé mentale de mon père se dégrada, l'alcool faisait des ravages chez lui. Il restait de moins en moins longtemps sobre cependant, une chance pour lui, il gardait la beauté et la force de sa jeunesse.

Mes frères me protégeaient du mieux qu'ils le pouvaient cependant la candeur et l'innocence de mon enfance était loin derrière moi. Surtout que mon père nous frappait dès que nous ne faisions pas ce qu'il voulait, mes frères ont d'ailleurs souvent pris à ma place les coups de fouet. Tu as dû remarquer les cicatrices que j'ai dans le dos, la plupart proviennent de ces époques, les autres je les ai eues au combat.

Malgré mon éducation masculine, j'avais conscience d'être une femme et je me rendis rapidement compte que je pouvais tirer parti de mon physique et des regards lubriques que me lançaient les hommes. Dès mes quatorze ans et jusqu'à mes seize ans, je m'initiais au jeu dangereux de la séduction sans pourtant perdre ma virginité. Malheureusement pour moi, mon père n'avait plus toute sa tête un soir que je m'amusais à amuser les hommes en dansant, comme me l'avait appris une courtisane, lors de la fête du printemps. Il avait bu, évidemment, il m'appela plus tard, je devais le rejoindre dans ses appartements. C'était mon père, je n'avait rien à craindre de lui en principe.

Cette nuit-là, mon père me viola, je fus trop surprise pour me débattre, trop faible aussi. »

Émeraude sentit Keguan se raidir et se crisper, il ne dit cependant mot.

_Peut-être me confondit-il avec ma mère, il paraît que j'étais son portrait craché, sauf pour les yeux. Peu importe, revenons en à l'histoire.

«Mes frères n'étaient pas présent ce soir-là, mon père les avaient envoyé en mission de reconnaissance sur notre territoire autant pour les calmer que pour les éloigner du village, ainsi qu'une bonne partie de la troupe de brigands.

Je ne te cacherais pas que mon père ne s'est pas arrêté-là. Toute l'année durant laquelle Malfurion et Illidan furent absents, il en profita pour abuser de moi, faisait pression sur moi, me menaçant de tuer mes frères à leur retour. Évidemment, lorsque les jumeaux revinrent, ils ne furent pas long à comprendre que quelque chose avait changé, surtout face aux changements survenus dans mon caractère. Ils ne comprirent cependant pas tout de suite la cause de ça et je ne voulais rien leur dire, j'avais honte, j'avais peur. Les colères de notre père était terrifiante et finissait toujours mal.

Il n'y avait que les soirs où il était complètement ivre que mon père me violait et j'étais incapable de l'en empêcher. A ma plus grande honte et pour le grand malheur de mon frère, mes frères nous surprirent. Je te passe les détails sanglants de l'affaire, mais les jumeaux tuèrent notre père, Fulle le sanguinaire.

A la suite de cela, ils prirent la place de chef, titre qui se transmettait de père en fils dans la famille. Ayant soif de conquête et de bataille, tout comme leurs hommes, ils quittèrent la ville, m'emmenant avec eux. Voulant m'aider et me faire oublier, ils s'occupèrent beaucoup de moi, ne m'appelant plus que par mon surnom, me forgeant une nouvelle identité en quelque sorte.

Nous avons vécu un an en étant soudés, combattant et voyageant ensemble, il était rare de voir le trio infernal séparé. Malgré tout, j'avais changé, j'étais devenue plus froide, plus cruelle et plus calculatrice aussi, ce que je suis encore, comme mes frères. »

La rousse s'arrêta dans son récit et se leva, elle se posta devant la fenêtre et observa le village sans vraiment le voir. Elle entendit Keguan se lever et s'approcher d'elle, elle ne bougea cependant pas lorsqu'il l'enlaça.

_Tu ne me dis pas tout, murmura-t-il calmement.

Elle soupira et se dégagea.

_Non je ne t'ai pas tout dis, tu dois déjà être troublé par ce que tu viens d'apprendre, cependant il y a encore d'autres choses.

« Comme je te l'ai déjà dit, mes frères et moi formions un trio de guerriers soudé et très fort. Si cela s'était arrêté là cela aurait sûrement été parfait, cependant, rien n'est durable et le bonheur encore moins. Mes frères m'aimaient mais pas comme ils l'auraient dû, ils me désiraient, tous les deux. Tu peux penser ce que tu veux de la relation incestueuse que nous avons eu par la suite mais je les aimais aussi et ils m'ont redonnée confiance et fait oublier mes viols.

Cela a duré trois ans et aurait duré davantage si ils ne s'étaient pas attaqué à plus fort qu'eux. Sachant qu'ils allaient avoir à faire à un autre chef de clan, ils refusèrent de me mêler à cette histoire de territoire. Il y eu une grande bataille aussi mortelle d'un côté que de l'autre. Apprenant cela, j'ai foncé tête baissée avec les quelques hommes qui étaient parti avec moi en reconnaissance sur le territoire ennemi. Mes frères m'y avaient envoyé, sûrement pour me protéger ces imbéciles.

Lorsque je suis arrivée, la bataille était terminée, il n'y avait que des cadavres à perte de vue. La peur au ventre, j'ai cherché mes frères. Illidan, je l'ai retrouvé mort et Malfurion était mortellement blessé. Je me souviens m'être agenouillée et avoir posé sa tête sur mes jambes. Il a sourit légèrement et a posé sa main sur ma joue.

_Tu pleures, m'a-t-il dit, il ne faut pas, tu peux devenir une grande guerrière, ne t'apesantit pas sur le passé. Je t'aime...

Sa main retomba et il mourut à son tour. Je ne m'étais même pas rendu compte que je pleurais, j'ai hurlé, effrayant les hommes encore en vie. Je venais de perdre les seuls êtres qui j'avais jamais aimé.

Il n'y a que mon désir de vengeance qui m'a animé par après. J'ai recherché l'homme qui avait tué mes frères, ce chef de clan. J'ai mis six mois avant de le retrouver, lorsque je l'ai eu en face de moi, j'ai été prise d'une folie meurtrière, je l'ai provoqué en duel et il accepté. Le combat a été rude mais lorsque j'en ai eu fini avec lui, il était méconnaissable et moi gravement blessé. J'avais vingt ans et plus rien à quoi me rattacher. Pour une raison inconnue, j'ai survécu et prit la place de chef, soignée et soutenue par Aïdo, l'ancien second de Fuma, le meurtrier de mes frères. Il me jura allégeance et ses hommes aussi. Je suis devenue telle que je suis aujourd'hui, prenant des amants, gelant mes sentiments et fermant mon cœur. »

Elle s'arrêta, depuis qu'elle avait commencé son récit, plusieurs heures s'étaient écoulées et de nombreux sentiments contradictoires s'étaient éveillés en elle. Keguan gardait le silence, elle ne s'attendait de toute manière pas à ce qu'il comprenne, elle avait juste ressenti le besoin de lui en parler, qu'il la connaisse vraiment.

_J'ai besoin de prendre l'air, dit-elle en quittant brusquement la chambre.

Une chevauchée lui ferrait le plus grand bien, elle oublierait tout après un bon galop dans les montagnes.

Il ne la retint pas, encore surpris par tout ce qu'il venait d'apprendre, c'était difficilement croyable mais elle ne pouvait pas avoir inventé tout ça. Comment pouvait-il réagir face à ces révélations? Il n'en avait pas la moindre idée, surtout avec Emy. Mais il pouvait être sûr d'une chose, si elle lui avait confié tout ça alors que personne d'autre n'était au courant, il pouvait y voir des progrès et peut-être même une forme d'attachement à lui.

La jeune femme galopa jusqu'au soir et une partie de la nuit, elle s'arrêta au milieu de nul part et mit pied à terre avant de bichonner son étalon. Elle s'assit ensuite à terre, obligeant son cheval à se coucher pour profiter de sa chaleur durant la nuit. C'est seulement lorsqu'elle fut emmitouflée dans sa couverture qu'elle se laissa aller à pleurer, ce qu'elle n'avait pas fait depuis la mort de ses frères. Il lui était toujours aussi difficile d'évoquer son passé qu'à l'époque des faits, semblait-il.

Émeraude ne rentra qu'au petit matin, ayant à peine dormi à cause de ses cauchemars. Elle s'occupa de son cheval avant de monter dans sa chambre, évitant ses hommes autant que possible. Elle soupira de soulagement en constatant que Keguan n'était pas là, elle n'était pas encore prête à l'affronter. Elle retira ses bottes et s'allongea sur son lit, tenant son épée entre ses mains, le front appuyé contre la garde et en position fœtale. La rousse essaya de dormir mais elle avait beau fermer les yeux et changer de position, elle n'y parvenait pas. Elle reprit sa position initiale et resta immobile, les yeux fermés. Le temps s'écoula lentement, inexorablement; la jeune femme avait beau être épuisée, le sommeil la fuyait et elle craignait de retomber dans ses cauchemars de la nuit.

Vers midi, la porte s'ouvrit et une personne entra. Elle se raidit mais n'ouvrit pas les yeux, elle était prête à réagir. La personne, un homme selon ses pas, s'approche du lit et s'assit sur le bord, derrière elle. Elle sentit la main de l'intrus effleurer son front et en chasser les mèches rebelles.

_Ne fais pas semblant de dormir, murmura-t-il.

_Que fais-tu encore ici? demanda-t-elle en ouvrant les yeux. Après ce que je t'ai raconté, pourquoi es-tu revenu vers moi?

Il soupira et s'allongea derrière elle, la prenant dans ses bras. Même si elle cherchait à l'éloigner, ses paroles sonnaient comme une supplique pour lui qui la connaissait bien.

_Tu avais une raison pour me confier tout ça, non?

_J'ai agi impulsivement, c'est tout.

_Menteuse, répliqua-t-il, tu as fait ça pour me tester, tu voulais savoir si je reviendrais vers toi.

_Tais-toi, souffla-t-elle.

_Tu voulais connaître l'ampleur de mes sentiments, continua-t-il.

_Tais-toi...

_Tu voulais que je t'accepte complètement.

_Arrêtes...

_Admets-le Emy, tu as peur que je te laisse. Regarde l'état dans lequel tu es, pourquoi ne veux-tu pas admettre que tu as peur et que tu m'...

_Fermes là! hurla-t-elle en tentant de se dégager. Je t'interdis de finir ta phrase.

_Pourquoi? Demanda-t-il en la retenant. Cesses de fuir, affrontes tes peurs et tes faiblesses.

_Cesse de dire des inepties et lâches moi!

_Tu te voiles la face Émeraude, tu te fais du mal. Je te pensais pourtant franche. Ne me fais-tu pas confiance? ajouta-t-il après un silence.

Elle ne répondit pas mais cessa de se débattre. Elle se tourna vers lui avant de le regarder dans les yeux, cherchant peut être à savoir s'il disait vrai, s'il était sincère. Elle se blottit contre lui.

_Je ne sais plus où j'en suis, avoua-t-elle, tout colère disparue. Mais je te fais confiance. Je crains de m'être trop attachée à toi et cela me rend vulnérable.

_Tu n'es pas sans défense et je ne te demanderai jamais de te soumettre à moi. Je t'aime telle que tu es, quelque soit ton passé, ne l'as-tu toujours pas compris?

_Malheureusement, je crois que tu as gagné le défit.

Elle sourit tristement et enfouit son visage dans le cou de Keguan. Comment avait-elle pu en arriver là, elle s'était attaché à lui, elle en était presque dépendant et son esprit dominant avait dû mal à l'accepter. D'un autre côté, elle se sentait heureusement et plus sereine, en même temps, elle appréhendait son avenir.

Elle avait raison d'appréhender le futur mais pas pour les causes auxquelles elle songeait.


Une semaine passa sans que Keguan ne demande quoique ce soit à Émeraude. Au clair avec ses sentiments, la jeune femme s'était un peu calmer mais gardait des sautes d'humeur assez fréquentes. Le villageois l'avait acceptée, elle et son passé, elle gardait néanmoins des doutes au sujet du futur.

Pendant ce temps, Keguan tentait tant bien que mal de convaincre les anciens de renoncer à leur plant. Malheureusement, ils ne voulaient rien savoir, pour eux, Émeraude était un démon qu'il fallait éliminer et le pire dans tout cela c'est qu'ils commençaient à le suspecter de vouloir les trahir au profit de la rousse. Jouer sur les deux plans commençait vraiment à devenir dangereux.

Le matin suivant une de ces réunions, Keguan emmena Emy devant les anciens comme ceux-ci le lui avaient ordonné. Il l'emmena là-bas sous un faux prétexte, ne trouvant pas le courage de lui avouer qu'il jouait un double jeu depuis le début.

_Alors tu as réussi, commença l'ancien chef du village, mes félicitations Keguan.

Il fit signe aux hommes du village d'encercler la guerrière, celle-ci se tourna vers le jeune homme, se posant visiblement des questions et n'aimant pas les conclusions qui s'imposaient à elle. Nerveux, le jeune homme se tourna vers les anciens.

_Attendez une minute, nous ne sommes pas obligé d'en arriver à de telles extrémités. Si je le lui demande, Émeraude quittera le village.

Un des anciens lui rit au nez et l'accusa d'être trop naïf, de s'être fait embobiner par cette femme.

_Écoute moi bien jeune homme, c'est à nous que tu dois la vie et c'est à nous que doit aller ta loyauté, essayerais-tu de nous trahir à présent?

_Bien sûr que non, ma loyauté vous est acquise, je pense simplement que cette affaire pourrait être réglée autrement.

_Jeune fou, cette femme est dangereuse et perfide, un démon. Elle t'a ensorcelé, lança un moine depuis le fond de la salle. Je suis venu ici pour mettre fin à sa vie et libérer la montagne de sa tyrannie.

_Keguan, menaça le chef, tu n'as que deux choix : soit tu recouvres la raison et nous rejoints, soit tu subiras le même sort qu'elle. Vous autres emmenez-là!

Les villageois se jetèrent sur elle, mais bien que désarmée, elle restait dangereuse et difficile à maîtriser. L'un d'eux réussit tout de même à l'assommer et elle fut emmenée sous le regard impuissant du brun. De plus, il avait convaincu Emy de libérer le village il y a quelques jours et d'envoyer ses troupes ailleurs en vue de partir une autre ville dès qu'il aurait réglé ses affaires ici. Il n'aurait cependant jamais imaginer que les anciens fussent à ce point bornés et obtus. Et Emy, songea-t-il inquiet, elle n'avait absolument rien dit, et c'était d'autant plus inquiétant, il ne pouvait connaître ses réactions.

La nouvelle de l'arrestation de La Flamboyante fit rapidement le tour du village et on maîtrisa sans problèmes les derniers guerriers encore présents. Cette journée fut un jour de liesse et de fête pour les villageois.

A l'approche de l'heure du dîner, Émeraude fut amenée à la place centrale et attachée à un poteau. Elle était dans un sale état, des ecchymoses et des hématomes parsemaient son corps et ses vêtements étaient déchirés. Elle restait cependant très digne, comme indifférente, seule une étincelle de haine pure brillait dans ses yeux verts. Même sous les insultes et les coups des villageois, elle ne broncha pas. Ce n'est qu'après le coucher du soleil que Keguan fut enfin « libre ». Il se rendit immédiatement sur la place centrale, et c'est avec précaution qu'il s'approcha de la guerrière. Elle avait beau être attachée, il n'avait aucune idée de la façon dont elle réagirait.

_Emy, murmura-t-il une fois arrivée près d'elle.

Elle releva brusquement la tête, un éclat meurtrier passa dans ses prunelles. Il ne put réprimer un frisson.

_Tu es venu voir le résultat de ton travail? cracha-t-elle avec amertume. Ou pour m'humilier davantage?

_Bien sûr que non, répliqua-t-il avec humeur. Je sais bien que les faits jouent contre moi, soupira-t-il, mais tout ce que j'ai pu te dire était sincère.

_Menteur! Hurla-t-elle. Tu as joué un double jeu depuis le début, je ne me suis pas méfiée, je t'ai fait confiance et n'ait ni écouté les conseils de Heiko ni ceux de Aïdo. Je te hais Keguan, tu m'as trahie alors que je t'avais avoué mes sentiments, que je t'avais accordé toute ma confiance.

_Écoutes moi!

_Non! Plus jamais je ne t'écouterai! Vas-t-en!

Le jeune homme voulut ajouter quelque chose mais elle lui cracha au visage. Furieux et blessé, il s'éloigna à grand pas et s'arrêta net en entendant la voix de la jeune femme. Il blêmit en comprenant qu'elle parlait dans une langue ancienne et qu'elle récitait donc une incantation magique. Elle était cependant bien plus longue et complexe que celles qu'Emy avait pu lui apprendre. Il jeta un regard à la lune, malheur songea-t-il, la lune était pleine et c'est lors des pleines lunes que la magie d'Emeraude était la plus puissante.

Alors qu'il allait retourner vers elle pour l'empêcher de continuer, l'incantation se termina. Anxieux, il guetta un éventuel signe de magie mais rien ne se produisit. Il avait cependant un très mauvais pressentiment.


Quelques jours plus tard, soit le jour prévis où le défit aurait dû s'achever, on emmena la guerrière dans une grotte au nord du village. Elle fut enchaînée à la roche, les poignets maintenus au dessus de sa tête. Autour de son corps mutilé se trouvaient les anciens, le moine et celui qu'elle avait nommé chef du village.

_A ce que je vois tu as saisi ta chance Ichiru, lança-t-elle avec un sourire sarcastique. Je ne t'en veux pas, il faut savoir saisir toutes les bonnes occasions.

L'homme l'ignora, il n'était venu que pour prouver sa bonne foie aux anciens et avoir la vie sauve.

Parmi les absents, on comptait Keguan, la jeune femme songea que ce devait être par lâcheté. Il n'avait en fait pas été mis au courant pour éviter tout incident. L'ancien chef du village qui avait repris ses fonctions fit signe au moine de commencer. Alors qu'il entonnait une formule dans une langue tout aussi ancienne que celle d'Emeraude, il fut interrompu l'arrivée du brun.

_Qu'est-ce que vous allez lui faire?!

_La mettre hors d'état de nuire bien sûr, répliqua le chef tandis que le moine reprenait son incantation. Ne tente rien que tu puisses regretter Keguan.

Le jeune homme serra les dents et se raidit, il ne savait plus quoi faire et oscillait entre sa raison et ses sentiments. Il regrettait à présent de ne pas être parti avec Emy en même temps que ses hommes comme elle le lui avait proposé.

Émeraude avait aperçu Keguan mais l'avait ignoré, elle ne pouvait de toute manière plus rien faire pour se défendre, elle était enchaînée et sa magie était de type lune, elle ne pouvait l'utiliser que de nuit et le sort d'hier l'avait épuisée. Le moine était entrain de lancer un sort sur elle mais elle ignorait lequel, la langue utilisée étant différente de la sienne. Son corps qui était brulant au début devenait à présent froid, elle n'arrivait plus à bouger et se sentait légère pour une raison inconnue. Le moine s'arrêta soudain, il semblait surpris, il se tourna vers le chef du village.

_Connaissez vous le vrai nom de cette femme?

_Nous l'ignorons, pourquoi?

_Je vais en avoir besoin, cette femme est enceinte et la seule manière de la sceller sans l'enfant est d'utiliser son prénom.

La réaction des anciens ne se fit pas attendre, ils se signèrent et murmurèrent des prières. Si ce démon avait un enfant, qui savait ce que cela pourrait donner.

_Keguan, donne nous son vrai prénom dépêches toi!

Mais le brun était sous le choc. Il avait à peine conscience de ce qui se passait autour de lui. Il se tourna vers Émeraude, ayant du mal à croire ce que disait le moine. Ayant une idée pour soutirer le nom de la jeune femme à Keguan, le chef murmura à l'oreille de celui-ci.

_Émeraude ne t'entendant pas, elle ne pourra réagir à tes paroles que si tu l'appelles pas son vrai nom et peut-être que dans ce cas nous accepterons de revoir nos plans.

Keguan hésita mais il était complètement perdu, il fit donc ce que le chef lui avait proposé ou plutôt ordonné.

_Kotori... Est-ce vrai? Kotori est-ce que tu m'entends?

_Ainsi elle s'appelait Kotori, un nom qui ne lui allait vraiment pas. Moine, vous pouvez reprendre je crois.

_Quoi? Mais vous aviez dit que...

_Tu n'es qu'un idiot, j'ai profité du fait que tu es dans tous tes états.

_Vous êtes pire qu'elle!

_Ne me compare pas à cette femme! Ichiru occupes toi de lui.

Alors que le moine reprenait son incantation, Keguan fut maîtrisé et assommé par le traître Ichiru.

Émeraude n'avait pas eu conscience de ce qui s'était passé durant ce court laps de temps, son esprit semblait à présent se différencier de son corps, voire se séparer de celui-ci. Prenant peur, elle voulut bouger son bras mais n'y parvint pas, elle ne réussit pas non plus à tourner la tête, les influx nerveux ne passaient pas. Qu'est-ce que cet homme était entrain de lui faire? Une immense douleur la parcourut soudain, comme une flamme la dévorant de l'intérieur. Elle hurla mais n'avait déjà plus conscience de ce qui se passait autour d'elle. La rousse sentit quelque chose se casser en elle, son corps de raidit et se cambra avant de retomber mollement lorsque son âme se sépara de sa prison charnelle.

La jeune femme regarda autour d'elle une fois la douleur disparue, elle semblait flotter, son corps se trouvant en dessous d'elle. Et avant d'avoir pu réaliser ce qui lui arrivait, le moine leva la main et elle fut projetée contre la paroi rocheuse. Elle comprit alors ce qu'il essayait de faire. Elle se débattit, utilisant sa force pour contrecarrer le sort, elle devait regagner son corps et vite. A force d'effort, elle réussit à relier son âme à son enveloppe charnelle.

_Brulez son corps, hurla le moine, transpirant à grosses gouttes sous l'effort, entre deux phrases incantatoires.

Les anciens hésitèrent avant de finalement obtempérer. De l'huile et des torches avaient été amené en prévision. Juste après avoir mis le feu au corps de la guerrière, les anciens quittèrent les lieux. Les hurlements de douleur d'Emy emplirent bientôt l'air de la grotte, réveillant Keguan. Celui se débattit à nouveau, hurlant lui aussi. Il fut alors attaché au mur.

Juste avant que l'âme de Kotori ne soit scellé à la montagne, elle hurla:

_Je vous maudis tous, vous et votre village, vous périrez bientôt!

Tout disparut ensuite pour elle, tout ne fut que roche, elle était reliée à la montagne et le resterait durant bien des siècles.

Quant à Keguan, qui avait tenter d'arrêter le moine, il fut déclarer traître. La grotte fut condamnée une fois le moine et l'ancien homme de main de la guerrière sortis. On ne sut jamais si Keguan était mort, tué par Ichiru ou s'il avait subi le même sort que sa compagne.

La semaine suivant la disparition de la guerrière, la malédiction qu'elle avait lancée prit effet et le village disparu dans les flammes ainsi que tous ses habitants. Encore aujourd'hui, une immense espace noir où rien ne pousse remplace le village.


Pour Émeraude, l'histoire continue dans le corps d'Aerith sur http://mangapowaa.exprimetoi.net.

Emy s'est d'ailleurs retrouvée dans le corps d'Aerith après un éboulement dans les montagnes, son âme a été libéré et elle s'est retrouvé rattaché au corps de l'auburn, encore dans le ventre de sa mère qui fuyait avec son compagnon leurs deux familles.