Le journal

par Gally

Chapitre 15 : Le journal

 

Luna et Leïa montèrent doucement les marches une par une, faisant attention de ne pas trop les faire grincer, de peur que leur grand-mère ai également une ouïe ultra développée.

La jeune fille sentit que sa cousine retenait son souffle, sans aucun doute elle aurait préféré être au beau milieu de leurs oncles et tantes plutôt qu’ici.

Luna tourna délicatement la vielle poignée en bronze et poussa la porte, fermant pendant une seconde les yeux, ayant soudain peur de ce qu’elle pourrait y trouver derrière.

La pièce était immense et lugubre, seule une fenêtre laissait passer un peu de lumière qui permettait de pouvoir marcher sans tomber. Malheureusement, des tas de vieux meubles et d’amas d’objets vieillis faisaient trébucher les jeunes filles.

Des piles entières d’étranges ouvrages poussiéreux envahissaient ça et là le grenier et Luna se dit qu’elle n’avait jamais vu d’endroit aussi excitant et intéressant de toute sa vie.

-          Tu imagines tous les trésors qu’on pourrait trouver ici ?

-          Moi, tout ce que je crois, c’est qu’à respirer toute cette poussière on va se trouver mal. Leïa toussa discrètement tandis qu’elle tournait sans cesse la tête pour voir si personne n’arrivait.

-          Qu’est-ce que tu cherches ? Continue sa cousine, d’un air de reproche mal dissimulé.

-          Je ne sais pas, je me dis qu’il y a peut-être des vieux objets appartenant à ma mère, ici. Tu comprends, je voudrais tellement savoir ce qu’il s’est réellement passé.

Leïa parut calmée et se força à soulever de ci de-là des vieux cartons pour aider sa nouvelle amie. Il y avait pourtant toujours une gêne dans ses faits et gestes. Luna trouvait son regard fuyant.

-          Qu’est-ce que tu me caches ?

-          Moi ? Mais rien du tout, voyons…

-          Ce n’est pas la première fois que tu viens ici, j’ai tord ?

Leïa se dandinait sur places et rougit de confusion. Devant le regard inquisiteur de sa cousine, elle consentit finalement à avouer.

-          Je suis déjà venue ici, à mon arrivée chez notre grand-mère. Je suis du genre très curieuse moi aussi mais grand-mère a eu une telle réaction quand elle s’est aperçue que j’avais profanée son précieux grenier qu’elle m’a enfermée dans ma chambre pendant deux jours entiers.

-          C’est affreux ! S’écria Luna qui ne pensait pas qu’Agatha puisse être aussi cruelle.

-          Elle cache des choses dans son grenier qu’elle ne voudrait voir découvrir par personne.

-          Et… Tu as vu quelque chose la première fois ?

-          Oui…

-          Oh, s’il te plait Leïa, je t’en supplie, dis-moi ce que c’est. Je suis sûre que c’est à propos de ma mère, c’est pour cela que tu es au courant de la situation. Ce n’est certainement pas grand-mère qui te l’a raconté !

Leïa souffla et consentit finalement à aider sa cousine. Elle se dirigea dans un des coins les plus sombres de la pièce, près de la grande cheminée en brique, et souleva une vieille latte en bois.

-          Je l’ai caché ici, juste avant qu’elle ne monte les marches et qu’elle ne me surprenne, je ne crois pas qu’elle soit au courant de ce que recèle ce carnet.  Le reste est illisible car complètement brûlé mais j’ai réussis à retrouver quelques bouts de papier encore intacte.

Leïa tenait entre ses mains un vieux carnet poussiéreux dont des feuilles noircies s’échappaient.

Luna, tremblante, s’avança vers sa cousine et prit délicatement entre ses mains le précieux trésor. Elle oublia un instant où elle se trouvait et commença à fureter frénétiquement pour trouver une page sur laquelle les lettres étaient encore lisibles.

Très cher journal,

Je sais que je n’ai pas le droit d’être aussi heureuse d’éprouver ce genre de sentiment mais je sens mon cœur battre comme jamais il ne l’avait fait auparavant et je crois bien qu’il a réussis à voler mon âme. Désormais, je n’ai plus le choix, nos destins seront étroitement liés, et rien de ce que pourra dire ou faire maman ne changera quoi que ce soit.

-          Quand elle dit « il a réussis à voler mon âme », ma mère parle de…

-          … Ton père, finit Leïa sentant le souffle rapide de sa cousine qui avait posé une main sur son cœur.

Luna tourna d’autres pages, les larmes aux yeux.

Très cher journal,

Ce soir, je ne sais pas quoi penser. Il me fait mourir de peur et pourtant, je n’ai qu’une envie : Le revoir.

Marius me dit que c’est mal, que nous n’avons pas le droit, que lui-même ne sait pas pourquoi il a envie de moi. Pourtant, hier soir, il m’a fait l’amour avec une telle tendresse qu’il n’aura jamais besoin de me dire qu’il m’aime : Je le sais déjà.

Sophie se doute de quelque chose, maman aussi je crois. Elles savent qu’il y a quelqu’un dans ma vie. S’ils savaient, jamais ils ne me le pardonneraient.

Sophie nous a surprise, elle me dit que je suis folle. Mais je ne suis pas inquiète, je sais qu’elle ne dira rien à maman. Elle-même est amoureuse d’un loup-garou, je sais qu’elle me comprend, en quelques sortes.

Mon précieux journal,

Aujourd’hui, je suis la plus heureuse des femmes. Marius m’a avoué qu’il m’aimait. Nous n’avons pas fais l’amour, nous nous sommes baladés dans les bois et il m’a embrassé encore et encore. Si le paradis existe, il doit ressembler à cela.

-          Et bien, murmura Leïa dans un souffle, ta mère était vraiment folle de lui.

-          Oui, mais que veut-elle dire par « s’ils savaient, jamais ils ne me le pardonneraient » ?

Sa cousine ne savait plus où se mettre et n’osait pas lever la tête de peur de croiser le regard de Luna. Elle savait.

-          Qui est Marius, Leïa ?

-          On m’a interdit d’en parler.

-          Je t’en prie ! Je suis sure que c’est mon père ! Dis-moi qui il est. Il ne me reste plus que lui…

 

Leïa était vraiment embêtée et ne cessait d’ouvrir et de fermer la bouche.

-          Bon, très bien, reprit-elle au bout d’un moment, mais il faut que tu me jures que cela n’arrive jamais aux oreilles de grand-mère, sinon elle sera verte de rage et elle saura que c’est moi. Tante Sophie ayant beaucoup trop de respect pour sa mère pour te le dire directement, grand-mère Agatha n’aura pas longtemps à réfléchir pour savoir d’où vient la source de ton savoir.

-          Je te promets tout ce que tu veux, répondit Luna fébrilement, le seul vestige du journal de sa mère tremblant dans ses mains.

La jeune fille rousse respira un grand coup et articula péniblement :

-          Ton père était…Spécial.

-          Spécial genre excentrique ?

-          Non genre dangereux !

-          S’il te plait, parle-moi !

-          Mais je ne sais pas grand-chose de cette histoire, c’est vraiment un sujet que personne n’aborde dans la famille, ta mère n’aurait jamais du se mettre avec…

-          Les filles !

Luna qui était sur le point d’entendre une des plus grandes vérités de sa vie sursauta quand sa tante les pris toutes deux en flagrant délit, le journal de sa mère ouvert.

-          Non mais… Commença Sophie, qu’est-ce que vous êtes en train de faire ?

-          Rien, absolument rien du tout.

Leïa avait les joues rouges et le regard  fuyant mais Luna ne se laissa pas démonter. Elle tenta même d’usurper subtilement le journal intime dans son  pull en laine mais Sophie le remarqua tout de suite.

-          Ce carnet n’est pas à toi, remet-le à sa place.

-          Il était à ma mère, il me revient de droit !

-          Leïa, claironna Sophie, descend dans la salle à manger, fais comme si il ne s’était rien passé. Mieux vaut pour nous trois que grand-mère n’apprenne jamais que nous sommes entrées dans ce grenier.

Leïa gagna la porte et descendit doucement les escaliers, se retournant vers les deux femmes, une mine déconfite sur le visage et cherchant du réconfort sur le visage de sa cousine qui le lui rendit autant qu’elle le pouvait.

Sophie s’avança vers Luna mais celle-ci recula pour se retrouver coller contre la cheminée. Personne ne lui prendrait ce précieux trésor qu’elle venait de découvrir. Elle voulait connaître la vérité.

Le regard de sa tante s’adoucit.

-          C’est dans ces pages que ta mère a raconté toutes les choses qui lui sont arrivées, y compris des évènements liées à sa vie privée. Je crois qu’elle aurait préféré que ce qui y est noté reste secret.

-          Personne ne veut me dire la vérité. Tout le monde me ment, même toi ! Je croyais… Je croyais que nous étions proches toutes les deux.

-          Et nous le sommes, Luna. Écoute… Ce qui est arrivé à ta mère dan sa jeunesse est un terrible secret dans notre famille et c’est un sujet vraiment à éviter si tu veux t’y intégrer. Mais, quand nous rentrerons ce soir chez nous, je te dirais tout.

-          Promet le moi !

Luna était en larmes, elle serrait contre son cœur le carnet.

-          Je te le promets, ma chérie. Je te promets que tu connaitras tout de la vie de ta mère. Je te dirais qui est ton père.

La jeune fille respira un peu mieux et chercha une trace de mensonge dans le regard de sa tante, mais elle sut qu’elle disait la vérité. Elle caressa une dernière fois les pages abîmées du carnet et le reposa dans sa cachette, pour ne pas que sa grand-mère le trouve.