Le cadeau

par Gally

Chapitre 13 : Le cadeau

 

Le fait d’avoir lu la lettre de sa mère avait apaisé Luna. Elle la gardait précieusement sous son oreiller et la relisait chaque soir, ayant de ce fait l’impression que Déborah était toujours auprès d’elle.

Depuis l’épisode de la cave et de l’explication avec son oncle, la jeune fille retrouva la franche camaraderie qu’elle partageait avec le loup garou et mieux encore car il était désormais libre d’être réellement lui-même.

La pleine lune étant passée, Jack retrouva son état normal et passa son temps, comme à son habitude, à câliner Sophie et à lui offrir des fleurs. Les regards tendres qu’ils se lançaient se faisait s’interroger Luna. Sa mère avait-elle connu le même amour respectueux ? Il fallait croire que non puisque la jeune fille n’avait jamais connu son père.

Une multitude de questions la taraudaient mais sa tante n’était toujours pas venue lui parler. Luna tapait du pied sous la table en dinant, rêvassait en cours et suivait Sophie comme une ombre.

Elle voulait à tout pris savoir qui elle était, quelle était l’histoire de sa famille et, le plus important, quelle avait été la vie de sa mère avant sa naissance.

Sa tante l’évitait le plus possible et plus les jours passaient, plus elle trouvait nombres d’excuses, le plus souvent inventées, pour ne pas se retrouver seule avec sa nièce.

Puis, un soir, pendant que Luna préparait à dîner le jambon hawaïen qu’elle et sa mère aimait tant, Sophie lança d’un ton détaché :

-      Nous allons tous les trois passer Noël auprès de ta grand-mère, Luna, ce sera l’occasion de te présenter au reste de la famille.

De surprise,  Luna fit tomber l’assiette d’ananas mais, Jack, avec ses réflexes de loup-garou, la rattrapa de justesse avant qu’elle n’explose en milles morceaux sur le sol.

-      Attention Luna !

-      Qu’est-ce que tu viens de dire ? Fit la jeune fille à sa tante sans jeté un seul regard de remerciement vers son oncle.

-      Tu m’as très bien entendu. Nous passerons Noël avec notre famille. Je pense qu’il est grand temps qu’il te rencontre et que tu saches enfin tout de notre vie.

Le cœur de Luna sembla s’arrêter pendant quelques secondes tant elle était heureuse de la nouvelle.

De joie, elle enlaça Jack, manquant de peu de renverser à nouveau l’assiette, ainsi que Sophie puis reprit sa cuisine avec encore plus d’entrain qu’auparavant, en chantonnant gaiement.

 

Les deux semaines qui précédèrent Noël passèrent beaucoup trop lentement selon Luna qui n’avait qu’une envie, faire bonne impression à sa famille.

Fort heureusement, le dernier jour de classe avant les vacances arriva.

 Luna se trouvait en cours de Sport et se retrouvait comme toujours seule. Pour son plus grand déplaisir, le sport du jour était le volleyball. Il faut savoir que Luna n’avait absolument aucun réflexe et recevait très souvent les ballons en pleine figure.

Heureusement, Stéfanie la soutenait un peu, mais de loin, pour éviter de froisser Amandine qui ne supportait littéralement plus la vue de Luna.

La jeune fille était sa victime favorite à chaque fois que quelque chose l’ennuyait, ce qui arrivait bien trop souvent au goût de Luna.

Théo, quant à lui, la trouvait distante et il n’avait pas vraiment tord. Aux yeux de tout le monde, Luna était sa petite amie attitrée. Mais leur petite amourette n’intéressait plus vraiment la jeune fille qui avait l’esprit à cent milles lieux de là.

Elle aimait beaucoup Théo, certes, mais il ne lui paraissait plus aussi captivant qu’auparavant.

Il faut dire que lorsque l’on apprend qu’on est apparenté à des sorciers et qu’on découvre un loup-garou dans sa cave, qui n’est autre que son oncle, les choses de la vie courante, telles que réussir à sortir avec l’un des plus beaux garçons du lycée, paraissent tout bonnement un peu banales et hors de propos.

Malgré tout, elle se sentait d’humeur légère puisque Noël approchait, que les cours étaient finis et, le plus important, qu’elle allait enfin avoir le privilège de rencontrer sa grand-mère qui, sans aucun doute, lui en dirait plus sur son histoire, celle de sa mère et peut-être même celle de son père.

 

L’esprit ailleurs, Luna retourna à la dure réalité de la vie quand elle se prit pour la quatrième fois consécutive un ballon en pleine figure. Nul doute qu’elle aurait une grosse bosse à son réveil le lendemain.

-      Bouges toi, Ctésias ! Tu ne sers vraiment à rien.

Lun a savait très bien qui lui avait lancé le projectile aussi violemment et la voix stridente et pompeuse le lui confirmait. Amandine et ses groupies avaient l’air de beaucoup s’amuser. Seule Stéfanie ne prenait pas part à l’hilarité générale et Luna lui en fut reconnaissante.

Etant un peu sonnée, l’élève eu l’autorisation par son professeur de quitter le terrain et d’aller se rhabiller, non sans une certaine consternation de sa part.

Il faut savoir que les professeurs qui enseignent l’Education Physique et Sportive n’ont que peu de tolérance pour les élèves peu doués. Mais il se garda bien de lui faire des reproches, sachant dans quelle situation se trouvait Luna.

Après s’être lavée et changée, Luna n’attendit pas le reste de sa classe et rentra directement au lycée, le terrain de sport étant en dehors de l’établissement, car l’heure du déjeuner approchant elle mourrait de faim.

Luna aurait du patienter puisque Théo lui avait demandé un « déjeuné en tête à tête » le matin même dans la voiture, mais la jeune fille détestait l’ambiance collective des files d’attentes avec les autres élèves, et le fait de déambuler dans le réfectoire pour trouver une place de libre ne l’enchantait guère. Voilà pourquoi elle y alla en avance et commença à manger, tranquillement, une immonde purée accompagnée d’un steak aux allures de semelles (et au goût également très certainement).

La sonnerie de la fin des cours retentit alors et le calme apaisant se transforma en un brouhaha de conversations et de cris. Luna avait mal à la tête.

Luna observait d’un air vaseux sa compote de fruit quand le crissement de la chaise en face d’elle lui signala la présence de Théo.

Il avait un grand sourire sur les lèvres.

-      Il ne m’en veut pas de ne pas l’avoir attendu, parfait, pensa la jeune fille qui fuyait les conflits comme la peste.

-      C’est gentil de m’avoir attendu.

Zut…

Mais Théo souriait donc Luna se détendit. Il voulait simplement la taquiner.

-      Qu’est-ce que tu as sur le nez ?

Luna passa le doigt sur son nez et sentit une petite boursoufflure. Ça ne devait pas être très joli à voir.

-      Sans commentaires…

Théo s’esclaffa mais stoppa tout de suite en voyant le regard noir que lui lançait Luna.

-      Hum… ne t’inquiète pas. Je te donnerais des cours si tu veux. Je suis sur que tu peux t’améliorer avec un peu plus de pratique.  Et puis je me défends bien en volley !

-      Non merci, Théo. Je vis déjà 2h de torture obligatoires par semaine et je n’ai pas besoin d’en avoir plus sur mon temps libre.

Théo rit encore en avalant goulûment la nourriture qui se trouvait sur son plateau, ce qui était un vrai mystère pour Luna. Comment pouvait-on être aussi enthousiaste à manger quelque chose d’aussi mauvais ?

-      Tu as l’air vraiment de bonne humeur aujourd’hui, Théo, fit remarquer Luna en souriant.

-      C’est parce ce que ce soir on sera en vacances ! On va se voir, n’est-ce pas ?

Théo posa sa main sur celle de Luna. La jeune fille avait du mal à supporter ces contacts trop personnels et retira sa main en essayant que ce soit le plus naturellement possible.

Théo n’en pipa mot mais se reprit promptement et retrouva sa bonne humeur.

Après qu’ils aient tous deux finis leur repas, Théo entraina Luna dans un coin tranquille de la cour. Ils s’assirent sur un vieux banc en ferraille. A côté d’eux, une mare vaseuse tenait lieu de décoration.

Luna avait froid et frissonna. Théo se rapprocha d’elle et tenta de lui passer un bras autour des épaules pour essayer de la réchauffer avec sa chaleur corporelle.

Luna se dégagea, cette fois-ci sans prendre de gants.

-      Pardonnes-moi, Théo…

-      Qu’est-ce que je dois faire ? Dis-moi ? Plus ça va et plus tu t’éloignes. Ce n’est que moi, tu sais. Je ne te ferais jamais de mal.

Luna resta silencieuse, sans trop savoir quoi lui répondre. Elle détestait lui faire du mal.

Théo fouillait dans son sac et en ressortit un petit sachet rouge qu’il lui tendit.

La jeune fille prit le présent d’un air étonné et découvrit en l’ouvrant une petite chaine en argent qui se finissait par un pendentif en forme de rose.

-      Etant donné les circonstances, et vu que je ne sais pas si tu voudras me voir pendant les vacances, je te donne ton cadeau de Noël à l’avance.

Luna ne savait pas quoi dire et restait immobile à observer le collier, sans trop savoir quoi en faire.

-      Tu veux que je te le passe autour du cou ?

-      Non, merci.

-      Tu ne veux pas le mettre ?!

-      J’ai déjà un collier.

-      Et bien retires-le.

-      NON !

Plusieurs têtes d’autres élèves se retournèrent en entendant la voix de Luna qui n’avait put taire sa colère.

Théo était désemparé et paraissait totalement perdu.

-      Mais, pourquoi ? ça ne te fait pas plaisir ?

-      Le collier que j’ai autour du cou est le dernier cadeau que m’ai fait ma mère avant qu’elle ne soit assassinée. Je ne l’enlèverais pour rien au monde !

Luna sentit la pitié mais également l’impatience de Théo. Elle s’en voulait. Il avait sans doute voulut bien faire et Luna aurait du être touchée par son cadeau, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à sa mère et à ce pendentif qu’elle lui avait dit être une protection. A l’époque, elle n’y croyait pas. Mais à présent, après toutes les choses qu’elle avait découvertes, Luna savait que sa mère ne lui avait pas mentis et que cette pierre devait certainement tenir éloignée ses ennemis.

Un long silence s’installa qu’aucun d’entre eux n’avait visiblement envie de briser.  Luna parce qu’elle était trop honteuse de sa réaction excessive, Théo parce qu’il était fou d’elle et qu’il ne savait plus quoi faire pour la retrouver.

Dans cette ambiance joviale, Amandine qui avait remarqué de loin la tension entre les deux amis en profita pour mettre son grain de sel.

-      Coucou Théo ! Comment vas-tu ? Mes parents sont absents pendant les vacances. Ils doivent partir à la montagne dans une station très huppée pour Noël et me laissent la maison pour moi toute seule.

-     

-      Tu sais ce que ça veut dire ? Fiesta tous les soirs ! Tu viendras, dis ?

Quand Amandine se rendit enfin compte que Théo ne s’intéressait pas à elle, la jeune élève consentit à se retourner vers Luna qu’elle avait snobé depuis le début de son monologue.

-      Qu’es-ce que tu as sur le nez, Ctésias ? Minauda-t-elle.

Luna souffla bruyamment et pria pour garder son calme.

-      Normalement, le principe du volley c’est de taper la balle avec ses poignets, pas avec sa tête.

-      Ça suffit maintenant, Amandine ! Fit Théo, n’en pouvant plus. Tu ne peux pas la laisser tranquille ? Tu ne crois pas qu’elle souffre déjà assez sans que tu viennes sans arrêt la descendre ?

Amandine semblait vouloir répliquer quelque chose mais resta paralysée à seulement ouvrir et fermer la bouche sans qu’aucun son n’en sorte.

-      Par la même occasion, oublies-moi s’il te plaît. Je t’ai déjà dis que tu ne m’intéressais  absolument pas !

Le jeune homme prit la main de Luna et l’entraina à l’écart, tandis qu’Amandine restait estomaquée. Jamais de sa vie on ne lui avait parlé avec autant de franchise.

 

Luna demanda à son oncle de la ramener. Habituellement, Théo s’en chargeait, mais ils n’avaient pas réussis à briser la glace depuis leur dispute et Luna ne voulait pas s’imposer.

Jack ne lui posa pas de question, c’était une chose qu’elle appréciait beaucoup chez lui, le fait qu’il laisse aux gens le choix ou non de se confier.

-      Jack est un fin psychologue, pensa Luna en passant le portail de leur maison.

Quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit Sophie, assise sur les marches sous le perron. Elle voulait visiblement lui parler vu la mine sérieuse qu’elle affichait.

-      Bon, je crois qu’il est temps de changer cette ampoule qui clignote dans la salle de bain, fit Jack en rentrant prestement dans la maison, laissant seules tante et nièce.

Luna vint s’asseoir à côté de Sophie et resserra ses bras autour d’elle, il faisait très froid.

Sophie avait visiblement du mal à débuter la conversation et Luna n’avait pas l’intention de la pousser alors elle regarda son collier, cause de cette dispute si ridicule entre Théo et elle. Bien sur, le fond du problème ne venait absolument pas de là et il faudrait qu’elle trouve un jour le courage de lui parler franchement.

-      Ce collier, je l’avais offert à ta mère.

Luna sursauta et se retourna pour faire face à sa tante, les yeux interrogateurs.

-      Quand elle est partit, je le lui ai donné en pensant qu’il la protègerait. Et maintenant, il est à toi.

-      Il a vraiment un pouvoir ?

-      Oui, il empêche ceux qui ont fait du mal à ta mère de te trouver.

-      Je crois qu’elle savait qu’elle allait mourir. Je n’aurais jamais du la laisser seule.

Sophie prit la main de sa nièce et caressa son visage.

-      Ta mère savait et si elle t’a éloigné de votre appartement c’est parce qu’elle savait également que c’était le seul moyen pour elle que tu restes en vie. Si tu étais resté ce soir-là, tu serais morte avec elle.

-      Parfois, c’est ce que je voudrais…

-      … Ne dis pas ça !

Sophie souffla et finalement prit Luna dans ses bras pour la première fois depuis son arrivée chez eux.

-      Ne dis plus jamais une chose pareille ma chérie. Il faut que tu vives. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour ta mère !

Luna sécha un peu ses larmes tout en écoutant sa tante lui expliquer leur histoire.

-      Je descends tout comme toi d’une longue lignée de sorciers. Notre famille est une des plus puissantes du sud de la France et ta grand-mère est la chef des sorciers de Montpellier.

-      Nous ne sommes pas les seuls, à être des sorciers ?

-      Oh non ma chérie, nous sommes beaucoup plus nombreux que tu peux le croire. En fait, jusqu’ici, tu ne voyais qu’avec tes yeux de jeune fille normale. A partir de maintenant, la sorcière que tu es remarqueras beaucoup plus de choses.

Luna était, à présent, extrêmement attentive à ce qui lui disait sa tante. Elle avait très envie de découvrir la vie de sa mère, à l’époque où elle-même n’était pas encore née.

-      Pourquoi maman ne m’a-t-elle rien dit ? Pourquoi a-t-elle stoppé tout contact avec vous ?

Sophie paraissait très ennuyée. Luna sentait que sa tante voulait tout lui dire mais quelque chose ou quelqu’un semblait l’en empêcher.

-      Ta mère… Elle s’est mit à avoir des fréquentations que ta grand-mère ne pouvait décemment pas accepter.

-      Quels genres de fréquentations ?

-      Je suis désolée, Luna. C’est un sujet tabou dans la famille. Plus personne n’en parle.

-      Mais je veux savoir !

Luna ne tenait plus en place. Pour quelles obscures raisons sa mère avait-elle été obligée de s’exiler ? Quelle était la chose si terrible qui avait fait d’elle une étrangère aux yeux de leur famille ?

Malheureusement, Sophie n’en démordit pas et Luna sut qu’elle n’apprendrait rien de plus sur l’erreur impardonnable de sa mère.

-      Ce sont des vampires qui l’ont tué, n’est-ce pas ?

-      En effet. Comment as-tu deviné ? Demanda sa tante franchement étonnée.

-      C’est moi qui ai trouvé le corps, fit Luna avec une ombre dans la voix, si tu avais pu voir ce que ces monstres lui ont fais…

Luna allait à nouveau pleurer mais se ressaisit, ce serait pour plus tard. Pour l’instant, elle voulait des réponses.

-      Pour quelles raisons en voulaient-ils à ma mère ?

Sa tante eut à nouveau l’air embarrassé et Luna sut qu’elle n’allait pas entendre l’entière vérité, encore une fois.

-      Ils n’ont jamais aimé les sorciers…

-      … Oui mais pourquoi s’en sont-ils pris à elle en particulier ?

Sophie avait le regard dans le vide et semblait à milles lieux de là, comme plongée dans une autre époque.

-      Ecoutes-moi bien, dit-elle soudain, le ton nerveux. Ne poses pas de questions à ce sujet-là quand ton oncle et moi te présenterons au reste de la famille. Et surtout pas à ta grand-mère.

Luna aurait voulut répliquer mais l’avertissement de sa tante était visiblement sans appel et avait clos leur discussion.

Cela lui fit l’effet d’une douche froide car s’il y avait bien une chose dont elle aurait aimé parler avec sa grand-mère, c’était la mort de Déborah.

Sophie caressa doucement la joue de sa nièce et rentra dans la maison, non sans lui lancer un dernier sourire triste.

Arthur vint s’installer sur les genoux de Luna tandis que Vénus s’allongeait à ses pieds. Luna se sentit bien entourée. Pourtant, ses yeux commencèrent à se plisser et, les joues en feu, elle ne put retenir ses sanglots.

Elle le faisait beaucoup moins souvent des derniers temps, bien sur, mais jamais la jeune fille ne se remettrait entièrement de la mort de sa mère. Elle n’avait eu qu’elle au monde pendant 16 ans !

Ses cheveux étaient en pagaille devant son visage et se fut pour cela qu’elle ne vit pas une personne s’asseoir auprès d’elle et la prendre dans ses bras.

Cyril ne disait rien et la berçait doucement. Une douce odeur de menthe régnait dans l’air. Il avait compris que Luna n’avait pas besoin de parler, mais plutôt de chaleur humaine.

Le craquement d’une feuille morte sur le chemin dallé de la maison fit sursauter les deux jeunes gens qui s’éloignèrent instinctivement en voyant la mine boudeuse et crispée de Théo qui se tenait droit comme un piquet devant eux.

Cyril avait du comprendre la situation car il se leva précipitamment et sourit d’un air entendu à Luna.

-      Bon et bien je vais me rentrer, il se fait tard et les gaufres n’attendent pas ! Prends soin de toi Luna…

Théo et Luna suivirent Cyril du regard jusqu’à ce que sa porte d’entrée claque.

Luna savait qu’elle allait avoir droit à une scène, surtout après l’histoire du cadeau de Noël.

-      Il est beaucoup trop vieux pour toi.

Le manque de tact de Théo irrita la jeune fille.

-      Depuis quand il y a une limite d’âge pour être amis ?

-      Toi, comme moi, savons ce qui se passe entre vous deux, et ça n’a rien d’amical. Il n’y a qu’à voir la façon dont il te reluque !

Luna sentit le feu à ses joues. D’une part à cause du fait que Théo lui tapait sur les nerfs mais aussi, et surtout, parce qu’elle était heureuse, malgré elle, de savoir que son voisin n’était pas indifférent à sa personne.

-      Je ne te dois aucune explication, nous ne sortons pas ensemble que je sache, lança-t-elle d’un air acerbe au lieu d’apaiser les tensions et de lui dire qu’il ne se passait rien avec Cyril.

-      J’étais venu ce soir pour essayer d’arranger les choses… Je voulais m’excuser de ne pas avoir compris ta peine. Je me moque du fait que tu portes ou non mon cadeau tant que nous sommes ensemble.

-      Ecoutes, continua Luna plus doucement lisant la détresse sur le visage de son ami, je suis désolée d’être aussi brusque. Je t’aime beaucoup, tu es mon seul ami. Mais je ne peux pas te donner ce que tu me demandes.

-      Je croyais que c’était ce que tu voulais… Je croyais que je te plaisais.

-      C’était le cas ! Mais maintenant, tout est différent. Pardonnes-moi, Théo.

Luna se rapprocha de lui, le serra fort sans ses bras, déposa un baiser furtif sur sa joue et rentra dans la maison sans un regard en arrière.

Elle courut dans sa chambre et, en observant discrètement par la fenêtre, elle vit la silhouette de Théo rester immobile pendant de longues minutes.

Un sentiment de culpabilité l’envahie, mais elle n’y pouvait rien. Elle avait désormais deux vies. Celle avant la mort de sa mère, et celle après.

Son béguin pour Théo n’avait plus lieu d’être aujourd’hui, même si, malgré tout, Luna tenait beaucoup à lui. Il avait été très présent pour elle et jamais Luna ne l’oublierait.

 

Une semaine plus tard, Jack, Sophie et Luna étaient assis dans leur voiture et roulait en direction de Mireval, un petit village à environ une demie heure de Montpellier, afin de fêter le premier Noël en famille pour Luna.

La jeune fille trépignait sur le siège arrière, sous les coups d’œil joyeux de sa tante.

-      Ne sois pas aussi impatiente, ma puce, plus que dix minutes et on y est.

Luna, voulant faire bonne impression, avait mis plus de deux heures à se préparer, se demandant quel genre de tenue mettaient les sorciers.

-      Il ne faut pas croire tout ce que raconte les livres, lui avait dit alors sa tante, nous somme au XXIème siècle et les chapeaux pointus ne sont que du folklore.

Finalement, Luna avait décidé d’écouter Sophie et s’habilla d’une petite robe noire qui descendait en dessous du genou et d’escarpins mauves. Ces vêtements appartenaient à Déborah.

-      Nous y voilà !

Luna fut la première à sortir de voiture, ainsi que Vénus qui avait été invitée pour l’occasion. De toutes façons la chienne ne quittait plus sa maîtresse et vise versa.

La demeure semblait extrêmement vieille et par certains endroits, des bouts de murs tombaient en miettes. Une immense clôture en fer forgée faisait le tour du terrain, se finissant en des pointes inquiétantes qui défiaient quiconque de s’introduire sans y avoir été invité.

Luna observait ce spectacle, les yeux grands ouverts. Le château (car il ressemblait plus à cela qu’à une maison) possédait pas moins de cinq étages ainsi que d’immense fenêtres imposantes.

Sophie prit la main de sa nièce et avança sous le porche accompagné de Jack qui n’avait pas l’air tout à fait à l’aise.

-      Jack, fit Luna, tu n’es pas content d’être ici ?

-      Oh, si. Mais saches que les loups-garous ne sont pas vraiment bien vus par les sorciers alors…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase car avant que Sophie ne sonne, la lourde porte en bois massif s’ouvrit dans un grincement sinistre.

-      Bonjour, Luna. Fit une voix profonde.