Chapitre 20 : Subræ

par Tatsushi-chan

Chapitre 20 : Subræ

Ou l’épée de Feu blanc

   

Après que Saule ait récité cette fameuse prophétie, les trois amis étaient partis de Wesstphalen sans un regard en arrière. Personne n’avait tenté de les arrêter. De toute façon, Silver avait gagné son combat, ils pouvaient partir sans craindre de représailles. La dryade était montée sur un cheval seule à cause de la longue traine de sa robe, tandis que Silver et Morgiane étaient grimpés sur l’autre. La brune assise à l’avant tenait les rênes. L’ancien démon quant à lui avait posé ses mains sur les hanches de la jeune femme qui rougissait à ce contact et tentait de l’ignorer. Ils allaient rentrer à Tessra mais d’abord, il restait quelques points à éclaircir, notamment concernant la fameuse prophétie. Morgiane demanda à son amie alors qu’ils avançaient sur un chemin de terre sec et poussiéreux :

 - Est-ce que tu en sais un peu plus sur cette « Subræ » ? Qui est-ce exactement ?

 - Ce n’est pas une personne mais un objet, fit la dryade. Une épée, plus précisément. C’est l’une des 4 épées Légendaires.

 - Quelles sont les autres ?

 - Nous connaissons déjà Subræ, l’épée de Feu blanc. Il y a Oblion, l’épée de l’Eau noire, Shura, l’épée de la Terre rouge et Errdralin, l’épée du Vent argent.  

 - Pourquoi la prophétie mentionne-t-elle Subræ ?

 - Ces 4 épées sont les seules capables de pourfendre un dragon. Une autre lame que l’une de ces quatre-ci se brisera sur les écailles de la bête.

Morgiane stoppa brusquement son cheval. Saule ne s’en était pas rendue compte, trop occupée à avancer, mais elle se retourna finalement en voyant que son amie n’était plus à ses côtés.

 - Morgiane ? Ça va ?

 - Alors, pour tuer le Dragon rouge, il nous faut l’une de ses épées ?

 - C’est ce qu’il semblerait, chuchota doucement Silver derrière elle.

La brune talonna l’animal pour revenir à la hauteur de son amie qui continua ses explications :

 - Oblion, Shura et Errdralin sont perdues. Enfin, disons que personne, absolument personne, n’a la moindre petite idée de l’emplacement de l’une d’elles. C’était également le cas pour Subræ, jusqu’à ce que notre sage évoque cette prophétie.

 - Ce fameux Solitaire qui possèderait l’épée de Feu blanc ?! Et qui est ce Solitaire ?

 - Aucune idée, répondit franchement Saule en haussant les épaules. Mais il va falloir que nous cherchions…oh ?

La jeune femme leva le nez vers le ciel. Celui-ci auparavant bleu, c’était couvert d’épais nuages tantôt gris, tantôt noirs.

 - J’ai senti une goutte…on dirait qu’il va pleuvoir.

Comme pour affirmer les mots de Saule, un grondement proche se fit entendre, rendant nerveux les chevaux. Morgiane se tourna vers le Translateur et lui demanda :

 - C’est toi qui a appelé la foudre ?

Le jeune homme fronça les sourcils puis secoua la tête.

 - Pourquoi faire ? Non, cette fois c’est naturel, je ne peux rien y faire.

Ils continuèrent d’avancer, alors que les gouttes de pluie se faisaient de plus en plus nombreuses. Ils étaient à environ une heure de route de Tessra, mais ils n’allaient apparemment pas échapper à la pluie et l’orage qui s’annonçaient. Les grondements se faisaient plus forts et les chevaux s’affolaient. Leurs hennissements effrayés étaient bruyants. Saule les exhortait à aller encore plus vite, galopant dans les flaques, ce qui soulevait d’impressionnantes gerbes d’eau. Elle détestait être mouillée et voulait rentrer au plus vite retrouver des habits secs et son lit moelleux, sans oublier la délicieuse nourriture qu’ils mangeaient à Tessra avec Junichi. Un coup de tonnerre plus puissant brisa le ciel, laissant apparaître un large éclair jaune/blanc entre les nuages. Cette fois-ci les chevaux se cabrèrent violemment vers l’arrière, les yeux révulsés. Si Saule réussit à maitriser sa monture, ce ne fut pas le cas des deux Centenaires qui, peu habitués à monter, tombèrent à la renverse sur le sol recouvert de cailloux blancs. Morgiane s’écroula sur le sol, son dos le heurtant durement. Un léger cri s’échappa de ses lèvres mais elle n’était pas au bout de ses peines car Silver venait de lui tomber dessus ! Et, je vous le donne dans le mille (attention la coïncidence sinon ça n’a strictement aucun intérêt !) ses lèvres rencontrèrent celle de son amie alors qu’il chutait sur elle. Les deux Centenaires prirent en l’espace d’une seconde une belle couleur rouge pivoine. Silver, ne s’attardant pas, se releva presque immédiatement, une main de chaque côté du visage de la jeune femme. Et là, il eut comme un bug.

Morgiane avait les joues rouges, le regard azur fuyant, sans oser le regarder. Ses cheveux étaient étalés en corolle autour d’elle comme si une aura l’entourait. Et il eut soudain l’envie irrépressible de l’embrasser de lui-même cette fois. La jeune femme quant à elle regardait, fascinée, les gouttes d’eau glisser sur le visage lisse et sans défauts du jeune homme. Elle se mordit la lèvre inférieure et leva la main pour lui caresser la joue quand Saule s’exclama :

 - Dépêchez-vous de vous relever, je déteste rester sous la pluie sans bouger !

La dryade venait absolument de tout foutre en l’air dans cet instant magique. Ne resta que la gêne bien visible chez les deux jeune gens qui se relevèrent, écarlates, et remontèrent sur le cheval avant de l’encourager à galoper. Morgiane sentait ses joues lui chauffer comme si on y appliquait un fer à repasser. Ils ne voyaient rien sous cette pluie battante mais elle avait l’esprit complètement ailleurs. En réalité, tout ce qu’elle sentait pour l’instant, c’était les mains de Silver posées sur ses hanches pour s’empêcher de tomber. Elle ne comprenait pas ce qui c’était passé à peine quelques minutes plus tôt. Elle l’avait trouvé si beau, ainsi penché sur elle, l’eau qui glissait des mèches de ses cheveux noirs comme la nuit et ses yeux sombres posés sur elle. Et ses traits si fins, qu’elle n’avait eu qu’une envie, le toucher pour voir si cet instant était bien réel.

La jeune femme secoua violemment la tête pour chasser toutes ces idées de sa tête. Ce n’était pas le moment, ils devaient rentrer au plus vite et commencer la quête de Subræ.

 - Morgiane, ça va ? demanda Silver d’une voix douce en la voyant secouer la tête de façon étrange et surtout répétée.

Dieu que sa voix était douce et sensuelle ! Attendez…quoi ?! Elle venait de penser QUOI au juste ? La Centenaire se frotta les yeux en répondant :

 - Oui, ne t’inquiète pas.

 

***

 

C’est complètement trempés et totalement épuisés que les trois amis rentrèrent enfin à Tessra. La pluie ne s’était toujours pas arrêtée et la foudre continuait de tomber. Au moins, ils avaient la chance d’avoir parmi eux quelqu’un qui en cas de problème intercepterait l’éclair qui leur tomberait dessus et l’encaisserait. Silver paratonnerre !

Ils laissèrent les deux chevaux aux écuries qui se trouvaient au pied de l’arbre et grimpèrent en courant le gigantesque escalier taillé dans l’écorce avant de débouler en quatrième vitesse dans la grande salle à manger. Junichi mangeait en compagnie de Liidryil. Le Maître Dragon resta bouche bée en les voyant débarquer ainsi, complètement trempés et l’air épuisés.

 - Vous avez décidé de faire le chemin malgré la pluie ? demanda-t-il, surpris.

Saule secoua la tête et maugréa d’un air mécontent :

 - Non, on s’est fait surprendre en plein sur la route !

 - Je vois. Allez vous sécher et vous changer, vous mangerez après.

Les trois amis acquiescèrent et se rendirent à leurs chambres respectives pour mettre des habits secs et propres avant de retourner vers la salle. Heureusement, les plateformes reliant entre eux les arbres étaient protégées par de larges morceaux d’écorce et les tenait à l’abri de la pluie, mis à part si elle tombait de côté ce qui n’était pas le cas aujourd’hui. Morgiane fut la première à revenir. Elle s’assit à la place que Liidryil venait de quitter en emmenant son assiette pour aller la nettoyer, juste en face de Junichi. Silver arriva à peine trente secondes après et s’assit à côté de la Centenaire, avant d’être rejoint par la dryade qui s’assit à côté du Maître Dragon. Celui-ci leur demanda :

 - Alors, racontez-moi tout !

Saule décida de prendre la parole et expliqua pourquoi elle était retournée à sa ville natale. Son père, le Roi de Wesstphalen, n’en avait jamais rien eu à faire d’elle et avait ignoré sa fugue jusqu’à ce qu’il ait besoin d’elle pour conclure une alliance avec un autre Roi grâce à un mariage. Il lui avait alors envoyé des messages par des oiseaux en lui demandant de revenir si elle ne voulait pas que Tessra soit rasée par sa faute. Les deux Centenaires ajoutèrent ensuite au récit leur entrée dans la capitale et comment ils avaient fait pour repartir sains et saufs, au moyen d’un combat.

 - Il y a quand même quelque chose que vous ne m’avez pas dit, c’est comment vous êtes entrés tous les deux. Les Wesstphaliens détestent les humains ! remarqua Junichi en posant son regard sur eux.

 - C’est vrai que vous ne me l’avez pas dit, j’aimerais bien savoir comment vous avez fait ! ajouta Saule.

Morgiane et Silver se jetèrent tous les deux un regard gêné. Junichi remarqua avec agacement la façon dont laquelle ils se regardaient. Il comprit en même temps qu’il s’était passé quelque chose entre eux. Il restait à savoir quoi.

 - Eh bien, j’ai dit aux gardes que nous étions mariés et qu’elle voulait visiter la capitale. Puisque c’était des hommes, ils ont compris et nous ont laissé passer sans présenter le papier spécial.

Les deux amis écarquillèrent les yeux. Saule se mit à pouffer bêtement dans sa serviette de table et le maître dragon resta de marbre.

 - Et sinon, à part la pluie, vous n’avez pas eu de problèmes sur la route ? demanda Junichi pour changer de sujet.

Il remarqua cette fois que les deux Centenaires n’étaient plus seulement gênés mais aussi écarlates. Il retint un grognement. Que c’était-il passé entre eux sur la route ?!

 - Non, rien de spécial, murmura la brune, tête baissée.

Ils finirent de manger en silence. Une pression évidente se sentait dans toute la pièce. Finalement, Saule et Morgiane se levèrent en même temps et souhaitent aux deux autres bonne nuit avant de se rendre dans leurs chambres. Alors que Silver allait les suivre et passer la porte, Junichi l’interpela :

 - Attends.

La main de l’ancien démon se figea sur la poignée. Le Maître Dragon se leva et s’avança vers lui. Il se planta devant le Translateur et demanda du tac au tac :

 - Que s’est-il passé sur la route ?

 - Ça ne te regarde pas, cracha le jeune homme en tournant la tête.

Junichi posa violemment sa main sur la porte pour l’empêcher de l’ouvrir. Silver, agacé, se tourna vers lui et soupira :

 - Qu’est-ce que tu veux ?!

 - Que tu arrêtes de tourner autour de Morgiane tout le temps, répondit-il franchement.

 - Pardon ?

 - Ne fait pas semblant de n’avoir pas compris ! gronda le Maître Dragon en l’attrapant par le col. J’ai été suffisamment clair ! J’ai déjà perdu quelqu’un que j’aimais auparavant, tu crois vraiment que je vais laisser faire ça une deuxième fois ?!

 - Attends…tu aimes Morgiane ? demanda Silver en écarquillant des yeux.

 - Ce n’est pas assez clair ?! Oui, je l’aime ! Et je ne veux plus que tu t’approches d’elle !

 - Ce n’est pas à toi d’en décider il me semble.

 - Je la connais depuis plus longtemps que toi !

 - Mais et alors ? fit Silver en roulant des yeux, excédé par le comportement de son interlocuteur. Tu parles, tu la connais depuis un mois de plus, ça va changer grand-chose !

 - Et alors, il peut se passer pleins de choses en un mois !

 - Comme quoi ? N’essaie pas de me faire croire que vous vous êtes embrassés !

 - J’ai jamais dit ça ! répliqua Junichi. Mais de toute façon il ne se passera jamais rien entre vous, arrête de rêver !

 - Ah oui ?!

Silver eut un sourire de mauvais augure pour le Maître Dragon. Il ne savait pas ce qui s’était passé cet après-midi alors qu’ils étaient tombés de cheval !

 - Oui !

 - Eh bien tu vos, on dirait que tu as tort ! Cet après-midi, alors qu’on avançait à cheval, on a été surpris par un orage.

 - Et alors, c’est toi qui l’avais appelé ?

 - Non, même pas. A croire que Dieu était avec moi aujourd’hui ! A cause des grondements de tonnerre, les chevaux se sont emballés et nous sommes tombés tous les deux…Et bizarrement, je suis tombée sur elle, ou plus précisément sur ses lèvres.

Junichi se figea. Ses poings se serrèrent sur le vêtement de son interlocuteur, tellement que les jointures en devinrent blanches.

 - Tu..tu mens ! fit-il d’un air inquiet.

 - Non. Et quand je me suis enlevé, elle allait me toucher la joue mais Saule nous a interrompus en nous engueulant à cause de la pluie…souffla-t-il d’un air déçu.

Junichi lâcha Silver et recula d’un pas. Non, c’était vraiment arrivé ?! Le jeune homme au regard sombre lui jeta un regard sombre et ouvrit la porte. Alors qu’il se glissait dans la nuit et en devenait invisible, il lâcha une dernière remarque qui rendit furieux son rival :

 - Et tu sais quoi ? Ses lèvres sont un régal.

Le Maître Dragon resta sans voix. Une colère sans nom bouillait en lui. Il se mordit la lèvre mais cela n’empêcha pas le cri de rage de lui échapper alors qu’il frappait violemment le mur à côté de la porte, l’impact créant un trou béant dans l’écorce à cause de sa force de demi-dragon.