Chapitre 10 : La colère du dragon

par Tatsushi-chan

Chapitre 10 : La colère du dragon

Ou quand les subordonnés décident de n’en faire qu’à leur tête

 

Les trois voyageurs, Morgiane, Saule et Silver se rapprochaient du QG de l’organisation. La brune avait laissé son cheval au Centenaire qu’elle avait trouvé et était grimpée sur la jument de Saule avec elle. D’ailleurs, la Centenaire et la dryade parlaient depuis un moment de ce qui était devenue une ville, et qu’il aurait fallu lui donner un nom. Les idées les plus farfelues y passaient :

 - On a qu’à l’appeler Baka City !

 - Et pourquoi ? demanda Saule à son amie, intriguée, un léger sourire aux lèvres.

 - Parce que le chef n’est qu’un idiot !

La dryade rigola de bon cœur, puis fit remarquer :

 - C’est censé être notre supérieur, on ne devrait pas dire ça de lui !

 - Supérieur, tu parles ! maugréa la jeune femme. Qu’est-ce qu’il peut être chiant parfois ! La première fois, son dragon a failli me boulotter !

 - Techniquement, ce n’était pas sa faute…

 - Si, c’est son dragon, il est sous sa responsabilité !

 - Si tu le dis…soupira Saule, blasée du comportement de son amie.

Une heure plus tard, ils passaient la mystérieuse grotte à travers la montagne pour se retrouver de l’autre côté. Quand ils laissèrent le tunnel derrière eux, les deux jeunes femmes poussèrent une même exclamation de surprise. Elles n’avaient encore jamais vu le QG de loin, comme ça, et voir ces gigantesque arbres où grouillaient des milliers de personnes et où des maisons étaient bâties au-dessus du sol était époustouflant.

 - Tessra, murmura Silver, qui n’avait pas prononcé un mot de tout le voyage.

 - Quoi ? demanda Morgiane en se tournant vers lui.

 - Tessra, répéta-t-il. Dans la langue des fées, ça signifie : Les arbres qui poussent jusqu’au ciel. Vous cherchiez bien un nom pour la ville, non ?

 - Euh, oui…tu parles la langue des fées ?!

 - Pas seulement. Je parle aussi le langage des dragons, et d’autres créatures non-humaines. Je suis un Translateur. 

 - Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda la brune, intriguée.

 - Tu ne sais pas ce que c’est ? fit Silver, surpris.

 - Morgiane, les Translateurs existaient il y a 100 ans, à la même époque que toi, et tu n’en avais jamais entendu parler à ce moment-là ? questionna Saule.

 - Je ne m’occupais pas vraiment de ce qu’il se passait chez les autres, tu sais. Je me concentrais plutôt sur mon objectif.

 - Lequel ? l’interrompit le Centenaire.

Elle hésita, puis dit finalement :

 - Je te raconterais un peu plus tard. Alors, qu’est-ce qu’un Translateur ?

 - Un Translateur, c’est un humain, il y a 100 ans, qui était né avec le pouvoir de parler avec toutes les créatures non humaines qui ne parlent pas notre langue. Mais depuis ce temps, ils ont disparu, et on ne trouve pratiquement plus de Translateurs, ou alors ils sont très vieux. C’est incroyable que l’un d’entre eux soit devenu un Centenaire ! termina la dryade avec un sourire enjoué.

 - Alors, tu peux parler avec n’importe quelle espèce non humaine ?

Il acquiesça. Une question vint alors à l’esprit de la jeune femme :

 - Mais pourtant, Liidryil est une elfe et je peux parler avec elle sans souci ! Pareil avec toi, Saule, tu es une dryade et on se comprend !

 - C’est tout simplement car nous avons appris ta langue, qui est devenue l’une des plus répandues sur le monde. Si on parlait en Elfique, par exemple, tu ne comprendrais rien.

 - Je vois…Tu as déjà parlé avec des fées ? demanda-t-elle à Silver.

 - Avant d’être endormi il y a 100 ans, j’ai parlé avec certaines d’entre elles, et j’ai rencontré leur Reine.

 - Pourquoi faire ? fit la jeune femme, à fond dans l’histoire que lui racontait son interlocuteur.

 - En ces temps-là, les Translateurs étaient énormément payés pour permettre aux hommes de faire du commerce avec les non humains. Car, les hommes ne les comprenant pas, et certaines de ces créatures ne parlant pas leur langue, il leur fallait un interprète. C’est ce que je faisais avant d’être endormi pour 100 ans.

 - Tu as de la chance ! Moi, quand je vois des fées au QG, je ne comprends rien à ce qu’elles se racontent…

 - De la chance ? répéta-t-il. De la chance ?! Tu ne sais pas de quoi tu parles ! C’est vraiment contraignant, parfois !

 - De quoi est-ce que tu parles ? questionna Morgiane d’une petite voix, ne comprenant pas pourquoi il s’emballait de la sorte.

Se rendant compte qu’il en avait trop dit, Silver se tut, et ils terminèrent le chemin pour se rendre à la ville fraichement baptisée Tessra.

 

***

 

Ils grimpaient tous les trois les marches après avoir déposé les chevaux à l’écurie qui se trouvait entre les racines d’un arbre. Morgiane se sentait anxieuse : comment allait réagir Junichi ? Ils passèrent par la chambre de la brune pour poser rapidement leurs sacs qu’ils récupèreraient plus tard. Alors que Saule et Silver sortaient à la suite de la Centenaire, celle-ci les attendant non loin de là, des pas dans l’escalier les firent se figer. C’était Junichi qui descendait en compagnie de Liidryil tout en disctutant. Ils s’interrompirent soudainement en les voyant et, n’ayant pas remarqué le Translateur qui se tenait dans l’ombre un peu plus loin, il s’avança vers les deux jeunes femmes et s’exclama :

 - Alors, vous êtes déjà rentrées ?  La mission a dû être un succès alors ! Vous avez tué le Centenaire ? On va devoir fêter la réussite de votre première mission !

 - Pas vraiment…l’interrompit Morgiane, gênée.

Celle-ci venait de regarder vers l’endroit où se tenait le Translateur, et Junichi l’ayant remarqué, suivit son regard. Il haussa les sourcils en voyant le jeune homme qui s’avança un peu.

 - Qui est-ce ? demanda le Maître Dragon d’un air soupçonneux.

 - C’est Silver, le Centenaire que nous cherchions.

Junichi vit rouge. Il se tourna de nouveau vers Morgiane et lui jeta un regard furieux :

 - Pourquoi tu ne l’as pas tué comme je te l’avais demandé ?!

 - Parce qu’il ne tue pas les gens de son plein gré, c’est sa magie qui le dévore de l’intérieur et l’oblige à agir ainsi ! Je sais que je peux l’aider !

 - Et alors ?! Même si tu peux l’aider, il doit payer pour les crimes qu’il a commis !

 - Mais j’ai bien tué des gens, moi aussi !

 - Ce n’est pas pareil, c’était pour te protéger, pour nous protéger !

 - Mais…

 - Il n’y a pas de mais ! Tu es incapable d’effectuer une simple mission ! gronda-t-il.

Emporté par sa colère, il leva la main pour la frapper, mais celle-ci fut retenue par Silver qui se trouvait maintenant devant Morgiane. Il demanda à Junichi :

 - Je croyais que vous étiez amis. Et tu veux la frapper ?!

 - Ça ne te regarde pas ! vociféra le demi-dragon, ses yeux se réduisant à deux fentes.

Morgiane tremblait derrière le Centenaire qui avait empêché le coup. Junichi n’était-il pas son ami ? Pourquoi avait-il tenté de la frapper ? Silver afficha son regard furieux, et croisa le regard de celui qu’il avait en face de lui. Automatiquement, le Maître Dragon, qui tentait de bouger, se figea. Il essayait de se soustraire à la puissance de son adversaire, mais n’y arrivait pas.

 - Qu’est-ce que tu m’as fait ? réussit-il à demander d’une voix étouffée.

 - Je t’ai simplement regardé, fit Silver d’un ton impassible, qui trahissait l’ironie. Alors, tu as compris ?

Junichi acquiesça à contrecœur, puis le Centenaire le libéra de la poigne de sa main et par la même occasion, de l’emprise de son regard. Il se tourna ensuite vers la brune et lui dit :

 - Je suis désolé, je me suis emporté…Je te demande pardon, vraiment.

Morgiane acquiesça lentement tandis que celui qui l’avait protégée se retirait sur le côté, avant de dire à voix haute pour que tous puissent l’entendre :

 - Je vais faire un tour dans Tessra, je reviendrais plus tard.

 - Tessra ? demanda Junichi une fois que le jeune homme se soit éloigné.

 - C’est le nom que nous avons trouvé pour le QG, car c’est devenu une ville maintenant ! répondit Saule. C’est Silver qui a trouvé ce nom !

 - Ça sonne bien, concéda le Maître du dragon.

 

***

 

Quand Silver fut revenu de sa promenade dans la ville suspendue au-dessus du sol, le repas était déjà presque prêt. Ils se rendirent tous dans une grande salle taillée à même l’arbre. Ils mangeaient en silence, et Morgiane regardait sans commenter les regards noirs que Junichi jetait à leur invité. Le repas se termina rapidement et la brune décida de montrer sa chambre au Translateur, aussi le rattrapa-t-elle alors qu’il sortait et lui dit :

 - Je vais te montrer ta chambre, tu viens ?

Il acquiesça et lui emboîta le pas. Elle l’emmena jusqu’à une chambre non loin de la sienne, que le maître Dragon avait proposé pour le Centenaire. Elle avait posé les affaires de ce dernier juste avant de manger. Alors que Morgiane allait le laisser et se rendre à sa chambre, celui-ci l’interpela :

 - Attends.

Elle se retourna et croisa son regard sombre. Étonnamment, elle n’était pas figée comme l’avait été Junichi quand il l’avait regardé dans les yeux. Silver sembla hésiter un instant, puis dit :

 - Quand est-ce qu’on s’occupe de ma magie ?

Il voulait en finir au plus vite, bien sûr. Il ne voulait plus avoir à tuer quiconque à cause de ça. Un léger sourire traversa le visage de son interlocutrice qui lui répondit :

 - Dès demain, bien sûr ! Tu vas voir, il ne m’a fallu qu’une journée pour apprendre à la maîtriser ! Je parie qu’il en sera de même pour toi ! Si ça se trouve, demain soir, tout sera terminé !

Il sourit, et chuchota presque :

 - Merci de tout ce que tu fais.

 - Hé, je n’ai pas encore beaucoup agi, dit-elle en rougissant légèrement. Bon, je vais te laisser, on a intérêt à être en forme demain !

Après lui avoir souhaité bonne nuit, elle se dirigea vers sa chambre et se changea pour se coucher. Elle espérait juste qu’elle parviendrait à l’aider comme elle le lui avait promis.

 

 

***

 

Après le repas, Junichi s’était lui aussi rendu dans sa chambre après avoir souhaité une bonne nuit à Morgiane et Saule (omettant volontairement Silver, bien sûr). Il se dirigea vers sa salle de bain attenante avec l’intention de prendre une bonne douche chaude pour se débarrasser de toutes les tensions accumulées dans la journée. Il avait toujours du mal à croire qu’il n’avait plus aucune blessure dans le dos. Quand il y passait la main, c’était lisse, comme s’il ne s’était jamais rien passé, mis à part que les cicatrices étaient toujours visibles, mais il s’en fichait royalement. En tout cas, il s’en voulait de s’être emporté ainsi contre Morgiane aujourd’hui, alors que c’était elle qui l’avait soigné et lui permettait de ne plus souffrir de ces anciennes blessures. Il sortit de la douche, puis de la salle de bain, une simple serviette autour de la taille, ayant oublié de quoi se couvrir dans sa chambre. Il sifflotait joyeusement, sa mauvaise humeur disparue avec l’eau de la douche, quand il sursauta violemment en voyant Liidryil négligemment assise sur son lit. Il lui demanda, agacé de la voir entrer sans prévenir :

 - Qu’est-ce que tu fais là ?!

Elle ne répondit pas, trop occupée à détailler son corps, ce qui le fit grimacer. Il se dirigea vers son armoire et attrapa un t-shirt ainsi qu’un caleçon et retourna dans la salle de bain pour se changer rapidement. Il revint et vit qu’elle n’avait pas bougé d’un pouce.

 - Alors ?!

En guise de réponse, elle se leva et s’approcha de lui avant de lui attraper le bras.

 - Qu’est-ce qui te prend ?!

Elle le jeta sur le lit où il atterrit sur le ventre. Il allait se relever et l’engueuler comme il faut mais elle le bloqua en pesant son poids sur lui et releva son t-shirt. Il la sentit soudain se figer. Aaaah, c’était les blessures qui l’intéressaient ?

 - Je me demandais pourquoi tu ne me demandais plus de te soigner depuis votre retour de Neko-Oh…

Elle passa un doigt sur ses cicatrices, le faisant frissonner malgré lui.

 - C’est Morgiane qui les a soignées grâce à sa magie de soin.

Il sentit l’elfe lui griffer le dos de colère sans s’en rendre compte. Il réussit à la virer de son dos et se releva brusquement en lui disant :

 - Bon, t’as fini ton cirque ?! J’aimerais bien dormir !

Liidryil grinça des dents et plissa les yeux. Elle se détourna finalement et sortit en coup de vent, l’air furieux. Junichi soupira lourdement en voyant sa colère. Les journées allaient être encore plus compliquées maintenant. Et puis, pourquoi elle s’était énervée ? Il était guéri, elle aurait dû se réjouir ! Ne comprenant pas et étant trop fatiguée pour chercher, il se coucha et s’endormit presque instantanément.