Chapitre 8 : L'attaque

par Tatsushi-chan

Chapitre 8 : L’attaque

ou comment Morgiane fut cataloguée « tueuse en série »

 

Après avoir déjeuné, les deux jeunes gens retournèrent dans leurs chambres récupérer leurs affaires. Morgiane avait expliqué à Alceste ce qui était arrivé à ses serviettes et quand elle avait voulu le rembourser, il avait refusé, prétextant qu’avoir sauvé une personne qu’il considérait comme un ami, était largement assez comme paiement. Junichi et Morgiane étaient en train de dire au revoir au Centenaire, sur le pas de la porte, quand Saule les rejoignit. Elle était vêtue d’un pantalon de toile noire et d’une tunique de même couleur. Elle avait un sac sur l’épaule. Un magnifique sourire étira ses lèvres.

 - Saule ? Qu’est-ce que c’est que cette tenue ? demanda Alceste.

 - Grand-père, je vais partir avec eux, s’ils sont d’accord.

 - Mais pour quelle raison ? demanda la brune.

La dryade se tourna vers elle, et dit :

 - Toutes les aventures que tu as vécues…Certaines étaient tristes, mais tu as quand même eu des moments de bonheur…Tous les deux, vous vous êtes lancés dans une lutte contre un homme surpuissant et son dragon…

 - Je ne fais pas partie de l’organisation, la coupa la Centenaire.

Saule secoua la tête, et répliqua :

 - Tu vas la rejoindre. Je ne te connais que depuis deux jours, mais j’arrive déjà à t’analyser. Morgiane, moi aussi je veux rejoindre l’organisation des Ailes de la Nuit et vivre des aventures incroyables ! Je veux écrire ma propre histoire !

 - Eh bien, si ton grand-père est d’accord, je n’y vois aucun inconvénient…

Saule se tourna vers Alceste, le suppliant du regard. Celui-ci soupira lentement, puis dit enfin :

 - Je ne peux pas t’empêcher d’aller à la poursuite de tes rêves…Mais dans ce cas, fais attention à ne plus te faire capturer, c’est la seule chose que je désire…et reviens en vie, quand tu auras vécu tout un tas d’aventures, pour pouvoir les raconter au vieil homme que je suis !

Saule se jeta dans ses bras, ravie.

 - Merci grand-père, merci ! Je te jure que tu ne le regretteras pas ! Bientôt, tout le pays connaitra mon nom !

 - C’est une grande ambition, fit remarquer le Maître Dragon qui avait seulement écouté la conversation.

 - J’y arriverais, affirma la dryade, une lueur de défi brillant dans ses yeux couleur chlorophylle.

Un sourire naquit sur les lèvres de Junichi, qui acquiesça.

 - Je n’en doute pas.

Après avoir dit un dernier au revoir à Alceste, les trois jeunes gens se dirigèrent vers la place principale par où ils étaient passés pour venir. Il y avait énormément de monde, plus encore que le jour du marché aux esclaves. Et beaucoup de chevaliers du Roi également.

 - Ne t’éloigne pas…murmura Junichi à la Centenaire.

Ils commencèrent à traverser la place, mais il semblait à Morgiane que tous les regards étaient tournés vers eux. Saule semblait l’avoir remarqué elle aussi, car elle regarda la brune d’un air inquiet.

 - Junichi…prévint la brune, il y a un problème.

 - Je sais, souffla-t-il. Je ne sais pas ce qui se passe, mais préparez-vous à vous défendre, au cas où.

Il eut raison de les mettre en garde car soudain, une véritable ligne constituée de chevaliers leur barra la route. Ils se retournèrent mais derrière aussi, une ligne les empêchait de faire demi-tour, coupant toute retraite. Les badauds s’étaient respectueusement écartés, et on voyait parfaitement le cercle formé par les chevaliers autour des trois jeunes. Junichi s’avança vers celui qui semblait être le chef et lui demanda, d’une voix un peu sèche :

 - Je peux savoir ce qui se passe ?

Morgiane réagit à temps. Alors que celui à qui le jeune homme parlait aller le transpercer d’un poignard caché dans le creux de sa main, la brune attrapa sa hallebarde et en transperça l’armure noire avec une facilité déconcertante. Elle avait déjà tué des hommes. Aussi, quand le corps glissa au sol et s’écroula au sol dans un fracas de métal, elle ne réagit même pas et se contenta de se tourner vers Junichi, qui était sous le choc.

 - Es-tu inconscient ? On ne s’approche jamais d’un ennemi assez près pour qu’il puisse nous poignarder ! le tança-t-elle avant de se battre contre les chevaliers qui s’étaient jetés sur elle.

Elle passait avec aisance sa hallebarde d’une main à l’autre, jouant de ses muscles pour perforer les armures et par la même, les corps de ses ennemis. Elle ne souriait plus, ne parlait plus. Morgiane affichait un masque d’indifférence tandis qu’elle tuait ses assaillants les uns après les autres sous les yeux de Saule et Junichi. Peu à peu, elle réduisit le nombre des chevaliers. Aucun d’entre eux n’avait encore réussit à la blesser, mais ça ne saurait durer. Junichi vit arriver derrière la jeune femme un chevalier qui avait l’intention de la tuer par derrière. Comprenant qu’il n’aurait pas le temps de la prévenir et que de toute manière elle était occupée avec un autre, il dégaina son sabre et se jeta sur l’homme. Il ne réfléchit pas et lui trancha net la tête, qui alla rouler plus loin, au pied des habitants curieux qui poussaient maintenant des cris et des hurlements de frayeur. Il n’avait encore jamais tué quelqu’un. Ses mains se mirent inconsciemment à trembler, et il lâcha son sabre qui glissa de sa paume et retomba au sol en tintant sur la pierre. Saule se tenait près de lui, incapable de se battre car n’ayant aucune arme à elle. Elle se sentait inutile et cela la mettait dans un état déplorable. Pendant ce temps, Morgiane continuait de tuer leurs ennemis, infatigable. Bientôt il n’en resta plus que trois. Sur la vingtaine qui les avaient encerclés. Elle se jeta sur eux sans hésiter. Les mouvements que lui avait appris Alceste lui étaient très utiles : qui aurait cru qu’elle devrait s’en servir aussi vite ? Il n’en resta plus qu’un. Elle lui trancha la gorge avec violence, le sang giclant à son visage. Ils étaient tous morts. Elle regarda d’un mouvement circulaire du regard la boucherie puis, remarquant l’état de Junichi, s’approcha et récupéra le sabre du jeune homme avant de l’aider à se relever. Il allait dire quelque chose, mais elle l’en empêcha en lui coupant la parole :

 - On dégage ! Il faut retrouver Tzar’el !

Saule, qui était au courant pour le dragon noir grâce à Morgiane, comprit qu’il fallait qu’ils se rendent le plus vite possible dans la forêt où se cachait la bête et aida la brune à porter le jeune homme. Ils réussirent à sortir de la ville sans encombre, les gens s’étant enfermés chez eux en voyant le combat. Même ceux qui étaient d’habitude de garde à l’entrée étaient absents. Ils entrèrent dans la forêt proche et Morgiane cria :

 - Tzar’el !!!

Elle espérait que le dragon arriverait, car son Maître ne semblait pas en état de l’appeler. Elle sentait Junichi qui tremblait étrangement entre elle et Saule. Son regard était vide…qu’est-ce qui lui prenait ? Ses pensées furent interrompues par un rugissement. Tzar’el arriva près d’eux. Morgiane détestait toujours autant les dragons mais là, elle allait devoir faire avec. Le noir jeta un regard méfiant à la dryade qui était émerveillée devant la créature mythique qu’elle avait sous les yeux.

 - Ne t’inquiète pas, c’est une amie…On doit rentrer au QG le plus vite possible, Junichi ne va pas bien du tout !

Voyant effectivement la tête de son Maître, le dragon les prit sans attendre sur son dos et s’envola pour le QG.

 

***

 

Junichi entrouvrit doucement les yeux. Il ne s’était jamais senti aussi bien. Ah, si, quand Morgiane avait soigné ses blessures. Les draps étaient doux dans son dos guéri…des draps ? Il se redressa et regarda autour de lui. Il était dans sa chambre, au QG. Que faisait-il ici ? Il tourna la tête et aperçut Morgiane sur le bord du lit, assise sur un tabouret. Elle avait croisé les bras et y avait posé sa tête. Dormait-elle ? Apparemment non, car elle se redressa vivement en l’entendant remuer un peu.

 - Ça va ? demanda-t-elle d’un air inquiet.

 - Euh…

Il réfléchit à ce qui s’était passé. Mais oui, ils avaient été attaqués par des chevaliers ! Il se demandait toujours pourquoi, d’ailleurs…Il se rappela soudain qu’il avait tué quelqu’un, et grimaça. Il prit sa tête entre ses mains, et la secoua violemment.

 - Qu’est-ce que j’ai fait…murmura-t-il, anéanti. J’ai tué un homme…

Morgiane resta bouche bée en voyant des larmes rouler sur ses joues. Il n’avait jamais tué quelqu’un ? Pourtant, quand on le voyait, avec son invincible dragon, on pouvait aisément se dire qu’il l’avait déjà fait, ne serait-ce que pour se défendre. Voyant qu’il avait besoin de soutien, la brune se leva et passa ses bras autour de lui.

 - Non, le reprit-elle. Tu m’as sauvé la vie. Je n’étais pas assez vigilante, et j’y serais restée si tu n’avais pas été là.

Il releva la tête et lui adressa un maigre sourire. Il se leva et enfila le premier haut qui lui tomba sous la main. Il semblait s’être repris. Aussi vite, s’était presque effrayant. Alors qu’il allait sortir, il se cogna à Liidryil, qui le rattrapa, comme le remarqua Morgiane, avec joie.

 - Maître, vous allez bien ?

 - Oui, merci de t’inquiéter. Va chercher Saule et rejoins-nous au sommet de l’arbre.

L’elfe fit oui de la tête, et jeta un dernier regard noir à la brune avant de sortir. Ils montèrent en haut, où se trouvait Tzar’el, qui fit la fête à son Maître Dragon en le voyant rétabli. Quand Liidryil et Saule arrivèrent, il les regarda toutes et dit :

 - Comme vous le savez, car je suppose que vous avez dû l’expliquer à Liidryil, nous avons été attaqués à Neko-Oh par des chevaliers du Roi. Or, ils n’étaient pas censés connaître nos pouvoirs, sachant qu’en plus nous avions masqué nos auras. Je pense donc que quelqu’un les a prévenus.

Les filles écarquillèrent des yeux, surprises.

 - Il y aurait une taupe parmi nous ?

 - Je pense que oui. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de commencer à douter les uns des autres. Nous saurons de qui il s’agit en temps voulu.

 - Bon, si nous laissons cela de côté pour l’instant, à moi de parler, fit la dryade. Je veux rejoindre l’organisation des Ailes de la Nuit, comme vous le savez.

Junichi acquiesça et dit simplement :

 - Bienvenue.

 - Moi…moi aussi…murmura Morgiane.

Ils la regardèrent, surprise. Elle haussa les épaules et s’expliqua :

 - Nous sommes plus forts ensembles…Si je veux avoir une chance de tuer le Maître Dragon rouge…je dois rester ici et devenir encore plus forte.

 - Plus forte, hein ? fit Saule en soupirant. A Neko-Oh, j’ai été inutile.

 - C’est simplement car tu n’avais pas d’armes, répliqua Morgiane. On va aller voir Loona, la forgeronne, et tu vas voir, tu auras des armes aussi géniales que ma hallebarde !

La jeune femme sourit en guise de remerciement.

 - Autre chose…commença l’elfe qui s’était tue jusqu’ici. Dans la ville d’Aémnos, j’ai entendu dire qu’il y a avait tout une série de meurtres en ce moment, et il semblerait qu’ils soient causés par un Centenaire…

 - Il utilise ses pouvoirs pour tuer ?

 - Non, il ne doit pas savoir les utiliser…Il les tue avec des armes normales, mais des mages ont affirmé qu’il avait une aura de Centenaire. Ils ont ordonné que nous l’exécutions, il est devenu trop fort pour eux.

 - Je ne peux pas aller là-bas pour m’en charger…soupira Junichi. Les mages d’Aémnos me détestent et d’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi ils demandent de l’aide de l’organisation sachant que j’en suis le chef.

 - C’est parce que nous sommes forts, Maître, fit Liidryil avec un léger sourire.

 - Très bien…Saule, Morgiane, vous voulez bien vous charger de ce type et l’éliminer ?

 - Je…je vais devoir le tuer ? murmura Saule d’une toute petite voix.

 - Je m’en chargerais, fit la Centenaire. J’ai l’habitude.

Cette dernière remarqua que Liidryil lui jetait un regard assassin. Elle voulait certainement remplir cette mission pour se faire bien voir par Junichi. Eh bien, raté, elle s’était fait piquer la mission.

 - Très bien. Vous partirez quand Saule aura ses armes.

Ils descendirent tous de l’arbre. Morgiane, elle, sentait le regard de Liidryil lui brûler le dos. Un jour, elle finirait par clouer le bec de cette sale elfe prétentieuse…Elle avait beau ne pas être raciste, la preuve en était qu’elle côtoyait dragons, elfes, nains, et autres sans rechigner (bien que pour les dragons ce soit difficile, mais elle avait une raison !) mais cette elfe lui restait en travers du gosier. Et la Centenaire se dit intérieurement qu’un jour viendrait où elles seraient obligées de se battre, parce qu’elles se détestaient.