Contact

par elane

Contacts

 

 

Jay avait laissé ses étudiants sur leur terrain d’entraînement un peu plus tôt que d’habitude ce soir-là. Il était pressé, il avait rendez-vous chez Malya avec les membres du clan Winraël. C’était aujourd’hui qu’ils devaient décider s’il pourrait ou non entreprendre ce voyage dont il avait tant rêvé depuis toutes ces années. Mais plus le temps passait et plus il doutait qu’ils acceptent les termes de ce marché. Cependant, vu l’enjeu, cela valait le coup d’être tenté.

            Il arriva pile à l’heure du rendez-vous devant la résidence familiale des Malya. A peine eût-il mis un pied dans la demeure, qu’il sentit cette présence terrible qui envahissait la maison de son aura grandissante. La jeune fille était là. Il faudrait que Malya lui apprenne à contrôler sa puissance. On ne peut pas dire qu’elle soit discrète… Mais il savait qu’il était aussi extrêmement sensible à ce genre de manifestations et qu’il avait toujours su évaluer ces adversaires grâce à cette capacité à ressentir ce que dégageaient les gens autour d’eux. C’est ainsi sur cette impression qu’il choisissait toujours ces étudiants. Et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas senti un tel potentiel chez deux de ces étudiants. Il ne manquait pas grand-chose à Kaelys pour réussir les sorts du clan de la Terre et Maëve avait une maîtrise quasi parfaite des techniques de son clan et elle apprenait vite et bien.

            Malya se tenait sur le seuil. Il n’était pas en retard, mais les membres du clan de l’eau étaient déjà présents. D’un geste, Stéphane le salua et l’invita à prendre place à la table. Samuel Winraël, le patriarche du Clan Winraël  siégeait avec une grande dignité au bout de la table. Le vieil homme qui dégageait lui aussi une présence troublante. A ses côtés, à sa gauche et sur sa droite, tels les reflets d’un miroir, les deux sœurs Lynn et Johannes Winraël avaient pris place. Malya s’installa en face en face du chef de clan et Jay prit une place libre sur sa droite.

-          Mr Malya, je serais bref. Il y a huit ans, suite aux manipulations abjectes de certains membres de cette organisation qui se fait appeler « Voylna », notre clan a été mis à ban de la Vallée du Vent pour de faux motifs appuyés par des preuves tout aussi aberrantes. Depuis lors nous avons tout tenté pour réhabiliter notre réputation et l’honneur du Clan Winraël. Or Lynn et Johannes m’ont assuré que vous déteniez ses preuves.

-          C’est tout à fait exact, Sir Winraël.

Malya se leva et tira une liasse de documents cachetés d’un des tiroirs du bureau qui se trouvait dans la pièce. Les trois membres du clan Winraël réprimèrent à grand peine un sursaut. Le document était là, ils n’avaient plus qu’à tendre le bras. La main de Johannes trembla mais l’apparition soudaine de la jeune fille à côté de la porte calma son ardeur un peu trop pressante. Jay se sentait de nouveau terriblement oppressé par sa présence dévorante.

-                                 Ainsi, c’est donc vrai. Comment avez-vous obtenus ces parchemins, nous les pensions perdus depuis des années. Lynn et Johannes m’ont parlé de votre demande…inhabituelle. Vous n’êtes pas sans savoir que la Vallée du Vent est formellement interdite à toute personne étrangère, sous peine de bannissement. Nous souhaitons plus que tout rétablir l’honneur de notre Clan et nous réinstaller chez nous. Notre exil a fait de nous des parias. Cependant, nous n’avons jamais enfreint les règles de la Vallée, et la fierté de notre Clan déchu est tout ce qui nous raccroche à nos origines, la dernière chose qui nous est propre. Et même pour ces documents, nous ne sommes pas prêts à les enfreindre. Je veux croire que nous trouverons un autre moyen.

Malya acquiesça gravement en jetant un coup d’œil discret à Jay comme pour s’excuser de ce qu’il allait faire. Il prit la liasse de papiers d’un geste délicat et les tendit au vieil elfe.

-          Je suis désolé mon ami, dit-il à Jay, mais je m’attendais à une telle réponse. Sir Winraël, comme toujours vous parlez avec sagesse et je ne puis garder ces documents devant un tel plaidoyer. Prenez-les, ils vous reviennent.

Incrédule le vieil elfe les prit d’une main peu assurée sous le regard éberlué de Lynn et Johannes.

-          Le plus grand des rêves de mon ami a toujours été de voir par ses yeux votre fabuleuse Vallée des Vents et j’ai honteusement abusé de la situation. Veuillez me pardonner, je vous demanderai juste une chose, rétablissez l’honneur de votre Clan et chassez ces imposteurs de la Voylna qui ont pris votre place au sein du conseil des elfes.

Le vieil elfe eut un sourire carnassier.

-          Oh comptez sur nous pour rétablir les choses comme elles furent et comme elles devraient être.

Soupesant les documents comme pour vérifier qu’ils étaient bien réels, bien présents dans sa main, Samuel Winraël parut perplexe. Il réfléchit quelques instants dans la salle silencieuse.

-          Ces documents sont extrêmement précieux pour notre clan et nul doute que la Voylna ne cherche par tous les moyens de s’en emparer. Le trajet pour aller dans notre Vallée n’est pas sans danger et un peu d’aide pour porter à bon port ses documents ne serait pas de trop. J’ai entendu grand bien de votre ami, fils de l’illustre membre du conseil des 7. Son aide dans ce périple nous serait précieuse jusqu’aux portes de la Vallée. S’il accepte bien sûr.

Jay n’en croyait pas ses oreilles, et les deux elfes qui accompagnaient leur chef manifestaient clairement leur mécontentement. Escorter des elfes jusqu’aux portes de leur cité était un honneur qui n’avait encore jamais été accordé à quiconque.

-          Et comment que j’accepte !

Jay rougît de son emportement et tenta de se reprendre un peu plus dignement. Mais le large sourire du patriarche Winraël lui fit comprendre que ce n’était nullement nécessaire. Il lui tendit une main franche qu’il serra avec enthousiasme.

-          Marché conclu !

 

Jay sortit de la pièce, il ne pouvait croire à ce qui venait de lui arriver. Il allait partir, il allait voir la porte, l’entrée de la Vallée des Vents. La lune à demi voilée semblait lui sourire du haut du ciel. Soudain, un tremblement lui parcouru l’échine. Dans une lueur, dans un flash, il ressentit une présence. Non pas une, mais deux, et hostiles.

Il dut freiner des 4 fers pour ne pas accélérer l’allure et montrer à ses poursuivants qu’ils les avaient repérés. Ils devaient penser qu’il détenait les documents sur le clan Winraël. Qui étaient-ils ? Certainement des hommes de mains de la Voylna. En tout cas, ce n’était pas des subalternes quelconques, leur technique de filature était presque parfaite. S’il n’avait pas ressenti cet étrange malaise qui se dégageait de leur essence pure, ce sentiment quasi imperceptible mais omniprésent une fois qu’on l’avait expérimenté une fois, il n’aurait rien pu déceler. Il allait sûrement passer à l’offensive Il devait les mener en terrain connu. Ne laissant rien paraître, il opta pour le terrain d’entraînement qu’il utilisait pour ses propres élèves. Il en connaissait chaque coin et recoin et à cette heure avancée de la nuit, il serait désert.

 

 

-          Encore une fois.

Maëve leva un sourcil et étouffa un soupir. Cela faisait des semaines qu’ils restaient tous les soirs jusqu’à tard dans la nuit sur le terrain d’entraînement répétant inlassablement tous les mouvements que le maître lui avait appris. Et Kaelys ne pouvait toujours maîtriser le moindre sort du clan de la terre. Elle se refusait à montrer toute trace du désespoir qui étreignait son cœur. Peut-être que leur maître s’était trompé et que Kaelys ne parviendrait jamais à s’approprier l’art de son clan. Elle regarda Kaelys sous la lumière blafarde de la lune. Il était épuisé et elle-même commençait à sentir ses membres se crisper involontairement.

-          J’ai besoin d’une pause, Kaelys. Je suis morte de fatigue. On pourrait peut-être revoir ce mouvement demain.

Kaelys serra les poings et s’adossa à un arbre.

-          Tu as sûrement raison, capitula-t-il. Ca ne servirait à rien. Les gestes, les incantations, tout cela je le connais. Mais c’est comme si je récitais des mots vides de sens, sans signification. Je ne créé rien, je n’arrive à rien.

Son visage se voila.

-          Je n’arrive à rien, et je doute d’y arriver un jour. Je…

-          Kaelys.

Maëve tremblait, jamais encore elle n’avait entendu son ami si abattu.

-          Kaelys. J’ai été l’élève de notre maître bien avant toi et je vais te dire ce qu’il m’a dit sur toi avant que tu ne commences à t’entraîner avec moi. Il m’a dit que tu étais un vrai génie et que tu avais comme sa mère, et comme lui maîtrisé toutes les techniques du clan de l’eau avant l’âge de 14 ans et qu’il t’avait longuement observé. Il a vu en toi le potentiel d’aller plus loin, de dépasser les limites de ton clan et que tu pouvais apprendre nos techniques. Il m’a dit aussi que cet apprentissage serait très long et difficile car les arts de nos deux clans ont beau avoir un but identique, ils sont parallèles et ne se croisent jamais, ils sont reflets de deux conceptions différentes de la magie de l’eau. Il a ajouté que n’ayant pas l’habitude de l’échec, il espérait que tu n’abandonnerais pas face aux premières difficultés. Qu’il lui avait fallu lui-même presque deux ans pour réussir le sort le plus simple du clan de l’eau et que cent fois pendant ces deux ans il avait souhaité tout arrêter. Mais qu’aujourd’hui, il savait que cela en valait la peine.

Kaelys dévisagea Maëve, incrédule.

-          Moi aussi, j’ai confiance en toi, Kaelys.

Kaelys ne put s’empêcher de sourire et s’écroula sur le sol. Maëve se releva et fit quelques pas vers lui lorsqu’elle fut surprise par des bruits de pas qui venaient de derrière elle. Kaelys était déjà debout, scrutant les ombres.

 

Leur maître se dirigeait vers eux, et il se figea en les voyant encore sur le terrain d’entraînement.

-          Maître.

D’un coup d’œil, il vit que Kaelys était épuisé et que Maëve, bien que plus en forme ne lui serait pas d’une grande aide. Ils étaient restés là pour continuer à s’entraîner. Il se maudit, il aurait dû s’en douter.

-          Maëve, écoute-moi, prend Kaelys avec toi et fuyez sans vous retournez. Allez voir Kouriakov tout de suite et demandez-lui protection. Je viendrais vous chercher dès que j’aurais réglé ça.

Jay se tourna vers ses deux poursuivants. Et son sang se glaça lorsqu’il s’aperçu qu’ils étaient non pas deux mais trois. Même avec tous ses sens en alerte, il n’avait pu le détecter. L’homme s’avança. Cette fois, cette sensation de malaise qu’il avait perçu pendant la filature lui explosa au visage. Il leva les yeux et vit que Maëve et Kaelys étaient bien plus désorientés que lui par cette horrible impression. Maëve qui avait aidé Kaelys à se relever était immobilisée. Un des trois hommes se dirigea vers ses deux élèves. D’un geste, Jay envoya un trait de lumière qui transperça l’homme qui s’effondra sur le sol.

-          Fuyez ! Maintenant !

Maëve semblait se réveiller d’un long rêve et assura sa prise sur Kaelys qui tentait faiblement de se débattre. Elle s’élança vers la sortie du parc mais l’homme se releva trop vite et lui barrait la route de nouveau. Jay, se précipita en poussant ses deux étudiants d’un geste brusque. Sous l’effet d’un coup violent, l’arbre contre lequel ils avaient pris appuis quelques minutes auparavant s’affaissa sous la violence du choc. Comme il s’y attendait, ces hommes n’étaient de quelconques sous-fifres et maintenant il devait aussi s’occuper de Kaelys et Maëve.

D’un souffle, il fit apparaître deux lames tourbillonnantes, une dans chaque main, qui émettait une faible lueur bleue dans la nuit.

-          Vous feriez mieux de laisser mes élèves en dehors de tout ça avant que je ne m’énerve pour de bon.

Sa colère se matérialisa en une tornade de gouttelettes qui sifflaient violemment à leurs oreilles et qui constituait une barrière physique qui les protégeaient tous les trois. Ce sort leur permettrait de gagner quelque temps et il pourrait remettre en état Kaelys, du moins pour quelques temps. Il tendit une de ses lames dans laquelle il insuffla une partie de son énergie vers Maëve. Lorsqu’elle prit l’épée, toute sa fatigue s’évanouit. Il se tourna vers Kaelys.

-          Allonge-toi et met toi sur le côté, ne bouge pas quoi qu’il arrive.

Le ton ne souffrait aucune réplique. Jay maintint sa main libre sur sa tempe en psalmodiant avec toutes ces forces des paroles que ni Maëve, ni Kaelys ne comprenaient. Une déferlante insoutenable le traversait et ses membres sursautèrent. Jay le plaquait avec une force terrible contre le sol. En quelques secondes, Kaelys vit ses membres comme renaître, il pouvait se battre.

- Ecoutez-moi. Ceci n’est plus un exercice et vous allez faire ce que je vous dis. Tant que j’ai assez d’énergie, ils ne pourront franchir cette barrière. Vous restez-là et vous n’en sortez sous aucun prétexte.

Ce sort était l’ultime sort de défense du clan de la terre, Jay maîtrisait parfaitement la magie des deux clans. Nul ne pouvait y pénétrer mais on pouvait en sortir sans efforts. Kaelys regarda son maître, il les avait remis sur pied en puisant dans ses propres ressources et il maintenait cette barrière sans montrer le moindre signe de faiblesse.

-          Et si je ne peux plus maintenir votre protection, je les retiendrai assez pour vous puissiez fuir jusqu’à Kouriakov.

-          Kouriakov ? demanda Kaelys.

-          Maëve le connaît. Vous avez compris, vous ne sortez que lorsque je vous en donne l’ordre et vous fuyez, tous les deux. Vous restez ensemble.

Maëve regarda la lame qu’il lui avait tendue. Il les avait rétablis non pas pour qu’ils se battent, mais pour qu’ils puissent s’enfuir. Qui étaient ces hommes qui en voulaient à la vie de leur maître ? Dans son souvenir, Kouriakov était un vieillard au regard malicieux, quelle protection pouvait-il bien leur accorder ? Jay se remit sur pied et leur tourna le dos, faisant face à ses trois adversaires.

-          Mais ne vous inquiétez pas trop, je ne suis pas votre maître pour rien et ces trois-là, j’en fais mon affaire.

Il sortit de l’enveloppe protectrice d’un pas décidé. A peine eût-il mis un pied dehors qu’ils l’entourèrent, prêt à attaquer.

-          Je n’ai pas ce que vous recherchez et même si je l’avais je ne vous le donnerai pas. Laissez-les partir et réglons ça entre nous.

Autour de sa main libre, l’énergie palpable se concentrait une sphère miroitante. L’homme qui se trouvait en face de lui se contenta d’esquisser un étrange sourire.

-          Je suis sûre que si vous n’avez pas ce que nous cherchons, vos petits protégés feront sûrement office de monnaie d’échange efficace.

La lueur émise par la lame de Jay s’intensifia jusqu’à devenir aveuglante.

-          Je ne vous laisserai pas leur toucher le moindre cheveu, vous ne vivrez pas assez longtemps pour ça.

-          Je suppose que ceci clos toute négociation, répondis l’homme qui se trouvait sur s droite.

Maëve eut un hoquet de surprise, la lame qu’elle tenait entre les mains qui était liée à son maître se mit à diffuser une énergie incroyable. Kaelys qui n’avait encore jamais vu son maître autrement que calme et mesuré était abasourdi. Il ne reconnaissait pas son maître en voyant cet homme qui se battait avec une violence inouïe contre ces trois adversaires redoutables. Les coups et la puissance développée étaient trop grands pour qu’il puisse suivre à l’œil nu les enchaînements. C’était cela un vrai combat où le but n’était de gagner, mais seulement de rester en vie.

En quelques minutes, deux des trois hommes étaient inertes, sur le sol. Le troisième adversaire de Jay avait l’air indemne. Jay hors d’halène tenta de reprendre son souffle. C’est lui dont je n’avais pas senti la présence, pensa Jay. Il est bien plus puissant que les deux autres et maintenir la protection de mes deux étudiants un peu trop zélés commence à devenir difficile…Je n’ai qu’une solution. Mais je ne suis même pas sûr d’avoir assez d’énergie pour lancer le sort de la vie.

Il s’apprêtait à prononcer les premiers mots du sort quand l’homme, d’un bond apparu devant lui et d’un geste si vif qu’il ne le vit pas bouger lui cassa le bras. De sa main libre, Jay le repoussa avec une force peu commune, due à l’énergie qu’il avait commencé à concentrer dans son bras pour accomplir le rituel. L’homme traversa sur plusieurs mètres le parc avant de s’écraser contre un arbre. Jay, le souffle court, tenait son bras incapable d’accomplir ce sort. Il leva les yeux vers ces étudiants, le champ de force qui les encerclait commençait à faiblir. Il allait leur dire de fuir mais l’homme s’était déjà relevé et était de nouveau prêt à attaquer. Il eut la mauvaise surprise de voir que son coup ne l’avait presque pas atteint.

Le sentiment de malaise qu’il avait ressenti s’amplifia jusqu’à lui couper le souffle. Maëve et Kaelys le ressentait aussi et étaient cloués sur place. Ils ne pouvaient fuir ainsi. Ca tournait mal, très mal.

Kaelys et Maëve assistaient impuissant au combat inégal entre les deux hommes. Leur maître commençait à montrer des signes de fatigue inquiétant, leur protection ne tenait qu’à un fil. Qui était cet homme, qu’est-ce qu’il lui donnait une telle force ? Tous les coups qu’il lui portait n’avaient aucun effet. Il semblait invulnérable, et le seul moment où ils avaient pu capter une certaine tension dans son attitude fut lorsque leur maître avait tenté le sort de la vie. Mais avec son bras inutilisable, ils n’avaient plus aucun recours à cette technique.

      Soudain, l’homme trouva une faille dans la défense de Jay et frappa de toutes ses forces. Jay fit un vol plané et se réceptionna difficilement, les membres tremblants. La barrière se dissipa complètement dans un bruissement sec. Jay mit ses dernières forces dans une dernière attaque après s’être péniblement relevé

-          Fuyez !

Mais l’homme balaya d’un geste le mouvement d’épée de Jay et l’envoya contre l’arbre. L’homme montra quelques signes de faiblesses dans son geste, mais il pouvait encore se battre. Jay se releva à nouveau, faisant face. Il n’avait plus aucune chance, si ce n’est gagner un peu de temps pour Maëve et Kaelys. Peut-être arriveraient-ils à s’échapper.

Maëve et Kaelys se regardèrent un instant. Les mêmes sentiments traversèrent leurs esprits au même moment. Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, ils ne fuiraient pas. Ils n’abandonneraient pas leur maître à cet homme. Ils s’avancèrent vers l’homme qui se dirigeait vers leur maître qui tenait à peine sur ses jambes.

-          Je vous conseille de ne pas faire un pas de plus si vous tenez à la vie.

Kaelys et Jay se retournèrent vers Maëve dont le ton les surprit tous les deux. Son énergie sous forme d’une aura bleutée fusait de tout son corps et l’épée qu’elle tenait maintenant d’une main assurée tremblait d’une lumière éblouissante. Jay comprit qu’elle avait su instinctivement utiliser toute l’énergie de la lame qu’il lui avait laissée. Elle ne fuirait pas, ni elle, ni Kaelys. Jay ferma les yeux et décida si c’était la dernière chose qu’il pouvait accomplir de leur faire totalement confiance. En quelques mots, il transféra le peu d’énergie qu’il lui restait dans la lame de Maëve et tomba inanimé.

-          Maître !

Kaelys joignit les mains et des milliers de gouttes d’eau se condensèrent une autant de pointes de cristaux ayant la dureté du diamant autour de lui. D’un geste, il les précipita sur sa proie pendant que Maëve l’attaquait de toutes ses forces.

D’un geste, l’homme arrêta les milles pointes acérées qui tombèrent dans un souffle sur le sol et de sa main libre il arrêta la lame crépitante de Maëve. Sous le choc, Maëve tomba lourdement sur le sol, les mains encore agrippées sur la garde de son épée. L’homme la frappa et elle se heurta violemment contre un arbre. Il s’avançait vers elle et Kaelys s’interposa.

Cet homme avait une force surhumaine, il avait repoussé les attaques de son maître d’un geste. Comment combattre un tel monstre ? A bien y réfléchir, le seul moment où il avait trahi une certaine appréhension lors de son combat avec son maître fut lorsqu’il avait commencé à lancer le sort de vie.

L’homme s’arrêta, pouvant à peine contrôler des spasmes violents qui lui parcouraient le corps. Une souffrance monstrueuse se trahissait sur ses traits. Mais Kaelys doutait que cette souffrance ait un quelconque rapport avec les attaques qu’il venait de balayer d’un geste. Il se reprit et continua à avancer. Kaelys tenta de s’interposer, mais il les frappa avec une force démesurée. Maëve tomba inanimée et Kaelys la prit sous son bras et se rapprocha de son maître. Il devait les protéger, il devait s’enfuir tous les trois. Il prit de la main crispée de Maëve l’épée. Et il ressentit l’énergie qui s’influait dans l’objet et dans son être. Incroyable ! Seuls les adeptes du clan de la terre pouvaient transmettre ainsi leur énergie. A cet instant il comprit pourquoi il n’avait pas réussis à utiliser les sorts du clan de la terre. C’était comme si la magie qu’ils utilisaient était de nature différente. Non pas différente, mais plutôt complémentaires. Maintenant, il savait qu’il pourrait non seulement utiliser les sorts des deux clans, mais qu’il pourrait le faire de façon bien plus efficace qu’auparavant.

- Inutile de tenter de fuir maintenant, gamin, tu ne fais pas le poids et ton maître le savait.

Il prit Maëve et son maître sous le bras et s’éloigna encore. Même en ayant compris comment utiliser la magie des deux clans de l’eau, il ne pouvait se mesurer à cet homme.

Soudain, une présence écrasante s’imposa à eux. Se détachant des ombres, une jeune fille aux cheveux noirs s’avança vers eux. Il ne pouvait distinguer son visage dans la nuit. Qui était-elle ? Comment cette jeune fille pouvait dégager une aura si effrayante. Jay releva la tête et à son air, Kaelys devina que son maître ne savait ce qu’il pouvait attendre d’elle, amie ou ennemie.

-          Je vous prie de bien vouloir me laisser m’occuper de lui, Mr Melania. Mr Malya m’avait dit que vous auriez peut être besoin d’aide ce soir.

Jay releva difficilement la tête avec l’aide de Kaelys. Le ton détaché et cérémonieux de la jeune fille était irréel.

-          Tu t’en sortiras seule ?

La jeune fille regarda les corps sans vie des deux autres hommes.

-          Il semblerait que vous m’ayez déjà bien simplifié la tâche, Mr. Malya vous attend, Kouriakov est avec lui. Vous feriez mieux d’y aller sans tarder.

Ses paroles s’adressaient plus à Kaelys qu’à son maître qui ne tenait plus debout. Sur ses mots, elle sortit une épée impressionnante et s’interposa entre l’homme et eux. L’homme porta un coup terrible qu’elle esquiva tout en lui portant un coup qui le mit à terre.

-          Dépêchez-vous, il se pourrait qu’il en vienne d’autres.

Jay eut à peine assez d’énergie pour le guider sur le trajet.

-          Qui était-ce, maître ? Qui étaient ces hommes ? Qu’est-ce qu’ils cherchaient ? Et qui est-elle ?

-          Et tu crois que je vais répondre aux questions impertinentes d’un de mes étudiants qui n’est pas capable de suivre un ordre aussi simple que celui que je vous ai donné. C’est quand même pas compliqué, qu’est-ce que vous comprenez pas dans le simple mot « fuyez »!

Kaelys se retourna vers son maître perdu dans une litanie du genre « les étudiants de nos jours… ». Voyant que tout son discours n’avait strictement aucun effet sur Kaelys, Jay reprit d’un air plus sérieux

-          Tu as réussi n’est-ce pas, tu l’as senti au plus profond de ton être ?

Kaelys repensa à l’énergie qui l’avait envahi lorsqu’il avait pris en main la garde de l’épée des mains de Maëve.

-          Oui, maître, j’ai enfin compris.

-          Je savais que tu pouvais y arriver, je n’avais simplement pas pensé que cela arriverait dans de telles circonstances. Mais trêve de blah blah, nous devons nous occuper au plus vite de Maëve, elle a été sévèrement touchée.

Il se dégagea de l’étreinte de Kaelys et prit Maëve dans les bras.

-          Dépêchons-nous, je n’aimerai pas faire une autre mauvaise rencontre sur le chemin. Mais je suis d’accord avec toi, elle est vraiment spéciale cette gamine, et je souhaite ne jamais voir le jour où elle sera dans l’autre camp.

Lorsqu’ils arrivèrent chez Malya, Maëve avait repris connaissance. Devant sa confusion, Jay se pencha vers elle.

-          Tout va bien Maëve, tout va bien. Il n’y a plus rien à craindre ici. On va soigner tes blessures et tu seras très vite de nouveau sur pieds.

-          Kaelys ?

-          Il est juste là, dit-il en désignant le lit d’à côté. Il va devoir aussi prendre un peu de repos, mais tout va bien pour lui, ne t’inquiètes pas et repose-toi.

Jay les regarda allongés sur deux lits côte à côte, chacun tourné l’un vers l’autres. Ses étudiants avaient fait preuve de plus de courage que bien des adultes qu’il connaissait. Et aussi une bonne part d’inconscience, pensa-t-il avec une pointe d’ironie qui lui était propre.

Mais ils avaient tenu tête à leur adversaires, ils n’avaient pas reculés, ni demandé grâce. Quand Kaelys avait vu qu’il n’avait aucune chance, il avait tenté avant tout de protéger son amie, et lui. Ils avaient risqué leur vie pour lui. Il ne l’oublierait pas. Maëve avait su faire preuve de capacités extraordinaires en utilisant de façon incroyable la lame qu’il lui avait laissée. Kaelys avait quant à lui comprit l’essence même de la magie de l’eau et en maîtrisait maintenant ses deux aspects. Cependant tout cela n’avait pas suffi. Seule cette fille pouvait se mesurer à lui. Il fallait un monstre pour se comparer à un autre monstre.

-          Je suis fier de vous, Maëve et Kaelys, mais comptez pas sur moi pour oublier que vous m’avez désobéi et pour vous le faire payer une fois que vous serez rétablis !

Le haussement d’épaule simultané de ces deux étudiants lui confirma ce qu’il pensait déjà. Ils n’étaient pas vraiment assoupis.

 

            Il sorti et retrouva Malya et la jeune fille sur le seuil. Déjà ! Elle était déjà là, le combat avait duré si peu de temps.

-          S’ils vous avaient obéi, vous ne seriez plus là pour leur faire la moindre objection, dit-elle.

-          Je vous remercie de nous avoir sauvés la vie. Sans vous…

-          Je n’ai rien fait, il était déjà à bout et ne pouvait déjà plus contrôler les premiers Signes. Si vous aviez utilisé toute votre puissance, vous en seriez venu à bout sans problème.

-          Peut-être. Malya, peux-tu prendre en charge Maëve et Kaelys lors de mon voyage.

-          Bien sûr, mais je crois savoir que Kouriakov tient particulièrement à les prendre sous son aile.

Jay acquiesça avant de s’effondrer. Il fut surpris de voir Lame se précipiter pour le retenir. Il était épuisé.

-          Vous devriez vous aussi vous reposer, nous vous avons préparé une chambre.

-          Merci.

Lame avait peut-être une puissance et une force démesurée, mais ce n’était pas un monstre, c’était avant tout une jeune fille. Et là, maintenant, il sentait qu’il pouvait lui faire confiance. Il le savait. Il vit une lueur de surprise dans les yeux de la jeune fille. Elle avait lu dans son Lya, elle savait exactement mot pour mot ce qu’il pensait. Jay se sentit désemparé devant ce regard si perçant qui lisait en lui comme dans un livre.

-          Ne vous inquiétez pas pour vos étudiants, je m’en occuperai moi-même.

Jay se laissa tomber dans l’inconscience.

 

Une onde mordante lui parcouru le corps et même les frissons glacés qui l’envahirent ne parvinrent à lui faire ouvrir les yeux. Une chape de plomb semblait lui avoir été directement greffée sous la peau, empoignant désespérément le moindre de ses muscles. Même les mouvements réguliers de sa respiration lui coûtaient une énergie terrifiante.

Des brumes de son demi-sommeil agité, les images brouillées de ce qu’il venait de vivre s’entremêlaient dans un chaos nauséeux. Le terrain d’entraînement, l’arrivée de leur maître puis de ses hommes. Maëve empoignant à deux mains l’épée flamboyante. Maëve. Son cœur s’affola. Elle était inconsciente quand il l’avait pris dans les bras, mais vivante. Il se souvint de l’incroyable soulagement qu’il avait alors ressenti. Il devait se lever, il devait aller la voir, savoir comment elle allait, s’occuper d’elle, il devait…Coupant court à ses pensées, il entendit un murmure, entêtant et proche. Une voix douce et profonde psalmodiait une étonnante homélie dans une langue aux accents dissonants dont il ne reconnaissait aucune racine, ni aucune sonorité familière. Une seule certitude lui venait à l’esprit. C’était un langage qui lui évoquait les mystères anciens des alcôves sombres des rites passés.

            Dans un ultime effort, il souleva une paupière lourde. A travers son regard flou, il la vit. La jeune fille qui les avait sauvé tous les trois. Elle était comme prostrée au-dessus du lit de Maëve qui affichait un air serein. La jeune fille répétait sans cesse cette litanie mystérieuse et une douce lueur bleutée se détachait d’elle entourant Maëve d’une chaleur bienveillante. La jeune fille avait totalement perdu son aura de destruction et de mort, seule la puissance, sans limite s’en dégageait comme les eaux d’un fleuve trop impétueux qui renversent toutes les digues qui se trouvent sur son passage. Personne ne pouvait contenir une telle force.

            Ne pouvant résister plus longtemps à l’appel de Morphée, Kaelys ferma les yeux et sombra dans un sommeil profond. Si quelqu’un pouvait s’occuper de Maëve, c’était elle. Elle était entre de bonnes mains, il savait qu’il pouvait lui faire confiance.

            Un rayon de soleil malicieux se glissa entre les pâles du rideau et le réveilla en douceur. Depuis combien de temps étaient-il endormi ? Des heures, des jours ? Non sans difficultés, il se redressa, les yeux encore clos. Il perçut un léger mouvement sur sa gauche. La jeune fille était encore là, sans la voir, il le percevait. Cette aura qui l’enveloppait était presque plus vivante, les yeux fermés. Il en décelait les nuances, les couleurs qui ondulaient tout autour d’elle. Il ouvrit doucement un œil, elle était en face de lui, perdue dans le velours rouge d’un immense fauteuil, tournée vers Maëve qui dormait profondément. Ne pouvant encore tenir sur ses jambes, il s’agrippa à l’accoudoir du fauteuil pour ne pas s’écrouler.

-          Vous ne devriez pas vous lever si tôt.

Curieusement, sa voix était très différente de celle qu’il avait entendu lorsqu’elle avait entonné les paroles anciennes de guérison qu’il avait entendu pendant la nuit. Elle était moins, plus… Son esprit encore un peu embrouillé avait du mal à se focaliser sur un mot. Sa main tremblait et il se rassit sur son propre lit pour calmer les battements de son cœur. Plus humaine, sa voix était plus humaine.

-          Maëve, comment va-t-elle ?

-           Elle est hors de danger, mais il lui faudra encore beaucoup de repos avant de se remettre d’une telle épreuve. Votre maître vous a fait subir à tous les deux une épreuve bien dangereuse.

-          Il n’avait pas vraiment le choix.

Kaelys fût surprit lui-même par le ton vindicatif de sa voix. Une part de lui avait rejeté instinctivement toute critique envers son maître. La jeune fille étouffa un sourire convenu.

-          J’en suis persuadée, ne vous méprenez pas. Le zéphina est un sort dangereux, mais il était nécessaire et il a permis de vous sauver la vie.

-          J’avais plutôt l’impression que c’est votre intervention qui nous avait sauvé la vie. Comment…

-          Vous me surestimez Mr Kane, vous aviez déjà fait tout le travail avant que je n’arrive.

Sa voix était neutre, nulle trace de modestie ou de moquerie dans ses paroles et dans son attitude. Pourtant si les souvenirs de Kaelys étaient encore un peu brouillés, il se souvenait parfaitement qu’avant l’arrivée de cette jeune fille, la situation était plus que compromise.

-          Je ne crois pas avoir retenu votre nom, mademoiselle.

-          Je ne crois pas vous l’avoir jamais donné, Mr Kane, avec un air malicieux.

Kaelys ne put s’empêcher une esquisse de sourire quand il croisa une lueur d’amusement dans les yeux de la jeune fille.

-          Il vous faudra encore quelques jours avant de recouvrir toutes vos forces.

-          Encore quelques jours…

-          Cela fait trois jours que vous êtes alités.

Trois jours ! Il avait réellement perdu toute notion du temps. .

-          Dès que vous serez rétablis tous les deux, Jonas vous mènera à son maître.

-          Mr Kouriakov.

C’était vers lui que Jay les avait envoyés quand ils étaient aux prises de ces trois hommes. La jeune fille aux cheveux sombres acquiesça et prit congé d’un hochement de tête rapide.

Même partie, il pouvait encore sentir sa présence envahissante dans la pièce. Qui était-elle ? Il doutait d’obtenir la moindre information de la part de son maître ou de quiconque. Encore une fois, il allait devoir ne compter que sur lui-même.

Il grimaça de douleur en forçant sur ses jambes flageolantes pour attendre le fauteuil pourpre tourné vers Maëve. Il s’y engonça du mieux qu’il put et tendit la main vers Maëve qui dormait paisiblement et ne lutta pas plus longtemps.

 

Quelques heures plus tard, Lame se rendit de nouveau dans la chambre. Cela faisait maintenant trois jours et trois nuits qu’elle avait veillée la jeune fille qui était en fin hors d’atteinte du sort. Le zéphina était un sort d’une puissance effroyable mais aussi extrêmement dangereux qui pouvait s’avérer fatal s’il était prolongé plus de quelques minutes. La combinaison du sort et des coups qu’elle avait pris l’avait rendu si fragile, qu’il lui avait fallu une attention constante pour la faire sortir du coma où elle était profondément plongée. Mais elle s’était battue et avait fait preuve d’une détermination et d’une énergie sans faille. Cette jeune fille était véritablement hors du commun, de même que le jeune homme, ce Kaelys Kane. Il avait une connaissance instinctive de la magie ce qui lui avait permis de maîtriser lors du combat les deux aspects de la magie du clan de l’eau. Et dans un état de fatigue extrême, il était entré dans une sorte de transe qui  lui avait même permis d’apercevoir les contours de son propre lya. Comme en était capable son maître.

Vous avez bien choisi vos élèves, Mr Melania, pensa-t-elle. Mais s’il était capable de déchiffrer sans toutefois en être pleinement conscient le Lya des personnes de son entourage, il ne lui était pas difficile de se trouver des élèves exceptionnels. Ni d’évaluer ses adversaires comme ses alliés avec une acuité hors du commun, ajouta-t-elle à ses réflexions  en repensant à la façon dont il l’avait dévisagé avant de s’effondrer. Elle savait une autre chose sur Jeremiah Melania, il lui faisait confiance. Et sans trop savoir pourquoi, cette pensée était plus que réconfortante.

            Quand Lame entra dans la chambre, elle vit Kaelys endormit dans le fauteuil de velours, la main tendue vers celle de Maëve qui dormait paisiblement. Elle referma le plus doucement possible la porte et retourna sur ses pas.

 

Kaelys se leva doucement. Son esprit lui criait qu’il se sentait mieux que jamais et qu’il avait assez traînassé dans ce lit douillet. Seules ses jambes chancelantes semblaient légèrement en désaccord avec cette bouffée délirante d’optimisme. Mais il avait suffisamment repris des forces pour se lever et sortir de la chambre. Maëve dormait paisiblement sur le lit à sa droite. Son cœur s’affola une seconde lorsque les images de cette nuit défilèrent à la manière d’une pellicule qu’un projectionniste fou aurait accélérée plus que de raison. Il chassa d’un geste les vestiges du souvenir douloureux de cette nuit. Puis, tentant de faire le moins de bruit possible, il referma la porte derrière lui et sortit pour la première fois en plusieurs jours dans le petit jardin de la villa. Les rayons d’un soleil brut l’éblouirent quelque peu avant qu’il ne distingue un petit banc de bois blanc en face de lui. Faisant taire les tremblements récalcitrants de ses jambes, il s’y aventura. Il accueilli son refuge avec un soupir de soulagement.

-          Tu ne devrais pas te lever aussi tôt.

Surpris par cette voix qui sortait de nulle part, Kaelys se retourna. Un jeune homme du même âge que lui, aux cheveux sombres et à l’attitude curieusement désinvolte se tenait en face de lui. Comment avait-il put surgir ainsi de nulle part sans qu’il n’ait ni perçu le moindre bruit ou mouvement ?

-          J’avais besoin de sortir.

Le jeune homme afficha le sourire le plus énigmatique que Kaelys eut encore jamais vu et s’assit à ses côtés sur le banc

-          Je peux comprendre. Avec votre amie, vous devriez avoir récupéré toutes vos forces dans un jour ou deux. Normalement après un tel sort cela aurait dû prendre encore une bonne semaine, mais elle a été d’une redoutable efficacité.

Kaelys avait curieusement l’impression de surprendre les pensées du jeune homme, comme s’il exprimait tout haut ses pensées.

-          Elle ?

-          Celle qui s’est occupé de vous.

-          Surtout celle qui nous a sauvé la mise là-bas.

Kaelys scruta le visage du jeune homme où absolument rien ne transparaissait. Que savait-il sur ce qui leur était arrivé ? Que savait-il sur elle ? Qui était-elle ? Qui était-il ? Cette conversation prenait un tour surréaliste.

-          Dès que vous serez remis, je vous conduirais moi-même chez mon maître.

-          Vous êtes l’élève de Mr Kouriakov ?

-          Jonas, répondit-il sous la forme d’une présentation.

Les nombreuses questions de Kaelys moururent sur ses lèvres lorsque Jonas prit succinctement congé en se levant et se dirigeant vers la maison.