Chapter 43

par Mecanic heart







La nuit s'était effrondrée en silence sur le jardin d'étoiles. Les arbres d'une douce pâleur se retrouvaient jonchés de papillons nocturnes tandis que des lueurs d'or dansaient à la surface de la fontaine de vielles pierres. Une clarté bleutée éclairait cet univers vide, berçant cet espace comme le doux songe qu'il était, irrémédiablement perdu dans les tréfonds d'une imagination solitaire. Le temps n'existait pas ici, il n'y avait qu'un lieu secret, gardé au plus profond du cœur de la silhouette sombre qui se trouvait assise dans l'herbe tendre, accoudée contre la margelle d'obsidienne, contemplant les sillons argentés sur l'onde endormie. Au fond de la fontaine tombant en ruine, brillaient des objets avec plus ou moins d'intensité. Des morceaux tous très différents qui reposaient sur un lit d'algues de jade, attendant que l'on daigne les repêcher. Il y avait parmi les trésors oubliés, une aile de papillon orangée, un sabre à la lame émoussée, un cœur qui battait en un rythme écorché et une couronne dorée qui se remémorait le temps où elle coiffait le roi. D'autres curiosités avaient coulé dans l'eau immortelle, et il aurait presque été étrange de les y trouver si elles n'y avaient pas eu parfaitement leur place. L'entité passa un main à la surface, troublant son reflet qu'elle était parvenue à haïr. Un minuscule dragon nivéen vint voleter au dessus de sa tête couverte d'une capuche ample. La bête fabuleuse laissait dans ses traces des particules incandescentes qui s'éteignaient avant d'avoir touché terre. L'ombre esquissa un sourire et tendit une main éthérée, aussi imaginaire que l'univers qu'elle s'était bâtit. La créature souffla une nuée d'étoiles opalines de ses naseaux et plongea dans l'océan de soie sombre que formait la nue tout autour.
L'esprit se leva et jugea des yeux le monde qui s'étendait à ses pieds. Tout cela n'avait aucun sens. C'était bien trop beau pour exister. Il effleura le ciel, et quelques flocons sans couleur en chutèrent tristement. Le passé est le passé murmurait-il pour lui-même, seul, seul dans ce monde qu'il avait érigé à l'épreuve de la vie. Corps sans âme, âme inerte, personne ne comprenait jamais.
L'être s'abima dans la contemplation des galaxies qui l'entourait. Les constellations glissaient avec langueur sur la toile de rêves qu'il avait lui-même peinte, les douleurs s’entremêlaient au dessin, projetant de vagues souvenirs d'une mémoire déchirée, et des étincelles d'une pureté glaciale traçaient des fils éphémères dans ces cieux intangibles. Une libellule s'effaça comme une esquisse au fusain et de la poussière laiteuse qu'elle forma, un minuscule cheval de fleur prit vie avant de s'élancer en un millier de pétales. L'auteur de ces merveilles ouvrit la bouche pour parler, et lorsqu'un murmure franchit ses lèvres brisées, le jardin secret s'effondra.


-Aah !
-Tais-toi. Répondit une voix endormie au songe de l'ombre.
La forme sombre se leva en silence et alla s'accouder au rebord de la fenêtre. Au dehors, la neige tombait lentement, chuchotant qu'il valait mieux rêver que vivre.
Mais l'on s'éveille toujours des rêves.
Ne pourraient-ils durer à jamais ?