Comatose girl can still remember

par Mecanic heart




Pourquoi un monde ? Pourquoi notre monde ?
Le sais-tu, toi qui nous regarde en riant ? Cette question tourne dans la lumière vespérale de l'après-midi égaré, et je commence à me demander si nous sommes bien réels. Pourquoi le serions-nous après tout ? Avons-nous plus d'importance que les rêves ? Que les légendes et les contes qui ont traversé les âges ? Et si toute cette réalité dont on se targue n'était qu'un songe, une illusion ? Qu'adviendrait-il au réveil ? Je serais curieuse de découvrir un nouvel univers. Peut-être que là-bas, la magie, l'amour et l'espoir sont bien vivants. Peut-être que tous ceux qui sont fous ici, sont sages dans ce monde qui serait le bon. Ce serait drôle, je pense qu'on pourrait y être heureux, ou du moins qu'on serait moins triste qu'à présent.
Dis-moi, penses-tu sincèrement qu'il faille vivre à tout prix ?
Parce que la mort me paraît l’apogée de la perfection. Les chaînes dorées que nous nous sommes imposé rouilleront-elles si nous continuons de pleurer ? Quelqu'un viendra-t-il me sauver si je suis sur le point de sauter de cette falaise ? L'amour et l'espoir caresseront-ils mes nuits de songes glorieux si je demeure sous la voûte étoilée en priant ?
J'ai parfois la conviction qu'il suffirait de fermer les yeux. Se rouvriraient-ils d'eux-même ? Je crois plutôt qu'ils resteraient clos à jamais. Et si tous ces mots absurdes prenaient un sens, reviendrais-tu ? Je sais que le pays des songes immortels est sans doute le plus bel endroit qu'il puisse exister si on exclue les landes, mais je t'attends depuis si longtemps. J'en suis réduite à coucher mes mots sur des pages vides, ma gorge sèche s'étant tarie de toute larme, plus aucune bribe désossée ne passe.
Il m'arrive de regarder cette réalité éphémère et de soupirer devant tant de beauté précaire et de cruauté fabuleuse. Plus rien n'est semblable en ton absence, et ce qui hier me plaisait, m'apparaît désormais fade et incolore. Tu m'as demandé il y a longtemps si j'aimais ce monde. Ma réponse t'a fait sourire, t'en souviens-tu ?
J'aimais tous les univers où tu étais présent.
Ceux des rêves qui n'ont pas de frontières, où les histoires d'antan étaient notre quotidien et où je pouvais te contempler à loisir. Quand tu existais encore.
Alors, je continue d'ignorer ceux qui crient qu'il faut se réveiller. Qu'il faut vivre ses rêves et non rêver sa vie. Mais cette existence là possède-t-elle des ailes ? Connaît-elle la liberté, les combats sanglants et les éternités des étoiles ? Cette vie qu'on veut m'imposer, se rend-elle compte à quel point tu me manques ?
Je ne veux pas ouvrir les yeux. Car tu ne seras pas à mon chevet. Je serais seule dans ce lit aux draps blancs qui pourraient être les voiles gonflées d'un bateau qui nous mènerait vers nos terres, si seulement il y avait une quelconque raison de s'y rendre maintenant. Alors, je fais semblant de remuer un cil mais rien ne bouge, les voiles blanches ne retiennent pas le vent et je demeure sur le sommier dur, cette aiguille bleue plantée dans la chair, reliée à une machine ronronnante qui analyse mon cœur.
Il ne reste que l'imagination. Celle qui me donne l'inébranlable conviction que tout n'est pas finit. Car on ne peut pas se quitter comme cela, non ?
Tu ne m'as même pas dis au revoir. Je ne l'oublierai pas, tu sais. Le vent dans mes cheveux défaits n'avait jamais atteint pareille vitesse, et les rugissements de notre monture d'acier m'emplissaient les oreilles.
J'étais l'amour de ta vie, tu ne cessais de le chanter dans ce crépuscule merveilleux. Pourquoi donc le splendide horizon a-t-il disparu ? Je ne crois pourtant pas qu'il y avait autant d'écarlate dans mes souvenirs.
Où que tu sois, même si c'est loin d'ici, dans un monde différent du mien, là où tu aurais ta place, reviens. Toi que j'aimais par dessus tout, viens avec moi. Nous avons encore tellement de mondes à parcourir.
Car tu les a tous aimé.