Ino change d'humeur

par Florana

Chapitre 7 : Ino change d’humeur

 

Le mois d’octobre approchait à grands pas mais Hinata n’était pas pour autant ressortie depuis le mercredi où elle avait rencontré Ino. L’étrange ton sec de cette dernière et la demande de Kiba l’avaient perturbées au point qu’elle avait décidé d’attendre un peu avant sa prochaine sortie entre amies. Temari avait aisément compris la chose et l’avait laissée tranquille sur ce sujet. En revanche, ce n’était pas le cas de Sakura qui, vexée d’avoir été laissée en arrière ce jour-là, la harcelait de plus en plus. C’était par ailleurs ce qu’elle avait entrepris de faire ce matin-là alors que Hinata tentait malgré tout de suivre le cours de SVT.

– Mais pourquoi tu refuses tout le temps ? demanda Sakura en cachant mal son agacement.

– Peut-être qu’elle n’a pas envie de te voir, suggéra Temari avec son sarcasme habituel.

– Heu… Non, non, bafouilla Hinata, prise entre ses deux camarades de classe. Ce n’est pas ça…

La classe de SVT faisait partie des salles où les tables du milieu comportaient trois places et Hinata commençait à regretter de plus en plus cette situation. Elle trouvait Temari et Sakura très sympathiques et très gentilles, chacune mise à part, mais, lorsqu’elles se retrouvaient toutes les deux, Hinata ne savait plus où se mettre et avait l’impression d’étouffer.

– Mais alors qu’est-ce qu’il y a ? insista Sakura en se penchant davantage vers elle. T’as pas de temps libre, peut-être ?

– Si, si…, répondit Hinata en se demandant ce qu’elle devait répondre. Tu… tu sais, j’aimerais bien qu’on se voie mais Neji n’est pas trop d’accord et…

– Et tu l’écoutes toujours, ton cousin ? la coupa Sakura en manquant de s’énerver.

– Heu… bah… bah oui.

Sakura leva les yeux au plafond l’espace d’une seconde. Elle n’aurait jamais pensé que Neji devienne un obstacle aussi gênant. Elle avait déjà essayé de l’approcher, celui-là, mais il restait impénétrable et elle n’arrivait pas à le cerner. De plus, elle avait clairement vu qu’il ne la portait pas dans son estime et avait rapidement décidé de l’ignorer.

– Mais pourquoi, Hinata ? demanda-t-elle d’une voix plus douce. Si tu écoutes toujours ton cousin, comment veux-tu devenir indépendante ?

– In… Indépendante ? répéta Hinata.

La vérité était que ce mot lui faisait bien plus peur qu’envie. Indépendante signifiait se débrouiller seule et ne compter que sur elle-même sans personne pour la guider. Si elle pouvait rester sous la tutelle de son cousin, Hinata ne demandait pas mieux.

– Bah oui, pouvoir faire ce que tu veux, ne pas te soucier des autres et surtout ne pas t’interdire quoique ce soit à cause de l’avis de ton cousin ! expliqua Sakura d’un air confiant.

Hinata baissa les yeux vers son cahier et commença à réfléchir à ces paroles. N’était-ce pas son but de réussir à ne plus se soucier des autres ? C’était en tout cas l’avis de Neji. Il lui en avait longuement parlé et il était vrai que cette manie de se soucier du regard extérieur lui pourrissait l’existence. Le seul problème était qu’elle ne réussissait pas à s’en débarrasser. Peut-être qu’après tout Sakura pouvait l’aider.

– Bah, je… je vais lui en reparler si tu veux, proposa-t-elle.

– Bonne idée ! approuva Sakura. Et ne te laisse pas faire !

Hinata acquiesça bien que le cœur n’y était pas. Elle savait qu’elle n’aurait pas la force de contredire l’avis de Neji.

 

Le professeur Jiraiya, lui, observait la classe d’un air sceptique. Son regard passait frénétiquement de Naruto et Lee qui ne cessaient de discuter à Sakura qui était complètement penchée sur sa voisine. Ils ne pouvaient donc pas se retenir de parler ne serait-ce que quelques secondes ? Heureusement, Jiraiya avait la solution.

– Mademoiselle Hinata, veuillez échanger de place avec votre camarade Rock Lee, ordonna-t-il.

Hinata leva brusquement la tête et rougit, comme si elle avait été prise en faute. Elle jeta un coup d’œil à Lee et s’aperçut qu’il était assis quelques rangs devant elle, juste à côté de Naruto. Hinata crut qu’elle allait s’évanouir. Naruto l’intimidait bien plus que les autres pour la simple raison qu’il la fascinait. Elle était émerveillée par son naturel et ses paroles franches, sans aucune hésitation. Elle admirait également son courage de dire ce qu’il pensait et ses blagues qu’il sortait sans aucune gêne. Hinata pouvait donc passer des heures à l’observer mais tremblait à l’idée de se retrouver à ses côtés.

– Oui… oui, Monsieur, bredouilla-t-elle en ramassant ses affaires.

Elle se leva et vint poser son sac à sa nouvelle place tandis que Lee s’en allait après un dernier clin d’œil pour Naruto. D’ailleurs, ce dernier ne manqua pas d’engager la conversation dès que Hinata fut installée :

– Hinata, t’aurais pas du scotch, par hasard ?

Hinata rougit avant d’acquiescer, faute de ne pas pouvoir parler. Sa gorge était tellement serrée qu’elle avait l’impression d’étouffer. D’une main tremblante, elle prit son rouleau et le lui tendit.

– Merci, répondit Naruto en le prenant, sans pour autant deviner le trouble qu’il avait créé chez sa voisine de classe.

Aussitôt, il se retourna et commença à parler à Sasuke. Celui-ci ne disait pas un mot, se contentant d’arquer un sourcil à certains propos de son ami. Hinata, soulagée de voir que Naruto ne s’intéressait plus à elle, essaya de se reconcentrer sur le cours.

 

A l’inverse de Hinata, le changement de place n’avait en rien perturbé Lee. Assis entre Sakura et Temari, il avait rapidement entamé une nouvelle conversation :

– Me voilà donc assis entre deux charmantes demoiselles ! Je suis gâté dites-moi !

En disant ces mots, sa tête tourna peu à peu vers Sakura. Ce détail exaspéra cette dernière. Pourquoi fallait-il qu’elle attire un type aussi laid ? Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait la nette impression qu’il l’observait depuis la rentrée et ce détail l’énervait au plus haut point. Non seulement il l’ennuyait mais, en plus, elle ne voulait surtout pas qu’Itachi s’aperçoive qu’un garçon aussi ringard puisse la trouver intéressante.

– Tu ne pourrais pas aller embêter Temari ? suggéra-t-elle en se retenant de le frapper.

– Allons, Sakura, tu as un admirateur, ce n’est pas une façon de le traiter, répliqua celle-ci d’un air satisfait.

– Oh, ça n’ira pas plus loin qu’admirateur, assura Lee. Tenten m’en voudrait beaucoup trop !

Sakura soupira d’agacement. Elle avait oublié que Lee avait une copine et, à vrai dire, cet état de fait dépassait son entendement. Comment un type aussi laid pouvait-il réussir à attirer une fille ?

En tout cas, Temari ne le jugeait pas repoussant. Lee était un peu niais, certes, mais avec un cœur d’or, qualité que Sakura semblait incapable de voir. Aussi, elle n’hésita pas à lui demander :

– Au fait, ça se passe bien avec Tenten ?

– Très bien, répondit-il. J’ai été un peu à côté de la plaque au début de l’année avec elle mais, depuis deux semaines, ça va beaucoup mieux !

Temari eut un sourire satisfait. Apparemment, Tenten avait retenu le conseil qu’elle lui avait donné lors de leur rencontre. Les deux filles n’avaient pas encore eu beaucoup l’occasion de se reparler mais elles s’étaient déjà retrouvées à la même table pour manger. Ce simple fait les avait rapprochées bien plus qu’il n’y paraissait.

 

En effet, Tenten était satisfaite d’elle-même. Tout en suivant d’une oreille distraite le cours de chimie, elle faisait rouler son stylo entre ses doigts à une vitesse impressionnante. En réalité, elle était complètement plongée dans ses pensées et ses yeux rêveurs étaient fixés sur le tableau sans le voir pour autant. Elle se félicitait intérieurement d’avoir rencontré Temari et, surtout, de ne plus penser à Neji.

Ce que Tenten était bien loin de s’imaginer, c’était qu’à force de se répéter qu’elle ne devait plus penser au beau Neji, son esprit se focalisait sur lui petit à petit. Cependant, elle était encore trop heureuse pour s’en apercevoir et continuait distraitement à jouer avec son stylo, un léger sourire sur les lèvres.

A ses côtés, Shikamaru l’observait d’un air presque surpris. Il avait fait sa connaissance par l’intermédiaire d’Ino mais Tenten s’était rapidement adaptée à leur groupe sans avoir l’air de s’incruster. Cette facilité à aller vers les gens lui avait d’ailleurs longuement rappelé sa meilleure amie.

– Au moins, on peut dire qu’il y en a une qui s’amuse, soupira-t-il, un peu envieux.

Tenten perdit son sourire instantanément, sortant de ses pensées, et se ressaisit pour fixer le tableau des yeux.

– Tu parles, je n’ai pas le temps de m’amuser, bougonna-t-elle. Si je veux avoir plus que huit la prochaine fois, j’ai intérêt à suivre !

– Huit ? répéta Shikamaru. Tu n’aimes pas la chimie ?

– Je n’y vois aucune logique ! Enfin, toi c’est sûr que t’as pas à t’en faire, tu piges tout du premier coup. Et le pire c’est que tu ne fiches rien !

Les lèvres de Shikamaru s’étirèrent un peu. Il était vrai que son intelligence naturelle lui apportait un excellent avantage. Réussir sans travailler était un luxe qu’il avait toujours pu s’offrir jusqu’à présent et, même s’il ne s’en vantait pas, il en tirait une certaine fierté.

 

Un peu plus loin, Ino était étrangement silencieuse, comme si la composition des molécules avait fasciné son esprit. Il en allait de même pour Kiba, assis à côté d’elle. La seule différence était que lui n’affichait pas cet air serein et placide. Il paraissait très franchement préoccupé et fixait le dessin qu’il venait de créer comme s’il ne le voyait pas.

– Ino ? appela-t-il au bout d’un moment.

– Mmh ? Qu’est-ce qu’il y a ?

– A ton avis, est-ce que Neji va me tuer si j’approche à nouveau sa cousine ?

Ino fronça les sourcils, visiblement agacée. Depuis la réplique cinglante de Neji, le jour de la sortie au centre commercial, Kiba avait calmé ses ardeurs concernant Hinata. Elle avait espéré que cette passion aussi subite qu’étrange lui était passée mais elle découvrait qu’en réalité elle la travaillait régulièrement.

– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ? demanda-t-elle d’un ton sec.

– Oh, je voulais ton avis, c’était tout, répliqua Kiba, vexé par le ton de son amie. Je pensais que t’étais assez diplomate pour aller lui parler.

– Je ne compte pas devenir ambassadrice.

– Non, mais vu que t’es habituée à aider à la boutique de tes parents…

Ino lui jeta un regard noir avant de replonger son attention vers le professeur, un certain Asuma Sarutobi. Kiba soupira et laissa son regard vagabonder à travers la salle. Depuis quelques temps, Ino était devenue beaucoup plus distante et s’énervait beaucoup trop souvent à son goût. Il ne savait expliquer ce changement. Il avait un instant pensé qu’elle avait eu une conversation plutôt décevante avec Sasuke mais, si cela avait été le cas, elle aurait sans doute fondu en larmes au lieu de passer sa colère sur lui. Non, il y avait forcément autre chose.

– Bon, dans ce cas je demanderai à Tenten, conclut-il.

– Tenten n’est pas à l’aise avec Neji, rétorqua Ino, fière d’avoir contrecarré ses plans.

– Alors Temari.

– Tiens, avec elle aussi tu as fait connaissance ?

– Un peu, oui, mais au pire j’aurai Shikamaru et son charme irrésistible pour m’aider à l’approcher.

Ino détourna rapidement les yeux vers son meilleur ami, cherchant ce que Kiba voulait dire par là.

– Il avait l’air un peu piqué au vif pourtant quand elle lui a parlé, fit-elle remarquer.

– Qui aime bien, châtie bien ! répliqua Kiba non sans fierté.

Ino secoua la tête, signifiant qu’elle trouvait ce proverbe stupide, et abandonna définitivement la conversation. Elle avait l’impression que plus elle lui parlait, plus cela l’énervait. Kiba dut le comprendre car il eut une moue déçue avant de retourner à ses dessins.

 

Dans la salle de SVT, Hinata avait l’impression d’étouffer. Elle avait encore un bon quart d’heure à passer près de Naruto et sentait les minutes s’allonger d’une manière désespérante. Jiraiya était un excellent professeur, outre sa fâcheuse manie d’apprécier avec trop d’insistance les décolletés de certaines lycéennes, mais elle ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir pour l’avoir mise dans cette position.

Derrière, elle entendait clairement Lee tenter de lier un contact désespéré avec Sakura. Même à ses côtés elle aurait sans doute été plus à l’aise. La vérité était que, Naruto lui plaisant énormément, elle avait peur qu’on le découvre. Elle adorait quand Kiba lui parlait de lui, de ses façons d’agir, de ses farces, de sa manière de se lier avec quiconque croisait son chemin comme s’il exerçait la force d’un aimant. Pour elle, passer un moment avec Kiba signifiait en apprendre davantage sur Naruto.

Evidemment, cela l’avait fortement perturbée quand Kiba lui avait proposé de se voir en dehors des cours. D’ailleurs, depuis ce jour-là, il l’approchait beaucoup moins et, malgré sa crédulité, Hinata se doutait que cela avait un lien avec son cousin. Neji s’était encore probablement mêlé de ses affaires.

Soudain, sans prévenir, le calme relatif qui entourait Hinata fut brisé par le ton joyeux de son voisin :

– Dis, Hinata, t’aurais pas de la ficelle ?

Hinata sentit son souffle s’affoler avant que le rouge ne regagne ses joues. Il lui sembla qu’il faisait encore plus chaud qu’auparavant. Le visage de Naruto était à quelques centimètres du sien et il lui souriait innocemment, ignorant totalement son trouble. Retrouvant peu à peu sa voix, elle se décida à parler.

– De… de la ficelle ? répéta-t-elle.

– Oui, affirma Naruto. T’en as pas ?

Hinata secoua la tête. En plus de la gêne qu’elle éprouvait, elle ne comprenait pas du tout en quoi de la ficelle pouvait bien être utile à Naruto.

– Ah, mais je suis bête ! s’exclama-t-il subitement. J’en ai au fond de mon sac !

Aussitôt, il se baissa et commença à farfouiller parmi ses affaires. Sentant que les battements de son cœur se calmaient, Hinata laissa sa curiosité l’emporter et suivit d’un air attentif ce que son voisin préparait.

Quelques instants plus tard, Naruto sortit de son sac une longue ficelle blanche, un air de triomphe plaqué sur le visage. Puis il noua l’une des extrémités autour d’un pied de table et tendit l’autre à son meilleur ami.

– Sasuke, fait passer ça à ceux d’en face, lui ordonna-t-il.

Hinata crut d’abord que Sasuke n’allait pas répondre puisqu’il n’était pas du genre à parler. Elle avait d’ailleurs du mal à s’expliquer ce fait car il était clair qu’il n’était pas un garçon très timide.

– Naruto, t’as pas fini de faire le gamin ? demanda-t-il d’un ton exaspéré.

– Fais passer, insista Naruto, ne perdant pas son sourire malgré cette remontrance. Allez, ça te décoincera un peu !

Sasuke resta impassible durant quelques secondes avant de prendre machinalement l’autre bout du fil. Il se tourna vers le garçon assis de l’autre côté de l’allée et le lui tendit.

– Fixe-le au pied de la table, expliqua-t-il.

Naruto eut un sourire satisfait. Hinata fut étonnée de voir que Sasuke semblait connaître ce coup. Apparemment, les deux garçons étaient bien plus liés qu’il n’y paraissait.

Pendant ce temps, Jiraiya poursuivait l’étude des planètes. Il faisait partie de ces professeurs qui ne pouvaient s’empêcher de parcourir leur classe durant leurs cours. Naturellement, Naruto avait noté ce détail dès les premiers jours – tout comme le côté pervers qu’il rappelait à certains instants, ce qui avait le don d’énerver le professeur – et c’était pour cela qu’il avait décidé de rendre l’heure plus intéressante à l’aide d’un vulgaire bout de ficelle.

L’effet escompté ne tarda pas à venir. Jiraiya, le regard oscillant entre son livre et la tenue de quelques élèves féminines, ne vit pas le piège qui lui était tendu. Sa jambe butta dans la ficelle et, par le stratagème mis en place, les tables concernées furent attirées vers l’allée. Ce brusque mouvement fit tomber plusieurs trousses à terre et créa un brusque désordre dans la classe, sortant les élèves de leur torpeur.

– Bah alors, monsieur, vous auriez pu faire attention ! s’exclama Naruto d’un ton ironique, stimulant ainsi le rire de certains.

Jiraiya contempla le désastre et mit quelques secondes à comprendre avant de porter un regard noir vers l’élève qui le narguait.

– Naruto ! s’écria-t-il. Quand cesseras-tu de te comporter en gamin puéril pour devenir un lycéen ?

– Quand vous cesserez de mater ! répliqua la blond, ne manquant pas de toupet.

Jiraiya allait s’énerver pour de bon mais le bruit de la sonnerie calma ses ardeurs. Il observa d’un air désolé les élèves qui rangeaient déjà leurs affaires avant de déclarer :

– Le cours est fini pour aujourd’hui. N’oubliez pas de faire l’exercice sur les planètes telluriques pour la prochaine fois !

Tandis que Sasuke remettait sa table en place et ramassait ses affaires avec l’aide de Naruto, Hinata ne put s’empêcher d’observer ce dernier durant quelques secondes. Décidément, ce garçon l’étonnait vraiment. Il débordait d’énergie et ne manquait pas une occasion pour faire partager un instant de rigolade avec les autres élèves, cela dusse-t-il mettre en rogne ses professeurs.

– Hinata, tu viens ?

Hinata se tourna vers Sakura et la rejoignit rapidement. Celle-ci s’était manifestement débarrassée de Lee, sans doute en lui suggérant d’aller retrouver sa copine.

– Tu manges avec qui ce midi ? demanda-t-elle en sortant de la salle.

– Heu… bah avec Temari, comme d’habitude.

Hinata se rappela alors qu’on était jeudi et que Temari allait sans doute encore manger avec Tenten et Ino, comme la semaine précédente. Hinata se souvenait parfaitement du malaise qu’elle avait éprouvé lors de ce repas. Elle avait senti une certaine forme de colère chez Ino à chaque fois qu’elle posait le regard sur elle et, du coup, s’était murée dans un silence imperturbable, n’osant même pas suivre la conversation et attendant que le repas se finisse.

– Ah, fit Sakura, visiblement déçue. Et tu ne voudrais pas manger avec moi pour une fois ?

– Heu… Si, bien sûr ! répondit Hinata, soulagée de ne pas devoir encore une fois affronter l’air sévère d’Ino.

Sakura lui adressa alors un sourire, ravie de pouvoir enfin gagner du terrain sur Temari. Elle la salua et commença à s’éloigner.

– Ah, te voilà, Hinata ! s’exclama Temari en s’approchant. Tu as vu Naruto ? Enfin, tu ne pouvais pas le louper, t’étais à côté de lui. Un vrai numéro, celui-là ! Enfin, faudrait qu’il se calme un peu, ça pourrait quand même lui apporter des ennuis.

Hinata approuva d’un signe de tête. Elle n’écoutait presque pas ce que lui disait son amie, cherchant une façon de lui annoncer sa décision. Elle avait peur que Temari lui en veuille pour cette pseudo trahison.

– Temari, je mange avec Sakura ce midi, dit-elle en se forçant à ne pas bégayer. Ça ne te dérange pas ?

Hinata commença à serrer les dents, comme si elle craignait la réaction qui allait suivre. Cependant, Temari se contenta de hausser les épaules avant de répondre :

– Bien sûr que non, si c’est ce que tu veux ! On fait un tour ?

Hinata accepta, soulagée de voir que les choses se passaient bien. Les deux filles s’éloignèrent du couloir des sciences pour se diriger vers la cour.

 

Sasuke sortit en dernier de la salle, accompagné de Naruto. Ce n’était pas la première fois qu’il le voyait mettre ses farces en œuvre ni qu’il l’aidait à réparer les dégâts. Cette particularité puérile de Naruto aurait sans doute dû l’énerver mais, même s’il ne l’admettrait jamais, cela rendait ses journées moins ennuyeuses, moins fatigantes et surtout l’éloignait pour quelques heures de ses problèmes d’argent.

– Hé, hé, j’ai cru que le pervers allait me bouffer ! avoua Naruto en passant une main dans ses cheveux. Ah, la prochaine fois Sasuke, je verrais bien un truc pour Monsieur Umino…

Tandis qu’il débitait ainsi, les deux garçons parvinrent dans la cour du lycée. Le regard de Sasuke se posa alors sur un couple qu’il appréciait de moins en moins au fur et à mesure qu’il se formait : Itachi et Sakura discutaient tous les deux un peu plus loin.

Naruto s’arrêta brusquement. Le silence n’était pas le même que d’habitude car il sentait que Sasuke ne l’écoutait plus. Il fixa son ami quelques secondes puis suivit son regard.

– Ah, Sakura, soupira-t-il. Tu ne supportes toujours pas de la voir fréquenter ton frère, hein ?

Naruto se souvenait parfaitement de cet après-midi où Sasuke était venu sonner chez lui pour se changer les idées. Après quelques heures de jeux vidéo, il avait réussi à arracher à son meilleur ami ce qui le tracassait : Sakura avait encore croisé son chemin et celui d’Itachi par la même occasion.

– Je m’en fiche royalement qu’elle fréquente Itachi, répliqua-t-il d’un ton cinglant. Ce qui m’énerve, c’est qu’elle n’arrête pas d’appeler !

Naruto leva les yeux au ciel, se rappelant les yeux furieux de Sasuke lorsqu’il était arrivé le jeudi matin pour annoncer que Sakura Haruno avait son numéro de téléphone.

– Arrête donc de faire une fixation sur cette fille, lui conseilla-t-il. Si elle t’énerve tant que ça, t’as qu’à l’ignorer !

– Mais, c’est ça, le plus énervant ! répliqua brutalement Sasuke. Je n’arrive pas à l’ignorer !

Le teint de Naruto blêmit légèrement et son regard se fit tout à coup très sérieux. Il comprenait que Sasuke était réellement énervé, ce qui arrivait très rarement, et il valait mieux ne pas insister.

– On va rejoindre les autres ? proposa-t-il au bout de quelques secondes de silence.

– Vas-y, j’ai besoin d’être un peu seul.

– Tu es sûr que tu ne veux pas que je reste ?

Le bout des lèvres de Sasuke se redressa légèrement et il répliqua :

– Idiot, je peux très bien m’en sortir seul ! Allez, va rejoindre les autres.

Naruto acquiesça, presque rassuré, et se mit en quête de Kiba, Ino et Shikamaru. Sasuke jeta un dernier regard à son frère et s’éloigna, les mains dans les poches.

 

La classe de 2°8 sortait à peine de la salle de chimie que Kiba avait entrepris de retenter sa chance avec Ino.

– T’es sûre que tu ne veux pas parler à Neji ? Allez, soit cool, Ino !

Ino accéléra le pas, sentant la colère monter en elle. Elle appréciait de moins en moins la fascination que Hinata exerçait sur Kiba et, comble du tout, celui-ci lui demandait de l’aider. Cette fois-ci, c’en était trop.

– Et si je n’ai pas envie d’être « cool » ? répliqua-t-elle alors qu’il s’apprêtait à rouvrir la bouche.

Cette phrase cloua Kiba sur place. Il n’avait jamais vu Ino aussi agressive. Celle-ci s’arrêta alors et baissa les yeux, regrettant de s’être emportée. Elle ne comprenait pas pourquoi elle en voulait tellement à Kiba. Elle aurait dû être heureuse pour lui, il semblait avoir rencontré une fille très gentille dont il était tombé sous le charme. Pourtant, il n’y avait rien à faire, ce sujet l’irritait.

– Désolée, Kiba, je suis fatiguée en ce moment, dit-elle d’une voix brusquement plus douce. Je vais voir Sasuke, à tout à l’heure !

Kiba comprit à ces mots qu’elle ne voulait pas qu’il la suive. Il la regarda s’éloigner d’un air navré jusqu’à ce que Shikamaru arrive dans son dos.

– Où va-t-elle ? demanda-t-il.

– Voir Sasuke, soupira Kiba.

– Oh, galère, je la suis !

– Elle m’a clairement fait comprendre qu’elle voulait être seule, Shika.

– Mais elle m’a rien dit à moi, répliqua celui-ci. Et puis il est hors de question qu’elle se prenne un râteau !

Et avant que qui que ce soit n’ait pu le retenir, il disparut parmi la foule d’élève. Kiba se demanda un instant qui était le plus désespérant : la fille qui courait après un amour non réciproque ou l’ami qui tentait de retarder l’instant fatal ? Il était d’ailleurs étrange de voir Shikamaru le flemmard mettre tant de zèle et d’ardeur à la protéger. Il fallait croire qu’ils n’étaient pas amis pour rien.

Kiba se retourna et ses yeux se posèrent sur Neji. Il se demanda si c’était une bonne idée d’engager la conversation. Son camarade était plus distant depuis le fameux mercredi où il avait tenté de donner un rendez-vous à Hinata. Finalement, se rhabillant de la façade de courage qu’il laissait paraître au monde extérieur, il se décida à l’approcher.

– Ça va, Neji ? demanda-t-il. T’as l’air préoccupé.

Neji tourna la tête et eut un froncement de sourcil en découvrant Kiba. Il devinait déjà pourquoi ce dragueur était venu lui adresser la parole.

– Ce n’est rien, assura-t-il, bien que quelques secondes plus tôt il se demandait si Tenten faisait exprès de l’ignorer depuis deux semaines. Tu voulais me parler ?

Kiba sentit qu’ils entraient dans le vif du sujet. Contrairement à son habitude, il ne se sentait pas à l’aise et le regard de neige de Neji n’était pas là pour le rassurer.

– Eh bien je me demandais comment se portait Hinata, répondit-il d’un air qui se voulait détendu.

– Pourquoi tu ne lui demandes pas toi-même ?

Cette réplique étonna Kiba. Il pensait que Neji le surveillait étroitement depuis l’incident et qu’il ne laisserait pas approcher sa cousine aussi facilement.

– Allez, viens, on va la voir, ajouta-t-il en surprenant davantage Kiba. Elle doit encore être avec Temari.

Kiba acquiesça et lui emboîta le pas. Neji avait réellement des réactions qu’il ne comprenait pas. D’abord, il le gelait sur place pour avoir osé être entreprenant envers sa cousine, puis il cherchait à l’en rapprocher. Cependant, comme pour éclairer ses doutes, Neji ne tarda pas à s’expliquer :

– Tu sais, je ne vais pas t’empêcher de lui parler. Je trouve ça très bien que Hinata fasse de nouvelles connaissances. Mais, en ce qui concerne les rendez-vous, t’attendras mon avis, d’accord ?

Kiba hocha la tête, montrant qu’il avait bien compris le message. Finalement, Neji n’avait pas changé d’avis.

 

Ino aperçut Sasuke assis sur un banc presque caché dans l’angle d’un bâtiment. Elle sourit en s’approchant. Elle ne s’expliquait pas ce phénomène mais ses lèvres s’étiraient naturellement quand elle le voyait. C’était plus fort qu’elle, une réaction qu’elle ne pouvait contrôler. C’était en partie grâce à cela qu’elle avait su qu’elle était amoureuse.

Ino faisait partie de ces filles qui ne savaient jamais réellement ce qu’elles éprouvaient pour un garçon. Amitié, attirance et amour étaient trois choses bien distinctes et, pourtant, qui se confondaient très facilement dans son esprit. Durant un moment, elle avait même cru être amoureuse de Shikamaru alors qu’il était en fait son meilleur ami. Cependant, quand elle sentait son cœur se réchauffer, quand elle s’apercevait que son âme décollait à sa vue, elle ne pouvait douter qu’elle aimait réellement Sasuke.

– Coucou ! le salua-t-elle en gardant son sourire naturel. Tu n’es pas avec Naruto ?

– Non et je pensais qu’il allait vous rejoindre, répondit-il en levant ses yeux sombres jusqu’à elle. D’ailleurs, Shikamaru et Kiba ne sont pas avec toi ?

– Non, je me demandais ce que tu devenais, avoua Ino. Je peux m’asseoir ?

Sasuke accepta d’un signe de tête et se décala légèrement pour lui faire une place. Ce simple geste eut le don de la ravir et elle sentit son ventre papillonner alors que la présence de Sasuke était si proche.

– Pas trop dure cette matinée ? demanda-t-elle.

– Hn. Naruto a encore fait une connerie.

– Ah celui-là, on ne pourra jamais l’arrêter ! Je me demande comment il sera dans quelques années. Je le vois déjà en train de faire les quatre cents coups avec son gamin !

A cette pensée, Ino se mit à rire. Sasuke la regarda et, plus il la fixait, plus ses traits se détendirent. Les pensées qui le tiraillaient alors qu’il était seul disparurent. C’était sans doute pour cela qu’il appréciait Ino. Elle savait parfaitement lui faire oublier ses problèmes, tout comme Naruto.

– Encore faudrait-il qu’une fille puisse le supporter, fit-il remarquer.

– Allons, il y en aura bien une assez folle pour l’aimer !

– Ou assez patiente.

Ces mots plongèrent Ino dans un silence agréable. Il était vrai qu’il allait falloir de la patience à la future femme de Naruto. Elle jeta alors un coup d’œil à Sasuke et se demanda s’il envisageait déjà sa femme idéale.

– Et toi, Sasuke, tu penses qu’elle sera comment ta femme ? demanda-t-elle.

Sasuke haussa un sourcil, étonné par cette question. Ino abordait un sujet qui était considéré par beaucoup comme un terrain glissant mais, lui, cela ne lui faisait aucun effet.

– Non, je ne sais pas vraiment ce que j’attendrai d’une femme. Je ne pense pas que son physique comptera vraiment. Je pense qu’elle sera plutôt intelligente.

Ino ne sut si elle devait se trouver déçue parce que l’inutilité de ses régimes venait d’être prouvée ou si elle devait se trouver heureuse parce qu’elle savait que Sasuke ne la considérait pas comme étant bête. Tout à coup, elle pivota vers lui et lui demanda droit dans les yeux :

– Sasuke, est-ce que tu me trouves jolie ?

Sasuke ne réagit pas immédiatement, encore plus surpris que précédemment. Jamais il ne s’était demandé une telle chose, pour la simple raison qu’il n’avait jamais jugé l’apparence d’Ino. Son esprit se rappela alors la courte discussion qu’il avait eue avec Naruto au début des vacances d’été. Son ami lui avait demandé ce qu’il pensait d’Ino. Etait-il possible qu’elle soit tombée amoureuse de lui ? Il espérait que non mais, dans le doute, il décida de ne pas la contrarier :

– Tu n’es pas laide du tout, si c’est ce que tu veux savoir.

Ino parut un brin rassurée. Son cœur s’emballait à l’idée de ce qu’elle allait faire. Pourtant, il fallait qu’elle se décide à poser la question qu’elle avait au bord des lèvres depuis plusieurs mois. Elle prit une inspiration et se décida. Tant pis si son amour n’était pas réciproque, il fallait qu’elle sache.

– Sasuke, est-ce que tu…

– Ah, vous voilà vous deux ! Ça fait dix minutes que je vous cherche !

La tête d’Ino tourna lentement vers Shikamaru, hésitant à l’étrangler. Pour une fois qu’elle avait trouvé le courage, il fallait qu’il vienne tout gâcher. C’était à se demander s’il avait fait exprès. Cependant, Sasuke l’observant toujours, elle décida de se montrer impassible.

– Tiens donc, le flemmard de service mettant tout en œuvre pour retrouver ses amis ! s’exclama-t-elle. On aura tout vu !

Shikamaru soupira mais ne put s’empêcher de sourire. Il était rassuré de voir qu’il ne s’était rien passé et que Ino n’avait pas perdu son sourire. Il était probable qu’il l’avait coupée dans son élan, il n’en doutait pas, mais il préférait cela à l’annonce de la triste vérité.

Avant qu’un seul mot n’ait pu être ajouté, la sonnerie retentit, annonçant la fin de la pause. Sasuke se leva, attrapa son sac et adressa une dernière phrase à Ino :

– On reprendra la conversation plus tard.

Sur ce, il s’éloigna vers son cours suivant. Shikamaru observa quelques instants la mine dépitée d’Ino avant de décider de changer de sujet, au cas où elle déciderait de se mettre en colère.

– On y va ? suggéra-t-il. Je me suis déjà pris un retard hier, j’ai pas envie de recommencer.

Ino sortit de ses pensées et acquiesça. Ils rejoignirent tous les deux leur classe sans échanger un mot de plus.

 

[Note de l’auteur : je trouve qu’il manque un truc dans ce chapitre… Au départ, je voulais y mettre un peu plus d’action mais il aurait bien fait une vingtaine de pages donc je pense que ce sera pour le suivant. En tout cas, je vous laisse un mot pour vous dire que je ne posterai pas avant fin août puisque je pars en vacances. Voilà et bonne lecture à tous !]