Nouveaux amis ?

par Florana

Chapitre 16 : Nouveaux amis ?

 

Quand Kiba arriva sur le parvis du lycée le lundi suivant, il y trouva, à sa très grande surprise, Shikamaru, adossé contre l’un des murs. Un peu plus loin, Temari discutait avec une fille de sa classe et prenait soin de ne pas le regarder. Kiba, qui n’en revenait pas de voir son ami arriver avant la sonnerie, s’approcha de lui.

– Bah, qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il.

– Je t’expliquerai plus tard, éluda Shikamaru d’un air renfrogné.

Le week-end semblait avoir été mauvais pour un certain nombre de gens. Kiba gardait encore des souvenirs très frais de la soirée du samedi. Il n’avait jamais pensé qu’un jour il en arriverait à se disputer comme cela avec Ino.

– Dis, t’as pas vu Ino ? demanda-t-il.

– Pas depuis vendredi dernier, pourquoi ?

Kiba lui raconta alors la soirée qui avait dégénéré en cauchemar. Tandis que les yeux de Shikamaru s’écarquillaient d’horreur et de surprise, il acheva son récit en lui montrant le message qu’Ino lui avait envoyé : « Rentre seule ». Elle n’avait jamais fait plus impersonnel.

– Bon sang, Kiba, t’as le don de faire des conneries ! jura Shikamaru en regardant fixement l’écran du téléphone portable.

– Eh, oh, c’est pas ma faute non plus ! C’est elle qui a insulté Hinata ! Je n’allais pas la laisser faire !

– Non, certes, mais tu aurais pu éviter ce genre de rencontres organisées trop tôt.

– Mais ça se passait très bien au début !

– Ce n’est pas la question ! Ino a besoin de temps pour se remettre de son chagrin, tu comprends ? A mon avis, on devrait la laisser tranquille pendant un moment.

Kiba se renfrogna, peu enclin à laisser Ino se débrouiller seule avec ses malheurs aussi rapidement. Cependant, il n’eut pas le temps d’insister car une voix tonitruante s’éleva des portes du lycée et cria dans leur direction :

– Nara, qu’est-ce qu’on a dit ? Tu rentres tout de suite !

Kiba sursauta de frayeur tandis que Shikamaru soupirait de lassitude. Aux portes du lycée, la proviseur l’attendait d’un pied ferme, mains sur les hanches. Ses yeux bruns lançaient des éclairs tandis que ses deux longues couettes blondes volaient dans le vent de janvier.

– Qu’est-ce qu’elle te veut ? demanda Kiba, perplexe, en suivant Shikamaru qui se dirigeait d’un pas traînant vers le portes du lycée.

– C’est une nouvelle règle qu’elle a créée spécialement pour moi. Pour pas que j’arrive en retard, je dois être dans le lycée cinq minutes avant la sonnerie. Tu parles d’une galère !

Kiba aurait sans doute éclaté de rire si les souvenirs de la soirée de samedi ne lui pesaient pas comme du plomb dans l’estomac. Il suivit Shikamaru à l’intérieur du lycée et resta en sa compagnie jusqu’à la sonnerie. Ce qu’il appréhendait plus que tout, c’était le moment où il allait revoir Ino.

– On fait comment ? demanda-t-il alors qu’ils montaient les marches vers la salle de japonais.

– Attends de voir sa réaction, lui conseilla Shikamaru.

Kiba accepta de bon cœur cette solution plus facile que toutes celles qu’il avait envisagées. Cependant, quand il arriva devant la salle de japonais, Ino l’ignora superbement. A peine l’avait-elle remarqué qu’elle alla discuter avec des filles de la classe auxquelles elle ne parlait que brièvement à l’ordinaire.

– Bon, ben… y a pas eu de tempête, conclut Shikamaru.

Kiba avait un air accablé. La réaction d’Ino était pire que toutes les colères dont elle était capable – et Dieu savait qu’Ino était douée en colères. Kiba se sentit désarmé, complètement impuissant face à cette réaction imprévue, tant et si bien qu’il ne remarqua même pas que le professeur Hatake avait fait l’effort de n’arriver qu’avec seulement cinq minutes de retard.

Cependant, il s’avéra que Kiba n’était pas le seul visé par la rancune d’Ino. A la récréation du matin, quand, accompagné de Shikamaru, il retrouva Naruto, Hinata, Sasuke et Temari dans la cour, tous avaient été ignorés de la même façon quand ils avaient voulu l’aborder – excepté Sasuke qui n’avait même pas cherché à l’approcher.

– Dis donc, Kiba, tu vas aller t’excuser auprès d’Ino ! s’exclama Naruto d’un ton impérieux en avançant sur lui. Sasuke m’a raconté ce qui s’est passé samedi soir et ce n’est pas possible de rester dans une pareille situation !

– M’excuser ? répéta Kiba, abasourdi. Mais je n’ai rien fait de mal !

– Non, mais peut-être que ça calmera Ino !

– Naruto, ne t’emballe pas, intervint Shikamaru, en sauvant Kiba du même coup. Je crois qu’Ino ne va pas nous parler durant un bon moment.

– Bah, pourquoi ? demanda Naruto, éberlué.

Shikamaru tourna imperceptiblement la tête et ses yeux perçants, brillants d’intelligence, se posèrent sur le regard froid et sombre de Sasuke.

– Parce que chacun de nous lui rappelle Sasuke, expliqua-t-il d’une voix lente.

La nouvelle chamboula tellement Naruto qu’il vacilla un instant avant de retrouver l’équilibre. Son regard bleu, d’habitude si joyeux, se perdit avec tristesse dans la foule qui s’amassait dans la cour.

– Ça ne peut pas continuer comme ça ! dit-il d’un ton soudainement décidé. Je vais parler à Ino !

Sans que personne ne puisse l’arrêter, il s’éloigna du groupe d’un pas rapide et disparut parmi les élèves. Shikamaru soupira de lassitude, comme s’il savait que tout était perdu d’avance, et se tourna vers les autres.

– Au fait, on la fait toujours la soirée de samedi prochain ?

– Je ne sais pas si ça vaut le coup, grogna Kiba en passant une main dans ses cheveux. Peut-être qu’on devrait reporter ça.

– Je ne pense pas, intervint Temari. Naruto y tenait vraiment à cette soirée. Faites-la quand même, ça vous changera les idées. Je crois que, quand Ino va l’envoyer paître, ça va lui porter un grand coup.

 

Ino, les mains dans les poches, indifférente au froid qui lui griffait le visage, traversait la cour d’un pas traînant. Durant toute la journée du dimanche, les paroles d’Itachi n’avaient cessé de résonner dans sa tête. « Si t’as envie de te changer les idées, trouve-moi, on ira faire quelques sorties avec mes potes ». Il lui avait proposé cela d’une manière si spontanée qu’elle en avait été abasourdie. Depuis qu’elle connaissait Sasuke, ce qui remontait à l’école maternelle, Itachi n’avait jamais constitué un ami potentiel. A l’instar de Naruto, elle le trouvait trop sombre, trop effrayant et, en même temps, trop séduisant dans sa manière d’être. Pourtant, aujourd’hui elle se sentait horriblement seule, abandonnée au fond d’un gouffre, et Itachi lui tendait une main qu’elle n’espérait plus.

Sasuke m’a toujours recommandé de ne pas trop l’approcher. Ne vais-je pas le trahir si je vais le voir ? Mais qu’est-ce que tu racontes ma pauvre Ino ? Sasuke n’est plus là, il t’a abandonnée, t’a rejetée comme une pauvre chaussette ! Tu as tout à fait le droit d’aller voir son frère !

Malgré la voix qui, cachée au fin fond de son esprit, lui criait de reculer, Ino avisa le groupe rassemblé au fond de la cour, entre deux murs du lycée, là où les fumeurs et amateurs de produits illicites avaient élu domicile. Parmi eux, elle discerna deux filles et trois garçons, dont un en particulier qui attira son attention. Itachi se tenait là-bas, elle n’avait qu’à faire quelques pas pour le rejoindre.

– INO !

Ino sentit ses nouvelles résolutions s’ébranler dès que la voix beuglante de Naruto lui parvint aux oreilles. Elle tourna la tête pour le voir courir entre les élèves, bousculant la plupart sans même s’en rendre compte.

– Naruto, qu’est-ce que tu fais ? demanda Ino, trop interloquée pour se méfier de cette arrivée si soudaine.

Comme à son habitude, Naruto eut une réaction exagérée face à la situation : il se jeta littéralement à terre pour tomber à genoux aux pieds d’Ino. Celle-ci, devenue rouge de honte en voyant une masse d’élèves s’intéresser à la scène, n’eut pas le temps de lui ordonner de se relever. Naruto lui saisit les poignets et supplia d’une voix forte et tonitruante :

– Je t’en prie, Ino, ne nous fais pas ça ! Je ferai tout ce que tu voudras ! Ne nous laisse pas Ino, nous sommes tes amis !

Ino, loin d’écouter les paroles de Naruto, essayait de tirer sur ses poignets pour l’obliger à se relever. Malheureusement, il était beaucoup trop lourd pour elle.

– Naruto, arrête ce cinéma ! protesta-t-elle, à bout de souffle. Tu ne vois pas que tu te rends ridicule ?

En effet, un grand nombre d’élèves les observait à présent en ricanant et en les montrant du doigt sans aucune gêne. Cependant, cela n’arrêta aucunement Naruto qui ouvrit la bouche pour crier encore plus fort. Ino grogna et se pencha sur lui.

– Ça va, Naruto, j’accepte de t’écouter mais, par pitié, relève-toi !

Naruto se tut durant une brève seconde pour consentir à obéir. Cependant, dès qu’il fut debout, il saisit Ino par les coudes et planta ses yeux bleus dans les siens.

– Je t’en supplie, Ino, dis-moi ce que je peux faire pour que tu reviennes nous voir ! Tu n’arrêtes pas de nous éviter ! Vas-y, dis-moi ce qui te ferait plaisir ! Une partie de bowling ? Un petit tour à Tokyo pour dévaliser les boutiques de fringues ?

Ino sentit son cœur se serrer. Si la peur de Naruto était palpable, sa générosité était éclatante. Ino le sentait, il était prêt à exécuter le moindre de ses désirs pour qu’elle réintègre leur groupe, qu’elle oublie Sasuke et que la vie reprenne son cours. Cependant, elle ne pouvait pas. Elle ne s’en sentait ni la force, ni le courage.

– Naruto…, hésita-t-elle d’une voix tremblante. Tu… tu es le meilleur ami de Sasuke.

La mine décidée de Naruto se voila de déception. Sa poigne sur les coudes d’Ino faiblit.

– Tu ne peux rien pour moi. Ni toi, ni les autres, Naruto. Ce n’est pas contre vous, mais quand je vous vois… tous heureux alors que j’ai le cœur brisé et que je n’arrive même pas à m’amuser avec vous…

– Je t’en supplie Ino, dis-moi au moins que tu viendras à la soirée samedi prochain ? Il y aura toute la bande !

– Non, Naruto, justement. Je préfère… attendre un peu. Vous voir me fait beaucoup trop mal.

Naruto eut l’impression qu’on lui avait versé un bloc de ciment dans l’estomac. Il n’eut pas le temps d’encaisser le coup qu’Ino s’éloignait déjà en baissant la tête. Elle n’avait pas voulu faire de mal à Naruto, mais elle ne pouvait pas continuer à se mentir à elle-même : bien qu’elle l’ait nié durant deux semaines, la présence de ses amis lui faisait mal. Voir Kiba et Hinata si heureux en sachant qu’elle ne connaîtrait pas ce bonheur avec Sasuke lui avait arraché le cœur de la poitrine. Elle ne pouvait plus supporter de voir continuellement celui qu’elle avait voulu aimer bavarder insouciamment avec leurs amis alors qu’elle, muette, s’enfonçait jour après jour dans la détresse. Elle ne pouvait plus les voir.

Ino ne s’aperçut pas immédiatement que ses pas l’avaient guidée vers le groupe d’Itachi. Ces derniers, en revanche, l’observaient déjà depuis plusieurs secondes. Ino releva brusquement la tête, presque gênée de faire ainsi irruption auprès d’eux. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Que devait-elle dire ? Qu’elle se sentait seule et recherchait un peu de compagnie ? C’était aussi stupide que de passer une annonce telle que « âme perdue cherche bon samaritain ». D’après ce qu’elle savait, le groupe d’Itachi n’était pas un hôpital de charité.

Cependant, Itachi dut sentir son malaise car il décida de prendre la parole, débloquant ainsi la situation :

– Ah, Ino, tu es venue finalement ! Les amis, vous connaissez sans doute déjà Ino Yamanaka, l’amie de mon frère. Je l’ai rencontrée l’autre soir et puis on a discuté et je lui ai proposé de venir nous voir un peu plus souvent. Je pense que Sakura et toi vous connaissez vaguement, non ?

Ino et Sakura – qui s’était pelotonnée contre Itachi – échangèrent un regard évaluateur. Ino ne connaissait pas bien Sakura, mais lorsqu’elle avait entendu parler d’elle, cela n’avait jamais été pour faire son éloge. Elle avait d’abord entendu Sasuke l’évoquer et l’avait méprisée à l’idée qu’elle puisse embêter son cher et tendre – ceci dit, à présent, Ino s’en moquait que Sakura déplaise à Sasuke. Ensuite, Temari avait mis une raclée à Sakura et Ino avait su qu’elle et Hinata ne s’entendaient pas. Malheureusement, Ino n’avait jamais réussi à apprécier Hinata, ce qu’elle ne s’expliquait pas elle-même étant donné la gentillesse et la douceur qui émanaient de cette fille.

– Un peu, oui, répondit brièvement Ino.

Son regard s’attarda sur le reste du groupe. Les deux autres garçons n’étaient autres que Deidara et Kabuto, toujours fourrés avec Itachi, dans toutes les situations. En revanche, la seconde fille l’intrigua un peu plus. Ses cheveux, entre le rose de Sakura et le roux, n’étaient qu’une tignasse mal peignée à moitié cachée sous un bonnet hideux et recousu. Sa tenue générale était complètement négligée et ses pieds chaussés d’énormes baskets deux fois plus grosses que la normale. Cette fille avait un regard flamboyant, deux pupilles sombres qui semblaient prêtes à tuer. Ino pensa immédiatement qu’elle devait faire partie de ses filles qui n’avaient peur de rien et qui, même si elles le faisaient avec moins de classe que Temari, remettaient les garçons à leur place dès la première occasion.

– C’est qui cette pouffe ? demanda-t-elle presque immédiatement.

Ino fronça les sourcils, vexée. Concernant le caractère de la fille, elle ne s’était pas trompée.

– Tayuya, je t’en prie, cesse donc d’accueillir tout le monde avec une injure ! râla Kabuto qui semblait exaspéré. Pas étonnant que tout le monde te fuie !

– Qui te dit que je n’aime pas faire fuir les gens, connard ?

Au moins, la réponse était directe. Ino en venait à se demander comment cette Tayuya avait pu devenir l’amie d’Itachi quand Deidara prit la parole, un sourire aguicheur collé aux lèvres :

– Ne t’inquiète pas Ino, elle est vulgaire avec tout le monde. Alors, Itachi nous a dit qu’il t’avait ramenée chez toi ? J’espère que t’as pas vomi, il conduit comme un pied !

Même si Deidara faisait tout pour la mettre à l’aise, Ino dut se concentrer sur ses paroles pour y répondre. Elle entendait distinctement la voix de Tayuya qui, derrière Deidara, argumentait avec Kabuto :

– Pour moi, disait-elle, une fille qui met une jupe en hiver, un décolleté et des bottes à talon, c’est une pouffe !

Ino tenta de ne rien montrer de son agacement. Elle n’avait donc pas le droit d’être jolie ? Tandis que Tayuya exposait la suite de ses arguments, Ino sentit Sakura se détacher d’Itachi pour s’approcher d’elle.

– T’en fais pas pour Tayuya, elle ne peut pas s’en empêcher. Personnellement, je trouve tes vêtements très classes !

Ino tourna la tête pour découvrir le sourire de Sakura. Cet air trop crispé pour être sincère ne lui plaisait pas du tout. Où peut-être que cette contraction du visage était due au mépris que lui évoquait Tayuya ? Ino se retint de soupirer. En quelques secondes, elle s’était retrouvée au milieu de deux filles qui ne semblaient pas s’aimer particulièrement.

Pourtant, malgré ces premiers échanges peu fructueux, quand la fin de la récréation sonna, Ino sentit qu’elle n’avait plus envie de retourner en classe. Sakura, au final, lui ressemblait bien plus qu’elle ne le pensait : même goût prononcé pour le shopping et même envie de plaire. Tayuya, après avoir déversé une série d’insultes, s’était rabattue sur Kabuto et Itachi et Deidara s’étaient montrés si accueillants qu’elle en oubliait qu’Itachi était le frère de Sasuke. D’ailleurs, elle en avait carrément oublié Sasuke.

 

Quand Naruto rejoignit son groupe d’amis, un air abattu sur le visage, il s’aperçut que Lee les avait rejoints. Celui-ci tentait de faire bonne figure mais il avait sans doute, lui aussi, passé un mauvais week-end.

– Lee ! Alors, au fait, t’es sûr que tu veux pas venir samedi prochain ? demanda Naruto.

Tandis que Lee refusait poliment l’invitation, Temari se pencha vers Shikamaru et Kiba pour leur demander :

– A propos, Neji n’était pas avec vous ce matin ?

Kiba dut faire un effort pour se souvenir s’il avait vu Neji durant le cours de japonais. Il avait été tellement obnubilé par son problème avec Ino qu’il en avait oublié le reste du monde.

– Ah, si, je me souviens vaguement de l’avoir vu… Je crois qu’il continue à bouder. Tenten aussi, d’ailleurs. Elle s’était assise toute seule au fond. Apparemment, Ino lui fait la tête à elle aussi. Tiens, d’ailleurs, elle arrive !

En effet, Tenten, le pas traînant, se rapprochait d’eux d’un air hésitant. Temari en comprit rapidement la cause : Lee était présent et elle craignait de l’approcher. Cependant, celui-ci la remarqua et coupa net les babillements de Naruto destinés à le convaincre :

– Je dois aller voir quelqu’un d’autre.

Sans laisser le temps à Naruto de répliquer, il tourna les talons et s’éloigna à grands pas, si bien qu’on aurait presque dit qu’il courait. Tenten, gênée, adressa un petit « salut » aux autres en agitant faiblement la main.

– Ah, Tenten ! s’exclama Naruto en se tournant vers elle. Tu viens samedi soir, toi, au moins ?

Tenten, décontenancée par la question se figea sur place.

– Heu… je ne sais pas si c’est une bonne idée…

– Je pense que si, la coupa Temari. T’as une tête à faire peur. Viens donc avec moi chez Kiba, ça te détendra.

Tenten, bien qu’encore hésitante, ne répondit pas. Temari en éprouva une certaine satisfaction. Au moins, elle n’avait pas refusé net la proposition.

– Bon, alors on vient chez toi vers quelle heure ? demanda précipitamment Naruto en se tournant vers Kiba.

– Toi, tu viens à sept heures et demie pour apporter les boissons et la nourriture. Je fournis la maison, mais pas le reste ! Les autres, venez vers vingt heures. Je m’arrangerai pour que vous puissiez tous dormir chez moi.

– D… dormir chez toi ?

Sous le coup de la surprise, Hinata s’était remise à bégayer. Tout en sentant le bras de Kiba venir lui enserrer la taille, elle ne put s’empêcher de rougir à cette idée.

– Ben ouais ! s’exclama Naruto qui, lui, ne comprenait pas du tout le problème. On ne va pas repartir chez nous à deux heures du mat’ !

– Heu… Oui, bien sûr, bredouilla Hinata, mais, je… je ne suis pas sûre que mon oncle et ma tante vont accepter.

– Dis-leur que Tenten et moi venons aussi, proposa Temari. Ils ne verront pas d’objection s’ils savent que t’es entourée de filles.

Tenten n’eut pas le temps de faire remarquer qu’elle n’avait pas tout à fait accepté de venir que Naruto répliquait déjà :

– Je vois pas ce que ça change que Hinata aille dormir chez Kiba avec des filles ou non !

Tandis que Shikamaru se frappait le front du plat de la main devant la bêtise de son ami, Kiba expliqua calmement à Naruto que, comme Hinata et lui sortaient ensemble, les parents de Neji pourraient se montrer méfiants sur ses intentions.

 

Finalement, la semaine se déroula de façon plus ou moins chaotique. Ino continua d’ignorer royalement son ancienne bande d’amis et passa le plus clair de son temps avec Sakura.

– C’est étrange, mais j’ai presque l’impression que Sakura l’admire, confia un jour Temari à Naruto et Sasuke, entre deux cours. Quand Itachi n’est pas là, elle est tout le temps collée avec elle.

Lee, lui, restait distant, mais venait volontiers partager quelques instants avec Naruto et Temari, avec qui il s’était facilement lié d’amitié. Au final, la situation au sein de la classe de  2°6 restait tout à fait vivable. Naruto, qui s’ennuyait particulièrement à chaque cours sans exception, inventait toujours de nouvelles bêtises qui faisaient plus ou moins enrager les professeurs et, si Sakura éprouvait toujours un certain mépris pour Hinata, elle ne se montrait jamais détestable tant que Temari était dans les parages.

En revanche, l’atmosphère était bien plus envenimée dans la classe de 2°8. Désespéré par l’attitude d’Ino, Shikamaru reprit l’habitude de s’endormir régulièrement en cours et se retrouva avec une heure de colle le jeudi soir. Kiba et lui avaient le sentiment se retrouver seuls au sein de leur classe. Neji, qu’ils avaient fini par apprécier, demeurait morose et broyait du noir dans son coin, tandis que Tenten, plus malheureuse que jamais d’avoir perdu Ino et Lee, s’affalait au fond de la classe avec une mine à faire peur. Le professeur Orochimaru lui-même avait cessé de lui demander de se redresser toutes les cinq minutes.

Quand le samedi arriva, Hinata avait réussi à obtenir la permission de dormir chez Kiba. Sa tante, très compréhensive, avait convaincu son oncle de ne pas en toucher un mot au père de Hinata. Ce serait à Hinata de lui annoncer qu’elle avait un petit copain depuis déjà plus d’un mois.

– Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? demanda avec douceur Hinata, tout en rangeant son pyjama dans un sac à dos.

Sur le seuil de sa chambre, Neji se tenait appuyé contre le mur. Il n’avait pratiquement rien dit depuis qu’il s’était posté là, comme s’il venait juste pour vérifier que sa cousine n’oublierait rien.

– Je meurs d’envie d’y aller rien que pour vérifier que Kiba se tiendra correctement.

– Idiot ! fit Hinata en rougissant. Kiba est quelqu’un de très bien. Mais pourquoi tu ne viens pas ?

– Temari m’a dit que Tenten allait venir aussi.

– Ah, elle a réussi à la convaincre, finalement ?

– Apparemment.

– Et qu’est-ce que ça change ?

– Ça change que Tenten ne veut pas me voir et que, moi, je ne peux pas supporter de la voir tout en sachant cela.

– Je suis sûre que ça lui ferait plaisir. Elle est malheureuse en ce moment.

– Je sais.

Hinata fit glisser la fermeture éclair de son sac et releva la tête. Neji avait baissé les yeux et laissait son regard errer sur le sol de la chambre. Il avait l’air profondément affecté par le fait que Tenten soit malheureuse. En réalité, Neji se sentait complètement impuissant.

– Mais ce n’est pas pour moi qu’elle est triste, ajouta-t-il. C’est pour Lee.

– Il y a des deux, j’en suis sûre, répondit Hinata. Elle est triste parce qu’elle a blessé Lee, mais aussi parce que sous le coup de la colère elle t’a dit des choses qu’elle ne voulait pas te dire.

Neji soupira de lassitude, peu convaincu. Il s’assit mollement sur le lit de se cousine et posa ses mains sur ses genoux. Il semblait perdu.

– Comment tout ceci a-t-il pu arriver ? Il existe des millions de filles sur cette planète et il a fallu que ce soit elle qui me plaise. Je ne comprends pas.

Hinata sourit imperceptiblement. Il lui était étrange de voir Neji lui parler de ses problèmes de cœur, mais elle était heureuse de l’entendre enfin confier sa peine. Elle vint s’asseoir à côté de lui et passa un bras autour de ses épaules.

– Tenten a un charme particulier qui t’a plu, c’est tout. C’est arrivé dès que tu l’as vue, non ?

Neji repensa à cet instant où il avait vu pour la première fois Tenten. Elle était de dos, ses deux macarons ressortant dans la lumière du soleil matinal. Son portable était tombé par terre et il l’avait ramassé. Elle s’était retournée et il avait enfin découvert son visage rieur, ses yeux pétillants et son sourire, à la fois timide et joyeux. Cependant, Neji ne révéla rien de tout cela à sa cousine. L’instant des confidences était passé aussi vite qu’il était arrivé.

– Bon, je vais y aller, ta mère doit m’attendre en bas, annonça Hinata pour couper le silence qui s’était installé. Si tu changes d’avis, n’hésite pas à venir.

Hinata hésita brièvement, puis vint déposer une timide bise sur la joue de Neji. Celui-ci, reconnaissant, passa un bras sur son épaule avant de la laisser partir.

 

– Hinata !

Hinata sursauta quand Naruto vint lui ouvrir la porte, un grand sourire aux lèvres, ses cheveux blonds éparpillés dans tous les sens. Rouge pivoine, elle bredouilla un « salut Naruto » avant que Kiba ne vienne la sauver.

– Idiot ! dit-il en poussant Naruto. Tu ne vois pas que tu vas traumatiser tout le monde ? Coucou, ma princesse !

Il la salua d’un baiser. Hinata, sentant un envol de papillons au creux de son estomac, passa ses bras autour du cou de Kiba et l’attira à elle. Agréablement surpris, celui-ci se laissa faire avec bonne grâce.

– Quel accueil ! s’exclama-t-il quand elle le relâcha. Je devrais t’inviter plus souvent le samedi soir !

Hinata, s’apercevant de ce qu’elle venait de faire, rougit de plus belle, ce qui fit rire Kiba. Il la fit entrer dans un petit vestibule où elle accrocha son manteau et déposa son sac à dos, puis la guida jusqu’au salon. La pièce était grande et lumineuse. Derrière la baie vitrée qui donnait sur le jardin, on apercevait le noir de la nuit. Une porte coulissante ouvrait sur la cuisine et un escalier en bois menait à l’étage. Deux canapés beiges formaient un angle droit autour d’une table basse en verre déjà recouverte de paquets de chips, de verres vides et de boissons. Les murs oscillaient entre divers bleus clairs, donnant à la pièce une atmosphère fraîche et calme. La télévision, située à l’opposé des canapés, était allumée sur une chaîne musicale.

Hinata remarqua immédiatement que les autres étaient déjà arrivés. Assises côte à côte, Temari et Tenten grignotaient en discutant joyeusement. Tenten semblait d’ailleurs moins fatiguée et moins triste que durant le reste de la semaine. Sur l’autre canapé, Shikamaru et Sasuke demeuraient silencieux, l’un parce qu’il en avait l’habitude, l’autre parce qu’il surveillait Temari avec un air soupçonneux.

– Salut, Hinata ! la saluèrent Temari et Tenten d’une même voix.

L’accueil de Shikamaru se fit sur un ton plus endormi et Sasuke la salua d’une voix si basse qu’elle devina plus qu’elle n’entendit ses mots. Depuis la semaine précédente, celui-ci était devenu plus renfermé que jamais.

– Qu’est-ce que tu veux, Nara ? s’exaspéra Temari au moment où Hinata s’asseyait à côté d’elle sur le canapé..

Celui-ci n’avait pas cessé de la fixer.

– Rien, répondit-il avec nonchalance, j’attends seulement le moment où le coup bas va venir.

– Quel coup bas ? s’indigna Temari. Je ne t’ai jamais fait de coup bas ?

– Oh que si, à chaque fois qu’on s’est croisé, t’as toujours été une emmerdeuse ! Je garde un souvenir cuisant de notre après-midi de colle en commun !

– Si je t’avais pas forcé à nettoyer, j’aurais dû revenir !

– Et alors ?

– Et alors, t’es peut-être abonné à la retenue pour l’année, mais c’est pas mon cas !

– T’es plus grosse galère qui me soit jamais tombée dessus !

– GROSSE ?

Temari bondit sur ses pieds, si vite que Tenten et Hinata eurent à peine le temps d’attraper son t-shirt pour la retenir.

– Oh là, on se calme ! ordonna Kiba en se plaçant entre Temari et Shikamaru. Je ne veux pas de casse. J’ai déjà eu du mal à envoyer toute ma famille dehors alors, s’ils reviennent pour voir une maison en ruine, ça va barder !

– Ah oui, au fait, t’as fait comment pour te débarrasser de tout ce petit monde ?

C’était Naruto qui revenait de la cuisine avec des bols de bonbons dans les bras. A ses pieds, Akamaru, le chien blanc de Kiba, courait partout en aboyant joyeusement. Quand il repéra Hinata, il se précipita sur elle et posa ses pattes avant sur ses genoux.

– Je crois qu’il t’adore, conclut Kiba, satisfait, en voyant la mine surprise de Hinata.

Puis il répondit à Naruto :

– Mes parents sont partis en week-end et ma sœur dort chez son copain.

– Ah, elle vit toujours ici, Hana ?

– Bien sûr, Naruto. Elle n’a que vingt-deux ans, tu sais, et ce n’est pas facile de trouver un appartement pas trop cher.

– Bah, je sais pas, moi, mais Temari vit bien toute seule, non ?

– Non, pas exactement, répondit Temari. L’appartement où je vis était celui de mon frère à la base. Cependant, maintenant son nouveau boulot l’oblige à se déplacer souvent, donc il n’est pas toujours là.

Shikamaru crut alors qu’il était bon d’intervenir :

– De toute façon, il faut être frappé pour vouloir vivre tout seul. C’est vraiment galère de devoir faire soi-même sa cuisine, sa lessive, son repassage.

– Bah il va bien falloir que tu t’y mettes, Nara, répliqua Temari, acide, parce que je suis sûre qu’aucune femme n’acceptera de le faire à ta place !

– Je ne m’embarrasserai jamais d’une femme, rétorqua Shikamaru en se redressant soudain du canapé où il était affalé. Il n’y a pas plus chiant dans la vie !

Temari ne répondit pas et Shikamaru et elle se toisèrent durant quelques secondes. Le silence fut alors perturbé par les gloussements de Naruto.

– Qu’est-ce que tu trouves de drôle là-dedans ? demanda amèrement Shikamaru.

– Rien, balbutia Naruto, hilare. Juste… juste

– Juste que quoi ? s’impatienta Shikamaru.

Mais Naruto riait tellement qu’il ne parvenait pas à aligner deux mots. Il fallut attendre encore quelques secondes avant qu’il ne puisse prononcer la suite :

– C’est juste que Temari et toi, on dirait un vieux couple marié depuis des années !

Naruto n’eut pas le temps de glousser davantage. Il reçut un coussin en plein visage, adroitement lancé par Temari, qui étouffa son rire. Alors qu’il retirait le coussin de sa figure, un second vola au-dessus de sa tête. Apparemment, Shikamaru avait tenté de le viser mais, lui, avait manqué sa cible. Il fonça droit sur Tenten qui se le prit en pleine tête.

– Idiot ! s’écria-t-elle.

Elle balança le coussin vers Shikamaru, mais ce fut Naruto qui encaissa le coup. Ce dernier, trouvant le jeu très amusant, commença à ramasser les coussins du salon pour bombarder tout le monde. S’ensuivit une bataille mémorable où le salon de Kiba fut transformé en chaos le plus total. Seul Sasuke demeura assis sur le canapé, les bras croisés et l’air sombre, jusqu’à ce que Naruto se mette à le bombarder intentionnellement. Sasuke dut se lever pour riposter. Bataille de coussins ou non, on ne provoquait pas un Uchiwa sans en subir les conséquences !

Quand tout le monde fut essoufflé, étalé sur les édredons qui à présent recouvraient le parquet du salon, la soirée put se poursuivre dans une ambiance détendue. Kiba apporta un jeu de pictionnary et une partie mémorable s’ensuivit, au cours de laquelle Shikamaru et Temari critiquèrent mutuellement leur façon de dessiner, Hinata dévoila qu’elle avait un bon coup de crayon et Tenten montra sa représentation spécifique du monde, ce qui ne manqua pas de faire rire tout le monde.

Par la suite, Naruto s’amusa à mimer différentes personnes qu’ils devaient reconnaître, en particulier des professeurs. Après de nombreux jeux semblables, la soirée se termina devant un DVD, après avoir installé matelas et sacs de couchage dans le salon. Au final, Tenten et Temari étaient allongées devant la télé, où s’était trouvée auparavant la table basse en verre, poussée contre le mur pour l’occasion. Shikamaru avait dû s’installer de l’autre côté de Tenten, ne supportant pas l’idée d’avoir à côtoyer de trop près Temari toute la nuit – cette réflexion de sa part avait d’ailleurs entraînée une nouvelle dispute, à propos des ronflements. Sasuke et Naruto choisirent chacun un canapé et Kiba et Hinata étendirent leur matelas dans un coin, légèrement à l’écart des autres.

Ils parlèrent longtemps, bien après que le film soit terminé, abordant tous les sujets possibles et imaginables. Les fréquentes remarques de Temari sur Shikamaru firent pouffer Naruto, qui en profitait pour embarquer tout le monde dans un fou rire général.

Hinata ne parla que très peu, mais elle écouta tout, le sourire aux lèvres. Elle s’était rarement sentie aussi bien. Kiba, simplement heureux de la sentir auprès de lui, l’avait calée dans ses bras et elle était loin de s’en plaindre. Elle appréciait sa chaleur rassurante qui lui réchauffait le cœur dès qu’elle en avait besoin. Tandis que ses doigts caressaient innocemment les doigts de Kiba, elle écoutait les blagues de Naruto, tout en songeant qu’elle n’avait jamais connu garçon plus drôle, ni plus énergique. Sur cette pensée, elle ferma les yeux et, avant qu’elle n’ait pu s’en apercevoir, elle glissait dans les bras de Morphée.

 

Temari entrouvrit faiblement les yeux. Tout était flou autour d’elle, plongé dans une teinte bleutée. Elle referma ses paupières, le temps de se remémorer la soirée de la veille. Elle avait le vague souvenir d’avoir papoté jusqu’à quatre heures du matin avec Tenten. Elles avaient beaucoup parlé, un peu de Neji, mais surtout des sujets plus amusants, comme la bêtise de Naruto, la paresse de cet idiot de Nara et de l’hypocrisie de cette saleté de Sakura.

Sur ses quelques souvenirs, Temari rouvrit légèrement les yeux. La teinte bleutée qui envahissait la pièce était due à la lumière du soleil qui filtrait à travers les rideaux bleu nuit du salon. Tout était encore sombre, sans être plongé dans la pénombre.

Temari jeta un coup d’œil à sa voisine. Tenten s’était apparemment endormie tournée vers elle puisque, malgré sa vue brouillée par le réveil, Temari distinguait des sourcils et une bouche entourés de cheveux bruns. Ensuite, Temari ouvrit complètement les yeux et sa vue se précisa nettement. Elle eut alors un hoquet de surprise. Ce n’était pas Tenten qui était endormie à côté d’elle, le visage à quelques centimètres du sien.

– NARA ! Qu’est-ce que tu fais là ? hurla-t-elle en se reculant brusquement.

Le cri réveilla tout le monde sans exception. Shikamaru se redressa d’un bond, la main sur le cœur, comme s’il allait avoir une crise cardiaque. Akamaru aboya dans l’oreille de Kiba, ce qui provoqua un sursaut chez son pauvre maître complètement déstabilisé. Hinata, toujours calée dans ses bras, se releva avec un faible gémissement, tandis que Sasuke et Tenten se redressaient en demandant d’une voix peu aimable ce qui se passait. Naruto, lui, bondit sur ses pieds et, debout sur le canapé où il avait passé la nuit, il semblait aussi réveillé que si on lui avait infligé une décharge électrique.

– Qu’est-ce qui se passe ? cria-t-il. On nous attaque ?

Naruto n’eut pas le temps de continuer son cirque, car Sasuke lui balança son oreiller tout en le traitant d’abruti. Temari, elle, à peine consciente d’avoir réveillé tout le monde, fixait Nara de ses yeux verts où se mêlaient colère et gêne.

– Qu’est-ce que tu fous là, Nara ? répéta-t-elle, toujours sous le choc de la surprise.

Shikamaru se gratta la tête et mit quelques secondes avant de réaliser que Temari lui adressait la parole.

– T’es folle ou quoi ? demanda-t-il en passant une main sur son front pour tenter de se réveiller. Pourquoi t’as crié comme ça ?

– C’est moi qui pose les questions, Nara, répliqua Temari en lui donnant un coup d’oreiller sur la tête. Je peux savoir pourquoi tu t’es endormi à côté de moi ?

Shikamaru soupira longuement. Cette fille était tout bonnement exaspérante. Il était même certain qu’elle battait tous les records, jusque là détenus par Ino.

– Si tu veux savoir, je me suis levé pour aller aux toilettes cette nuit et, quand je suis revenu, Tenten avait roulé sur mon lit. Donc, pour ne pas la réveiller, je me suis mis dans le sien. Ne va pas croire que j’en étais heureux !

Temari se renfrogna. Elle aurait dû se douter qu’il y avait une explication toute bête au fait que Shikamaru se soit endormi près d’elle, mais elle n’avait pas pu s’empêcher de crier. C’était Nara, après tout, le machiste paresseux qu’elle ne pouvait pas supporter.

– En tout cas, merci les gars, vous avez réveillé tout le monde, intervint Kiba en se rallongeant sur son matelas.

– Ouais, approuva Sasuke en grognant.

Cependant, au lieu de se recoucher comme le faisaient Tenten et Hinata, il s’assit sur son propre canapé et bâilla longuement. Naruto, qui possédait autant d’énergie qu’une pile électrique, descendit de son lit improvisé.

– Bon, puisque tout le monde est levé, je vais apporter le petit déjeuner ! claironna-t-il tout en écrasant Tenten, Temari et Shikamaru pour traverser le salon, ce qui lui valut quelques remontrances.

– Il est pas bien ce mec, ronchonna Shikamaru. Bon, moi, je me recouche.

– Pas à côté de moi, Nara ! protesta Temari.

– Dis, No Sabaku, si t’es pas contente t’as qu’à aller te coucher dans le canapé de Naruto, puisqu’il est levé !

Cependant, Naruto, qui n’avait pas encore quitté la pièce, eut une bien meilleure idée.

– Allez, viens Shikamaru, tu vas m’aider, déclara-t-il en saisissant son poignet. C’est pas bon pour un paresseux de traîner le matin !

– Il est à peine dix heures ! répliqua Shikamaru. Tu sais combien de temps on a dormi au moins ?

Cependant, malgré ses protestations, il consentit à suivre Naruto quand Temari lui eut mit quelques coups de pieds dans les fesses pour l’obliger à se lever.

– De toute façon, ça vaut mieux que de rester à côté de cette folle, conclut-il en suivant Naruto.

En les voyant disparaître, Kiba crut que la paix était enfin revenue, mais il se trompait. Il ne fallut attendre que quelques secondes avant que Naruto crie depuis la cuisine :

– Au fait, Kiba, t’as prévu quoi pour le petit déjeuner ?

– Regarde dans le congélateur, répondit Kiba, exaspéré. Il y a des gaufres !

– Des gaufres ? Cool !

Les cris de joie de Naruto furent peu à peu stoppés par les remontrances de Shikamaru et le silence retomba pour de bon. Kiba, un bras passé autour de Hinata, soupira de soulagement.

– Ouf ! J’ai cru qu’il n’allait pas arrêter de brailler celui-là !

– Ne sois pas si dur avec Naruto, le défendit Hinata de sa voix timide. Il essaye de se rendre utile.

– Oui, c’est vrai, convint Kiba. J’aimerais juste qu’il le fasse un peu plus discrètement. Au fait…

Il se redressa alors sur un coude et se pencha sur Hinata. Celle-ci rougit instantanément. Elle avait le sentiment qu’il venait de se placer au-dessus d’elle dans une position assez équivoque. La veille, elle avait déjà rougi comme une pivoine quand il lui avait demandé de dormir à côté de lui.

– Allez, s’il te plait ! avait-il insisté. On n’aura peut-être plus l’occasion de le faire avant un moment !

Hinata avait finalement cédé et elle ne le regrettait pas. Cependant, à présent, elle se posait des questions. Qu’est-ce que Kiba s’apprêtait à faire, ainsi, penché sur elle ?

– Bonjour, ma princesse.

Et il la gratifia d’un léger baiser avant de se recoucher à côté d’elle. Hinata se sentit stupide d’avoir imaginé n’importe quoi, à tel point qu’elle rougit davantage. Non, mais franchement ! Etait-il possible d’être plus cruche qu’elle ?

Alors qu’elle se posait cette question, un coussin arriva sur eux. Hinata surprise, se redressa légèrement.

– Dites, les amoureux, il y a des hôtels pour ça, plaisanta Tenten.

Hinata fut surprise de l’entendre. Isolée sur son petit nuage avec Kiba, elle en avait oublié la présence des autres.

– Jalouse, répliqua Kiba en lui tirant la langue.

Tenten, allongée sur le ventre sur son matelas, allait ouvrir la bouche pour répondre, quand elle remarqua qu’un détail clochait.

– Au fait, où est Sasuke ? demanda-t-elle.

Kiba, étonné, se redressa pour constater que le deuxième canapé était effectivement vide. Ce fut Temari, encore allongée, la tête tournée vers le plafond, qui répondit la question :

– Il est monté dans la salle de bain quand Nara et Naruto sont partis dans la cuisine.

Comme pour confirmer ses dires, il entendirent bientôt des pas descendant les escaliers. Sasuke apparut, tout habillé, son sac à dos à la main, prêt à partir.

– Tu t’en vas déjà ? demanda Kiba en s’asseyant, un peu déçu.

– Oui, répondit simplement Sasuke. Merci pour l’invitation Kiba, mais il faut que je rentre. Dites au revoir à Naruto et à Shikamaru de ma part.

Kiba acquiesça et la porte d’entrée claqua quelques secondes plus tard, sonnant le départ de Sasuke. Un silence retomba dans la pièce, brisé par Kiba :

– Le pauvre, je suis sûr qu’il est brisé par le comportement d’Ino.

– Brisé ? répéta Hinata qui vint se caler contre l’épaule de son petit ami. Pourtant, il n’a pas l’air triste.

– Il n’a pas l’air heureux pour autant, fit remarquer Temari.

A présent, elle aussi s’était assise, contre le canapé dans lequel Naruto avait dormi. Tenten, toujours allongée sur le ventre, écoutait la conversation sans rien dire.

– Les Uchiwa sont comme ça, expliqua Kiba. Ils ne montrent jamais leurs sentiments. Je crois que, dans cette famille, il n’y a que la mère de Sasuke qui soit un tant soit peu expressive. Les autres ont un visage de marbre. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne ressentent rien. Au contraire, je crois que Sasuke ressent plus que quiconque quelque chose pour son entourage. Sa vie n’est pas facile depuis que sa famille a des problèmes d’argent. Je suis sûr que nous comptons beaucoup pour lui.

– Pourtant, il est triste, conclut Hinata.

– Oui, mais il n’a pas toujours été comme ça. Moi, je ne l’ai connu qu’au collège et il avait déjà cet air taciturne, mais Naruto et Ino m’ont affirmé que, en primaire et en maternelle, Sasuke avait l’air d’un heureux petit garçon comme les autres. Il était un peu hautain parce que issu d’une grande famille, mais il n’avait rien de triste.

Kiba soupira à nouveau, de tristesse cette fois-ci. Il n’avait pratiquement jamais évoqué l’histoire de Sasuke, pas même avec son ancienne bande d’amis. Shikamaru n’en savait pas plus que lui, Ino et Naruto n’étaient pas à l’aise pour en parler et il n’était même pas imaginable de poser des questions à Sasuke.

– Je pense qu’Ino voulait être celle qui lui redonnerait le sourire, conclut Temari.

– Je pense aussi, approuva Kiba.

– Ah, les histoires d’amour ! lâcha Tenten. C’est bien trop compliqué !

– Tu as raison. A propos, comment va Neji ? demanda innocemment Temari.

Tenten rougit légèrement, tandis que sa nouvelle amie souriait d’un air satisfait. Hinata ne put s’empêcher de prendre un air amusé avant de répondre avec sérieux :

– C’est un peu comme s’il boudait, je dirais. Il pense que Tenten ne veut plus le voir.

Hinata n’eut pas le temps d’en dire davantage. Un grand fracas provenant de la cuisine fit sursauter tout le monde.

– Naruto espèce de… Mon pied !

Les cris de douleur de Shikamaru leur parvinrent rapidement et Kiba se leva en pestant contre Naruto.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-il en disparaissant dans la cuisine.

– Ce bouffon a fait tomber le grille-pain sur mon pied ! lui répondit la voix de Shikamaru.

Hinata, Tenten et Temari, restées dans le salon, se regardèrent mutuellement avant d’éclater de rire, tandis que Naruto s’excusait et que Kiba lui râlait dessus.

– Ce que les garçons peuvent être bêtes ! s’exclama Temari en riant.

– Et têtus, aussi, renchérit Hinata. Après tout, c’est parce que Neji est un âne entêté qu’il n’est pas venu !

Cette réplique fit rire Temari. Tenten, elle, se sentit plus détendue et accepta d’en parler :

– A propos, puisqu’on est entre filles, vous pensez que je dois faire quoi ? demanda-t-elle.

– Ne te laisse pas abattre parce qu’un mec te fait la tête, lui assura Temari. La meilleure chose pour le faire réagir est encore de le rendre jaloux. Donc, profite de la vie ! On est encore jeune et, sans vouloir offenser ton cousin, Hinata, je suis sûre qu’il y a un millier d’autres garçons qui seraient capables de te plaire, Tenten.

Tenten sourit légèrement. L’idée de rendre jaloux Neji ne lui était pas désagréable. Elle prendrait même du plaisir à le faire tourner en bourrique, elle en était sûre. Le seul problème était qu’elle ne voulait pas blesser davantage Lee.

– Lee ne va peut-être pas aimer s’il pense que je m’intéresse déjà à un autre garçon…

– Lee, je vais m’en occuper, assura Temari. C’est vrai qu’en ce moment il est triste à mourir, mais ça va passer. Il traverse une sorte de période noire, si on veut. Tu verras Tenten, il finira par en sortir. On peut tous se remettre d’un chagrin d’amour, même si sur le moment ça parait impossible. Alors, tu n’aurais pas quelqu’un qui pourrait t’aider à faire enrager Neji ?

Hinata s’approcha pour les écouter. Même si les deux filles complotaient contre son cousin, il était amusant de suivre leur conversation. Et puis, elles ne voulaient que le faire enrager un peu, ce qui ne lui ferait sans doute aucun mal.

– Eh bien…, hésita Tenten en réfléchissant avec sérieux, je m’entends bien avec Chôji, au théâtre.

– Ah, tu fais du théâtre ?

– Oui, approuva Tenten en retrouvant le sourire. D’ailleurs, si vous voulez venir, je fais une représentation le samedi 16 mai.

– Ah, je noterai ça dans mon agenda ! promit Temari. En tout cas, si tu t’entends bien avec ce Chôji, essaye de faire en sorte que Neji s’en aperçoive !

Les trois filles continuèrent ainsi à échanger diverses idées sur les réactions de Neji et ce qui le ferait enrager le plus. Elles riaient toutes les trois quand Kiba et Shikamaru, visiblement exténués, ressortirent de la cuisine.

– Dites donc, les femelles, qu’est-ce que vous mijotez encore ? demanda ce dernier d’un air soupçonneux.

– Ça ne te regarde pas, Nara !

Une nouvelle dispute aurait pu s’ensuivre si Naruto n’était pas arrivé à ce moment-là en portant un plateau recouvert de gaufres et d’un paquet de sucre.

– Le petit déjeuner est servi ! annonça-t-il en posant le plateau au milieu de tous, sur le matelas de Tenten.

Un grand « Ah » de contentement accueillit la nouvelle et Tenten et Temari s’empressèrent de remercier Naruto pour sa dévotion.

– Faites gaffe quand même, je crois que celles du dessous sont cramées, les prévint Kiba.

– Pas ma faute si cet abruti ne sait pas régler un grille-pain, ronchonna Shikamaru.

Naruto allait répliquer, une moitié de gaufre dans la bouche, mais un détail l’arrêta. Il avala tout d’un coup sec et demanda :

– Au fait, Sasuke n’est plus là ?

 

Il était tôt pour un dimanche matin, dix heures et demie, mais Ino était déjà dehors, dans le froid de la fin de janvier. Appuyée contre la devanture d’un magasin fermé, elle laissait ses idées vagabonder, sans voir les quelques passants qui défilaient sous son nez. Comme d’habitude, ses pensées étaient toutes tournées vers la même personne : Sasuke. Elle se rappelait son air calme, son regard sombre et son visage parfait, sans parvenir à ressentir autre chose que de la rancœur. Ino s’en voulait énormément pour cela. Sasuke avait été son ami depuis si longtemps qu’elle n’avait pas pensé pouvoir le détester un jour.

C’est aussi bien que je m’éloigne de lui pour l’instant. Je suis sûre qu’il n’aimerait pas devoir me supporter toute la journée en sachant que je lui en veux.

– Tu penses encore à ton chéri ?

La voix détestable et nasillarde de Tayuya l’extirpa brusquement de ses songes. Elle faillit sursauter, tant elle avait oublié sa présence. Pourtant, Tayuya ne se tenait qu’à quelques centimètres d’elle, appuyée contre la même vitrine, une cigarette à la main et son affreux bonnet enfoncé sur ses cheveux roux.

Il n’avait pas fallu longtemps à Ino pour comprendre que Tayuya était tout son contraire. Alors qu’elle surveillait son apparence, son langage, sa tenue et sa façon de se comporter, Tayuya semblait être prête à se vêtir d’un sac poubelle si cela pouvait lui tenir chaud. Elle ne se maquillait jamais, laissait les cernes souligner ses yeux et ses cheveux n’étaient qu’un champ de bataille impossible à ordonner. Elle proférait les gros mots comme on souhaite le bonjour et crachait comme les motards.

Ino préféra ne pas répondre à sa provocation. Elle lui posa une autre question :

– Au fait, on attends qui ? Itachi et Sakura ?

– Non, eux, ils passent la matinée en amoureux, répondit Tayuya d’un ton narquois. C’est Deid’ qui doit se ramener et s’il me fait attendre plus de cinq minutes tu peux être sûr que je lui écrabouillerai les couilles !

C’était pour ce genre de langage peu élégant qu’Ino préférait ne pas discuter avec Tayuya. Avant de la rencontrer, elle ne pensait pas qu’une personne soit capable de prononcer autant de grossièretés en si peu de phrases. Jugeant qu’il ne valait mieux pas poursuivre cette conversation, Ino se tut, mais Tayuya ne voulut pas la laisser tranquille pour autant :

– Alors, c’est qui le mec pour qui tu fais cette mine d’enterrement ?

– Qu’est-ce que t’en sais que c’est un mec ? répliqua Ino, irritée.

–  J’avais la même tête que toi quand mon copain m’a quittée.

Ino releva la tête et dévisagea Tayuya, surprise. Le fait qu’elle ait deviné la vérité n’était pas si étonnant que ça, c’était plutôt le fait que cette fille ait pu avoir un copain par le passé qui la stupéfiait.

– Eh oui, je suis déjà tombée amoureuse, enchaîna Tayuya, comme si elle avait lu dans ses pensées. Une belle connerie, si tu veux mon avis. J’en ai voulu à ce connard pendant des mois avant de m’en remettre. Je broyais du noir quand Itachi m’a trouvée. On se connaissait déjà de loin avant, mais je détestais tellement la solitude que j’étais prête à me rapprocher de lui pour éviter de penser à l’enfoiré qui m’avait lâchée. Au final, j’ai trouvé ça, et ça m’a fait du bien.

A ces mots, elle baissa les yeux vers sa cigarette. Ino, bien qu’étonnée de s’apercevoir que Tayuya avait ressenti la même chose qu’elle, éprouva du mépris pour son comportement. Elle savait que ce n’était pas du tabac qu’elle tenait en main et se promit de ne pas tomber aussi bas.

– Alors, il s’appelle comment, ton ex ? demanda Tayuya.

Ino consentit à répondre. Apparemment, Tayuya ne lâcherait pas le morceau.

– Notre relation n’a pas assez duré pour qu’il ait le temps d’être mon ex, soupira-t-elle.

– Ah, tu t’es pris un râteau ? Dur. Et c’était quoi son nom à ce bouffon ?

– Sasuke.

Pour la première fois depuis qu’elle la connaissait, Tayuya parut un tant soit peu surprise. Elle cessa de tirer des bouffées sur sa cigarette et dévisagea Ino d’un air suspicieux.

– Sasuke ? Le frère d’Itachi ?

– Oui, c’est lui.

Ino se détourna de Tayuya, pensant qu’elle allait enfin la laisser tranquille. Il s’écoula plusieurs secondes dans un silence uniquement brisé par le moteur des voitures et le fond sonore de la ville. Soudain, Ino s’aperçut que Tayuya lui présentait quelque chose, juste sous son nez. Ino s’en saisit et s’aperçut que c’était l’une de ses cigarettes remplies de produits illicites qui faisaient planer à cent mètres.

– Je ne fumerai jamais cette cochonnerie, répliqua Ino en la lui tendant.

Cependant, Tayuya ne reprit pas la cigarette. Au contraire, elle sourit d’un air moqueur et demanda :

– Tu en es sûre ? Regarde plutôt qui s’amène !

Tayuya fixait un point dans son dos. Ino se retourna. Son estomac se tordit aussitôt et elle se sentit nauséeuse. Au bout du trottoir, les mains dans les poches, la tête baissée sur ses pieds, Sasuke approchait. Il ne semblait pas les avoir vues, mais ce n’était qu’une question de secondes.

En effet, quand il se trouva à quelques mètres d’elles, il releva la tête et les dévisagea toutes les deux, surpris de les rencontrer. Puis, ses yeux sombres se posèrent sur la main d’Ino et il fronça les sourcils d’un air mécontent.

– Ino, qu’est-ce que tu comptes faire, exactement ?

Ino baissa les yeux. Voir Sasuke apparaître si soudainement avait été un tel choc qu’elle avait oublié qu’elle tenait encore la cigarette de Tayuya entre ses doigts. Elle allait répondre que jamais elle ne toucherait à cette cochonnerie, qu’elle n’était pas tombée aussi bas, mais Sasuke la coupa :

– Je t’interdis de te bousiller la santé avec cette connerie, jura-t-il. Ino, jette ça !

Ino se figea. Bien entendu, elle n’avait jamais envisagé de tester cette drogue. Mais de quel droit Sasuke pensait-il qu’elle devait avoir sa permission pour faire quelque chose ? Comment pouvait-il lui interdire quoique ce soit ? Son visage pâlit sous la colère. Après tout le mal qu’il lui avait fait, il voulait encore interférer dans sa vie ? Sentant la fureur bouillonner en elle, Ino prit une décision qu’elle n’aurait jamais prise auparavant.

– Comment peux-tu me donner des ordres ? éructa-t-elle. Tu crois peut-être que je vais t’obéir ? Oh, mais voilà cette idiote d’Ino ! Je n’ai qu’à lui dire de faire ce que je veux comme je veux et elle m’écoutera comme un petit chien ! C’est ce que tu croyais, hein ?

– Ne fais pas l’idiote, je n’ai jamais pensé ça ! répliqua Sasuke.

Mais Ino ne l’écouta pas. Elle tendit la cigarette à Tayuya qui s’empressa de l’allumer avec un petit sourire de conquérant. Sasuke la regarda faire, horrifié. Ino allait porter l’objet à sa bouche quand il tendit le bras pour l’arrêter. Cependant, Ino recula, se plaçant ainsi hors de sa portée.

– Ino, lâche ça ! ordonna Sasuke, rouge de colère. Je te dénoncerai s’il le faut, mais je ne te laisserai pas te droguer !

– Je fais ce que je veux, Sasuke. Le temps où je t’obéissais est fini !

Sur ce, elle mit le bout de la cigarette dans la bouche et inspira. Bon sang, elle n’aurait pas dû y aller si fort ! La fumée âcre envahit sa gorge et elle sentit ses yeux la piquer comme jamais. Cependant, elle refusait de montrer à Sasuke qu’elle détestait cette cigarette. Inspirant par le nez, elle se retint de tousser et s’adossa à la vitrine du magasin pour ne pas vaciller.

– Je te jure que je vais le dire, jura Sasuke. A tes parents, la police, n’importe qui, mais j’empêcherai ça !

– Si tu le fais, Uchiwa, je balance ton frère et tout son petit trafic.

C’était la première fois que Tayuya intervenait verbalement, mais ses paroles eurent l’effet d’une douche froide sur Sasuke. Il serra les dents, sentant qu’il ne pouvait rien faire. Si les travaux d’Itachi n’étaient pas tous légaux, ils permettaient néanmoins de boucler les fins de mois. Il ne pouvait pas se permettre de mettre sa famille en péril, même pour Ino.

– Je te jure que je trouverai un moyen de te sortir de là, déclara-t-il en fixant Ino d’un regard noir.

Ino prit cela pour un défi et, tandis que Sasuke s’éloignait d’un pas furieux, elle en éprouva une certaine satisfaction. Elle avait fini par lui rendre la monnaie de sa pièce. Quand il eut disparu au coin de rue, elle retira enfin le joint de sa bouche et put respirer à nouveau.

– Alors ? demanda Tayuya en scrutant son visage.

Ino ne répondit pas. Elle avait l’impression que des volutes de vapeur englobaient son esprit pour l’enfermer dans un monde à part. Elle volait au-dessus du trottoir, ne sentait pas vraiment le froid, et ses yeux bleus regardaient dans le vague. Un sentiment de bien-être l’envahit et elle se sentit reposée.

– Coucou les filles, ça va ? demanda Deidara en arrivant.

Ino ne l’avait même pas vu venir. Elle était transportée dans un monde reculé, loin du gaz de ville. C’était un monde où douleur et tristesse n’existaient pas, où le chagrin d’amour n’était qu’une vague illusion enterrée loin sous terre.

– Ouais, enfin, j’ai l’impression que la pouffiasse plane loin au-dessus de nous, conclut Tayuya en reprenant son langage habituel.

 

Sasuke rentra chez lui en claquant la porte. Il ne s’était pas douté qu’en quittant la maison de Kiba il allait assister à un tel désastre. Ino plongée dans la drogue ! Jamais il n’aurait imaginé qu’elle en arrive là. S’il avait su, il serait sans doute resté un peu plus longtemps avec les autres pour manger les gaufres sans doute cramées de Naruto.

Il allait traverser le salon, mais s’arrêta net. Un spectacle tout aussi déplaisant que celui auquel il venait d’assister se déroulait sous ses yeux. Assis dans un fauteuil, serrés l’un contre l’autre, Sakura et Itachi s’embrassaient dans un bruit de succion des plus désagréables. Ils s’arrêtèrent dès qu’ils s’aperçurent de sa présence et levèrent des yeux vers lui, nullement gênés, juste un peu surpris par sa présence.

– T’es pas resté chez Kiba ? demanda Itachi en repoussant légèrement Sakura.

Sasuke ne répondit pas. Il fixait Sakura d’un regard noir. Cette matinée devait sans doute faire partie des plus mauvaises de sa vie. Sans crier gare, il déversa toute la colère qu’il contenait. Il agrippa Sakura par le bras et l’obligea à se lever.

– Va la convaincre, toi, puisque tu es sa nouvelle amie ! lui cria-t-il à la figure. Dis-lui qu’elle va se bousiller la santé ! Parle-lui, puisqu’elle ne m’écoute plus !

Sakura était tellement secouée qu’elle ne comprenait rien à ce qu’il lui disait. Ses rapports avec Sasuke avaient toujours été houleux. Elle admirait sa beauté et sa figure de marbre, mais il la détestait amèrement pour une raison qu’elle était incapable d’expliquer. Cela faisait des mois qu’il ne lui avait pas parlé et voilà que, tout à coup, il lui hurlait des choses incompréhensibles. Avant qu’il ne puisse la secouer comme un prunier, Itachi attrapa le poignet de son frère et lui fit lâcher prise.

– Calme-toi, ordonna-t-il sans élever la voix. Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Sasuke se tut, haletant, et continua de fixer Sakura. Alors qu’il se plongeait dans ses grands yeux verts, une évidence la frappa : elle était sa dernière chance de récupérer Ino. Son rapprochement avec elle ne lui avait pas échappé et, à présent, la seule personne sensée qu’Ino écoutait était Sakura, la fille qu’il détestait par-dessus tout.

– Sakura, prononça Sasuke avec difficulté, il faut que tu aides Ino. Elle s’est mise à prendre de la drogue. J’aimerais que… tu la convainques d’arrêter. D’accord ?

Un silence tomba dans la pièce. Sakura était interloquée. Voilà que Sasuke, le beau gosse qui la méprisait par-dessus tout, lui demandait une faveur. Elle vit là une occasion de lui faire oublier son mépris à son égard et hocha lentement la tête, signant son accord.

– Si Ino a choisi de t’oublier, tu devrais la laisser faire, intervint Itachi de sa voix sombre.

– J’accepte qu’elle m’oublie, répliqua Sasuke. Pas qu’elle se tue à petit feu.

– Il a raison, Itachi, approuva Sakura. Viens, allons-y.

Sasuke les regarda quitter l’appartement, perplexe. Pendant un bref instant, il avait cru apercevoir une sorte de maturité et de souci des autres chez Sakura. Elle avait un regard décidé et franc qu’il n’avait jamais vu chez elle. Aurait-elle oublié pendant ne serait-ce qu’un instant l’égoïsme qui la caractérisait si bien ? Sasuke s’effondra sur un fauteuil défoncé du salon, pensif, espérant de tout cœur qu’elle tiendrait parole.

 

***

Note de l’auteur : Et voilà le chapitre suivant ! Je ne pouvais pas le poster ce week-end, puisque je suis allée à la Japan Expo (et il n’y avait pas que ça), mais il était déjà fini vendredi dernier ! Sinon, vous remarquerez qu’il est assez long, il faut dire que j’avais tout plein de choses à écrire. Le suivant arrivera un peu plus tard, puisque je dois préparer mon départ en vacances. J’espère vous le poster bientôt, mais j’espère que vous comprendrez que la mer et le soleil m’attireront fortement durant les prochaines semaines !

PS : j'ai eu mon bac !!!